Chapitre 2
La semaine est horriblement longue et morne. Sachant ce qui les attend, ils ont hâte qu'elle se termine.
C'est alors que le jour tant attendu arrive. Ils ont rendez-vous dans la salle de transfert avec Bromir et Ian, son deuxième bras droit après Lénia et le père de Malec. On les fait patienter dans le couloir le temps que tout soit prêt puis ils peuvent entrer dans la pièce secrète. C'est en effet la première fois qu'ils la voient. Cette salle est interdite à tous ceux qui ne sont pas en âge de partir en mission. Ils l'observent attentivement, contenant leur enthousiasme. C'est une pièce énorme et circulaire sous un plafond à plus de dix mètres de haut en voutes d'ogives, avec cinq piliers finement taillés et gravés, entourant une sorte d'énorme bassin au centre, délimité par de la pierre taillée. Le petit muret leur arrive environ à hauteur des genoux, dans la continuité des gravures, et contient comme un liquide ressemblant à une voie lactée. C'est tout à fait magnifique et la lumière qui s'en dégage suffit à tout éclairer.
— Bien. Les enfants, nous y voici. Une fois sur place, restez avec nous et obéissez aux ordres que nous vous donnerons. Je ne veux aucune tentative de négociation. Est-ce que c'est clair ?
Les deux répondent en cœur :
— Oui !
— Parfait. Ian passera en premier pour vous montrer comment faire. Vous le suivrez chacun votre tour et je vous rejoindrais en dernier.
Le fameux Ian en question grimpe sur le rebord et avec un petit sourire en coin et un clin d'œil vers eux, il saute au milieu du cercle pour disparaître instantanément dans cette étendue d'étoiles liquides. Les deux jeunes fixent la surface calme.
— Comment on sait qu'on sera au bon endroit ?
— Ne vous en faites pas pour ça. Nous avons paramétré le Nebulosus avant.
Ils ne comprennent pas comment c'est possible mais ils n'insistent pas plus.
— Sania ? Honneur aux dames.
— Depuis quand tu es galant, toi ? Tu as surtout peur et tu m'y envoies en premier pour jauger.
— Ah ! Tes mots me brisent le cœur.
Sania ricane et suit son prédécesseur. Une fois partie, Malec grimpe lui aussi sur le muret mais Bromir le retient un instant.
— Malec, ne la quitte pas des yeux. S'il se passe quoi que ce soit, je comptes sur toi pour veiller sur elle.
Le jeune homme hoche la tête, l'air grave, et plonge à son tour. Lorsqu'il pénètre dans le bassin, il ne ressent qu'une légère fraîcheur et il se sent aspirer dans les profondeurs. Le noir et les étoiles l'entourent et il sent, sur la fin, qu'on le pousse violemment vers le haut. Il est projeté hors d'un autre bassin, identique au premier, mais celui-ci se trouve au milieu d'un champ. Dans les aires, il aperçoit son amie et son père un peu plus loin. Il se rapproche rapidement du sol, mais il se rattrape sans aucun mal, atterrissant sur ses deux jambes, pliées pour amortir le choc, et son bras droit entre elles pour l'équilibre. Il se relève prestement pour aller rejoindre le duo déjà prêt et attendre le chef de l'expédition.
Les adolescents se jettent des regards amusés pour juger le ressenti de l'autre. À l'unanimité, ils ont adoré et veulent recommencer ! Bromir les rejoint presque instantanément et ils prennent la route vers le lieu posant problème.
Ils marchent quelques minutes avant d'arriver dans le village. Le soleil commence à se lever alors qu'un homme vient à leur rencontre. C'est un petit homme trapue avec le crâne dégarni sur le dessus et une grosse paire de lunettes bien sale.
— Enfin vous voilà ! Il était temps.
— Comment ça ? Je croyais que vous n'aviez que de petits larcins gênants.
— Eh bien oui. Au début. Mais maintenant, nous nous faisons régulièrement attaquer.
Bromir affiche maintenant un air grave. Ce n'est pas ce qui était prévu. Il jette un rapide coup d'œil aux adolescents qui l'accompagnent et constate qu'ils restent impassibles.
— D'accord. Guide-nous.
La tension monte dans le groupe au fur et à mesure qu'ils arrivent devant une bâtisse qui semble abandonnée. Elle est assez imposante et l'aspect global ne semble pas engageant. Les volets voient leur peinture s'échapper, les vitres semblent vouloir cacher l'intérieur des regards indiscrets et certains pans de murs sont mêmes au sol.
— A priori ça vient d'ici. Les gens entendent des bruits étranges venir de là et les morts ont étés retrouvés à côté.
— Merci. Tu peux nous laisser maintenant. Ça pourrait être dangereux.
L'homme ne se fait pas prier. À peine entend-il ces mots qu'il part plus vite que son ombre. Étonnant au vu de son physique.
— Ian, il semble que les choses nous dépassent sur ce coup. Les enfants, vous deviez assister à quelque chose de simple, mais c'est raté. Nous ne sommes que quatre, donc nous devrons y aller tous ensemble. Pas le choix. Faites attention à ce que vous faites, écoutez-nous attentivement et tout devrait bien se passer.
Les jeunes hochent seulement la tête. Leur mâchoire ne se décrispe pas d'un pouce. Même s'ils savent qu'ils sont forts, là, ce n'est pas la même chose. Ils n'en mènent pas large. Le groupe entre alors dans la maison. Le silence règne. Ils font quelques pas à l'intérieur et observent les pièces qui s'offrent à eux. A droite un salon délabré et à gauche une cuisine décrépite. En face d'eux se trouve un escalier pour accéder à l'étage et un couloir menant à l'entrée de la cave et à l'arrière de la maison.
Au vu de l'agencement, ils décident de se séparer en deux groupes pour ratisser les lieux plus rapidement. Bromir et Sania se dirigent vers le salon tandis que Ian et Malec vont vers la cuisine.
Le parquet du salon se met à craquer dès les premiers pas. Le papier peint se décolle à de nombreux endroits et les meubles semblent demander à ce qu'on les achèvent. Des effets personnels se trouvent ici et là. Mais aucune trace de présence dans cette pièce.
Dans la cuisine, des restes de nourriture moisie trônent sur la table. Au final, il semble que les anciens propriétaires soient partis précipitamment. Mais là non plus, personne d'autre.
Le groupe se retrouve alors au pied de l'escalier. Après réflexion, ils décident de commencer par l'étage. Ils montent les marches les uns derrière des autres, esquivant les quelques morceaux de lambris qui commencent à se décrocher, Bromir en tête et Ian fermant la marche. Une fois sur le palier, ils constatent qu'il y a trois portes. Ils avancent prudemment et passent la première. Une salle de bain vide. Ils continuent alors et s'apprêtent à rentrer dans la seconde pièce quand un bruit leur parvient de la troisième porte.
Ils tournent tous la tête vers le son. Le bras droit du groupe s'avance en premier et, après s'être assuré que tout le monde l'ai suivi, il pose la main sur la poignée. Après un léger signe de tête, il entre dans la pièce. Il est suivi par tout le monde et ils font alors face au vide. Pas un meuble, pas une décoration. Rien que l'aspect miteux. Abasourdis, ils scrutent la pièce de long en large pour finalement ne toujours rien comprendre. Il n'y a pas âme qui vive ici...
— Qu'est-ce que ça veut dire ?
— C'est une bonne question.
Les deux aînés se regardent, cherchant à comprendre ce qu'il se passe. Ils sortent tous de la maison, estimant qu'il ne sert à rien d'y rester plus longtemps. Cette visite est un véritable échec... Alors qu'ils avancent dans la rue, espérant tomber sur l'homme qui les a guidés jusqu'ici, ils réagissent à un point : tout est silencieux. Beaucoup trop. Pas un chant d'oiseau, pas une once de vent. Absolument rien. Ils se stoppent pour observer.
— Ian, tu penses à ce que je pense ?
— Je crois bien oui, Bromir...
Sania s'immisce alors dans la conversation.
— À quoi vous pensez au juste ?
— Il semble que nous soyons finalement arrivés bien trop tard.
— Comment ça ? demande alors Malec.
— Vous comprendrez bien assez tôt. Comment j'ai fais pour ne pas comprendre tout de suite ?
— Ils ont réussi à nous occuper avant même qu'on ne soit là. Ils sont plus rusés que d'habitude...
— Bien, tentons de trouver le centre de cette petite ville. Les enfants, quoi qu'il arrive, restez près de nous. Ian, tu sais quoi faire...
Ils se dirigent vers le cœur du problème, une sorte de grande place entourée d'habitations. Des personnes se trouvent là et les observent en les voyant arriver, gardant le silence. Bromir met la main dans sa poche lorsque l'homme de tout à l'heure vient à leur rencontre.
— Alors, vous avez trouvé quelque chose ?
— Non, rien du tout. Vous êtes surs que c'est le bon endroit ?
— Certain ! Nous avons tous vu quelque chose là-bas.
Bromir hoche la tête tout en laissant son regard passer d'un habitant à un autre pour finir sur leur interlocuteur. Ils semblent tous normaux. Il retire sa main de sa poche avec une petite fiole. Il l'ouvre délicatement et lance le contenu sur l'inconnu. Celui-ci reste un instant blême, puis son visage se déforme pour afficher une immense douleur. Tous les habitants réagissent à cette attaque. Un cri strident retentit, sortit à l'unisson de tous les êtres présents sur la place.
— Bingo, préparez-vous.
Bromir et Ian, dans des mouvements rapides, sortent leurs armes, prêts à se battre. Sania et Malec font de même.
— Sania, avec moi. Malec tu vas avec ton père. Faites exactement ce qu'on vous dit.
Les groupes se séparent légèrement pour absorber les vagues de démons qui se jettent sur eux. Les deux jeunes sont perturbés car en dehors de yeux devenus rouges, rien ne laisse paraître leur origine. Ils ressemblent vraiment à des humains. Ainsi, lorsque Sania plante pour la première fois sa lame dans le ventre d'une jeune femme, elle ne peut retenir une larme couler le long de sa joue. Son ami d'enfance aperçoit la scène et comprend son désarroi. C'est alors qu'il se met à crier à son attention.
— Sania ! Concentre-toi sur ma voix ! Fais comme à l'entraînement. Tu es la meilleure d'entre nous, tu peux y arriver. Ce ne sont que des démons.
En entendant ces paroles, elle se reprend et continue le combat. Il a raison, il faut exterminer ces monstres. Ce sont eux qui ont tué tous les habitants de cette ville. Il doivent payer. La rage se fait alors ressentir en elle, décuplant ses capacités et sa puissance. Les trois hommes sont impressionnés de la voir ainsi. Elle est vraiment impressionnante et son père est fier d'elle. Mais d'un coup, une lame venant d'on ne sait où lui tranche le flanc. Elle vacille et se retrouve en difficulté. Bromir est bloqué par un groupe qui l'encercle, l'empêchant d'aller aider sa fille. Ian et Malec, un peu plus loin, voient la situation leur échapper. Le plus jeune décide alors de se débarrasser de celui qui lui barre le passage pour aller aider son amie. Mais alors qu'il termine le combat, il voit une main armée s'élever et se jeter sur elle. Il comprend alors qu'il n'aura pas le temps de la rejoindre et ne peut s'empêcher de crier.
— NON !
Il lance son bras en avant comme pour stopper le mouvement du démon. C'est alors que quelque chose sort de sa main. Une sorte de force se matérialise et enveloppe Sania pour la protéger et repousser son assaillant. Tout se fige un instant. Le combat est comme suspendu et tous les regards se tournent vers Malec. Les faux visages se transforment pour n'afficher que rage et dégoût, mais tous prennent la fuite dans le même son qui les a trahis. Ils se retrouvent bientôt tous les quatre, au milieu de quelques cadavres, sur cette place abandonnée. Malec se précipite vers Sania et regarde la plaie. Rien de grave. Elle sera vite guérie. Les deux pères s'approchent également et ne quittent pas le jeune homme des yeux. Une crainte peut se lire en eux et Ian prie intérieurement pour que ce qu'il vient d'arriver ne soit pas vrai...
Chapitre 3
Une fois le groupe rentré, Sania est prise en charge pour soigner la blessure et s'assurer qu'il n'y a rien de plus, Malec toujours avec elle, ne voulant pas la laisser une seconde. Ils sont ensuite convoqués pour faire un point sur la mission. Ils retournent alors dans la salle du Nebulosus. Juste derrière, se trouve une sorte d'antichambre dans laquelle se font les débriefes et les planifications des missions. Ils y trouvent une table avec une immense carte posée dessus ainsi que des chaises. Ils sont invités à s'asseoir et ils prennent donc place en face des deux adultes.
— Bien. Sania comment ça va ?
— Très bien. Ce n'est qu'une égratignure. Je n'ai pas été assez prudente, ça ne se reproduira pas.
— Parfait. Nous devons donc faire un point sur ce qu'il s'est passé.
— Pour être honnête, je n'ai rien compris. Quand vous nous avez dit de nous tenir prêt, je ne pensais pas à ça.
— Nous non plus. Il s'agissait d'une simple mission de contrôle de routine. Mais il semble que c'était en fait un piège. Cependant, il y a un point qui nous préoccupe plus...
Le silence s'impose tandis que tous se jettent des regards gênés. Ian se décide enfin à parler.
— Malec, que s'est-il passé ?
— Comment ça ?
— Tu as utilisé un pouvoir, Malec. Que tu t'en soit rendu compte ou pas, c'est un fait.
Les deux jeunes restent figés sur place. C'est impossible...
— Tu dois te tromper Bromir. Je n'ai pas fait ça. Tu sais bien que les pouvoirs se sont éteints il y a des siècles.
— Je le sais très bien... Les enfants, savez-vous pourquoi nous existons ?
— Eh bien oui, pour détruire les démons.
— Tout à fait Sania, mais sais-tu pourquoi tout ça ?
Ils restent muets, attendant de voir ce qu'ils entendent par là.
— Bon, je vais vous expliquer. Comme vous le savez, au fil du temps les croyances ont évolué.
Les gens ont délaissé les dieux multiples pour embrasser une religion monothéiste. Cependant, les dieux prirent cela comme une trahison de notre part et décidèrent alors d'arrêter de nous protéger contre les armées démoniaques qui voulaient nous envahir et ont laissé les portes ouvertes entre les mondes. Le nouveau Dieu adulé donna des pouvoirs aux humains pour qu'ils puissent se défendre. Cependant, au fur et à mesure des générations, ces pouvoirs se perdirent, et avec eux la capacité de voir les monstres. Il créa également des passages allant d'une partie à une autre de notre planète. Cela nous permettrait de nous déplacer plus rapidement sur les lieux d'attaques et donc de prendre le dessus sur les démons. Ainsi nous pouvons voyager grâce au Nebulosus. Il y en a plusieurs disséminés un peu partout sur notre terre. Mais les choses se calmant au fil des années, seule notre Organisation lutte maintenant contre tout ça. Bien que nous soyons connus de nom, nous agissons dans l'ombre.
— Nous savons déjà tout ça. C'est ce qu'on apprend avec les contes pour enfants...
— Mais ce que vous ne savez pas, c'est qu'un oracle a prédit une chose au moment de la disparition des anciens dieux. Une sorte de dernière mise en garde de leur part avant de nous abandonner définitivement. Il y est dit ceci : "Lorsque le Gardien des pouvoirs viendra, le héro mourra et le monde sombrera".
Tous attendent alors que l'un d'entre eux rebondisse là-dessus. Malec n'y tenant plus, il parle en premier.
— Et en quoi ça a à voir avec moi ?
— Le gardien des pouvoirs est celui qui, après qu'ils se soient éteints, bénéficie de l'ensemble des pouvoirs que portent cette terre. Il est le seul qui peut les utiliser. Et a priori, ce gardien, c'est toi, Malec.
— C'est impossible. Vous avez dû rêver. Je n'ai pas de pouvoir.
— J'aimerai me tromper, mais ce n'est pas le cas.
— Et du coup, qu'est-ce qu'il va se passer ? Malec ne détruira pas le monde, c'est évident...
— Nous ne savons pas ce qu'il va arriver. Mais vous devez garder ça secret le temps que nous enquêtions là-dessus.
Ils baissent les yeux, abattus par cette nouvelle, et sortent de la pièce sans un mot de plus.
Une fois dehors, ils se dirigent vers les jardins. Ils aimeraient être seuls mais puisqu'ils sont de retour de leur première mission, ils sont entourés de tous les autres élèves et croulent alors sous les questions. Ils prétextent une grosse fatigue suite au voyage pour s'éclipser sans offusquer personne. Ils se retrouvent alors dans leur cachette, petite pièce inconnue de tous. Sauf de Lénia bien sur.
Ils s'installent sur les couvertures et coussins placés ici pour que ça soit plus confortable et restent ainsi un moment, sans oser briser le silence qui s'est installé. Les deux cogitent à cent à l'heure. Que veut dire cette prédiction ? Est-ce que ce fameux gardien existe vraiment ? Si oui, est-ce Malec ? Et est-ce qu'il va détruire le monde ? Cela leur semble bien trop irréaliste.
— Est-ce que tu les crois ?
Sa voix est faible. Elle transmet sa crainte d'être le fameux Gardien.
— Je n'en sais rien.
— Est-ce que tu as peur de moi ?
— Non.
Ce simple mot réchauffe le cœur du jeune homme. Il peut toujours compter sur elle, c'est indéniable.
Sania pose sa tête sur son épaule. Elle veut le réconforter comme elle le peut. Même s'il est le Gardien, il ne détruira pas cette terre, il en est incapable. Et elle ferait tout pour que ça n'arrive pas.
— De toute manière, si tu essais de détruire notre planète, je te frappe. C'est d'accord ?
Malec ricane.
— C'est d'accord. Mais tu ne parviendras pas à me toucher. Je suis bien trop fort pour toi.
— Mais bien sûr.
Ils rient de bon cœur. Ils se sentent soulager de savoir que quoi qu'il arrive, ils seront toujours ensemble.
— Eh...
— Quoi ?
— Tu sais, comme c'est bientôt la fin du monde apparemment, ça ne te dit toujours pas de sortir avec moi ?
Sania redresse la tête et le scrute avec un sourcil relevé.
— T'es sérieux là ?
— Bien sur. Pourquoi je ne le serait pas ?
— Tsss. Tu ne perds pas le nord toi.
— Jamais !
Il lui sourit et lui vole un baiser sans qu'elle n'ai le temps de réagir. Mais tandis qu'ils ont leurs lèvres scellées, elle ne le repousse pas et le lui rend. Malec se met à sourire en ressentant ça. Il savait bien qu'il avait raison d'insister. Lorsqu'elle recule, Sania détourne le visage.
— Qu'est-ce qui te fait sourire ?
— Toi.
— Quoi ? Pourquoi ?
— Tu fais celle qui n'est pas intéressée mais en fait je te plaît.
— Ne prend pas tes désirs pour la réalité !
— Bien sur, bien sur.
Il lui sourit et elle ne peut que lui répondre de la même manière. Il l'énerve tellement quand il a raison, mais elle est bien obligé de le reconnaître pour le coup.
— J'ai vraiment eu peur tout à l'heure.
— Quand ça ?
— Quand tu as été blessée et que l'autre allait t'attaquer. J'ai cru que j'allais te perdre...
Les derniers mots se serrent dans sa gorge. Sa peur est réelle et profonde. La voir blessée et sur le point de mourir, c'est quelque chose qu'il ne veut plus jamais vivre. Sania prend sa main et la serre.
— Je vais bien, ne t'en fait pas. J'ai déjà eu pire en entraînement alors bon. C'est pas une petite coupure qui va me faire peur !
Malec souffle. Décidément, elle est intenable. Ils restent ainsi un moment, à discuter, jusqu'à ce que le sommeil les rattrape.
Le lendemain matin, ils sont réveillés par Lénia qui vient les chercher. Même si la veille était bien remplie, il leur faut aujourd'hui se rendre de nouveau en cours et reprendre les entraînements. Lorsqu'ils arrivent devant la salle qui accueille les cours, tout le monde se dirige vers eux. N'ayant pas eu de réponse la dernière fois, ils comptent bien en avoir cette fois-ci. Les deux jeunes restent vagues dans leurs explications, ne voulant pas faire de gaffe. Après tout, Bromir leur a demandé de garder secret certaines parties de l'histoire. Et pour éviter d'en dire trop, autant ne pas dire grand chose.
Une fois satisfaits, le groupe qui les encercle fini par se disperser afin que chacun regagne sa place et reprenne sa discussion initiale où elle s'était arrêtée. Les deux héros du jour s'installent et écoutent rapidement ce qu'il se passe autour d'eux.
— Alors tu en sais plus ?
— Non toujours pas... Ils sont restés enfermés dans la salle de transfert toute la nuit avec tous les hauts rangs... Je ne sais pas pourquoi mais je me demande si ça a à voir avec la mission de Sania et Malec.
En entendant leurs noms, les deux intéressés tendent d'autant plus l'oreille.
— Ils n'étaient pas très clairs dans leur récit... Peut-être qu'ils nous cachent quelque chose.
— Je ne sais pas. Ce n'est pas vraiment leur genre.
— Qui sait, peut-être que ça leur est monté à la tête.
— Arrête. Tu sais bien que c'est faux. S'ils n'ont pas tout dit, c'est qu'il y a une raison.
Les bavardages cessent lorsque leur précepteur entre dans la pièce. Malec et Sania se lancent un regard entendu. Ils n'aiment pas ce qu'il est en train de se passer. Il va falloir qu'ils se renseignent auprès de leurs parents. Ils veulent savoir pourquoi tous les hauts rangs se sont enfermés depuis si longtemps. Ils décident alors qu'après le cours, ils iront voir Lénia. Elle au moins était disponible, malgré sa position parmi eux.