Chapitre 2
Nathalia.
De nos jours...
Perchée sur la balustrade, je regarde la foule qui s’active en bas, le sourire aux lèvres. Ça c’est la vie dont j’ai toujours voulu, je suis à deux doigts de réaliser le rêve pour lequel je me suis tellement sacrifiée. Je pose ma main sur le médaillon autour de mon cou et je ferme les yeux.
Il est accompagné d’une bague à chaque fois que ma main se pose sur elle, mon humeur s’assombrit, cette bague est là pour me rappeler à l’ordre chaque jour, les gens ne sont pas toujours ce que l’on pense d’eux garde le bien en tête. Je me concentre sur le médaillon de mon père pour avoir du courage.
- Tout ça c’est grâce à toi papa murmurais je, si je suis là c’est pour toi.
J’entends les pas d’Amélie derrière moi, elle pose sa main sur le creux de mes reins et m’enlace par derrière.
- Tu vois tout ça ?
Je dis oui en secouant la tête.
- C’est toi qui a réussi à le bâtir n’oublie jamais ça.
- Mais je ne l’ai pas fait toute seule figure toi. J’ai réussi ça grâce à ma super meilleure amie qui m’a aidé à tout mettre en place.
- Mais tu as fait le plus gros du travail, je suis tellement fière de toi Nathie dit-elle en me déposant un baiser sur la tempe.
Qu’est-ce que je ferai sans elle ?
- Merci, moi aussi je suis fière de ce que nous avons accompli.
- Tu te rends compte que nous avons lancé notre propre marque de parfum oriental. Après des années passées à Dubaï c’est le moins que nous pouvions faire. Je suis sûre que nous allons faire un carton.
- Je l’espère vraiment Amélie, on a mis toutes nos économies dans ce projet.
À cette pensée mon cœur se serre, je repense à la maison de mes parents que j’ai dû mettre sous hypothèque pour pouvoir avoir le financement pour ce projet. Et Amélie a dû vendre la voiture qu’elle avait. Nous nous sommes lancées dans ce projet il y’a de cela deux ans.
Après notre retour en Angleterre, j’ai dû faire face à de nombreuses difficultés, j’ai été malade pendant un long moment, je n’avais plus rien excepté mes petites économies, avec lesquelles j’ai vécu. Des économies que je voyais s’amenuiser au fil du temps. Je ne pouvais plus me payer un loyer, j’ai fait une dépression.
Une très longue dépression, j’ai failli y laisser ma vie et quelque chose d’encore plus précieux. Cette période a été très sombre pour moi, l’une des plus difficiles de ma vie. Je ne me nourrissais plus convenablement, je ne faisais plus rien de ma vie, je n’avais plus aucune envie de vivre. J’ai été expulsée de mon appartement quand je ne pouvais plus payer mon loyer, je n’avais plus d’endroit où rester, je ne pouvais convenablement pas aller vivre avec Amélie, elle avait recommencé une nouvelle vie avec son fiancé et je ne pouvais pas partir être la cinquième roue du carrosse. Elle en avait déjà tellement fait pour moi, je ne sais pas ce que je serais devenue sans elle et sans ma mère. J’ai dû retourner chez cette dernière.
Mes parents se sont pliés en quatre pour moi, surtout mon père, il voulait m’aider à me révéler et à trouver un nouveau sens à ma vie. Papa était plus qu’un pilier pour moi, il était mon rempart, ma bouée. Il est mort depuis maintenant trois mois, cancer du foie, lui qui n’a jamais touché à une cigarette de toute sa vie. Je crois que rien ne m’a fait autant de mal que de dire au revoir à jamais à mon père. Ça été l’une des choses les plus horribles que je n’ai jamais vécu. Mais avant de mourir il m’a fait le plus beau cadeau qui puisse être fait. Il a mis sa maison en hypothèque parce qu'il croyait en moi, il croyait en notre projet à Amélie et à moi. J’ai tellement pleuré lorsque le banquier m’a remis les papiers. Amélie me secoue légèrement par l’épaule.
- Tu étais encore sur une autre planète.
- Non dis-je en souriant et en lui faisant face. Je pensais juste à quelle chance inouïe nous avons. On a commencé ce projet nous n’étions que deux et maintenant regarde nous avons près de vingt employés. Je n’aurais jamais cru que nous serions allées aussi loin.
- Je sais ce n’est pas croyable, parfois quand je repense à tout ce qu’on a traversé pour cette société je me dis qu’on a fait un très grand parcours.
- Oui dis-je dans un sourire.
Je jette un regard à ma montre, vingt heures. Mais où est Blanchard ? Il devait arriver à dix-neuf heures avec les échantillons et les produits et les invités commencent déjà à arriver.
- Tu ne trouves pas que Blanchard tarde à arriver ?
Blanchard est notre conseiller financier, il travaille avec nous depuis un peu plus d’un an, c’est quelqu’un en qui nous avons une entière confiance, il ne nous a jamais déçu. D’habitude nous distillons nos parfums nous-mêmes parce que nous n’avons pas encore le matériel nécessaire, mais cette fois-ci, nous avons dû faire appel à une société privée avec laquelle Blanchard nous a mis en contact parce que nous devions sortir plus de dix milles flacons de parfums avant une semaine.
Nous ne pouvions tout simplement pas le faire de façon artisanale, il nous fallait du matériel de qualité en attendant d’avoir le notre. C’est donc ainsi que nous avons confié toutes nos économies à Blanchard et celui-ci s’est chargé d’aller rencontrer la société pour qu’elle nous produise tous ces parfums.
Amélie aussi effectue le même geste que moi tout à l’heure, elle regarde sa montre.
- Je suis sûre qu’il sera bientôt là, ne t'en fais pas.
- Bien sûr que je m’en fais, cette campagne publicitaire est tellement importante, elle nous permettra de nous faire connaître sur le plan international. On a investi tout ce qu’on a dans cette campagne.
- Oui mais nous avons calculé tous les détails, ça devrait nous rapporter gros. Ne t’inquiète pas Nathie, tu réfléchis beaucoup trop.
- Je ne sais pas… On a pas toujours ce qu’on désire dans la vie.
L’horrible pressentiment qui m’oppresse depuis ce matin recommence, j’ai l’impression que quelque chose de grave va arriver. Quelque chose de très grave.
- Quoi qu’il en soit, je l’espère vraiment dis-je, en attendant, allons nous occuper des invités.
Je lisse les plus de la robe de soirée qu’Amélie m’a conseillé d’acheter. À son tour, elle s’occupe de mes cheveux, puis me tient par le menton et lève ma tête.
- Tu es magnifique ! Ça fait tellement longtemps que je ne t’ai pas vu aussi belle.
Je baisse la tête en rougissant, très peu habituée aux compliments.
Nous sommes allées dans une boutique très chic aujourd’hui et Amélie m’a fait essayé cette robe de soirée, d’un blanc cassé et près du corps, elle met en valeur les nouvelles couleurs que je viens de prendre et surtout mes nouvelles rondeurs. Elle était tout simplement somptueuse et beaucoup trop chère pour moi, mais mon amie a beaucoup insisté pour que je la prenne, alors j’ai fini par céder. Mes cheveux bien que courts, ils sont noués dans un chignon sophistiqué, je porte des boucles d’oreilles qui pendent et le médaillon de mon père, le tout sur des escarpins très beaux.
- Je n’imagine même pas toutes les têtes que tu vas faire tourner aujourd’hui.
- Tu dis n’importe quoi dis-je en levant le bras. Je ne vais faire tourner la tête de personne.
- Arrête un peu de te sous estimer Nath. Tu es magnifique.
- Je ne me sous-estime pas dis-je d’une voix dure. Je ne veux plus laisser aucun homme entrer dans ma vie. Pas après ce qu’il m’a fait.
Amélie lève les yeux au ciel.
- Tu continues à penser à lui ? Tu dois continuer ta vie maintenant plus que jamais.
Je sens la rancune grandir en moi.
- Je ne pense pas à lui dans ce sens-là, je pense à lui dans le sens où j’ai envie de l’étriper de mes propres mains. Je le déteste tellement pour ce qu’il m’a fait, pour ce qu’il nous a fait.
- Je sais mais tu dois tourner la page et continuer de vivre.
Je secoue la tête et choisis de ne plus rien dire. De toute façon, que pourrais-je rajouter ? J’ai déjà eu cette conversation des milliers de fois avec Amélie et maman, elles me répètent toutes les deux la même chose. Je dois avancer et oublier le passé.
- C’est tellement facile à dire. Personne mis à part moi, ne sais ce que j'ai enduré là-bas.
- On ne va pas en parler ici, on ferait mieux d’aller voir nos invités et la horde de journalistes qui va arriver.
- D’accord dit-elle en me prenant par la main.
Nous descendons les escaliers main dans la main et allons nous mêler à la foule. Toutefois cet horrible pressentiment ne me quitte pas.
Chapitre 3
Nathalia.
Pour la énième fois, j’essaye de joindre Blanchard. Je vais à l’écart des invités et je laisse un message sur son répondeur.
- Blanchard je vous en prie, tous les invités sont déjà là, les journalistes aussi, nous avons vraiment besoin de ces échantillons pour les présenter aux invités. Je vous en supplie dépêchez vous !
Je raccroche et je me tiens par les hanches. Mon Dieu mais que se passe t’il ? Pourquoi Blanchard n'est il pas encore là ? Est-ce qu’il aurait eu un accident ? J’espère bien que non. Où sont les parfums que nous avons commandés ? Y'aurait-il eu un souci lors de la fabrication ? Si c’était le cas, il nous en aurait sûrement parlé n’est-ce pas ?
Je me surprends à me ronger les ongles, signe ultime que je suis en pleine panique totale. Amélie s’avance vers moi, un sourire de façade pour les caméras qui nous prennent en photos. Je vois bien sur leurs visages qu’ils commencent à se poser des questions. Des questions auxquelles nous ne pouvons pas répondre parce que nous non plus ne savons rien.
- Tu te ronges les ongles me murmure-t-elle ça veut dire c’est grave.
- Blanchard ne répond toujours pas.
- Comment ça il ne répond toujours pas ? Où est-il ?
- Tu crois que si je le savais, je resterais ici à me ronger les ongles ? J’irais le déterrer de son trou et je lui frapperais le crâne avec la pointe de cette chaussure.
- Calme-toi Nath.
- Comment peux-tu me demander ça ? Dans un moment pareil ? Tu sais que c’est notre avenir dans les affaires qui se joue à ce moment précis ?
- Oui je le sais et crois-moi que je suis autant inquiète que toi, mais nous disputer en ce moment n’est vraiment pas la solution.
Je baisse la tête, elle a tout à fait raison, nous disputer maintenant ne fera pas apparaître de solution face au problème que nous rencontrons.
- Tu as raison, je suis désolée, le plus important maintenant c’est de retrouver Blanchard et ces fichus échantillons de parfum.
- Là je te reconnais dit-elle en me tenant par les épaules.
Nous sommes rejoints par son mari quelques minutes plus tard, avec deux coupes de champagne.
- Tenez ça va vous faire du bien, on voit jusqu’au bout de la salle vos têtes angoissées. Que se passe t’il ? Demande Tom.
- Il se passe que notre conseiller financier.
- Blanchard ? Lui-même dis-je sarcastique, il doit nous apporter les échantillons de parfums que nous devons présenter aujourd’hui, mais il n’est toujours pas là.
- Et qu’allez-vous faire maintenant ?
- On en a aucune idée chéri, Nath essaye de le joindre depuis des heures mais il ne répond pas. Notre avenir dépend de cette collaboration vois-tu.
- Je sais mon cœur et crois-moi, moi aussi je commence vraiment à paniquer à l’idée qu’il ne vienne pas.
- Génial bienvenue au club dis-je en lui prenant une coupe de champagne des mains et en l’avalant cul sec.
Il met ses mains dans les poches et semble réfléchir.
- Donnez-moi son adresse que je puisse aller voir s’il est chez lui et ce qui ne va pas.
- Vraiment tu ferais ça ? Dis-je en sentant une lueur d’espoir se raviver en moi.
- Bien sûr, je vais juste avoir besoin de son adresse.
- Laisse-moi aller te chercher ça tout de suite.
Je passe devant les invités en souriant comme si tout allait bien. Alors que je suis loin de ressentir toute cette sérénité. Je suis morte de peur. Je monte les marchés une par une et je dois me faire violence pour ne pas les dévaler en courant.
J’arrive dans mon bureau et je m'assois sur mon fauteuil derrière l’ordinateur. J’ appuie sur les touchés du clavier, j’entre dans le dossier des employés et tape ensuite le nom de Blanchard dans la barre de recherche pour avoir accès à son dossier complet. Quelques secondes plus tard, j’ai le dossier complet de Blanchard devant moi. Nom, âge, date et lieu de naissance, adresse et toutes les autres informations relatives à Blanchard. Je prends un papier et un stylo et j’y note son adresse avant de me lever pour sortir.
Lorsque que je traverse le bureau de Blanchard, comme mû par une impulsion, je décide de l’ouvrir pour avoir un tout petit indice de l’endroit où il peut être. Lorsque je pose ma main sur le poignet de la porte et que celle-ci pousse, celle-ci ne s’ouvre pas. Je constate alors qu’elle est verrouillée. Mais depuis quand verrouille t-on les bureaux ici ? J’ai l’intention de retourner dans mon bureau pour chercher les clés, mais Amélie m’appelle.
- Nathie, dépêche toi dit-elle en me faisant un geste de la main.
- J’arrive dis-je en tournant la tête vers elle.
Je regarde une dernière fois la porte close du bureau avec un arrière goût amer dans la bouche, puis je décide de rejoindre mon amie. Nous descendons toutes les deux les escaliers et remettons l’adresse à Tom qui à son tour se dépêche de se rendre chez Blanchard pour voir quel est le problème.
Je regarde autour de moi, tous ces regards tournés sur Amélie et moi, je les entends chuchoter dans un coin.
- Ça va aller me dit mon amie en posant une main sur mon épaule. Tout ira bien.
- Non Amélie, rien n’ira bien, regarde les tous, ils parlent de nous, ils sont sans doute entrain de parler de notre manque de professionnalisme, il est presque vingt-trois heures, le buffet est bientôt vide et nous n’avons toujours pas ces fichus échantillons. Si t’écroules maintenant je fais comment moi ?
- J’ai besoin de toi sur ce coup plus que jamais. Je pose la main sur mon front sans rien rajouter, je vais finir par faire un infarctus. Je n’ai jamais eu autant peur de toute de ma vie. Si cette présentation ne fonctionne pas, nous perdons tout.
Notre investissement, nous devenons la risée de tous, ce serait un cauchemar, plus personne ne nous prendrait au sérieux. Pourquoi faut-il que ça nous arrive ? Pourquoi ? Je retourne me mettre au fond de la salle et je reprends encore un autre verre de champagne que je finis d’un trait comme je l’ai fait avec l’autre plutôt. Je déteste me sentir aussi vulnérable, je me suis tellement battue pour ne plus avoir à ressentir cette horrible sensation que ça me donne un arrière goût amer dans la bouche. Assise de l’autre côté de la salle, je la vois se vider petit à petit sous mes yeux.
Je suis assise impuissante, j’ai envie de les retenir, leur hurler dessus pour leur demander de revenir. Mais je sais intérieurement que ça ne va servir à rien. Vraiment à rien du tout. Notre soirée de présentation est tombée à l’eau, nous sommes totalement ruinées, humiliées, détruites.
La salle se vide petit à petit jusqu’à ce qu’il ne reste plus absolument personne. Amélie vient s'asseoir près de moi, elle a les larmes aux yeux. Moi je ne sais même pas comment réagir face à cette situation. J’ai tellement pleuré au cours de ma vie que les larmes ne veulent plus couler d’elles-mêmes.
- Qu’est-ce qui s’est passé Nathie ?
Je me contente de fixer un point devant moi sans pouvoir répondre.
- On avait tout bien préparé, tout était censé être parfait, alors qu’est-ce qui s’est passé ?
Sans lui répondre, je me lève d’un bond et je me dirige à l’étage.
- Nath ? Où est-ce que tu vas ?
Je ne lui réponds pas et je continue de marcher, j’entends ses chaussures claquer sur le parquet, signe qu’elle a commencé à me suivre. J’arrive dans mon bureau et j’ouvre le tiroir et je sors le trousseau de clés qui ouvre toutes les autres pièces, je sors ensuite pour me diriger dans le bureau de Blanchard, je tombe sur Amélia au couloir qui me regarde avec ses yeux inondés de larmes.
Mon Dieu, je déteste la voir dans cet état. Je déteste la savoir aussi triste.
- Qu’est-ce que tu fais ?
- Laisse-moi passer Amélie, s’il te plaît.
Au ton de ma voix, elle comprend tout de suite qu’elle n’a pas le choix, elle se pousse et me laisse passer, je marche tout droit devant la porte du bureau de Blanchard, ensuite j’insère la clé pour ouvrir la porte.
Lorsque j’ouvre la porte, je n’arrive pas à croire au spectacle que j’ai sous les yeux. Amélie entre ensuite derrière moi et j’entends un son etranglé sortir de sa bouche elle se rend compte de la même chose que moi, le bureau de Blanchard est totalement vide.