Chapitre 2

Au bout d'un moment, Liam Lancaster perçut une anomalie. Le corps contre lequel il s'acharnait avait cessé de résister. Une tiédeur humide glissa sur sa joue. Son souffle s'étrangla, il recula le visage. Ses paupières à elle demeuraient closes, et deux traînées salées descendaient lentement le long de son visage inerte. Cette immobilité le frappa comme une gifle. Il desserra ses doigts crispés dans son dos, puis relâcha sa prise sur sa nuque, s'écartant d'elle comme s'il s'était réveillé d'un cauchemar.

La pluie martelait le sol avec une violence accrue, et les éclairs éclataient dans le ciel comme des lames de métal. En la regardant, il sentit une déflagration lui déchirer la poitrine, comparable à une foudre intérieure qui aurait pulvérisé tout ce qu'il était. Aucune parole ne montait à ses lèvres. Il resta planté là, vidé, incapable de comprendre comment en était-il arrivé là.

Elle devina qu'il n'oserait plus avancer. Ses paupières se soulevèrent, dévoilant un regard noyé de larmes, chargé d'horreur et de répulsion. Elle s'approcha d'un pas fébrile et abattit sa main sur sa joue, un claquement sec déchirant le tumulte de la pluie. Puis elle s'élança dans la nuit, fuyant à travers l'averse comme si la tempête elle-même lui ouvrait le passage. Ses pieds glissèrent soudain dans un amas de brindilles tombées d'un arbre, et elle s'écrasa sur le sol détrempé. Ses genoux s'ouvrirent, sa paume droite se déchira, mais elle se releva aussitôt, sourde à la douleur, et reprit sa course vers la grille métallique. Les rafales glaciales la fouettaient, mais elle ne sentait rien, tant l'angoisse la consumait. Chaque pas semblait une lutte pour échapper à une ombre infernale qui lui soufflait dans le dos.

Liam Lancaster suivait des yeux son sillage brisé. Lorsqu'il la vit heurter le trottoir et s'écorcher, ses jambes se tendirent, prêtes à courir vers elle. Mais elle se redressa avant qu'il ne fasse un pas et disparut dans la pluie. Une douleur sourde l'envahit en la voyant s'éloigner, ensanglantée, vacillante, balayée par l'orage. Il demeura immobile, terrifié à l'idée d'empirer encore ce qu'il venait de provoquer.

Yara parker parvint finalement au portail du manoir. Dès qu'elle aperçut sa voiture, elle s'y glissa, ferma la portière avec fracas et démarra à toute allure. Après quelques dizaines de mètres, elle se rangea brusquement sur le bas-côté. Elle resta là, la tête posée contre le volant, secouée de spasmes, les sanglots éclatant comme des hoquets de douleur.

Elle resta longtemps ainsi, tordue par des pleurs qui lui enflammaient le visage. Ses yeux enflés, ses traits tirés, sa peau encore trempée par la pluie : elle avait l'air d'une âme égarée qui ne savait plus où poser ses pas. Rien ne semblait l'ancrer quelque part.

Depuis la mort de Lucas Lancaster, son esprit n'avait plus trouvé de repère. Elle n'avait que vingt ans, à l'époque ; elle aurait pu rebâtir sa vie autrement, s'écarter de ce monde qui l'engloutissait. Pourtant, elle s'était vouée corps et âme à tout ce qu'il avait laissé : les êtres qu'il aimait, les projets qu'il n'avait pas eu le temps d'achever. Elle l'aimait encore avec une force intacte, comme si sa disparition n'avait fait qu'amplifier son attachement. Un frisson la saisit. Elle monta le chauffage, cherchant un semblant de chaleur. Puis elle redémarra, prenant la route vers la résidence actuelle des Lancaster.

Quand elle arriva, il était près de trois heures du matin. Le gardien la reconnut, ouvrit le portail et se tint à l'écart. Elle gara la voiture et sortit. Une bourrasque glacée s'enroula autour d'elle, la secouant jusqu'aux dents. Elle croisa les bras contre sa poitrine et traversa la villa en tremblant, monta l'escalier à vive allure, et pénétra dans sa chambre. Les clés de la voiture atterrirent sur le lit dans un cliquetis. Elle fonça dans la salle de bain, ouvrit la douche et se plaça sous l'eau brûlante.

En fermant les yeux, les images de ce qui s'était passé plus tôt jaillirent malgré elle. Une grimace de dégoût lui déforma le visage. Elle attrapa un flacon sur l'étagère, le dévissa et déversa la mousse sur sa peau qu'elle frotta avec frénésie, comme si elle tentait d'arracher quelque chose incrusté dans sa chair. Ses doigts s'acharnaient, son souffle saccadé, et les larmes reprirent, silencieuses. Elle leva les yeux vers le miroir embué en face d'elle. Son regard se focalisa sur sa bouche ; elle la frotta avec ses mains tremblantes, incapable d'échapper à l'impression d'un contact qu'elle voulait effacer.

Lorsqu'elle sortit enfin de la salle de bain, enveloppée dans un peignoir, elle s'assit lourdement au bord du lit. Son regard tomba sur un cadre en bois posé sur la table de nuit : leur photo de mariage.

Elle y apparaissait vêtue d'une robe blanche éclatante, l'air rayonnant. À ses côtés, Lucas Lancaster portait son smoking noir avec une élégance sans effort. Ils se regardaient avec une tendresse si vive qu'elle semblait traverser l'image. Ses mains à lui étaient posées sur sa taille, tandis que les siennes reposaient sur sa poitrine comme une promesse faite en silence.

Elle prit la photo entre ses doigts tremblants. Sa voix, presque étranglée, franchit ses lèvres.

« Pourquoi m'as-tu abandonnée ? »

Ses sanglots l'étoufaient.

« Tu avais juré de rester près de moi... de ne jamais me laisser seule. Tu m'avais dit que tu me protégerais, que nous vieillirions ensemble. Je t'ai cru. Alors pourquoi ? Pourquoi m'avoir laissée ? Je... je te hais, Lucas Lancaster ! Je te hais ! »

Elle serra le cadre contre elle, les yeux clos.

« Tu me manques... tellement... Reviens. Reviens, je t'en supplie... Lucas Lancaster... »

À bout de forces, vaincue par la nuit, elle s'allongea. Les jambes repliées, le cadre contre son cœur, elle s'endormit en murmurant encore son nom.

Chapitre 3

Onze ans plus tôt...

Dans l'ancien domaine des Lancaster, le jour se levait à peine lorsque la famille se réunit dans le vaste salon, où l'on débattait avec animation des préparatifs d'une célébration à venir. L'endroit, lumineux et solennel, donnait l'impression d'un musée habité : un canapé de cuir immaculé formait un îlot au centre, flanqué d'une table basse finement ciselée ; un lustre étincelant étendait au plafond un réseau de cristaux étagés ; les murs, constellés de toiles rares, brillaient sous de petites appliques dont la lueur douce soulignait chaque détail. Dans les coins s'alignaient divers objets d'art ; des vitrines de bois sombre exhibaient des collections minutieusement rangées ; les grandes baies vitrées engloutissaient le soleil matinal, répandant une clarté chaleureuse sur toute la pièce.

Ce jour marquait le cinquante-cinquième anniversaire de mariage du couple vénérable, et leurs fils avaient décidé d'en faire un événement digne de leur long chemin parcouru ensemble. L'enthousiasme circulait dans la pièce comme un souffle discret.

Logan Lancaster, l'aîné du clan, et son épouse Laura Lancaster occupaient la place centrale du canapé. À leur droite se trouvaient leur fils ainé, Landon Lancaster, et sa femme Lila Lancaster ; à gauche, le cadet, Leonard Lancaster, accompagné de Hannah Lancaster. Debout derrière eux, attentifs comme des statues, l'assistant Xavier Doyle, le majordome Xander Duke et deux domestiques suivaient la conversation d'une oreille tendue, conscients que les jours suivants seraient chargés de préparatifs.

« Père, mère, que diriez-vous de célébrer votre anniversaire de mariage avec éclat ? » demanda Landon Lancaster, presque solennel. « Devons-nous maintenir l'idée d'une grande réception ? »

À cette simple question, chacun vit l'expression de l'ancien Lancaster se transformer. On aurait dit qu'il s'apprêtait à avaler une bouchée de quelque chose d'amer.

« Quelle absurdité ! » éclata Logan Lancaster. « Pourquoi poser pareille question ? Une fête s'impose, évidemment ! Sans notre union, aucun de vous ne serait là. »

Comme toujours, son audace plongea l'assemblée dans un silence perplexe. Habituée à ses provocations, Laura Lancaster demeura impassible. Son mari avait un talent particulier pour retourner toute situation à son avantage et pour déstabiliser ses fils à coup de remarques piquantes.

Landon Lancaster se renfrogna intérieurement.

Lila Lancaster détourna les yeux.

Leonard Lancaster se mordit la langue.

Hannah Lancaster ne dit rien.

Les domestiques échangèrent des regards gênés.

La personnalité de Logan Lancaster, aussi vive que changeante, faisait de lui un homme redouté autant qu'admiré. Sous un bon jour, il rayonnait d'une gentillesse presque candide ; contrarié, il devenait intraitable, et même ses fils - pourtant des figures puissantes et respectées - n'osaient jamais s'opposer frontalement à lui.

Malgré ses humeurs, il demeurait le pilier de la famille, aimant d'une affection sincère ses enfants et sa femme, à qui il accordait une fidélité farouche. À ses côtés, Laura Lancaster, d'une grâce sereine, incarnait la douceur disciplinée. Elle seule savait calmer ce lion vieillissant, le transformant, lorsqu'elle le jugeait nécessaire, en un époux docile.

Les hommes de la lignée Lancaster étaient connus pour l'attachement indéfectible qu'ils portaient à leurs épouses. Dans cette famille, la loyauté conjugale semblait presque inscrite dans le sang, comme un trait transmis depuis plusieurs générations.

Après un moment de silence, Logan Lancaster observa chacun avec un air calculateur. « Puisque vous évoquez nos origines, il serait temps pour nous d'aller encore plus loin dans notre rôle de prédécesseurs. »

Des regards troublés s'échangèrent. Devant leur incompréhension, il se renfrogna. « Enfin ! Je veux dire ceci : nous aimerions voir nos arrière-petits-enfants avant de quitter ce monde. »

La tension retomba aussitôt ; tous respirèrent, soulagés de comprendre enfin où il voulait en venir.

« Père, vous savez bien que nous n'y pouvons rien », répondit Leonard Lancaster. « Nos enfants font tout pour éviter le sujet. Le mariage ne figure pas dans leurs priorités, alors des arrière-petits-enfants... c'est un rêve lointain. » Landon Lancaster acquiesça.

« Idiots ! » tonna Logan Lancaster. « Vous êtes incapables de persuader votre propre progéniture ! Qui donc parle de mariage ? Je n'exige rien de tel ! »

À nouveau, le silence s'abattit. Puis il ajouta, sans filtre : « Ils n'ont qu'à trouver une jeune femme et- Aïe ! »

Il n'eut pas le temps de finir. Laura Lancaster venait de lui pincer le bras si fort qu'il sursauta. « Tu vas arrêter immédiatement tes inepties ! Ne pousse pas mes petits-enfants à suivre ton exemple ! Cesse de les entraîner dans tes élans irresponsables ! »

Landon Lancaster baissa la tête, approuvant en silence.

Leonard Lancaster regretta d'avoir ouvert la bouche.

Les domestiques échangèrent un regard désespéré, comme s'ils auraient voulu se boucher les oreilles.

Logan Lancaster ravala toute réplique. Personne n'ignorait qu'il n'oserait jamais contredire sa femme sur ce sujet précis. Après tout, il l'avait mise enceinte avant leur mariage, et elle ne l'avait jamais totalement pardonné.

Sous les regards mi-amusés mi-respectueux de l'assistance, le vieil homme sentit son orgueil se froisser. Il lança un regard noir à ses fils, comme s'il leur parlait sans mots : Bande d'ingrats ! Si vous n'aviez pas été si pressés de naître, j'aurais pu profiter plus longtemps de ma vie amoureuse !

Les deux frères échangèrent un sourire narquois.

« Papa raconte n'importe quoi ! Si nous sommes arrivés si vite, c'est qu'il était très... passionné. »

« Vous deux... » murmura Logan Lancaster, les yeux rétrécis par une lueur inquiétante. « Je vous jure que vous le regretterez bientôt... hahaha ! »

Les deux fils frémirent en voyant cette expression malicieuse se dessiner sur son visage.

Landon Lancaster sentit un frisson lui parcourir l'échine.

Leonard Lancaster réprima un sanglot nerveux.

La pièce se remplit d'un silence où se mêlaient appréhension, tendresse et une complicité propre à la famille Lancaster, dont les éclats de voix n'effaçaient jamais l'affection profonde.

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Mariage de convenance avec mon jeune beau-frère : Aimer le mauvais homme

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