Chapitre 4
Le jour de la Saint-Valentin, Félix est encore parti sous prétexte qu’il avait quelque chose d’important à faire, et il a demandé à tout le monde de ne rien me dire.
Mais ce soir-là, j’ai reçu un message anonyme :
« Lien du direct : Mariage de Félix & Liliane. »
Quand j’ai cliqué, l’écran a affiché une scène de mariage somptueuse et solennelle.
La salle était remplie d’invités, tous étant les membres des mafias venus de Sicile.
À ce moment-là, j’ai eu l’impression que le sang dans mes veines s’était figé.
Il y avait trois mois, Liliane avait appris qu’elle était atteinte d’une maladie incurable.
Lors d’un dîner de famille, elle avait dit :
« Mon plus grand souhait, c’est de pouvoir me marier avec l’homme que j’aime, avant de mourir. »
À l’époque, je ne soupçonnais rien de particulier entre elle et Félix.
Je lui avais même souri pendant ce dîner, en lui demandant qui était son amoureux.
Puis elle m’avait regardée longuement et avait souri de manière énigmatique :
« Tu comprendras un jour. »
Plus tard, j’ai compris : l’homme qu’elle aimait, c’était Félix.
Je n’oublierai jamais ce jour de Saint-Valentin, où je me suis évanouie en larmes, pendant que Félix se tenait aux côtés de Liliane.
Il est resté avec elle, sur une île privée qui portait son nom, lui faisant une promesse solennelle.
Heureusement, tout cela va bientôt se terminer.
À ce moment-là, je venais à peine de rentrer chez moi, quand j’ai reçu un appel de Liliane.
« Sylvie, je suis vraiment désolée. Je ne pensais pas te croiser aujourd’hui. »
J’ai seulement souri ironiquement, sans répondre.
« Les Lemoine sont vraiment très gentils. M. Simon est même venu me voir en personne, et il a dit qu’il ferait tout pour trouver le meilleur médecin au monde pour me soigner. »
Elle a marqué une pause, avant d’ajouter d’un ton ambigu :
« Sylvie, si c’était moi qui entrais dans la famille Lemoine, ce serait merveilleux, n’est-ce pas ? »
Je lui ai répondu, d’un ton calme mais piquant :
« Bien sûr que c’est possible… à condition que tu en aies les moyens. Dans ce cas, je te félicite à l’avance. »
Après avoir raccroché, j’ai voulu la bloquer.
Mais par erreur, j’ai ouvert sa page personnelle.
Et là, j’ai vu qu’elle avait publié des photos de mon camping-car.
Elle disait que c’était une surprise que Félix lui avait faite.
Ce véhicule…
C’est moi qui l’ai monté, de mes propres mains.
Pendant un an, j’ai conçu les plans, commandé chaque pièce, tout assemblé, tout testé. Mon rêve, c’était de partir faire le tour du monde avec Félix quand nous aurions enfin du temps libre.
Et maintenant, il est devenu le camping-car de Liliane.
Dans les photos, elle se tenait devant le camping-car, souriante.
J’ai vu aussi son texte publié :
« Félix, merci pour cette merveilleuse surprise. Une fois que je serai guérie, nous partirons en voyage ensemble ! »
Mes doigts tremblaient légèrement.
Jamais je n’aurais cru que Félix lui offre ce que j’aimais le plus.
C’est alors que Céline, mon assistante, m’a appelée.
Elle était furieuse :
« Sylvie, qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi Liliane possède ton camping-car ? »
« Elle ne le mérite pas ! »
« Tu as mis tant de temps à la concevoir, à tout ajuster… et elle, elle s’en empare comme si de rien n’était ? »
J’ai pris une profonde inspiration, essayant de garder un ton calme :
« Ce n’est plus si important maintenant. »
« Pas important ?! »
Céline a frappé sur la table.
« Si ce n’était vraiment pas important, tu aurais dû faire exploser ce camping-car ! »
« Liliane est vraiment sournoise ! Elle se sert de sa maladie pour voler le mec des autres, et même ta voiture ?! »
« Et qui te dit qu’elle est vraiment malade ? Peut-être qu’elle simule, non ?! »
« Je vais faire enquêter, voir si elle a vraiment une maladie incurable ! »
« Et Félix, ce salaud… jusqu’à quand compte-t-il continuer à te mentir ? »
J’ai répondu doucement :
« Pas pour longtemps. Le mariage est bientôt. »
C’est alors qu’une voix glaciale m’a interrompue :
« Mariage ? Quel mariage ? »
C’était Félix.
Chapitre 5
« Oh, rien. Je viens juste d’entendre une histoire… Un homme a caché à sa petite amie qu’il allait se marier avec la meilleure amie de celle-ci. »
« Ma copine vient de dire que cet homme était vraiment ignoble… La pauvre fille a été trahie sans même le savoir. »
Contre toute attente, Félix a explosé :
« Votre discussion est vraiment stupide ! »
« Et si cet homme avait ses raisons ? Et si ce mariage n’était qu’une mascarade pour exaucer le dernier vœu d’une personne mourante ? »
En le voyant parler avec autant d’émotions, j’ai eu envie de rire.
Je me suis dit qu’en fait, même après toutes ces années passées ensemble, je ne l’avais jamais vraiment connu…
Et comme toujours, Félix a ressorti son vieux stratagème.
Il m’a prise dans ses bras et a embrassé mon front.
« Sylvie, qu’est-ce qui t’arrive ces derniers temps ? Tu es toujours froide avec moi… »
« Arrête de douter pour des broutilles. On a passé tant d’années ensemble, tu sais à quel point je t’aime, non ? »
« Dès que Liliane sera prise en charge correctement, on se marie, d’accord ? »
En disant cela, Il a mis sa main sur mon corps, cherchant à caresser ma poitrine :
« Chérie, ça fait longtemps qu’on n’a pas fait l’amour… »
« Désolée, j’en ai pas envie. Et ce soir, je préfère dormir seule. »
Face à ses gestes affectueux, je n’éprouvais plus que du dégoût.
Donc, Je l’ai repoussé sans hésiter.
Je me suis retournée et j’ai refermé la porte de la chambre derrière moi.
Le lendemain matin, j’ai été réveillée par un bruit strident.
Un camping-car, familier, était garé dans la cour. Le soleil brillait sur sa carrosserie flambant neuve, la faisant étinceler.
C’était ma voiture, celle que j’avais moi-même montée, et qui appartenait désormais à une autre.
Liliane était au volant, lunettes de soleil sur le nez.
Elle a agité les clés en souriant, puis m’a dit avec un air triomphant :
« Sylvie, est-elle belle, cette voiture ? C’est un cadeau de Félix ! »
En la regardant, je ne comprenais plus comment mon amie d’autrefois avait pu devenir aussi dégoûtante.
Elle est descendue du véhicule, perchée sur ses talons aiguilles, et s’est approchée de moi pas à pas.
« Tu sais, » m’a-t-elle dit, « Félix trouve que cette voiture me convenait mieux. »
Elle a passé sa main sur la carrosserie lisse, comme si elle caressait un trophée de luxe.
Je regardais ce camping-car.
Ce véhicule, je l’avais conçu et assemblé. Il portait mes rêves.
Et maintenant, Liliane voulait me voler cela.
En y pensant, j’ai ricané intérieurement.
C’est alors que Liliane m’a fourré soudain les clés dans la main.
Puis, elle a poussé un cri et s’est écroulée au sol comme si je l’avais poussée.
Au même moment, une voix familière a surgi derrière elle :
« Sylvie ! Pourquoi tu lui fais ça ?! »
Chapitre 6
Félix s’est avancé à grands pas, les yeux remplis de colère, comme si tout ce qui se passait était de ma faute.
« Elle le mérite ! Ce camping-car, c’est moi qui l’ai monté de mes propres mains ! Et maintenant, c’est elle qui en profite ?! »
En entendant mes paroles, Félix a perdu complètement le contrôle et m’a giflé en plein visage.
Un silence glaçant régnait.
Ressentant une douleur brûlante sur le visage, j’ai dû m’efforcer à retenir mes larmes.
Je l’ai fixé, une main sur la joue, à la fois choquée et anéantie.
D’une voix tremblante, j’ai murmuré :
« Félix… tu m’as frappée à cause d’elle ? Ce véhicule, c’est moi qui l’ai conçu et monté ! Qu’est-ce qu’elle a fait, elle ? Rien ! Elle ne fait qu’utiliser la compassion des autres pour tout s’approprier sans aucun scrupule ! »
Félix est resté figé, comme s’il ne s’était jamais attendu à m’entendre parler ainsi :
« Sylvie, qu’est-ce que tu es devenue ? Où est la Sylvie gentille que je connaissais ? »
« Tu as tout : l’argent, le statut, la liberté… Tu pourrais être un peu plus indulgente, non ? »
Puis il a pris Liliane dans ses bras, qui était pâle comme un linge.
« Regarde ce que tu as fait ! À cause de toi, son état vient d’empirer. Elle veut juste réaliser un rêve avant de mourir, c’est trop demander ? »
Mes doigts tremblaient de rage.
J’ai éclaté de rire, froidement, en plantant mon regard dans le sien :
« Oui, c’est trop demander. »
« Félix, tu sais très bien ce que j’ai sacrifié pour construire ce camping-car. J’ai passé des nuits blanches à dessiner les plans, à assembler les pièces. Mes mains ont été couvertes de cambouis. Et j’ai ajusté chaque vis, chaque pièce du moteur, du châssis… Cette voiture, c’est mon œuvre, c’est comme mon enfant ! »
« Et maintenant, tu me dis que je dois la lui donner ? »
« Si elle veut réaliser un rêve, elle doit se sacrifier ! Pourquoi devrait-elle voler celui de quelqu’un d’autre ?! »
Je pourrais abandonner facilement un homme.
Mais jamais je ne laisserai Liliane s’approprier le fruit de ma passion.
Félix m’a regardée, les yeux pleins d’émotions, comme s’il ne reconnaissait plus la femme en face de lui.
Finalement, il a lancé froidement :
« Tu as changé. »
Puis il est parti, Liliane dans les bras, sans se retourner.
Et moi… j’étais tellement en colère que j’en ai fait une crise cardiaque.
Je me suis effondrée au sol, le cœur douloureux, et a murmuré d’une voix désespérée :
« Félix… sauve-moi… »
Mais il ne s’est jamais retourné.
Quand j’ai rouvert les yeux, j’étais à l’hôpital.
Un homme me tenait dans ses bras, et dans cette étreinte, j’ai senti un peu de chaleur revenir.
« Sylvie, je t’emmène à la maison. Notre maison. »
C’était Nolan.
Je me suis laissé aller dans ses bras, les paupières closes, en répondant doucement :
« D’accord. »
Ce jour-là, j’ai compris qu’il était possible que tout espoir s’effondre en un seul instant.