Chapitre 2
Ma voix était calme, presque déconcertante. C'était un contraste frappant avec la Cécile qu'il connaissait – celle qui aurait déjà été en larmes, en train de supplier ou de hurler. Celle qui se serait accrochée à lui, désespérée du moindre signe de réconfort. Mais cette Cécile-là était partie. Elle était emballée dans l'un de ces cartons, une relique d'un passé que j'étais déterminée à laisser derrière moi.
« Tu l'as dit toi-même, Damien », ai-je continué, faisant un pas de plus, le forçant à me regarder dans les yeux. Mon regard était fixe, inébranlable. « Si tu franchissais cette porte, c'était fini. Tu te souviens de cette conversation ? La semaine dernière. »
Une lueur de quelque chose – de la culpabilité, peut-être, ou simplement de l'agacement – a traversé le visage de Damien. Ses yeux se sont détournés une fraction de seconde avant de revenir aux miens, une lueur défensive prenant le dessus.
« Tu as dit que c'était un 'voyage à la con'. Tu as dit que je faisais mon 'cinéma' », lui ai-je rappelé, ma voix toujours égale, bien que chaque mot soit un coup de marteau. « Tu as dit que je 'contrôlais' tout et que tu avais besoin d''espace' loin de mon côté 'pot de colle'. » J'ai cité ses propres mots, des phrases gravées dans ma mémoire. « Tu te souviens d'avoir dit ça, Damien ? »
« Ça suffit, Cécile ! » a rugi Damien, claquant le sac de luxe que Brandon tenait sur le plan de travail. Le sac en cuir coûteux a glissé sur la surface polie avec un bruit rauque, s'arrêtant dangereusement près du bord.
Brandon a sursauté, surpris par l'explosion soudaine. Il avait reculé d'un pas quand j'avais parlé pour la première fois, créant subtilement une distance, mais maintenant il reculait encore plus, un léger tremblement dans la main.
« Tu vois ce que je veux dire, Damien ? » a interjeté Brandon, sa voix aiguë et indignée, s'adressant à moi. « Elle essaie de te manipuler ! Toujours à jouer la victime. Elle sait que tu décompressais juste avec ton meilleur ami, mais il faut qu'elle ramène tout à elle. » Il s'est retourné vers Damien, baissant la voix d'un ton conspirateur. « Elle est juste furieuse parce qu'elle sait que tu m'as dit à quel point elle te rend fou parfois. »
Je les ai regardés, la danse familière de la victime et du complice. Le visage de Damien était un mélange de confusion et de colère, mais il n'a pas corrigé Brandon. Il ne le faisait jamais. Il se contentait d'absorber le récit qui l'arrangeait.
Mon estomac s'est noué. C'était comme une rediffusion malsaine et tordue de chaque dispute que nous avions jamais eue. La façon dont Brandon s'immisçait toujours, déformait toujours mes mots, validait toujours les pires instincts de Damien. C'était une boucle toxique, et j'étais tellement, tellement fatiguée d'être prise dedans.
Damien, apparemment enhardi par les paroles de Brandon, a fait un pas en avant. Il a tendu la main vers la mienne, ses doigts essayant de s'entrelacer avec les miens. « Bébé, allez. Tu sais que je ne le pensais pas comme ça. Brandon m'énerve parfois. Il ne comprend pas notre relation. » Ses yeux, habituellement si confiants, étaient maintenant suppliants, presque désespérés. « J'ai acheté le sac parce que tu m'as vraiment manqué. Je veux arranger les choses. Parlons, d'accord ? On peut oublier tout ça. Tu peux remettre tes cartons en place. »
Il a essayé de lever ma main, comme pour y placer la bague de fiançailles imaginaire qu'il avait mentionnée plus tôt. Pendant ce temps, Brandon m'adressait un sourire triomphant et entendu. « Il parle même de mariage, Cécile. Il parle toujours de mariage quand il essaie d'arranger les choses. C'est ce que tu veux, non ? »
Mariage. Le mot flottait dans l'air, lourd et fragile, comme un vieux verre prêt à se briser.
Je me suis souvenue de la dernière fois que Damien avait proposé le mariage comme un traité de paix. C'était après que je l'aie trouvé, non pas avec une autre femme, mais avec Brandon, dans un bar faiblement éclairé, riant pendant que Brandon imitait mes crises d'angoisse.
« Elle est tellement chiante, mec », avait bredouillé Damien, ses mots pâteux d'alcool et de mépris. « Toujours inquiète pour quelque chose. Toujours besoin que je la rassure. Elle ne peut pas juste être heureuse ? »
J'avais exigé une explication, une ligne rouge tracée dans le sable. « Damien, ton meilleur ami se moque de moi. Il nous sape constamment. Comment peux-tu le laisser faire ? »
Il avait levé les yeux au ciel. « Ne sois pas si sensible, Cécile. C'est juste des discussions de vestiaire. Brandon, c'est mon frère. Tu dois te détendre. »
Il m'avait traitée de « control freak » pour lui avoir demandé de ne pas partager les détails intimes de notre vie avec Brandon. Il m'avait traitée d'« égoïste » pour vouloir qu'il donne la priorité à notre relation. Il m'avait traitée de « folle » pour m'être sentie blessée quand il avait ignoré mes appels pendant des jours, pour ensuite poster des photos de lui faisant la fête avec Brandon.
Je me suis souvenue du ton froid et méprisant de sa voix quand je l'avais enfin joint, hystérique et inquiète. « Cécile, pourquoi tu fais toujours autant de cinéma ? Je vais bien. Je m'amuse, c'est tout. Tu dois arrêter d'être si pot de colle. »
Je l'avais supplié alors. « Damien, s'il te plaît. J'ai besoin de toi. J'ai peur. »
« Tu vas bien », avait-il ricané. « Prends un calmant. Je rentrerai quand je rentrerai. Ne m'attends pas. »
Cette nuit-là, je lui avais posé l'ultimatum. « Damien, si tu sors par cette porte maintenant, si tu donnes la priorité à Brandon et à ce voyage plutôt qu'à nous, alors c'est vraiment fini. C'est tout. Pas de retour en arrière. »
Son visage avait été illisible alors, un étrange mélange d'irritation et d'autre chose, quelque chose que je ne pouvais pas tout à fait déchiffrer. Mais il a hésité. Juste un instant.
Chapitre 3
Il était resté là, figé, la main toujours sur la poignée de la porte. Mon cœur martelait mes côtes, un battement désespéré et frénétique. J'ai vu la lueur des larmes dans ses yeux alors, de vraies larmes, brouillant sa vision. Il m'avait regardée, vraiment regardée, pour la première fois depuis des mois.
« Damien », avais-je murmuré, ma propre voix épaisse de larmes non versées. « S'il te plaît. Ne pars pas. J'ai besoin de toi. J'ai besoin de nous. »
Mes supplications étaient brutes, dépouillées de toute fierté. Je lui avais tout dit. À quel point je détestais l'influence de Brandon, à quel point je me sentais seule, comment son mépris constant érodait mon estime de moi. J'avais déversé toutes mes peurs, toutes mes angoisses, toute la douleur de me sentir comme une lointaine seconde place derrière son meilleur ami.
« Je veux juste être ta priorité », avais-je étouffé, les larmes coulant sur mon visage. « Juste une fois. Choisis-moi. Choisis-nous. »
Il avait dégluti difficilement, son regard fixé sur mon visage inondé de larmes. Pendant une seconde fugace, j'ai vu une lueur du Damien dont j'étais tombée amoureuse – celui qui était tendre, compréhensif, qui me serrait dans ses bras et promettait que tout irait bien. J'ai retenu mon souffle, l'espoir fleurissant, fragile et féroce, dans ma poitrine. Il allait me choisir. Je le savais. Il le devait.
Puis, son téléphone a vibré.
Il l'a sorti, un rapide coup d'œil à l'écran. Le nom de Brandon a clignoté, accompagné d'un message frénétique. *Mec, ils sont sur le point de dévaler le Strip ! Si t'es pas là dans cinq minutes, on part sans toi ! Fais pas ta chochotte !*
L'expression de Damien s'est durcie. La tendresse a disparu, remplacée par un vieux ressentiment familier. Il m'a regardée, puis le téléphone, puis de nouveau moi. Il a pris une inspiration brusque.
« Brandon a raison », a-t-il marmonné, sa voix froide, distante. « Tu n'es pas raisonnable, Cécile. N'essaie pas de me contrôler. Je t'ai dit que j'y allais. »
Il a ouvert la porte.
« Attends, Damien, s'il te plaît ! » ai-je crié, me précipitant pour lui barrer le passage. « Ne fais pas ça ! Si tu sors, c'est fini ! »
Il m'a regardée avec une expression presque apitoyée. « Tu es vraiment une drama queen, n'est-ce pas ? Tu dis toujours ça. Et tu me reprends toujours. Tu vas te calmer. » Il a franchi le seuil. « Je te ramènerai un truc sympa d'Ibiza. »
Puis, il est parti. La porte a claqué avec un bruit écœurant, vibrant dans tout l'appartement. Le son a résonné dans le silence soudain et caverneux.
Je suis restée dans l'embrasure de la porte vide, l'odeur du dîner que j'avais préparé avec amour pour son retour maintenant froide et moqueuse. Deux assiettes, encore fumantes sur la table. Mes bougies préférées, allumées et vacillantes. Tout ça pour rien.
Plus tard dans la nuit, les premières photos sont apparues sur l'Instagram de Brandon. Damien, bras dessus bras dessous avec Brandon, des photos d'eux buvant des bières, jouant au casino, riant avec un groupe de femmes légèrement vêtues. Les légendes de Brandon étaient moqueuses, presque jubilatoires. *Ibiza, baby ! Pas de drame ici !* Puis, une pique directe : *Certains savent juste comment vivre. D'autres savent juste comment s'accrocher.*
J'ai regardé les photos, la nourriture que je m'étais forcée à manger me remontant à la gorge. J'ai couru aux toilettes, vomissant jusqu'à ce que mon estomac soit vide et brûlant. Les larmes sont venues alors, violentes et incontrôlables, secouant mon corps de sanglots jusqu'à ce que je ne puisse plus respirer.
C'est cette nuit-là que j'ai fini aux urgences, luttant pour respirer, mon cœur s'emballant de manière incontrôlable. Crise d'angoisse aiguë, ont dit les médecins. Provoquée par un stress extrême. Ils m'ont donné des sédatifs, ont surveillé mon cœur et m'ont renvoyée chez moi avec une ordonnance et un avertissement d'éviter les déclencheurs.
Pendant mon séjour, j'avais compulsivement parcouru les réseaux sociaux de Brandon. Plus de photos. Plus de vidéos. Damien, l'air vibrant et insouciant, vivant sa meilleure vie, complètement inconscient du fait que j'étais branchée à une perfusion, luttant simplement pour exister. Les mises à jour constantes de Brandon étaient un cruel florilège de mes pires cauchemars.
Brandon (légendant une photo de Damien riant avec une femme à une fête au bord de la piscine) : *Damien s'éclate comme jamais, enfin libre !*
La section des commentaires était pleine de gens les acclamant, louant leur « code entre mecs », fustigeant la « copine control freak » de Damien. Et puis, le coup de poignard final : l'une des publications de Brandon, une photo de groupe à une table de flambeurs, avait été likée par Damien lui-même.