Chapitre 2
Après avoir raccroché, je suis descendue seule de la montagne pour retourner chez nous.
Je suis allée voir la grand-mère de Félix. Elle avait été dans la même troupe de ballet que ma grand-mère. Donc, elles étaient très proches et leur amitié était profonde.
Quand j'avais huit ans, on m'a diagnostiqué une grave maladie cardiaque.
La famille Lemoine gérait le meilleur hôpital privé du nord, alors mes parents m'y ont envoyée pour me soigner.
Les parents de Félix m'ont traitée comme leur propre fille.
Sa grand-mère m'a personnellement enseigné les règles et les valeurs de la famille. Elle a même laissé entendre que je deviendrais un jour la maîtresse des Lemoine.
Mais ce soir, tout cela touchait à sa fin.
Je me suis tenue devant elle, légèrement inclinée, en disant à voix basse :
« Grand-mère, je vais partir. »
Elle m'a regardée, les yeux remplis de tendresse et de tristesse :
« Ma petite, tu as trop souffert. »
Après un long soupir, elle a sorti de sa manche une bague ornée d'une émeraude et l'a glissée doucement à mon annulaire.
« Porte-la, Sylvie. Où que tu sois, tu feras toujours partie de la famille Lemoine. »
J'ai baissé les yeux pour regarder la bague, le cœur plein de sentiments mêlés.
Félix, quant à lui, n'était toujours pas rentré cette nuit-là.
À quatre heures du matin, j'ai soudain reçu un message de Liliane :
« Tu es l'homme que j'adore le plus. Merci de m'avoir accompagnée pour regarder les étoiles filantes. Tu es ma raison de vivre. »
Avec ce message, une photo était jointe.
Il s'agissait d'une pluie d'étoiles filantes.
Sous le ciel, Félix et Liliane, souriant, se sont blottis l'un contre l'autre, main dans la main.
Mais quelques secondes plus tard, Liliane a supprimé le message et m'a renvoyé deux autres :
« Désolée Sylvie, je me suis trompée de destinataire. »
« Félix a dit que cette photo représente beaucoup pour lui, donc il m'a demandé de lui envoyer cela. Tu ne m'en veux pas, j'espère ? »
Je n'ai pas répondu. Je n'ai même pas pris la peine de regarder la photo une seconde fois.
J'ai simplement éteint mon téléphone.
Cette nuit-là, j'ai préparé ma valise, parce que je m'étais décidée à partir.
Le lendemain, à midi, Félix est enfin rentré à la maison.
« Sylvie, l'état de Liliane était très grave hier soir, je n'ai pas eu d'autre choix que de rester avec elle. »
En parlant, il m'a tendu une élégante boîte.
« Chérie, c'est le cadeau que j'avais préparé pour notre anniversaire. Je me souviens que tu voulais exactement ce modèle de collier. »
J'ai ouvert la boîte : c'était un collier en diamants qui étincelait.
Mais je reconnaissais ce modèle.
Liliane avait un collier similaire. Cependant, le sien était d'une qualité encore supérieure, et valait plus cher.
Félix, voyant que je ne montrais aucune émotion, s'est mis à parler avec plus d'inquiétude :
« Sylvie… tu n'es pas fâchée, j'espère ? »
Je lui ai souri, mais ma voix était glaciale :
« Liliane est malade. C'est normal que tu prennes soin d'elle. »
Félix a soupiré :
« Je suis content que tu comprennes… Après tout, on a encore toute une vie devant nous. Mais Liliane, elle n'a plus beaucoup de temps. Elle a encore tant de rêves à réaliser… »
Il s'est interrompu brusquement, les yeux rougis par l'émotion.
Je l'ai regardé avec un sourire moqueur :
« Puisque tu t'inquiètes autant pour elle, alors reste auprès d'elle. Je ne t'en veux pas. Après tout, elle est presque morte. »
« Mais si elle est morte, ne va pas pleurer devant sa tombe. Je n'ai pas envie de t'attendre seule. »
Puis, je me suis tournée pour partir.
Mais Félix m'a soudain saisie le poignet avec force.
« Sylvie, qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
Chapitre 3
« Tu es jalouse, quand même ? Liliane est malade, et c’est toi qui m’as toujours dit de bien m’occuper d’elle, non ? Maintenant que je le fais, tu n’es plus satisfaite, pourquoi ? »
Voyant que je suis restée silencieuse, il a parlé d’un ton péremptoire :
« Sylvie, calme un peu. C’est ta meilleure amie, tu veux que je sois gentil avec elle, n’est-ce pas ? Je suis juste allé voir les étoiles filantes avec elle, pourquoi ça te rend si mécontente ? »
À ce moment-là, je n’avais plus de mots :
« Félix, tu es vraiment un homme généreux. »
Félix a froncé les sourcils, prêt à se justifier, mais son téléphone a sonné de nouveau.
Il jeta un œil à l’écran, puis a relevé la tête pour me dire :
« Sylvie, je pars en déplacement ces prochains jours et ne rentrerai pas. Prends soin de toi à la maison. »
Je lui ai répondu vaguement, en pensant :
« Parfait, plus tu restes loin, plus je suis satisfaite. »
Le lendemain matin, j’ai mis une robe élégante et je me suis rendue au manoir de la famille Lemoine pour faire mes adieux.
Dans le grand salon, les aînés de la famille étaient rassemblés autour d’une longue table, discutant des affaires.
Je me suis inclinée devant le père de Félix :
« M. Simon, merci pour tout ce que vous avez fait pour moi pendant toutes ces années. Je suis venue aujourd’hui pour vous dire au revoir. »
Les discussions ont immédiatement cessé.
Un silence mort régnait dans le salon.
La mère de Félix m’a regardée, l’air inquiète :
« Sylvie, que se passe-t-il ? Pourquoi veux-tu partir si soudainement ? »
Mais le père de Félix a frappé violemment la table :
« Et Félix ? Pourquoi n’est-il pas revenu avec toi ?
« Il t’a fait du mal, c’est ça ? »
Avant que je puisse leur répondre, on a entendu des pas à l’entrée.
Félix est entré, accompagné de Liliane.
« Sylvie ? Que fais-tu ici ? »
La façon dont Liliane parlait donnait presque l’impression que c’était elle la belle-fille de la famille Lemoine.
J’ai souris doucement et répondu d’un ton détaché :
« Je n’ai pas besoin de t’expliquer où je vais. »
Puis, je me suis tournée vers la sortie.
Félix, réalisant enfin la situation, m’a rattrapée aussitôt.
« Sylvie, ne te méprends pas. J’ai ramené Liliane aujourd’hui pour que mes parents l’aident à trouver un bon médecin. »
« Tu n’es pas vraiment fâchée ? Tu as toujours souhaité que Liliane aille mieux, non ? Elle est malade, je l’amène ici pour la soigner, c’est normal, n’est-ce pas ? »
Quand j’ai entendu cela, une image m’a traversé soudain l’esprit.
Félix, qui avait 16 ans, lors de notre voyage au Japon, m’avait fait une promesse sur le Mont Fuji, une montagne enneigée.
Il avait dit que m’épouser était le souhait de sa vie, et que je serais la future maîtresse de la famille Lemoine.
Néanmoins, maintenant, il voulait intégrer une autre femme à cette famille.
Il avait même menti en disant qu’il partait en déplacement.
J’ai laissé échapper un petit rire.
Tout cela me semblait tellement absurde.
Voyant que je ne disais toujours rien, Félix a ajouté :
« Sylvie, tu ne vas pas être aussi mesquine ? »
Je l’ai regardé calmement. Ses mots me paraissaient à la fois absurdes et attristants.
Puis, Félix m’as prise dans ses bras et a déposé un baiser sur mon front :
« Rentre chez nous et attends-moi là-bas. »
Lorsqu’il est parti, j’ai levé la main pour essuyer soigneusement mon front.
Il m’a écœurée.
Chapitre 4
Le jour de la Saint-Valentin, Félix est encore parti sous prétexte qu’il avait quelque chose d’important à faire, et il a demandé à tout le monde de ne rien me dire.
Mais ce soir-là, j’ai reçu un message anonyme :
« Lien du direct : Mariage de Félix & Liliane. »
Quand j’ai cliqué, l’écran a affiché une scène de mariage somptueuse et solennelle.
La salle était remplie d’invités, tous étant les membres des mafias venus de Sicile.
À ce moment-là, j’ai eu l’impression que le sang dans mes veines s’était figé.
Il y avait trois mois, Liliane avait appris qu’elle était atteinte d’une maladie incurable.
Lors d’un dîner de famille, elle avait dit :
« Mon plus grand souhait, c’est de pouvoir me marier avec l’homme que j’aime, avant de mourir. »
À l’époque, je ne soupçonnais rien de particulier entre elle et Félix.
Je lui avais même souri pendant ce dîner, en lui demandant qui était son amoureux.
Puis elle m’avait regardée longuement et avait souri de manière énigmatique :
« Tu comprendras un jour. »
Plus tard, j’ai compris : l’homme qu’elle aimait, c’était Félix.
Je n’oublierai jamais ce jour de Saint-Valentin, où je me suis évanouie en larmes, pendant que Félix se tenait aux côtés de Liliane.
Il est resté avec elle, sur une île privée qui portait son nom, lui faisant une promesse solennelle.
Heureusement, tout cela va bientôt se terminer.
À ce moment-là, je venais à peine de rentrer chez moi, quand j’ai reçu un appel de Liliane.
« Sylvie, je suis vraiment désolée. Je ne pensais pas te croiser aujourd’hui. »
J’ai seulement souri ironiquement, sans répondre.
« Les Lemoine sont vraiment très gentils. M. Simon est même venu me voir en personne, et il a dit qu’il ferait tout pour trouver le meilleur médecin au monde pour me soigner. »
Elle a marqué une pause, avant d’ajouter d’un ton ambigu :
« Sylvie, si c’était moi qui entrais dans la famille Lemoine, ce serait merveilleux, n’est-ce pas ? »
Je lui ai répondu, d’un ton calme mais piquant :
« Bien sûr que c’est possible… à condition que tu en aies les moyens. Dans ce cas, je te félicite à l’avance. »
Après avoir raccroché, j’ai voulu la bloquer.
Mais par erreur, j’ai ouvert sa page personnelle.
Et là, j’ai vu qu’elle avait publié des photos de mon camping-car.
Elle disait que c’était une surprise que Félix lui avait faite.
Ce véhicule…
C’est moi qui l’ai monté, de mes propres mains.
Pendant un an, j’ai conçu les plans, commandé chaque pièce, tout assemblé, tout testé. Mon rêve, c’était de partir faire le tour du monde avec Félix quand nous aurions enfin du temps libre.
Et maintenant, il est devenu le camping-car de Liliane.
Dans les photos, elle se tenait devant le camping-car, souriante.
J’ai vu aussi son texte publié :
« Félix, merci pour cette merveilleuse surprise. Une fois que je serai guérie, nous partirons en voyage ensemble ! »
Mes doigts tremblaient légèrement.
Jamais je n’aurais cru que Félix lui offre ce que j’aimais le plus.
C’est alors que Céline, mon assistante, m’a appelée.
Elle était furieuse :
« Sylvie, qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi Liliane possède ton camping-car ? »
« Elle ne le mérite pas ! »
« Tu as mis tant de temps à la concevoir, à tout ajuster… et elle, elle s’en empare comme si de rien n’était ? »
J’ai pris une profonde inspiration, essayant de garder un ton calme :
« Ce n’est plus si important maintenant. »
« Pas important ?! »
Céline a frappé sur la table.
« Si ce n’était vraiment pas important, tu aurais dû faire exploser ce camping-car ! »
« Liliane est vraiment sournoise ! Elle se sert de sa maladie pour voler le mec des autres, et même ta voiture ?! »
« Et qui te dit qu’elle est vraiment malade ? Peut-être qu’elle simule, non ?! »
« Je vais faire enquêter, voir si elle a vraiment une maladie incurable ! »
« Et Félix, ce salaud… jusqu’à quand compte-t-il continuer à te mentir ? »
J’ai répondu doucement :
« Pas pour longtemps. Le mariage est bientôt. »
C’est alors qu’une voix glaciale m’a interrompue :
« Mariage ? Quel mariage ? »
C’était Félix.