Chapitre 2
« Elias, merci d'être venu. » Elle lui serra la main chaleureusement.
Elias lui sourit doucement et s'assit en face d'elle. « Alice, tu sais bien que je répondrai toujours à ton appel. Que se passe-t-il ? »
Elle baissa la voix, jetant un regard autour pour s'assurer qu'ils n'étaient pas entendus. « Il a découvert notre cachette. Daniel. Il sait pour les triplés. »
Elias fronça les sourcils, secouant la tête avec gravité. « Il ne laissera pas passer cette chance. Pour lui, ils sont plus qu'une famille ; ils représentent son héritage, un pouvoir. »
Alice hocha la tête, comprenant parfaitement la signification de ces mots. Elle savait que Daniel voulait les enfants non pas par amour, mais pour renforcer sa lignée et son autorité dans la meute. Elle ne pouvait pas le laisser faire.
Elias la regarda intensément. « Il y a peut-être un moyen de le repousser, mais c'est risqué. Il faudra que tu l'approches directement et que vous fassiez un pacte. »
Elle le fixa, surprise. « Un pacte avec Daniel ? Tu veux dire lui donner un droit sur eux ? » Elle était incrédule.
Elias prit une profonde inspiration. « Ce n'est pas une idée agréable, mais écoute-moi. Daniel est un alpha. Il respecte la force et la loyauté, même s'il peut être cruel. Si tu proposes un pacte, il pourrait être tenté de le suivre, tant que cela lui donne quelque chose. »
Alice resta silencieuse, la colère et la peur se mêlant dans ses yeux. Elle comprenait que ce qu'il suggérait n'était pas une alliance, mais une manœuvre pour lui offrir quelque chose sans lui donner le pouvoir absolu sur les triplés.
Après un long moment, elle murmura, presque pour elle-même, « Peut-être que c'est la seule option... Je n'ai pas d'autres solutions. »
Elle revint chez elle, sa décision prise. Plus tard dans la nuit, elle envoya un message à Daniel, lui donnant rendez-vous dans la clairière où ils s'étaient vus pour la dernière fois avant son rejet.
Le soir suivant, elle se rendit seule à la clairière, la lune pleine éclairant sa silhouette alors qu'elle attendait, le cœur battant. Elle serra les poings pour se donner du courage. Après quelques instants, Daniel apparut, s'avançant d'un pas assuré, les yeux étincelants de défi.
« Alors, tu as décidé de me parler. » Il croisa les bras, un sourire provocateur sur les lèvres.
Alice se redressa, déterminée. « Je suis ici pour négocier, Daniel. Je ne vais pas te laisser prendre mes enfants, mais je suis prête à te donner un rôle, sous certaines conditions. »
Il l'observa, surpris mais intéressé. « Et pourquoi devrais-je accepter ? »
Elle ne cilla pas. « Parce que si tu veux vraiment avoir un lien avec eux, il faudra que tu acceptes mes termes. Sinon, je me battrai pour eux, et tu sais que je ne me rendrai pas sans lutter. »
Il resta silencieux un moment, un sourire évasif jouant sur ses lèvres. Puis, d'un ton sarcastique, il répondit : « Bien, Alice. Parle-moi de ce pacte. »
Elle prit une inspiration et lui expliqua les termes : il pourrait voir les enfants, mais sous sa supervision, et jamais il ne pourrait décider de leur avenir ou de leur formation au sein de la meute. Ils auraient une enfance normale, loin des intrigues de pouvoir et des combats de domination.
Daniel l'écouta attentivement, mais elle sentit une hésitation dans son regard. « Et si je refuse ? » demanda-t-il d'une voix douce mais menaçante.
Alice plongea son regard dans le sien, froide et implacable. « Dans ce cas, je disparaîtrai à nouveau, et tu sais que je ferai tout pour que tu ne nous retrouves plus. »
Il la fixa, ses yeux sombres brillant d'une colère contenue. Puis, finalement, il hocha la tête. « D'accord, Alice. Mais ne pense pas que ce sera si simple. Je vais les voir régulièrement, et si je découvre la moindre chose qui ne me plaît pas... »
Elle l'interrompit, le regard dur. « Ce sont mes conditions, Daniel. Accepte-les ou laisse-nous tranquilles. »
Daniel la dévisagea, semblant peser ses mots, puis il finit par tendre la main. « Alors, soit. J'accepte. »
Elle prit sa main, scellant le pacte avec un regard qui ne montrait aucune faiblesse. Mais au fond d'elle, elle savait que ce n'était que le début d'une longue bataille pour protéger ses enfants, une bataille où elle devrait être prête à tout.
Après l'accord tendu scellé avec Daniel, Alice retourna chez elle, épuisée. Elle ne savait pas si elle avait pris la bonne décision, mais le pacte, même fragile, était sa seule chance de protéger les triplés sans se cacher à nouveau. Pourtant, la peur restait ancrée en elle. Daniel respectait rarement les limites, et elle craignait qu'il voie cet accord comme un simple jeu de pouvoir.
Quelques jours passèrent, et Alice se força à maintenir une routine calme pour ses enfants. Elle n'avait pas encore eu le courage de leur parler de l'arrangement avec Daniel, mais elle savait qu'elle ne pourrait plus le cacher longtemps. La première visite de leur père approchait.
Ce matin-là, alors que la lumière du jour inondait la maison, Alice préparait le petit-déjeuner, le cœur lourd. Les triplés s'étaient habitués à leur vie tranquille dans le village, ignorant les ombres du passé qui menaçaient de les envelopper. Elle espérait qu'ils comprendraient qu'elle faisait tout cela pour eux.
Au moment où elle déposait les assiettes sur la table, un coup retentit à la porte. Elle se figea, le cœur battant. Elle savait que c'était lui. Prenant une profonde inspiration, elle se dirigea vers la porte, priant pour que les enfants réagissent bien.
Elle ouvrit, et Daniel apparut sur le seuil, vêtu de noir, sa présence imposante dégageant une force que même l'air du matin ne pouvait adoucir. Il observa l'intérieur avec un léger sourire, comme s'il prenait mentalement possession de ce lieu qui lui était jusque-là interdit.
« Bonjour, Alice, » dit-il d'une voix douce mais chargée de tension.
Alice inclina la tête en signe de bienvenue, son regard avertissant Daniel de ne pas provoquer la moindre scène.
« Les enfants sont à l'intérieur. Rappelle-toi des termes de notre accord, Daniel, » répondit-elle, ferme.
Il acquiesça d'un signe, puis entra. Noah, qui avait entendu la porte, apparut dans l'embrasure de la cuisine, le regard méfiant mais intrigué. Les deux autres enfants le rejoignirent rapidement, leurs yeux écarquillés en fixant cet homme imposant qu'ils reconnaissaient malgré eux.
Daniel baissa les yeux vers eux, une lueur d'émotion passant furtivement dans son regard, comme s'il réalisait pour la première fois la responsabilité qui l'accompagnait. Mais il se reprit rapidement, affichant un sourire réservé.
« Bonjour, les enfants, » dit-il calmement. « Je m'appelle Daniel... je suis... votre père. »
Un silence lourd tomba dans la pièce. Noah serra la main de ses frères, le regard méfiant, tandis que les deux autres restaient figés. Alice posa une main rassurante sur leurs épaules, leur montrant qu'elle les soutenait.
Après un instant, c'est Noah qui parla le premier, ses yeux clairs brillants d'une lueur de défi inattendue.
« Si tu es notre père, pourquoi tu n'as jamais été là ? » demanda-t-il d'une voix froide, trop mature pour son jeune âge.
Daniel sembla pris de court par la question. Il jeta un coup d'œil à Alice, espérant trouver une réponse, mais elle resta silencieuse, laissant Daniel assumer ses responsabilités.
Chapitre 3
« Parfois, » commença-t-il doucement, « les adultes font des choix qu'ils regrettent plus tard. Je n'ai pas su voir ce qui comptait vraiment. Mais je suis ici maintenant pour apprendre à vous connaître, si vous me le permettez. »
Les enfants échangèrent des regards. Finalement, Noah hocha légèrement la tête, comme pour donner une chance à cet étranger. Malgré leur méfiance, la curiosité était trop forte.
Alice leur proposa de s'installer autour de la table pour le petit-déjeuner. L'atmosphère était tendue mais calme, chacun semblant mesurer chaque mot prononcé. Daniel, même s'il essayait d'être naturel, paraissait étranger dans ce cadre familial.
Soudain, l'un des triplés, Lucas, qui était habituellement le plus réservé, prit la parole d'une voix timide.
« Maman dit toujours qu'on est une famille, qu'on reste ensemble... C'est ce que tu veux aussi, Papa ? »
Alice retint son souffle, surprise par la question de Lucas. Elle n'aurait jamais imaginé qu'il pose une question aussi directe à Daniel, surtout après tout ce qu'ils avaient traversé.
Daniel, de son côté, sembla surpris mais visiblement ému. Il posa doucement sa main sur la table, tentant de cacher son hésitation.
« Oui, Lucas. J'aimerais être là pour vous, pour apprendre à vous connaître... et peut-être, un jour, être vraiment une famille, si vous le souhaitez. »
Alice sentit son cœur se serrer en voyant la sincérité dans son regard. Peut-être qu'une part de Daniel souhaitait réellement faire partie de leur vie, même si ses intentions étaient souvent obscures.
La matinée passa lentement, entre échanges maladroits et regards hésitants. Les enfants semblaient s'ouvrir peu à peu, bien que Noah restât méfiant, observant Daniel avec un regard critique, comme s'il cherchait à comprendre les intentions de cet homme qui surgissait soudainement dans leur vie.
Vers midi, alors que Daniel se levait pour partir, il jeta un dernier coup d'œil à Alice, une lueur d'espoir dans les yeux.
« Merci, Alice, de m'avoir laissé cette chance. Je promets de respecter notre accord. »
Elle acquiesça silencieusement, espérant que Daniel tiendrait parole. Mais alors qu'il franchissait le seuil de la porte, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un mélange d'inquiétude et de doute.
Après la visite de Daniel, une tension invisible planait dans la maison. Les enfants continuaient de poser des questions, et Alice faisait de son mieux pour leur donner des réponses honnêtes sans trop les exposer aux tourments du passé. Cependant, elle sentait bien que cette rencontre avait ravivé quelque chose en eux, une curiosité, une soif de comprendre ce qu'ils avaient manqué en l'absence de leur père.
Les jours passèrent, mais Daniel continuait de respecter l'accord, prenant des nouvelles régulièrement sans pour autant imposer sa présence. Il envoyait parfois de petits cadeaux pour les enfants, des objets simples mais bien choisis : un livre pour Noah, un jeu de construction pour Lucas, et une peinture pour Anna, leur sœur, qui adorait dessiner. Ces attentions renforçaient peu à peu leur curiosité et leur sentiment d'avoir un lien avec lui, même s'il demeurait fragile.
Un soir, alors qu'Alice mettait les enfants au lit, Noah lui posa une question qu'elle redoutait.
« Maman, pourquoi as-tu quitté Papa ? »
Alice, prise au dépourvu, resta silencieuse un instant, rassemblant ses pensées. Elle se demandait comment expliquer cela sans alourdir leur jeune cœur d'amertume et de douleur.
« Ce n'est pas toujours simple entre les adultes, Noah, » dit-elle finalement, en s'efforçant de rester calme. « Parfois, on prend des chemins différents parce qu'on pense que c'est mieux pour ceux qu'on aime. »
Noah sembla insatisfait de cette réponse, mais il ne poussa pas plus loin. Cependant, elle voyait bien que sa question restait en suspens, et elle craignait le moment où il insisterait pour savoir toute la vérité.
Le lendemain, alors qu'Alice sortait pour faire des courses, elle sentit une présence qui la suivait. Ses instincts de louve se réveillèrent instantanément, et elle accéléra le pas, jetant des coups d'œil discrets autour d'elle. L'ombre persistait, se glissant dans les ruelles étroites du village derrière elle.
Elle tourna brusquement à un coin de rue et se plaqua contre le mur, retenant son souffle. Quelques secondes plus tard, une silhouette familière apparut devant elle : un jeune homme au regard sombre et perçant, un éclaireur de la meute de Daniel.
« Que fais-tu ici ? » demanda-t-elle d'une voix tranchante.
L'éclaireur hésita un instant avant de répondre, baissant légèrement les yeux. « Daniel m'envoie pour te parler d'une question importante, Alice. Il veut te voir, seul à seul. »
Elle fronça les sourcils, méfiante. « Nous avons déjà un accord. Que veut-il de plus ? »
L'éclaireur jeta un regard autour de lui, comme s'il craignait d'être entendu. « Il a découvert quelque chose... quelque chose qui pourrait te concerner, toi et les enfants. Il pense que tu devrais venir le voir. »
Alice hésita, ses instincts en alerte. Elle savait que Daniel ne la convoquerait pas sans une raison sérieuse. Elle décida alors de suivre l'éclaireur, tout en restant sur ses gardes.
Lorsqu'ils arrivèrent à la frontière du territoire de Daniel, une tension pesante régnait dans l'air. Daniel l'attendait dans une clairière, son regard sombre mais sérieux. Il se tenait droit, les bras croisés, comme un guerrier prêt pour une confrontation.
« Alice, » dit-il d'un ton grave, « je t'ai demandé de venir parce qu'il y a des choses que tu dois savoir. »
Elle le fixa, méfiante. « Parle, Daniel. Qu'est-ce qui est si important pour que tu m'appelles ici, loin des enfants ? »
Il sembla hésiter, cherchant les bons mots. « Il y a des rumeurs dans la meute... Des alliés qui se regroupent contre moi. Ils pensent que ma position est affaiblie, et ils savent pour les triplés. »
Alice sentit un frisson parcourir son échine. « Qu'est-ce que cela signifie pour nous ? »
Daniel s'approcha, baissant la voix. « Cela signifie qu'ils pourraient venir pour vous. Les enfants représentent une menace pour eux, et s'ils les capturent... »
Alice serra les poings, la rage bouillonnant en elle. Elle savait que l'existence des triplés, en tant qu'enfants d'un alpha puissant, les rendait uniques et précieux. Ils étaient une cible.
« Tu ne vas pas laisser ça arriver, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle, sa voix teintée d'une menace qu'elle ne tenta pas de cacher.
Daniel la regarda droit dans les yeux, un mélange de détermination et de regret dans le regard. « C'est pourquoi je te propose un nouveau pacte, Alice. Il est temps de protéger les enfants ensemble, comme une famille. Tu es forte, et ils auront besoin de toi, de nous deux, pour survivre. »
Alice sentit son cœur se serrer. Elle avait passé des années à fuir Daniel, à le tenir à distance pour protéger ses enfants. Mais face à cette menace, elle savait qu'elle ne pouvait plus agir seule.
Elle hocha finalement la tête, consciente des implications de cette décision. « Très bien, Daniel. Pour eux, je suis prête à faire équipe avec toi. Mais souviens-toi que je garde un œil sur toi. Si tu trahis notre pacte, je ne te pardonnerai jamais. »
Daniel esquissa un sourire mince, mais satisfait. « Je n'attends pas ton pardon, Alice. Seulement ta loyauté pour la sécurité des enfants. »