Chapitre 2

Vue de Maëla :

Une vague de colère s' est levée en moi, mais je l' ai réprimée. Pas maintenant. Pas encore. La sérénité était ma meilleure arme. J' ai regardé René droit dans les yeux. Le bracelet brisé gisait toujours par terre, à mes pieds.

« Je ne suis pas ici pour mendier un poste, René, » ai-je dit, ma voix basse et posée, mais chaque syllabe était une flèche. « Et je ne suis certainement pas ici pour vous supplier. »

Les mots ont résonné dans le grand hall. Le murmure de la foule s' est éteint. Un silence tendu s' est installé, comme si le temps lui-même s' était arrêté.

Puis, comme un barrage qui cède, les rires ont éclaté à nouveau, plus forts, plus moqueurs.

Luisa a ricané, son visage déformé par la suffisance. « Oh, vraiment ? Alors, qu' est-ce que tu fais ici, la petite Maëla ? Tu as cru que c' était une soirée portes ouvertes ? »

Elle a jeté un regard à René, puis à leurs acolytes. « Nous, nous attendons l' invité d' honneur. Monsieur Frédérick Sullivan. Le Roi de la Bourse. Tu sais, le genre de personne qui ne traîne pas avec… n' importe qui. »

Le nom de Frédérick Sullivan. Le mien, en réalité. J' ai souri intérieurement. Ils ne pouvaient pas savoir. Ils ne pouvaient pas imaginer.

Autour d' eux, les conversations reprenaient, plus animées.

« Frédérick Sullivan ? C' est une légende cet homme. »

« Impitoyable en affaires, mais une fortune colossale. »

« On dit que même le CAC 40 tremble devant lui. »

« Sa femme doit être une reine, pour être à ses côtés. »

« Personne ne l' a jamais vraiment vue, n' est-ce pas ? Il la garde très discrète. »

J' ai écouté leurs commentaires, un sentiment de satisfaction emplissant mon cœur. Ils avaient raison. Mon époux était tout cela. Et plus encore. Il était mon roc, mon refuge.

Luisa, visiblement désireuse de se faire valoir, a repris la parole. « Frédérick Sullivan est connu pour sa générosité, vous savez. Il a offert à ma belle-mère un rubis taille cabochon pour son anniversaire. Une pièce rare, inestimable. »

Son regard a de nouveau balayé mon poignet, où le fil brisé pendait misérablement.

« Qu' est-ce que c' est, au juste, ce truc ? » a-t-elle demandé, sa voix empreinte de dédain. « On dirait un simple porte-bonheur en perles, acheté sur un marché aux puces. »

René, intrigué par l' attention de Luisa, s' est penché pour examiner le bracelet brisé. Il l' a touché du bout du doigt, le faisant rouler.

« C' est une imitation grossière, » a-t-il affirmé, son visage tordu par le dégoût. « Regardez la finesse de cette… chose. C' est de la pacotille. »

J' ai étendu ma main, doucement, et j'ai ramassé le fragment de bracelet. La petite pièce centrale, sculptée avec une délicatesse que seuls les connaisseurs pouvaient apprécier, était restée intacte. Mon pouce a caressé sa surface. Ce n'était pas qu'un bijou. C'était un souvenir. Le cadeau de Frédérick pour notre deuxième anniversaire de mariage. Un prototype unique, issu de sa collection privée. Une œuvre d'art, d'une valeur inestimable, bien au-delà de l'argent. Il avait fallu des mois à son joaillier personnel pour le concevoir.

Ils ne voyaient que le superficiel. Le prix à afficher, le logo à brandir. Ils ne comprenaient pas la valeur de l'unique, de l'intime, du sentimental. Pour eux, l'absence de bling-bling équivalait à l'absence de valeur.

René, visiblement exaspéré par mon silence et ma dignité, a arraché le fragment de mes doigts. « Laisse-moi voir ça ! »

Il a tordu la petite pièce, l'examinant de près. Luisa a pris le relais, l'arrachant des mains de René. Ses yeux brillaient d'une malice enfantine et cruelle.

« C' est vraiment de la ferraille, » a-t-elle déclaré d' une voix forte, pour que tout le monde entende. Elle a brandi le fragment. « Regardez ces finitions. C' est une blague ! »

Elle a éclaté de rire, un rire perçant qui a résonné dans le hall. « Qui portes des contrefaçons à un gala du Ritz ? Tu penses pouvoir tromper qui, Maëla ? »

Les rires de la foule se sont intensifiés. Leurs visages étaient des masques de moquerie. Ils me voyaient comme la pauvre fille, l'intruse. Ils ne doutaient pas un instant que Luisa disait la vérité.

C' était la Maëla d' avant, la Maëla modeste et sans histoire, qu' ils se souvenaient. Celle qui n' avait rien eu. La simple étudiante en art, l'éternelle romantique. Pas la femme qui avait épousé l'homme qu'ils attendaient tous avec ferveur.

« Je t'en donnerai vingt euros pour cette breloque, » a lancé Luisa, son sourire s'élargissant. « Histoire de te débarrasser de cette horreur. »

Mon sang n'a fait qu'un tour. Ce bracelet représentait bien plus que de l'argent. C'était un symbole de notre amour, de notre union. Un symbole de Frédérick.

« Non ! » ai-je dit, ma voix plus ferme cette fois.

J' ai tendu la main pour le récupérer. Elle a reculé, puis, dans un accès de rage et de jalousie, elle a levé la main et a violemment jeté le bracelet par terre. Le petit fragment a heurté le sol de marbre avec un claquement sec, se brisant en deux. Un éclat de métal s'est envolé et m'a éraflé la joue. Une fine ligne rouge a marqué ma peau, brûlant légèrement.

« Tu n'as pas à me dire quoi faire ! » a-t-elle craché, ses yeux flamboyants. « Tu n'es rien ici ! »

Le regard de René s'est posé sur la petite coupure, puis sur mon visage. Une lueur de gêne a traversé ses yeux, mais elle a vite été remplacée par de l'indifférence.

« Maëla, » a-t-il dit, sa voix dure. « C'est assez. Tu n'as rien à faire ici. Tu devrais partir avant que cela ne dégénère davantage. »

Ses acolytes ont acquiescé, leurs visages exprimant un mépris ouvert.

« Elle est venue semer le trouble, » a dit l' homme au costume serré.

« Elle cherche juste à attirer l' attention, » a ajouté la femme aux cheveux blonds.

« Elle est jalouse de Luisa, c' est évident. »

Ces mots étaient comme des coups de marteau. Des coups qui n'atteignaient plus mon cœur, mais mon esprit. La vérité était si loin de leurs présomptions.

Je suis restée silencieuse, ma main sur ma joue. La petite coupure. Le bracelet brisé. Les insultes. La douleur était là, mais elle était sous contrôle. J'ai regardé René, un silence pesant s'installant entre nous. Je pouvais voir le doute dans ses yeux, une fraction de seconde, avant qu'il ne s'en débarrasse, affichant son arrogance habituelle.

« Tu sais, Maëla, » a-t-il repris, « je comprends ta frustration. Après tout, tu as perdu le meilleur parti de ta vie. Mais tu ne devrais pas t'en prendre à Luisa. Elle n'y est pour rien si je t'ai quittée. »

Il a levé la main, m'offrant un billet de banque. « Tiens. Pour ton bracelet. Et pour que tu puisses te payer un taxi. Va-t'en maintenant. »

J'ai regardé le billet, puis son visage. L'insulte était à son comble. Il me traitait comme une misérable, comme une moins que rien.

« Je n'ai pas besoin de votre charité, René, » ai-je dit, ma voix un glaçon.

J'ai ramassé les deux morceaux de mon bracelet, les serrant dans ma paume. Mon regard s'est posé sur la petite coupure sur ma joue. Une goutte de sang perlait.

« Et vous regretterez chaque mot, chaque geste de ce soir. »

J'ai tourné les talons, mon cœur battant la chamade. Pas de peur. Mais d'une détermination froide et implacable. Ils venaient de franchir la ligne. Et ils allaient le payer cher.

Chapitre 3

Vue de Maëla :

Je me suis retournée pour partir, mais René m' a interpellée. « Maëla ! Où crois-tu aller ? »

« Loin de vous, » ai-je répondu, sans me retourner. Chaque pas que je faisais m'éloignait d'eux, mais aussi de ma patience.

J'ai senti son regard sur mon dos. C'était un homme possessif, même avec ce qu'il considérait comme son passé. Il ne supporterait pas que je lui tourne le dos.

Il a jeté un coup d'œil à Luisa, qui a haussé les épaules, un sourire suffisant sur le visage. Il s'est avancé et m'a rattrapée.

« Écoute, Maëla, » a-t-il dit, sa voix adoucie, mais l'arrogance transparaissait. « Je suis désolé pour Luisa. Elle est un peu… impulsive. Mais je suis toujours là si tu as besoin d'aide. D'ailleurs, nous organisons une petite fête privée après le gala, pour fêter un nouveau contrat important. J'y serai avec Luisa. Et… Monsieur Sullivan. »

Mon regard s'est posé sur lui, froid. « Et ? »

« Et tu pourrais venir, » a-t-il dit, un sourire qui se voulait charmant. « À une condition. Que tu présentes tes excuses à Luisa pour le scandale que tu as causé. Et que tu adoptes une tenue plus… appropriée. »

J'ai secoué la tête, un sourire amer aux lèvres. « Je n'ai aucune excuse à présenter, René. Et je ne compte pas adapter ma tenue pour qui que ce soit. »

Il a froncé les sourcils, la colère montant en lui. « Tu es incorrigible, Maëla ! Tu crois que tu peux te permettre d'être snob ? Tu n'es personne ! »

Il a pris une grande inspiration, puis a affiché un sourire forcé. « Quoi qu'il en soit, Luisa et moi serons à cette fête. J'espère que tu y réfléchiras. Ce serait une occasion de… revoir nos amis. » Il a jeté un regard oblique à Luisa, qui a souri, visiblement ravie.

J'ai jeté un dernier regard à René, puis à Luisa. « Vous avez tort sur toute la ligne, » ai-je dit, ma voix à peine un murmure. « Et vous ne réalisez pas à quel point. »

Je me suis éloignée, le cœur lourd mais l'esprit clair. Le tumulte du hall s'est estompé derrière moi. J'avais besoin de prendre l'air. De retrouver mon calme.

Une fois dehors, le vent frais m'a giflée. J'ai fermé les yeux un instant. Trois ans. Trois ans que j'avais fui Paris, le cœur en miettes. René m'avait quittée, non pas pour une autre femme, mais pour une position sociale. Pour Luisa, la fille de l'industriel. Il avait brisé nos promesses, nos rêves.

Je me souviens de ce jour, comme si c'était hier. Mon atelier d'art, plein de nos projets. Lui, entrant, son visage fermé.

« Maëla, c'est fini. »

Mes pinceaux tombant de mes mains. Mon monde s'effondrait.

« Pourquoi, René ? »

« Je ne peux pas t'offrir la vie que je veux. Je ne peux pas rester avec une artiste fauchée. J'ai d'autres ambitions. »

Et puis, les mots qui m'avaient achevée. « Luisa peut m'offrir l'avenir que tu ne pourras jamais m'offrir. »

J'avais pleuré des jours, des semaines. J'avais arrêté de peindre. J'avais cessé de vivre. Jusqu'à ce que ma tante, ma seule famille restante, me présente Frédérick Sullivan. Un homme froid, distant. Un mariage arrangé. Une échappatoire.

Je me suis mariée, le cœur vide. Je ne cherchais que la paix, la stabilité. J'ai appris à connaître Frédérick. Cet homme d'affaires redoutable s'est révélé être un époux attentif, protecteur, puis un amant passionné. Il a vu au-delà de mes blessures, au-delà de ma timidité. Il m'a aimée, d'un amour pur et inconditionnel.

Et puis, il y a eu Léo. Notre fils. Le miracle de ma vie. Trois ans de bonheur. Et maintenant, un autre enfant en route. Une nouvelle vie qui grandissait en moi, un secret que je portais avec amour.

Je n'étais pas revenue à Paris par hasard. Frédérick avait insisté pour que je l'accompagne à ce gala. Il tenait à ce que je sois à ses côtés, officiellement, maintenant que mon état le permettait. Il voulait présenter sa femme au monde. Il voulait que je retrouve mes racines, ma ville. Il ne savait pas que j'y croiserai René.

Je me suis redressée. La soirée ne faisait que commencer. Et le vrai spectacle allait bientôt commencer.

Je suis rentrée dans l'hôtel, le pas léger. L'agitation était palpable. Les invités commençaient à s'installer dans la salle de réception. Je me suis dirigée vers l'entrée, suivant les indications.

Dans la salle, René était déjà là, près de la table VIP, avec Luisa et leur petit groupe. Il m'a vue entrer. Son air suffisant s'est estompé, remplacé par une expression de surprise.

« Tu es venue, » a-t-il dit, un sourire forcé sur les lèvres. « Je n'y aurais pas cru. Tu as réfléchi, alors ? »

Je me suis avancée, mon regard fixant le sien. « Je suis venue. Mais pas pour les raisons que vous imaginez. »

Il a levé un sourcil, visiblement amusé. « Toujours aussi mystérieuse, Maëla. Mais tu sais, tu n'as pas l'air d'avoir beaucoup de choix. »

Je n'ai pas répondu. J'ai continué à marcher, le contournant. Il a essayé de me bloquer le passage.

« Où vas-tu ? » a-t-il demandé, sa voix dure.

« À ma place, » ai-je répondu, calme.

Il a ricané. « Ta place ? Mais tu n'es invitée à aucune table, Maëla. Tu es juste... une invité surprise. »

Je me suis arrêtée, et j'ai pointé du doigt la table la plus proche de la scène. La table principale. La table de l'invité d'honneur. La table réservée au "Groupe Sullivan".

Le visage de René s'est figé. Puis une moue dédaigneuse a remplacé sa surprise.

« Tu te fiches de moi, Maëla ? » a craché Luisa, ses yeux flamboyants. « Cette table est pour Monsieur Sullivan ! Tu n'as rien à faire là-bas ! »

Elle a fait un pas vers moi, son visage déformé par la rage. « Qui t'a donné la permission ? Tu penses que tu peux tromper tout le monde avec tes airs de sainte nitouche ? Tu n'es qu'une parvenue ! Une petite fille sans le sou qui essaie de se faire passer pour quelqu'un qu'elle n'est pas ! »

L'air s'est épaissi. Les murmures de la foule se sont intensifiés. Les regards étaient sur nous. Luisa était en train de faire un scandale.

« On te l'a déjà dit, » a-t-elle insisté, sa voix de plus en plus forte. « Dégage d'ici avant que je n'appelle la sécurité ! Tu n'es pas à ta place ! »

L'homme au costume serré s'est approché. « Maëla, c'est vrai, avec tout le respect que je te dois, quelle est ta relation avec le Groupe Sullivan ? »

René a ri, un rire sec et amer. « Aucune, bien sûr ! Elle essaie juste de se faire remarquer. Elle a toujours été une artiste excentrique, mais là, elle dépasse les bornes. »

Luisa a joint ses mains, comme si elle priait. « René, dis-lui de partir ! Elle ruine notre soirée ! Elle ruine... tout ! »

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Mon Ex-fiancé, Mon Plus Grand Regret

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