Chapitre 2

Aaron

— Ton arrogance te tuera un jour.

— Eh bien, je m'en fous. Je suis déjà énervé à cause de cette idiote de Catherina qui s'absente sans prévenir et ne donne pas de raison valable.

— Votre CV.

Elle ouvre son sac, d'où elle sort une chemise à rabat, et me la tend.

Nom : Camilla Maley.

Âge : vingt-quatre ans.

— Donc vous avez vingt-quatre ans.

— Oui, monsieur.

Un an nous sépare tous les deux, et elle a le même âge que Catherina.

— Vous avez travaillé comme stagiaire dans un magazine.

— Oui.

Je ferme la chemise et la regarde droit dans les yeux. Elle a de beaux yeux, quand même.

— Pourquoi voulez-vous ce poste ?

— Je viens d'arriver ici et je cherche un travail pour subvenir à mes besoins.

— Où étiez-vous avant de venir à Washington ?

— À Los Angeles.

— Et pourquoi n'avez-vous pas cherché de travail à Los Angeles plutôt que de venir ici ?

— Il y avait de fortes chances que je trouve du travail ici plutôt qu'à Los Angeles.

— Los Angeles est une grande ville aussi, non ?

— Oui, mais j'ai préféré faire mon choix ici.

— Parlez-moi un peu de vous.

— Euh… tout est dans mon CV.

— Et moi, je veux que vous laissiez de côté les informations qui sont dans le CV.

— Euh… je m'appelle Camilla.

— Ça, je le sais déjà, je ne suis pas aveugle.

— J'ai vingt-quatre ans.

— Je le sais déjà, mademoiselle.

— Je vis seule et je suis célibataire.

— Je ne vous ai pas demandé votre situation matrimoniale.

— Mais de quoi voulez-vous que je vous parle ? dit-elle en levant légèrement le ton, agacée.

— Me parler sur ce ton ne vous arrangera en rien, mademoiselle.

— Tout ce que je dis, vous dites soit que vous savez, soit que vous ne me l'avez pas demandé. Quoi ? Vous voulez que je vous raconte l'heure à laquelle je suis née ? Dans quel hôpital ? Quelle est la couleur de la peinture dans mon appartement ? Ou encore ce que je prends tous les matins ?

— Si je veux savoir tout ça, je ne suis pas obligé de passer par vous, mademoiselle.

— Arrêtez avec votre ton calme, parce que vous commencez à m'agacer.

— Ça ne vous plaira pas si je m'énerve.

— De toute façon, vous me posez des tas de questions pour ne même pas m'embaucher. C'est à ça que vous ressemblez.

— Je crois que nous avons terminé, mademoiselle.

— Qu'est-ce que je disais ? Vous êtes un semeur de faux espoirs. Mais vous savez quoi ? Merci de m'avoir inutilement accordé votre temps, dit-elle en rangeant sa chemise dans son sac.

— Vous avez un sacré caractère.

— Je suis très calme de nature, mais lorsqu'un homme assis confortablement dans son bureau avec je ne sais combien de fortune se permet de se moquer de moi, je laisse sortir mon caractère. Et vous savez quoi ? Ça, ce n'est qu'une légère partie de mon sacré caractère. Maintenant, très cher, je m'en vais, dit-elle avant de se lever.

— Passez demain récupérer les clés chez la DRH.

Elle se retourne brusquement vers moi, les yeux écarquillés.

— Les clés de quoi ?

— De votre bureau. Faites un peu semblant de réfléchir.

— Vous êtes en train d'insinuer que je ne réfléchis pas ? Non mais, vous vous prenez pour qui ?

Et c'est reparti…

— Pour votre futur patron.

— Mon futur patron ? Je… je suis embauchée ? dit-elle en souriant.

— Non, mademoiselle, je veux que vous veniez nettoyer mon bureau demain.

Elle voulait sortir quelque chose, mais elle s'arrête.

— Vous avez de la chance que vous soyez mon patron, sinon j'allais vous dire quelque chose que vous n'oublierez jamais.

— Vous pouvez disposer.

— Vous n'êtes pas obligé de me le dire, je sais que je dois partir, dit-elle avant de sortir.

C'est la première fois qu'une femme m'a parlé comme ça.

Je me demande combien de temps elle fera ici.

---

Camilla

J'étais tellement heureuse que je n'ai pas annoncé la bonne nouvelle à Fabiola. Mais vu ma bonne humeur en sortant, elle a dû s'en rendre compte. Je traîne encore dans les rues de Washington. Je voudrais bien fêter mon embauche, mais je n'ai pas d'argent sur moi, juste de quoi payer mon transport retour. Malgré la joie qui m'anime, je n'ai pas envie de rentrer à pied chez moi. Alors je me contente de regarder les vitrines, de passer devant les centres commerciaux.

Un bruit de frein se fait entendre, des pneus crissent. Je tombe par terre et tourne la tête.

J'ai manqué de me faire renverser par une voiture.

---

Aaron

— Qu'est-ce qui se passe ? demandé-je.

— J'ai failli renverser une femme, monsieur.

— Va voir si elle n'a rien.

— Tout de suite, monsieur.

Il descend de la voiture à grande vitesse. Cet homme est un bon à rien. Où avait-il la tête ?

— Samantha, je te rappelle plus tard.

— Qu'est-ce que tu as à faire, Aaron ?

— Moi ? Je n'ai rien à faire.

— Si tu le dis. À tout à l'heure.

— À tout à l'heure.

Je regarde par la vitre devant moi et aperçois Pablo en train de s'excuser auprès de la personne. Ce visage me dit quelque chose.

Camilla…

Je descends à mon tour en mettant mes lunettes de soleil.

— Vous allez bien ? lui demandé-je.

Elle lève son visage vers moi et écarquille les yeux.

— Oh, monsieur Williams. Je suis désolée, je ne…

— Pourquoi n'êtes-vous pas encore rentrée ?

— Je me promenais devant les centres commerciaux et c'est là que j'ai manqué de me faire renverser, expliqua-t-elle.

— La prochaine fois, avant de traverser, regardez à gauche et à droite.

— Oui, monsieur.

— Je peux vous déposer chez vous.

— Oh non, non, monsieur, ce n'est vraiment pas la peine de vous fatiguer. Je vais prendre le bus.

— Ça ne me dérange pas.

— Ça ira, monsieur.

— Je suis votre patron, et c'est moi qui décide.

Chapitre 3

Camilla

Me voilà dans une Mercedes-Benz Classe, une voiture dans laquelle je ne m'étais jamais imaginé monter. J'ai été contrainte de monter à cause de mon patron. Je suis assise, la tête tournée vers la fenêtre, contemplant le paysage qui s'offre à moi.

Après trente minutes de route, le chauffeur de M. Williams rompt le silence.

- Mademoiselle, vous pouvez me dire où se situe votre quartier ?

- Ah oui, c'est le quartier à droite, mais laissez-moi là.

- C'est prudent ? demande mon patron.

- Oui, monsieur.

- D'accord. À demain, alors.

- À demain, M. Williams. Au revoir, monsieur, dis-je en m'adressant au chauffeur.

- Au revoir, mademoiselle.

Je descends de la voiture et marche tranquillement quand j'entends des cris. C'est Emma, la seule amie que je me suis faite ici.

- Non mais dis-moi que je rêve, Cami. C'est toi qui es descendue de cette caisse ? Ou est-ce que j'ai halluciné ?

- Bonsoir, Emma. Je vais bien et j'ai passé une très belle journée.

- Je me fous que tu aies passé une très belle journée, réponds-moi, dit Emma avec une touche d'amusement et de sérieux.

- Oui, c'était moi.

- Je veux tous les détails, dit-elle, surexcitée.

- Entrons, je vais te raconter, dis-je en libérant le passage pour la laisser entrer dans le salon.

À peine ai-je fermé la porte qu'Emma me bombarde de questions.

- Tu as été embauchée ?

- Oui.

- Félicitations.

- Merci.

- Ton patron est jeune ou vieux ? Il est brun, blond ou roux ? Il s'appelle comment ? Je le connais ? Il est connu ? Grand ou petit ?

- Emma, doucement. Mon patron est jeune, il est brun. Oui, tu le connais, tu me parles tout le temps de lui. Il est connu dans le monde entier et c'est...

- AARON WILLIAMS !!! me coupe-t-elle.

- Tu as répondu à ta question.

- Putain ! Dis-moi, il est gentil ?

- Gentil ? Il est désagréable, mais bon, il ne faut pas juger les gens à première vue.

- Et c'est lui qui est venu te déposer ?

- Oui.

- Il était dans la voiture ?

- Évidemment, Emi.

- Et je peux savoir comment tu as atterri dans sa voiture ?

- Il a failli me renverser.

- J'y crois pas ! Et dis-moi, tu as rencontré sa petite sœur ?

On ne me demande même pas si je vais bien...

- Parce qu'il a une petite sœur ?

- Oui, c'est la DRH.

- Ah oui, elle a eu un empêchement aujourd'hui et elle n'a pas pu venir.

- Donc qui t'a prise pour ton entretien ?

- C'est Aaron Williams.

- Si tu savais son âge, tu n'y croiras pas.

- Il a quel âge ?

- Il a vingt-cinq ans. Enfin, il va avoir vingt-cinq ans samedi prochain.

- Vingt-cinq ans ?! Attends, tu es en train de me dire qu'il a vingt-quatre ans actuellement ?

- Oui, nous avons le même âge que lui.

J'ai le même âge que mon patron, c'est un peu débile, non ?

- Vingt-cinq ans et milliardaire ? m'écriai-je.

- Oui, c'est incroyable, n'est-ce pas ?

- Oui.

- Tu sais, ce mec est l'un des hommes les plus froids et arrogants qui existent sur cette terre.

- Ah bon ?

- Oui.

- Et comment le sais-tu ?

- C'est le magazine People qui le dit, dit-elle en me tendant le magazine.

C'est donc ça qu'elle avait en main.

- Demain, je le lirai.

- Ok, je t'ai pris assez de temps. Va te coucher, la journée de demain sera longue avec le beau gosse Aaron Williams.

Je lève les yeux au ciel en soupirant.

- À demain, Emma.

- Oui, tu me diras comment ça s'est passé.

- Pas de problème.

Je vais prendre une douche et me coucher, mais le sommeil ne vient pas de sitôt. Les mots d'Emma sont encore dans ma tête.

« Ce mec est l'un des hommes les plus froids et arrogants qui existent sur cette terre. »

Putain...

---

Aaron

Ça va maintenant faire une semaine que Camilla travaille pour moi. Je me dois de l'avouer, même si ça me surprend : elle fait du très bon boulot. Je vois bien que tout le travail que je lui donne l'agace, mais moi, ça m'amuse.

Je cherche un moyen de l'agacer encore plus. Mais oui, je vais insister sur ses horaires d'arrivée au travail. Je vais lui donner des heures très tôt, et si elle vient en retard, je vais le lui faire payer. Par exemple, je vais lui donner 7 h 45. Si elle vient à 7 h 46 ou à 7 h 44, elle aura affaire à moi. Oui, je sais, je suis sadique parfois, mais je suis le boss après tout, et je vais profiter de ce titre, voire exagérer avec ce titre.

Mon téléphone fixe se met à sonner. Sûrement la fille qui me sert de secrétaire.

- Oui, dis-je froidement à l'appareil.

- M. Williams, c'est Mademoiselle Ma...

- Oui, je sais. Qu'est-ce qu'il y a ?

- M. Adams veut vous voir. Je le fais entrer ?

- Évidemment. Regardez sur votre liste. Il est dans mes prioritaires. La prochaine fois, avant de me poser une question aussi idiote, consultez vos dossiers.

- Désolée, monsieur. Je le fais entrer.

Je raccroche et je ne peux m'empêcher de sourire en mettant ma main derrière ma nuque et en m'appuyant sur mon fauteuil.

Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvre et Austin fait son apparition.

- Au sourire qui trône sur ton visage, j'imagine toutes les méchancetés que tu lui as dites au téléphone, dit-il en s'asseyant dans l'un de mes canapés.

- Tu exagères là, dis-je en allant le rejoindre.

- Arrête de mentir, mec. Si tu voyais son visage se décomposer à chaque parole que tu prononçais...

- Tu veux boire quelque chose ?

- Ça va. Mais ça m'étonne qu'elle soit encore là.

- Ne t'inquiète pas, j'ai ma petite idée en tête pour ça.

- Tu es vraiment mauvais, dit Austin avec un sourire.

- Merci pour ton compliment.

---

Camilla

Non mais ?! Il se prend pour les fesses du pape ? J'y crois pas. Il m'a dit que ma question était idiote ? Il est vraiment... argh ! Il n'y a pas de mot pour décrire le sentiment que je ressens en ce moment. J'ai une envie de meurtre parce que je sens que je vais finir par le tuer un de ces quatre s'il n'arrête pas son arrogance. Il a vraiment eu de la chance que son ami soit là, sinon un juron m'aurait échappé. Il est vraiment culotté, ce gars. Et à mon plus grand désespoir, je dois aller déposer un putain de dossier pour qu'il le signe et ensuite l'envoyer au service des ressources humaines.

Je me lève, hésitante, de mon fauteuil et prends le dossier qui va me coûter cher.

Je marche jusqu'au bureau du GRAND ROI et croise Marisela.

- Où vas-tu si énervée comme ça ? demande cette dernière avec amusement.

Ça se voit tant que ça ?

- Je vais donner ce dossier à M. Williams.

- Ah, bonne chance.

- J'en ai besoin.

Arrivée devant la porte du boss, je prends une bonne inspiration et toque à la porte.

Aucune réponse.

Je toque une nouvelle fois.

Aucune.

J'entre dans le bureau et très vite, je le regrette.

- Qui vous a dit d'entrer ?! dit Aaron Williams, énervé.

Il se fout de ma gueule ?!

- Je... j'ai toqué et personne n'a répondu, et...

- Et donc vous êtes entrée.

- Je... je me suis dit que vous n'étiez pas là, donc j'allais laisser le dossier sur la table et m'en aller.

- Mais bon sang, mademoiselle Maley, vous croyez que je ne vous aurais pas prévenue ?

- Désolée, monsieur.

La deuxième fois que je m'excuse en deux minutes, un vrai record.

- Montrez-moi ce dossier et après vous vous en irez.

Tiens, son ami est toujours là ? Je lui montre le dossier et il commence à lire.

- Et qu'est-ce que je suis censée faire ?

Tu es aveugle ou quoi ?

- Vous devez le signer.

- Apportez-moi mon stylo sur mon bureau.

Pas même un « s'il vous plaît » ? Non, parce que monsieur est allergique et je ne suis pas sa boniche. Nous avons le même âge, pour le moment.

- Qu'est-ce que vous attendez ?

C'est là que je me rends compte que je suis toujours plantée là. Si ça ne tenait qu'à moi, je resterais, mais à cause de son ami, je vais lui donner son fichu stylo. Il a des pieds, il peut aller les chercher lui-même s'il est trop fâché.

- Tenez.

- Et maintenant, sortez.

Oh oui, je le ferai sans hésiter.

- Très bien, monsieur.

Je sors et je râle.

- Argh, il m'énerve, dis-je en me fichant que je sois devant sa porte.

- Qu'est-ce qu'il a encore fait ? dit Kathy avec un sourire.

- Je sens que je vais commettre un meurtre. Oui, là, c'est sûr, dis-je, ce qui déclenche le rire de Kathy.

- Allons dans ton bureau avant que tu ne mettes ton idée à exécution, dit Kathy en passant son bras autour de mon épaule.

Ça va arriver, oui, je le sens...

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