Chapitre 2
Elle n’allait quand même pas se laisser abattre pour si peu, elle prit attache avec l’avocat de leur structure. Ce dernier la draguait dans le temps et s’était vu froidement refuser une invitation c’est donc à raison qu’il était étonné de voir qu’elle l’appelait, de plus un samedi. Le rêve étant permis il se mit à croire que peut être que sous ses airs de reine de glace , elle se sentait un peu attirée par lui et souhaitait rattraper le coup
.
- Allo mademoiselle Kouassi, quel bonheur pour moi de recevoir un appel de vous
- Allo Monsieur Kablan, j’espère que vous allez bien à entendre votre voix je peux affirmer que vous vous portez comme un charme
- Ouiii surtout lorsque j’entends votre si belle voix
Elle leva les yeux au ciel, que n’entendrait-elle pas ?
- Monsieur Kablan je vous appelle pour avoir certaines informations en droit
- Ok je vous écoute
- Pouvez-vous svp me parler du droit de tutelle ?
- Pourquoi ? vous comptez placer quelqu’un sous tutelle ?
- Je vous serai gré de ne répondre qu’à mes questions !
- Ok bon je vais vous faire un résumé rapide de quelques points qui ressortent lors d’une demande de tutelle ou d’un besoin de placer quelqu’un sous tutelle. Donnez-moi quelques minutes que je revienne vers vous avec plus de précisions
- Ok merci monsieur Kablan, je reste en attente.
Les minutes qui passèrent furent les plus longues de sa jeune existence. Monsieur Kablan finit par la rappeler et lui expliqua plus ou moins la tutelle en ces termes :
- Bon de ce que j’ai pu trouver lorsqu'un des parents est toujours en vie, c'est à lui que revient automatiquement la tutelle légale de l'enfant, si ce parent survivant a conservé, au jour de son décès, cette tutelle. Qu'il y ait un testament ou non. Que le testament du parent défunt indique un souhait différent ou non.
- Attendez deux secondes que je prenne quelques notes,
Elle prit son bloc-notes et nota tant bien que mal quelques mots qu’elle retenait
- Allez y je vous suis, il répéta ce qu’il lui avait dit précédemment et compléta
« Si le parent survivant a conservé son autorité parentale, même s'il n'a pas la garde, il assumera la charge de la tutelle de l'enfant. Mais un parent peut être déchu de son autorité parentale et dans ce cas, c'est comme s'il était décédé, les volontés du parent défunt ayant la tutelle seront alors respectées », précisa Me Kablan
« Si les deux parents meurent simultanément ou si le dernier parent de l'enfant décède sans testament, le tribunal procèdera à la convocation d'une assemblée de parents laquelle désignera un conseil de tutelle qui fera une recommandation à savoir qui deviendra le tuteur légal de l'enfant », explique l'avocat ajoutant que les demandes relatives au conseil de tutelle et à la nomination ou au remplacement d'un tuteur peuvent aussi être présentées à un notaire. Et justement c’était un cabinet de notaire qui l’avait contactée.
« Le tribunal obtiendra l'avis du conseil de tutelle, mais prendra toujours la décision dans le meilleur intérêt des enfants, même si cette décision est différente de la recommandation du conseil », que l'assemblée de parents est formée des proches parents et des alliés du mineur. Autant que possible, les lignes maternelles et paternelles doivent être représentées. Ceci apparemment n’était pas utile car elle restait leur seule parente d’après le notaire qui l’avait appelée.
Si les parents décèdent simultanément en ayant désigné un tuteur différent, c'est aussi le tribunal qui tranchera. Voilà ce qui pouvait l’intéresser enfin !
«La tutelle, tu peux l'accepter et la refuser à tout moment.» elle eut un soupir de soulagement, elle tenait la clé pour oublier tout ça définitivement, elle écouta la suite avec plus de calme.
Lorsque les deux parents décèdent en même temps et que les deux s'entendaient, dans leur testament, sur le tuteur désigné, ce dernier devient automatiquement tuteur de l'enfant laissé orphelin, à moins qu'il la refuse dans les 30 jours qui suivent le moment où il a eu connaissance de sa nomination, selon la loi. Elle espérait qu’il n’y ait pas de testament mais s’il y en avait elle contesterait leur choix c’est tout !
« La tutelle, tu peux l'accepter et la refuser à tout moment. Ce n'est pas comme une adoption où il y a création d'une filiation. Si un jour le tuteur se rend compte qu'il n'est plus capable de jouer ce rôle, le processus pour trouver un nouveau tuteur recommencera. Si tout le monde s'entend sur le choix, tout va bien. S'il y a désaccord, le tribunal tranchera », relata l'avocat. Bah il n’était pas question d’essayer donc ce paragraphe ne la concernait en rien !
Lorsque personne se porte volontaire pour devenir le tuteur légal d'un orphelin, le directeur de la protection de la jeunesse et de l’enfance demande l'ouverture d'une tutelle. « La DPJE prendra l'enfant sous son aile et demandera au tribunal de pourvoir un tuteur. À ce moment, l'enfant pourrait, comme on dit, entrer dans le système et se retrouver dans un centre ou une famille d'accueil. Les parents n’avaient qu’à prévoir tout ça ! elle, pour éviter de laisser des orphelins dans la nature, elle avait décidé de ne jamais avoir d’enfant et elle avait une attitude responsable pour que ça n’arrive jamais !
- Ok merci beaucoup monsieur Kablan
- Euh ce n’est pas complètement gratuit
- Qu’est-ce que vous dites ?
- Euh je disais que je voulais en échange vous inviter à diner, il se racla la gorge
Dire non à quelqu’un qui a pris de son temps pour lui répondre ? Elle pouvait très le faire mais elle décida de lui accorder sa demande juste parce qu’il lui avait donné la solution pour sortir de ce problème qui avait failli lui tomber la dessus
- Ok vous vivez où, que je passe vous chercher ?
- Non moi je passe vous prendre
- C’est la condition sine qua non, je passe vous chercher
- Ok je vis à la riviera 3 Allabra
- Ok je vous appelle vers 19H on dine à 20H pile et je réserve, soyez prêt quand je passerai ou j’annule tout
- Ok merci à tout à l’heure
Elle avait déjà raccroché, il ne fallait pas non plus qu’il pense qu’ils avaient élevé les moutons ensemble.
Elle prit une douche, revêtit, une petite culotte, un débardeur de couleur vive, mit une surchemise par-dessus un peu légère. Elle déboula dans le cabinet de notaire qui l’avait appelée.
- Bonjour (il était 11h) je veux parler à monsieur …. Oups elle ne savait même pas à qui elle venait parler vu qu’elle n’avait pas demandé le nom de son interlocuteur. Euh je suis Paloma Kouassi
- Ah madame Kouassi !
Madame Kouassi comment ? Les africains et surtout les africaines aimaient trop ça, ils estimaient que t’appeler mademoiselle était péjoratif. Grand bien leur fasse ! Elle tenait à son statut de demoiselle.
- C’est Mlle
- Pardon
- Je suis Mlle Kouassi et non madame
La jeune dame la regarda, l’air de dire « eh eh c’est parce que je voulais te respecter un peu hein sinon mademoiselle oh madame moi je m’en guinze de tout ça ».Elle l’ignora et composa un numéro court sur son téléphone fixe :
- Allo monsieur, y a mademoiselle (elle appuya sur le mot) Kouassi qui est là pour vous
- Ok monsieur
- Vous pouvez y aller, tout droit à droite
- Ok
Elle pénétra dans ce bureau avec son air le plus solennel
- Bonjour monsieur je suis Paloma Kouassi , elle lui tendit vivement la main pour qu’il n’ait pas l’idée de lui faire des bises. Elle n’avait jamais compris ce qu’ont les gens à faire des bises à tout venant !
- Mademoiselle Kouassi comme je vous le disais tantôt vous avez été désigné par votre frère par voie testamentaire comme tutrice légale de sa progéniture en cas de disparition soudaine des deux parents
- Arrrggh il a donc fait un testament !
- Oui nous allons l’appliquer dans sa totalité si bien sur vous êtes d’accord
- Non et c’est justement pour cela que je viens vous voir
- Pourquoi non ?
- Euh écoutez monsieur mon frère et moi ne nous sommes pas parlés depuis on moins 10 ans , je doute fort qu’il ait eu toute sa tête au moment de la rédaction de son testament
- Votre frère était un homme sain d’esprit je puis vous le confirmer, j’étais présent
- Ok bon on va faire simple combien vous voulez pour me débarrasser des morpions que mon frère a laissé car je ne suis pas du tout disponible pour eux. On pourrait si j’ai bien compris leur trouver une maison d’accueil et …
- Arrêtez madame !
Pourquoi ce monsieur criait-il ainsi et en plus sur elle ?
- J’ai connu et côtoyé votre frère, j’avoue que je suis déçu de voir que vous ne lui ressemblez pas du tout !
Elle croisa les mains sur la poitrine
- Et vous ne connaissez même pas vos neveux !
- Et je ne souhaite pas les connaitre
- Madame, vous risquez de passer à côté de quelque chose juste à cause d’un évènement du passé
- Vous ne savez rien de moi !
- Svp votre frère vous a laissé une lettre et d’autres choses que vous saurez à la lecture de son testament !
- Je ne veux rien de lui, rien du tout d’ailleurs je rentre chez moi, entamez la procédure de recherche d’une maison d’accueil, ce sera mon dernier mot
- Mlle Kouassi prenez le temps d’y réfléchir, les enfants viendront chez moi pendant une semaine, je suis aussi un ami de leur père. Réfléchissez y svp ;
- C’est tout réfléchi !
- Non je ne pense pas, c’était quand même votre frère jumeau et vous êtes bien placés pour savoir que même la mort ne sépare pas des jumeaux !
Xavier s’était réveillé de super bonne humeur, à qui devait-il cette bonne humeur ? A cette jeune dame insolente et terriblement sexy qu’il avait vu la veille. Elle l’avait insulté de la pire manière qu’il soit et il n’avait pas décoléré jusqu’à son départ de ce pub mais aujourd’hui il revoyait son expression amusée lorsqu’il lui démontrait pas A+B qu’elle avait vraiment foulé aux pieds son égo en lui proposant d’aller coucher avec lui soit chez elle soit chez lui. Il s’était vu comme une vulgaire prostituée qu’on ramasse dans la rue ou dans les pub justement et qu’on jette après avoir eu une nuit de sexe. Lui il voulait autre chose !
« Que veux-tu ? »
Tout mais pas du sexe pour une nuit et basta ! Il voulait connaitre cette inconnue à la fois mystérieuse et fascinante ; A certains moments il regrettait de ne pas avoir bondi sur l’occasion ; il l’aurait envoyée au septième au moins 10 fois ! « euh tu es sûr ? » Il se sentait capable de tout avec elle. Il lui aurait donné le plaisir qu’elle n’a jamais eu qu’il l’aurait décrispée totalement… « Où est passé ton honneur Xavier ?», il eut soudain honte du chemin qu’avait pris ses pensées. Il lui fallait cette fille sinon il crèverait d’insatisfaction. Où la trouver ? Là était tout le problème, elle avait refusé de lui donner son numéro. S’il l’avait suivie chez elle, il aurait au moins su où elle vivait il y serait retourné. Il se tapa la tête, il retournerait dans ce pub , pour sûr elle y retournerait !
A 19h pile , elle téléphona à M. Kablan, il était prêt. Elle passa le récupérer, il portait une chemise qu’elle détesta systématiquement, et il portait un parfum trop lourd comme s’il s’était lavé avec.
- Désolée ma Carola
- Vous dites ?
- Je ne vous parlais pas
- Ah ok
- Ok c’est parti , nous dinons au Kaiten j’ai envie de sushis
Elle le vit du coin de l’œil avaler gravement sa salive. Il devait surement se demander comment il payerait une note aussi salée.
Ils dinèrent en silence et elle était satisfaite qu’il soit si silencieux cela lui permettait de repenser à ce notaire suppliant qui lui a plus ou moins fait une leçon de morale sur ce qu’elle devait faire pour ses « neveux »pfff elle savait déjà qu’elle n’en ferait rien mais pour couper court à son monologue irritant elle avait bien accepté d’aller voir ses « neveux » chez lui le lendemain. Ils ne savaient toujours pas que leurs parents étaient décédés, elle se ferait la joie de leur annoncer avec bien entendu des mots pour des enfants et de leur expliquer qu’une gentille dame qu’elle ne connaissait pas aller surement venir les chercher et vivrait avec eux et son mari etc elle préparait déjà son blabla dimanche c’était le lendemain et il lui restait peu de temps.
A la fin du diner elle fit signe au chef qui était une connaissance à elle de lui donner la note. Elle paya via sa carte bancaire et demanda à M. Kablan de bien vouloir la suivre pour qu’elle le dépose chez lui. Il était encore plus muet qu’au départ. Il avait tenté dans un sursaut d’orgueil de lui faire comprendre que c’était à lui de payer mais elle l’avait interrompu
- Ne vous en faites pas, je vous devais bien ça après les infos que vous m’avez si gentiment donné
- Non je suis terriblement gêné disait-il avec une mine qui disait tout autre chose, il semblait vraiment soulagé de ne pas avoir à payer si cher pour avoir mangé quelque chose qu’il détestait surement vu l’assiette à peine entamée qu’il avait laissée.
- Montez j’ai deux ou trois autres choses à faire après ça donc sans vouloir vous brusquer dépêchons nous un peu
Elle mit la musique à fond la 7eme symphonie de Beethoven. Elle était sure que cela agacerait M. Kablan mais elle n’en avait cure. Il descendit sans lui faire la moindre remarque et lui souhaita une excellente nuit.
Elle le regarda s’en aller et se demanda comment à quarante ans passé, ce monsieur se trouvait avec elle un samedi. Etait-il célibataire, sans enfant ? Si elle avait été une jeune femme ordinaire elle aurait profité de la soirée pour en apprendre d’avantage de ce collaborateur mais bref après tout qu’est-ce que cela lui apporterait. Elle démarra en trombe pour aller se réfugier dans le silence de sa maison. Elle en avait besoin pour peaufiner le laius qu’elle adresserait à ses « neveux ».
Le lendemain
Elle mit un jeans délavé et un polo femme à rayures, et mit un léger parfum fleuri pour aller à la rencontre du notaire. Elle avait son nom à présent, il s’appelait Jean Baptiste Gooré et était notaire (la répétition est pédagogique) mais en plus de cela, il était le co-propriétaire du cabinet de notaires qui l’avait accueillie. Elle avait su tout cela en sortant de son bureau car sa secrétaire en ligne avec surement une copine n’avait pas manqué de dire combien elle trouvait son boss craquant et génialissime car bien qu’il ait la co-gestion de ce prestigieux cabinet de notaires, il restait humble et blablabla. De plus, les filles lui couraient après mais il tenait à son célibat comme un singe tenait à ses bananes.
Bref elle avait appris plus sur lui en 3 minutes d’une secrétaire qui n’était pas fichue de raccrocher le téléphone en sa présence qu’en 20 minutes dans son bureau. Il faudrait peut être qu’on redonne à cette fille la définition du mot « secrétaire » car avec elle les secrets ne feraient surement pas long feu.
Là il lui avait donné rendez-vous devant Cap nord pour qu’ils aillent ensemble chez lui où il avait hébergé ses « neveux » le temps qu’elle prenne une décision selon lui.
Elle le retrouva, il avait coupé ses cheveux ras, et portait un bermuda bleu et un polo blanc. Euh en toute honnêteté il était sexy. Si les CNTP (conditions normales de température et de pression) avaient été autres elle l’aurait bien croqué pour le jeter ensuite bien évidemment, mais là il venait pour la « convaincre ».
Elle descendit de Carola pour aller vers lui et lui tendit la main, il utilisa cette main pour l’attirer à lui et lui fit une bise presque sur sa bouche tellement c’était proche du coin de ses lèvres.
« non mais oh pour qui se prenait il à la fin »mais elle prit sur elle de se taire
- Qu’est-ce que vous préférez ? vous parkez ici et vous venez avec moi ou je parke ici et je monte avec vous ?
- Vous venez avec moi !
- Le contraire m’aurait étonné fit il en souriant,
waou il était vraiment beau mais une fois de plus elle n’était pas là pour ça.
- Ou tout simplement chacun remonte dans sa voiture et on se suit proposa t’elle
- Je préfère cette idée, j’ai du mal à la laisser ici
- Qui elle ?
- Mon bébé ! désolé hein c’est comme ça que je l’appelle
« bah pour ta gouverne, tu n’es pas le premier ! » mais elle ne dit rien
- Ok je vous suis
Il monta dans une décapotable 2 portières. C’était vraiment un autre homme en ce dimanche après midi. Il était frais, sexy et accueillant contrairement au mec coincé et presque pépère qui l’avait accueillie la veille.
Elle le suivit à une distance raisonnable sans qu’ils ne firent une quelconque course. Leurs voitures se valaient.
Ils prirent la route de la riviera Allabra mais allèrent plus loin jusqu’à Beverly. Elle se dit qu’ils se rendaient surement à la SYNACASS CI mais fut une fois de plus surprise de le voir garer et parler à un interphone. Quelques secondes après le portail s’ouvrait devant eux pour laisser place à un triplex majestueux.
« ah ça ! Apparemment le métier de notaire nourrit bien son homme ! Ou plutôt posséder un cabinet ! »
Elle descendit et le suivit à l’intérieur. L’intérieur était vraiment très classe, elle ne trouva rien à ne redire c’est comme si elle-même avait fait la décoration.
- Mettez-vous à l’aise je fais prévenir les bouts de chou pour qu’ils viennent à votre rencontre mais souvenez-vous. Ils ne savent toujours rien
- Ok ok fit elle légèrement agacée
- Vous pouvez aussi vous installer dans le jardin, ils aiment bien le jardin
- Ok je pensais que vous auriez fait le tour du propriétaire
- Ok je vous installe dans le jardin et je vais les chercher, après on fera le reste.
« Quoi ? Un homme qui arrivait à lui dicter ce qu’elle allait faire ??? »
Le temps qu’elle parle, il l’avait déjà prise par le coude et la conduisait gentiment vers un jardin somptueux. Franchement elle était subjuguée par ce qu’elle voyait. On sentait l’alliance entre la richesse et le goût sans que ce ne soit ostentatoire.
- Quelqu’un viendra s’occuper de vous, vous prenez quoi à boire ?
- Du cognac ou quelque chose de plus fort, j’en aurai besoin pour les supporter je suppose vu que je ne peux surement pas fumer ici.
- Non, vous ne pouvez pas, et c’est une maison sans alcool ici, il avait dit cette dernière partie en serrant les mâchoires et lui avait donné dos.
- ça commence bien marmonna t’elle
Quelques minutes après alors qu’elle était confortablement installée sirotant de la limonade plutôt pas mal, elle sentit des mouvements derrière elle et se tourna.
Elle vit alors, 1, 2,3, quoi 4 gosses de 10 à 3 ans venir vers elle. Il y avait 3 garçons et 1 fillette.
- Bonsoir M’dame
- Bonsoir M’dame
- Bonsoir M’dame
- Bonsoir mondame lui dit la plus petite en se grattant les yeux avec les poignets
Le plus âgé visiblement lui rétorqua
- On dit madame pas mondame
- Mondame
- C’est pas grave bonsoir la plus jolie comment tu vas ? les mots lui avaient échappé
Elle essayait de se redonner contenance quand la fillette ouvrit grands les bras
- Tata faut me prendre dans tes bras
Elle sentit une émotion la traverser, elle se leva et la prit immédiatement.
- Paloma arrête ! Tu ne la connais même pas lui dit l’ainé des 4 avant de se taire quand il la vit dans les bras de Paloma.
- Comment tu l’as appellee ?
- Paloma c’est son prénom
- Ah bon !
- Oui elle s’appelle Kouassi Akissy Akissy avec un « i grec » Paloma c’est ce que papa dit tous les jours il faut qu’on connaisse nos noms et prénoms !
Pourquoi son frère avait fait ça. Pourquoi avait-il baptisé sa fille Paloma et lui avait donné tous ses prénoms?
A suivre.....
Chapitre 3
On aimerait tellement oublier ce qui fait mal mais le cerveau a tendance à nous ramener les plus douloureux souvenirs au moment où on n’en pas du tout besoin.
Elle était assise face à sa nièce mais c’est elle qu’elle voyait. Elle au même âge, assise sur une chaise avec à côté d’elle son frère jumeau, Stéphane, ils avaient 4 ans tous les deux à sa époque mais elle se souvenait encore de toute la tristesse qu’elle avait ressentie lorsque le monsieur leur expliquait que leurs parents étaient montés au Ciel et qu’ils iraient chez une tata sympathique qui avait apprêté sa maison pour les recevoir elle et son mari.
A compter de ce jour sa vie avait littéralement basculé, elle et son frère étaient partis chez la dame en question mais ce que le monsieur avait dit était archi faux, la dame n’était pas sympathique pour un sou et elle n’avait jamais manqué de leur préciser qu’ils étaient une charge pour elle. Chaque journée dans cette maison avait été pénible pour elle mais elle avait son frère qui bien qu’enfant la protégeait des affres de la « sorcière ». Chaque fois qu’elle la privait de nourriture prétextant qu’elle était une méchante petite fille, son frère lui apportait sa part. Ils avaient grandi là jusqu’à leur majorité.
Etant sous la coupole de l’Etat leurs études étaient financées par le gouvernement d’antan et c’est avec brio qu’ils réussissaient à tous leurs examens et concours, ils obtinrent donc le bac à 18 ans, âge de leur maturité ce qui leur valut une double libération.
Après le bac ils passèrent tous deux le concours de l’INPHB qui est la meilleure école Polytechnique du pays et furent reçus avec brio. Elle fut orientée en Prepa com et son frère en Prepa Techno. Ils partirent donc à Yamoussoukro 2eme capitale du pays.
Les premiers mois sur la cité furent les plus beaux de leurs existences, car loin de toute injure et tout cri ils s’épanouissaient à vue d’œil. Cependant, au bout de quelque mois, de complices qu’ils étaient à tout faire ensemble, une 3e personne s’intégra dans leur quotidien. C’était Cyntiche. Elle était belle, cela au moins il fallait le lui concéder et avait craqué grave sur Stéphane. Petit à petit ils s’étaient rapprochés et avaient commencé une relation amoureuse. Stéphane bien entendu en parla à Paloma qui était très heureuse pour son frère. Ils firent cependant alliance se promettant l’un l’autre de ne jamais laisser personne s’interposer entre eux. Ils jurèrent en ces termes :
« Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente et même qu’il y ait la grêle, lorsque tu m’appelleras je viendrai, de jour comme de nuit et peu importe qu’une autre personne ait besoin de moi à la même seconde ! »
Après une longue étreinte, elle l’avait laissée rejoindre sa petite amie, en souriant se demandant bêtement quand elle aurait elle aussi la chance d’éprouver pareil bonheur. Elle voyait bien au regard de son frère qu’il était éperdument amoureux et si Cyntiche le lui rendait bien ce n’était que du bonheur.
Les mois qui avaient suivi, elle avait permis aux jeunes gens qui voulaient l’approcher de le faire. Elle s’était un peu plus ouverte de sorte qu’ils arrivaient à lui parler et même à l’inviter, elle faisait bien entendu le rapport à Stéphane chaque et ensemble ils éliminaient les dossiers des candidats jugé peu fiables.
Et elle fit la rencontre d’Alex Baley. Alex, était un jeune métisse camerounais venu pour ses études et il était ingénieur au Centre ;
l’INPHB a trois sites le SUD, le Centre et le Nord. Le Sud et le Centre abritaient des campus avec des résidences et le Nord n’avait que des salles de classes. Alex Baley était venu pour une cérémonie avec ces cadets Prépa Techno au Sud et elle l’avait vu en allant saluer son frère.
Son frère la lui avait présentée comme son « grand parrain » puisqu’il était en 1ere année ingénieur Telecom, la filière que souhaitait faire plus tard Stéphane.
Il les avait invités en prétextant vouloir mieux connaitre son petit cadet et par la même occasion sa jumelle car c’était à ce qu’il disait sa première fois d’être en présence de faux jumeaux.
Ils avaient dîné en ville, dans un restaurant très connu de Yamoussoukro appelé la « brise » et eux, première année avaient été subjugués par la prestance de cet ancien de la ville qui leur donnait tant de conseils qui lui serviraient forcément après.
Ils étaient rentrés souriants jusqu’aux oreilles d’avoir une immense chance de tomber sur des gens bien pour une fois dans leur vie.
Les semaines qui suivirent Alex s’arrangea à passer voir son cadet chaque weekend end précisément vers 16H, heure à laquelle passait comme par coïncidence Paloma, voulant laisser ses soirées à son frère pour être avec l’élue de son cœur. Petit à petit Alex finit par se rapprocher d’elle et vint maintenant dans sa chambre plus qu’il ne vint dans celle de son cadet.
Il finit par lui déclarer sa flamme un samedi après-midi après un alloco party. Elle y réfléchit pendant 3 mois et avec l’accord d son frère elle accéda à sa demande.
Ils entamèrent leur relation avec toute la passion d’un premier amour, elle délaissa un peu ses études mais lui la reprit doucement lui expliquant que le premier mari d’une femme c’est son boulot, elle expliqua tout ce qui se passait entre eux à Stéphane qui donna son avis. Cependant, jour après jour elle constata que son frère s’éloignait d’elle un peu plus. Un jour elle se décida à lui parler et se rendit chez lui. Cyntiche était de dos et faisait à manger dans la minuscule chambre de cité ;
- Bonjour Stéphane, ah Cyntiche t’es là ? Cynthia se retourna et elle vit son ventre
- Quoi ! Cyntiche tu es enceinte ? Stéphane, Cyntiche est enceinte ?
- Oui je comptais te le dire mais j’ai eu peur que tu réagisses très mal
- Comment ça ?
- On s’était promis de tout se dire
- Je ne connais pas tes motivations mais elles étaient forcément bonnes le rassura t’elle en souriant
Se tournant vers Cyntiche, elle la prit dans ses bras
- J’espère que c’est une fille, ça me plairait tellement d’avoir une nièce elle sera tellement belle
- C’est un garçon, elle est dans le sixième mois et je flippe
- Non tu seras un merveilleux papa je le sens, tu es déjà mon héros et je suis sure que cet enfant tiendra de toi
- Je veux qu’il tienne de sa mère, elle est tellement douce et sure d’elle
Elle revient à elle et regarda le premier fils de son frère qui se tenait à ses côtés dans le jardin de cet inconnu. Son frère qui était parti à son tour laissant des orphelins qui ne savaient rien de tout ça.
- Comment tu t’appelles ?
- KOUASSI Stéphane Aloukou Junior
- Il t’a donné tout son nom également
- Oui, il dit que son premier fils c’est lui et sa première fille c’est sa sœur jumelle
Elle ne put retenir ses larmes, elle se leva elle commença à faire les cents pas dans le jardin. Non elle ne pouvait pas rester auprès d’eux c’était trop dur du coup tous ces souvenirs qui remontaient à la surface.
- J’y vais annonça-t-elle à Jean- Baptiste qui revenait vers elle
- Vous allez où ?
- Ça ne vous regarde en rien, j’ai fait ce que vous avez dit je les ai vu ça n’a rien changé à ma décision, j’y vais
Il l’empêchait de passer, quand elle essayait de passer à gauche il mettait tout son corps comme barrière, quand elle passait à droite il faisait pareil.
- Vous allez me laisser passer à la fin ! bon sang !
- Contrôlez-vous les enfants vous regardent
- Je m’en…
- Je dis contrôlez-vous lui dit-il menaçant
Non il ne pouvait pas la comprendre, personne ne pouvait la comprendre, elle était sans cœur depuis tellement longtemps qu’elle se demandait si un jour elle en avait eu un. Elle fit un pas en arrière et se mit à courir comme si elle avait le diable à ses trousses. Pour sûr, ils allaient la prendre pour une demeurée mais elle avait juste besoin d’aller loin de tout ceci pour oublier, oublier tout et surtout oublier cette nuit qui avait détruit sa vie si paisible.
Retour dans le passé
Alex leur avait organisé une soirée plutôt romantique. Elle s’était apprêtée et ils avaient diné en ville dans un restaurant classe, ensuite il avait insisté pour qu’elle vienne dans sa chambre à lui. Elle avait accepté.
Cette nuit-là il s’était fait insistant, elle lui avait dit comme d’habitude, qu’elle n’était pas prête et qu’elle souhaitait attendre son mariage avant d’avoir un rapport sexuel.
Alex ne l’avait pas entendu de cette oreille et l’avait brutalisée ; elle avait crié au secours mais personne n’était venu et il était trop grand et trop musclé pour elle, elle l’avait supplié d’arrêter car elle lui en voudrait toute sa vie et il avait fait une pause. Il l’avait longtemps regardée et avait fini par s’excuser. Rassérénée, elle avait néanmoins demandé à rentrer chez elle. C’est à ce moment que l’inévitable s’était produit, non seulement Alex refusa de la laisser sortir en lui bloquant le passage vers la porte mais il lui ôta sa virginité avec brutalité et la chassa de chez lui en la traitant de petite pute coincée.
Elle était sortie en larmes et avait marché toute seule dans cette nuit noire en empruntant le « boulevard de la honte ». Le boulevard de la honte est un chemin qui relie le Sud et le Centre mais que seuls les étudiants qui n’ont pas envie d’être vus empruntent. Elle tenta à maintes reprises de joindre son frère mais son téléphone était fermé.
Elle courut à sa chambre dès qu’elle arriva sur sa cité, il était environ 1h du matin. Elle tapa de toutes ses forces, il vint lui ouvrir.
- Qu’est que tu as Palo ?
- Ton parrain, ton paaaa parrain c’est un sale type !
- Chuuut doucement Cyntiche dort, allons dans le couloir.
Elle avait été choquée qu’il la pousse presque de peur de réveiller Cyntiche mais elle avait besoin de réconfort donc elle lui expliqua tout dans les moindres détails. A la fin de son récit son frère lui dit :
- Tout ceci ne te serait pas arrivé si tu étais restée tranquillement dans ta chambre, tu as cru que tu étais grande assume tes choix comme une grande. Pour ma part, j’ai une famille à gérer, je serai père et je n’ai plus le temps de gérer pareille gaminerie
Sur ces mots, il lui tourna dos et ferma sa porte à son nez.
Elle entra dans sa chambre se dirigea direct dans la douche et pleura de tout son soul, pas seulement sur le malheureux incident mais aussi sur la lâcheté de son frère qui non seulement l’accablait mais ne prévoyait rien contre son parrain. Surement qu’il pensait à son avenir et aussi à celui de sa famille. Cyntiche avait réussi à lui voler son frère au point qu’il ne s’inquiétait plus pour elle et avait brisé leur alliance.
Plus tard, elle réussit à lui trouver des arguments quand même. Peut-être qu’il était tout simplement fatigué ou stressé. Elle se dit qu’elle lui parlerait le lendemain. Elle s’endormit sur cette bonne résolution.
Le lendemain, elle n’eut même pas le temps de sortir de sa chambre que son frère était déjà là. Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et ils pleurèrent ensemble.
- Je suis désolé Palo, je me sens tellement impuissant, je ne peux pas aller lui casser la gueule de peur d’être renvoyé et de loin je ne te serai pas du tout utile
- Je sais, je sais je comprends
- Pardonne-moi Palo
- Je te pardonne
Ils passèrent la journée du dimanche ensemble et se promirent de ne plus se prendre la tête quoi qu’il arrive.
Bien entendu, elle n’adressa plus la parole à Alex. Ce dernier essaya par tous les moyens de se faire pardonner mais elle ne voulut pas l’écouter. Un jour il osa même se pointer chez Stéphane, qui le reçut de fort belle manière. Il repartit de là le nez cassé mais ils eurent une discussion entre hommes. Alex tenait vraiment à elle et comptait sur Stéphane pour la récupérer. Elle ne sut jamais ce qu’il lui dit ce jour mais Stéphane était plus enclin à l’écouter et même à l’aider.
Chaque jour à compter de ce jour, il glissait çà et là des remarques sur la tristesse d’Alex et ses remords etc., elle resta inflexible mais décida de ne pas se fâcher avec son frère. Plus rien ne viendrait les séparer désormais.
Quelques semaines plus tard, c’est avec horreur qu’elle constata qu’elle était enceinte. Elle en parla à Stéphane qui lui demanda de garder la grossesse surtout que le père demandait pardon depuis bien des semaines. Ils se disputèrent violemment de nouveau. Elle l’accusa d’être de mèche avec son bourreau et lui essayait de lui faire comprendre qu’une erreur était juste la preuve qu' Alex n’était qu’un être humain.
- Je refuse de croire que tu prends son parti, cet homme m’a détruite, il m’a volé ma virginité sans mon consentement
- Je sais tout ça mais le pardon libère Palo, pardonne et vous serez heureux, laisse le se racheter je t’en prie
- Tu ne penses qu’à toi n’est-ce pas ? tu n’as pas envie de perdre ton parrain chéri et par la même occasion une chance d’atterrir dans une bonne entreprise après ta formation.
- Non ça n’a rien à voir, je t’aime et je pense qu’il serait un bon parti il saura prendre soin de vous deux
Elle avait envie de vomir comment il pouvait l’imaginer de nouveau avec ce malotru !
- De nous deux ! je refuse de garder cette chose en vie plus longtemps en moi, je vais me faire avorter !
- Non ! Palo réfléchis tu as presque 19ans, tu auras cet enfant à 19ans c’est raisonnable, Cyntiche aussi a 18ans mais tu vois qu’elle porte notre grossesse fièrement elle est presqu’à terme mais elle reste courageuse.
- Parce qu’elle t’aime
- Oui
- Moi cet enfant ne sera que le fruit de ma honte, d’une horrible honte que je ne demande qu’à oublier
- Je comprends mais il ne t’a rien fait, tu peux t’en prendre à son père mais pas à lui je t’en prie Palo
- Ok je vais y réfléchir, elle le disait juste pour qu’il se calme
- Merci Palo je t’aime
- Je t’aime aussi Stéfy
Elle prit rendez-vous toute seule, dans une clinique peu connue, pour le weekend suivant.
Cela se passa très mal elle faillit même y laisser la vie, dans la panique elle appela Stéphane
- Allo Stéfy je vais mourir
- Tu es où ? lui demanda-t-il en entendant sa voix chargée de douleur
- Dans une clinique, « le salutaire »
- Quoi ! cette boutique à avortement ne me dit pas ça Paloma KOUASSI qu’as-tu fait ?
Elle éclata en sanglots
- J’arrive
1 heure plus tard il était là, injuriant et maudissant tout le personnel qui était là.
On donna des calmants à Paloma qui s’endormit.
A son réveil, elle le vit à ses côtés mais son expression était neutre
- Stéfy merci d’être venu
- Ne m’appelle plus comme ça !
- Stéfy je peux t’expliquer
- M’expliquer quoi ? que tu as tué un innocent par égoïsme et méchanceté, pour te venger de quelqu’un qui t’a fait du mal ! tu n’es pas mieux que lui !
- Ne me parle pas comme ça !
- Si et d’ailleurs c’est ma dernière fois d’accourir au moindre appel de ta part, tu viens de me prouver que tu es majeure et vaccinée tu n’as plus besoin de moi !
- Ok si c’est comme ça que tu le prends.
- Tu viens de mourir à mes yeux en même temps que cet enfant à qui tu as ôté la vie.
- Ok soit ! tu es mort également pour moi ! tu peux disparaître de ma vue !
Elle se promit de ne plus compter sur lui et par la même occasion de ne plus compter sur aucun autre homme. Et elle ferma son cœur.
A suivre......