Chapitre 2
Clara hocha la tête, même si elle n'était pas certaine de l'être. Elle ne pouvait plus reculer. Elle avait promis à ses parents, elle avait accepté cette folie, et maintenant, elle devait aller jusqu'au bout. Quand la porte s'ouvrit doucement, elle prit une grande inspiration et entra dans la pièce.
Le bureau de Liam Whitmore était vaste et impressionnant, à l'image de l'homme qui y régnait. Les murs étaient recouverts de bibliothèques pleines de livres, tous soigneusement ordonnés, tandis qu'une grande fenêtre laissait entrer la lumière du matin, illuminant le vaste bureau de bois sombre au centre de la pièce. Et là, derrière ce bureau, se trouvait l'homme lui-même.
Liam Whitmore ne leva même pas les yeux quand Clara entra. Il était plongé dans des documents, les sourcils froncés, une main reposant sur son menton comme s'il analysait quelque chose de capital. Son visage était impassible, froid. Un masque parfait d'indifférence. Clara sentit une vague de malaise la traverser.
Elle se racla discrètement la gorge pour signaler sa présence, mais cela ne sembla pas l'affecter.
« Bonjour, » dit-elle enfin, sa voix plus tremblante qu'elle ne l'aurait voulu.
Lentement, Liam releva les yeux vers elle. Son regard était perçant, et pourtant dépourvu de chaleur. Il prit un instant pour la détailler, ses yeux passant des cheveux soigneusement coiffés de Clara à sa robe simple mais élégante. Pas un sourire, pas un mot d'accueil.
« Installez-vous, » dit-il finalement d'une voix froide, en désignant la chaise devant lui.
Clara hésita un instant, mais finit par s'asseoir, sentant le cuir frais de la chaise sous elle. Le silence s'éternisa, rendant l'atmosphère encore plus pesante. Clara se sentait comme une intruse dans ce monde de richesse et de pouvoir, une étrangère à la vie soigneusement contrôlée de cet homme.
« Nous savons pourquoi nous sommes ici, » déclara Liam, en posant un document sur la table avant de se redresser. « Ce mariage n'est rien de plus qu'un arrangement d'affaires. »
Son ton était détaché, presque mécanique, comme s'il récitait une leçon qu'il avait apprise par cœur. Cela fit mal à Clara, même si elle ne savait pas pourquoi. Après tout, n'était-ce pas exactement ce qu'elle avait accepté ? Un mariage sans amour, sans passion, un simple contrat pour sauver sa famille.
« Je comprends, » murmura-t-elle.
Liam hocha la tête, satisfait de sa réponse. « Très bien. Tout est déjà en place. Les avocats ont rédigé les termes du contrat. Vous le lirez, le signerez, et l'argent sera transféré à votre famille dans les vingt-quatre heures. »
Clara fixait le document posé devant elle. Tout semblait si rapide, si irréel. Elle n'avait même pas eu le temps de se préparer mentalement à ce qui allait suivre. La signature de ce contrat allait sceller son destin pour au moins une année. Une année entière à être l'épouse de cet homme glacial.
« Je ne suis pas une femme qui se laisse impressionner facilement, monsieur Whitmore, » déclara-t-elle, en le regardant droit dans les yeux, tentant de retrouver un semblant de contrôle dans cette situation. « Mais j'aimerais poser une question avant de signer. »
Liam arqua un sourcil, visiblement surpris par son ton assuré. « Allez-y. »
Clara prit une profonde inspiration. « Pourquoi moi ? Pourquoi avoir accepté cette proposition ? Vous auriez pu avoir n'importe quelle femme. Pourquoi vous engager dans ce... cet arrangement avec quelqu'un que vous ne connaissez même pas ? »
Il y eut un bref silence, durant lequel Liam sembla réfléchir à sa réponse. Enfin, il se pencha légèrement en avant, posant ses coudes sur son bureau.
« Parce que cela me convient, » dit-il simplement. « Je n'ai pas besoin d'amour ou de romance dans ma vie, Clara. Je veux quelqu'un qui comprenne cela, quelqu'un qui sache que ce mariage n'a rien à voir avec des sentiments. C'est une transaction. Ni plus, ni moins. »
Clara sentit un frisson parcourir son échine à ses mots. Il ne mentait pas. C'était un homme qui ne voyait rien d'autre que le profit, même dans le cadre du mariage. Et pourtant, cela la rassura d'une certaine manière. Il n'attendait rien d'elle, aucune fausse promesse d'amour ou de dévotion. Seulement un an de sa vie en échange de la sécurité financière de sa famille.
Elle baissa les yeux vers le contrat. Les mots dansaient devant elle, chaque phrase semblant peser une tonne. Ses mains tremblèrent légèrement lorsqu'elle saisit le stylo, prête à signer. Mais une dernière question la hantait encore.
« Et si je veux partir avant un an ? »
Liam leva les yeux de ses papiers, son regard se durcissant un instant. « Le contrat stipule une durée minimale d'un an. Si vous partez avant, vos parents devront rembourser la totalité de la somme versée. »
Clara se mordit la lèvre inférieure. C'était exactement ce qu'elle redoutait. Elle était prise au piège, d'une manière ou d'une autre. Mais elle n'avait pas d'autre choix. Sa famille comptait sur elle, et elle devait tenir bon.
Elle prit une grande inspiration et, sans plus attendre, signa le document d'un geste rapide et précis. Lorsque l'encre sécha, elle se sentit vidée, comme si elle venait de céder une partie de son âme.
Liam prit le contrat, le parcourut rapidement avant de hocher la tête, satisfait. « Bien. Nous annoncerons officiellement notre union à la fin de la semaine. Vous recevrez des instructions pour ce qui est attendu de vous lors de la cérémonie. »
Clara se redressa dans sa chaise, sentant l'épuisement émotionnel la gagner. Tout ceci semblait si déshumanisant, si froid.
« Et après ? » demanda-t-elle, ne sachant pas vraiment pourquoi elle posait la question. Peut-être cherchait-elle un semblant de normalité dans tout ce chaos.
Liam haussa les épaules. « Après, nous jouerons notre rôle. Vous et moi, nous allons apparaître comme un couple marié, assister à des événements sociaux, et maintenir les apparences. Ce sera tout. »
Il n'y avait aucune chaleur dans ses paroles, aucune tentative de la rassurer. Mais Clara n'en attendait pas moins. Elle avait compris, depuis le début, que cet homme ne lui offrirait jamais autre chose que ce contrat impersonnel.
« Très bien, » murmura-t-elle, se levant enfin. « Je suppose que c'est tout pour aujourd'hui. »
Liam ne répondit pas. Il la regarda simplement s'éloigner, comme si elle n'était qu'un autre accord signé, un autre contrat scellé dans une vie de transactions. Clara sentit un poids énorme sur ses épaules alors qu'elle quittait la pièce, mais elle savait qu'il n'y avait plus de retour en arrière.
En fermant la porte derrière elle, elle se demanda si elle tiendrait un an dans ce monde froid et calculateur, ou si elle finirait par se perdre entièrement dans cette mascarade.
Le jour du mariage arriva plus vite que Clara ne l'aurait imaginé. Elle se tenait maintenant devant un miroir en pied, enveloppée dans une somptueuse robe de mariée que sa mère avait choisie pour elle. La soie blanche était d'une qualité qu'elle n'avait jamais touchée auparavant, douce et froide sous ses doigts tremblants. Malgré la beauté indéniable de la robe, Clara se sentait vide, presque absente. Ce mariage n'avait rien d'un conte de fées.
Chapitre 3
Elle n'était pas la jeune femme excitée et amoureuse que ses amies d'enfance auraient probablement rêvé d'être à sa place. Elle était là, dans cette robe, pour une raison bien plus pratique : sauver sa famille de la ruine.
« Clara, ma chérie, tu es magnifique. » Sa mère entra dans la pièce, les yeux brillants de larmes de fierté. « Liam est un homme très chanceux de t'avoir. »
Clara baissa les yeux. Elle ne se sentait pas chanceuse, loin de là. Elle avait à peine vu Liam depuis leur dernière rencontre glaciale dans son bureau, où elle avait signé le contrat. Elle ne savait presque rien de lui en dehors de ce qu'on racontait dans les médias. Un magnat impitoyable, entouré de femmes comme on collectionne des trophées. Le genre d'homme qui changeait de compagne aussi souvent qu'il changeait de costume.
« Merci, maman, » répondit-elle d'une voix étouffée, essayant de ravaler les larmes qui menaçaient de poindre.
Sa mère l'embrassa sur le front, ajustant un dernier pli de sa robe avant de sortir. « Le moment est venu, ma chérie. Allons-y. »
Clara prit une grande inspiration et suivit sa mère hors de la pièce. La lourdeur des événements pesait sur ses épaules alors qu'elle se dirigeait vers la grande salle où avait lieu la cérémonie. Chaque pas résonnait dans son esprit comme un écho de tout ce qu'elle laissait derrière elle : sa liberté, ses rêves, et peut-être même une partie de son âme.
Les portes de la salle s'ouvrirent, révélant une assemblée d'invités impeccablement vêtus, tous des visages qu'elle ne reconnaissait pas. Des personnes influentes, des magnats, des politiciens, des célébrités. Tout le monde semblait appartenir à un monde bien au-dessus du sien. Elle se sentait petite, insignifiante, comme une simple pièce dans cette immense machine orchestrée par Liam et son influence.
Liam se tenait là, au bout de l'allée, vêtu d'un costume noir impeccable. Il était l'incarnation de la perfection froide, le visage sans expression, les yeux rivés droit devant lui. Aucun sourire, aucun signe d'émotion. C'était comme si cette cérémonie ne signifiait rien pour lui non plus. Clara se demanda brièvement s'il avait déjà ressenti quoi que ce soit pour qui que ce soit.
Les minutes qui suivirent défilèrent dans un flou. Les vœux furent échangés, les anneaux glissés sur leurs doigts. Tout se passa comme une mécanique bien huilée. Les mots qu'elle prononça résonnaient creux dans sa tête, comme une mélodie sans âme. Même lorsqu'ils furent déclarés mari et femme, l'absence de sentiment restait flagrante.
La réception, qui suivit immédiatement, fut un spectacle de grandeur. Des tables décorées de fleurs fraîches, des plats somptueux servis à des invités ravis, et une musique douce flottant dans l'air. Clara se sentait plus étrangère que jamais dans cette atmosphère étouffante de luxe. Alors que les invités discutaient entre eux, riant et trinquant, elle se tenait à l'écart, un verre de champagne à la main, observant ce monde auquel elle appartenait maintenant.
« Alors, c'est toi, la nouvelle Madame Whitmore ? » Une voix féminine interrompit ses pensées. Clara se retourna et découvrit une femme élégamment habillée, ses longs cheveux blonds ondulant autour de ses épaules. Ses yeux, d'un bleu perçant, la scrutaient avec une curiosité à peine voilée.
« Oui, » répondit Clara, incertaine de la manière dont elle devait réagir à cette approche. « Je suis Clara. »
« Emily Foster, » se présenta la femme avec un sourire qui ne monta pas jusqu'à ses yeux. « Amie de longue date de Liam. »
Clara sentit un léger malaise grandir en elle. Elle avait entendu parler d'Emily dans certains articles de presse. Une femme d'affaires influente, très proche de Liam à une époque. La rumeur disait qu'ils avaient été plus que des amis. Peut-être l'étaient-ils encore.
« Félicitations pour le mariage, » ajouta Emily, bien que le ton de sa voix rendait cette félicitation vide de sens. « Cela a dû être un coup de foudre. »
Clara ne put s'empêcher de rire intérieurement à l'ironie de la situation. « On peut dire ça, » répondit-elle, choisissant ses mots avec soin.
Emily inclina légèrement la tête, ses yeux se plissant. « Je suis sûre que tu trouveras rapidement tes marques dans ce monde, Clara. Il est... exigeant, mais je pense que tu sauras t'adapter. »
Clara n'était pas certaine si Emily parlait du monde des affaires ou de son mariage avec Liam. Peut-être des deux. Avant qu'elle puisse répondre, un homme grand, à l'allure imposante, s'approcha d'elles.
« Emily, » dit-il en la prenant par la taille, ses yeux se posant brièvement sur Clara. « Je vois que tu as rencontré la nouvelle Mrs. Whitmore. »
« Effectivement, » répondit Emily, un sourire glissant sur ses lèvres tandis qu'elle se tournait vers l'homme. « Clara, je te présente Henry Chase, un associé de Liam. »
Henry lui tendit la main, un sourire poli sur le visage. « Enchanté, Clara. J'espère que tu te sens bien ici, malgré... tout ça. »
Clara serra sa main, mais elle ne savait pas exactement ce qu'il entendait par « tout ça ». Était-ce le mariage, la réception ou simplement le fait qu'elle soit catapultée dans ce monde sans y appartenir ? Peu importe, elle se contenta d'un hochement de tête.
« Merci, » murmura-t-elle, sentant une gêne l'envahir.
La conversation se poursuivit, mais Clara se sentait de plus en plus étrangère à ces échanges superficiels. Ils parlaient d'affaires, de contrats, de marchés internationaux, des sujets qui la dépassaient complètement. Elle fit de son mieux pour paraître intéressée, hochant la tête de temps en temps, mais elle savait bien qu'ils ne s'attendaient pas à ce qu'elle participe activement.
Alors qu'elle se sentait de plus en plus submergée par cet environnement oppressant, une main se posa doucement sur son bras.
« C'est difficile, n'est-ce pas ? » murmura une voix douce.
Clara se tourna et croisa le regard chaleureux d'une autre femme, plus âgée, mais élégante. Elle semblait différente des autres invités. Il y avait une sincérité dans ses yeux qui manquait cruellement aux conversations précédentes.
« Je m'appelle Margaret, » dit-elle en souriant doucement. « Je suis une vieille amie de la famille Whitmore. »
Clara se sentit légèrement soulagée par cette présence. « C'est... un peu écrasant, » admit-elle. « Je ne suis pas habituée à tout ça. »
Margaret hocha la tête avec compréhension. « Ce monde est cruel, Clara. Mais ne te laisse pas dévorer par lui. Tu dois garder ton propre chemin, peu importe ce qu'on attend de toi. »
Clara fixa Margaret avec reconnaissance. C'était la première fois, depuis son arrivée à la réception, qu'elle se sentait vue, comprise. « Merci, » murmura-t-elle, sincèrement touchée par les mots de la vieille dame.
Margaret posa une main rassurante sur l'épaule de Clara avant de s'éloigner, la laissant seule avec ses pensées. Alors qu'elle observait la salle, Clara réalisa à quel point elle était en décalage avec tout cela. Elle avait accepté ce mariage pour sa famille, mais elle n'avait jamais mesuré à quel point ce monde serait difficile à supporter.
Liam, qui n'avait presque pas dit un mot depuis la cérémonie, se tenait à l'autre bout de la salle, entouré de quelques hommes d'affaires. Il semblait dans son élément, à l'aise dans cet univers qui lui appartenait.