Chapitre 2
Sophie POV:
Le matin, le réveil implacable de la sonnerie de mon téléphone m'a tirée d'un sommeil agité. Je me suis étirée, les muscles endoloris par la nuit passée à pleurer et à prendre des décisions radicales. C'était un numéro inconnu. J'ai hésité, puis j'ai décroché. Une voix de femme, stridente et autoritaire.
"Sophie ! C'est la mère de Raphaël. Pourquoi n'as-tu pas encore appelé le docteur Duval ? Nous avons un rendez-vous à ne pas manquer pour la FIV !"
Mes yeux se sont fermés. La FIV. J'avais presque oublié. J'ai rapidement mis fin à l'appel, mon cœur battant la chamade. Je savais que ma décision était prise, mais entendre ce rappel me renvoyait à la réalité cruelle.
À peine avais-je raccroché que Raphaël a fait irruption dans la chambre. Son visage était fermé, ses yeux noirs de fureur. Il tenait son propre téléphone, l'écran affichant l'appel manqué de sa mère.
"Qu'est-ce que tu as dit à ma mère ?" Sa voix était un sifflement. "Elle m'a appelé, furieuse. Elle dit que tu lui as raccroché au nez."
"Je ne lui ai rien dit," ai-je répondu, tentant de garder mon calme. "Elle m'a parlé de la FIV. J'ai mis fin à l'appel."
Il a fait un pas vers moi, menaçant. "Tu essayes de me saboter ? De me faire honte devant ma famille ?"
"Je n'ai rien fait," ai-ai-je insisté, reculant.
Il a tendu le bras, son index pointu vers moi. "Je te connais, Sophie. Tu es maligne. Tu penses que si tu fais la difficile, je vais te supplier ?"
Il a balayé mon corps du regard, de mes cheveux ébouriffés à ma nuisette froissée. "Tu as l'air pitoyable. Toujours à essayer d'attirer l'attention. Tu penses que cette tenue te rend désirable ?"
Mes joues ont brûlé. Je me sentais nue sous son regard froid. Je me suis enveloppée de mes bras.
Raphaël a secoué la tête, un rictus de dégoût sur les lèvres. Il m'a poussée avec une force brutale. Je suis tombée en arrière.
"Ne t'inquiète pas, j'ai tout arrangé," a-t-il déclaré, sa voix redevenue calme, mais d'une calme terrifiant. "Tu viens avec moi. Maintenant."
Mon cœur s'est emballé. "Où ça ? Qu'est-ce que tu as arrangé ?"
Il m'a ignorée, se dirigeant vers la porte. "Habille-toi. Nous partons dans une demi-heure."
J'ai couru après lui, la panique montant. "Raphaël, dis-moi ce qui se passe !"
Il m'a jetée un regard par-dessus son épaule. "Nous allons chez le médecin. Pour la FIV. Qu'est-ce que tu crois ?"
Les mots m'ont frappée comme une onde de choc. Je ne pouvais pas y croire. Après tout ce que j'avais vu, il s'attendait toujours à ce que je le suive ? Il m'a tirée par le bras, m'entraînant hors de la chambre.
"Raphaël, non ! Je ne veux pas y aller !"
Il a serré ma prise. "Tu n'as pas le choix. Tu vas me donner un héritier."
La voiture de luxe nous attendait. Il m'a poussée sans ménagement sur le siège passager, puis a claqué la porte. Le trajet s'est fait dans un silence pesant. Mes mains et mes pieds étaient froids, mon estomac noué. L'angoisse m'étouffait. Où allions-nous ?
Finalement, la voiture s'est arrêtée devant un bâtiment en verre et en acier. Une clinique privée, chic et discrète. Le mot "Fertilité" était gravé sur une plaque en laiton.
"Qu'est-ce que c'est, Raphaël ?" Ma voix était à peine un murmure.
"La solution," a-t-il dit, son regard vide. Il m'a tirée hors de la voiture, sa main serrant mon bras. "Ce n'est pas compliqué, Sophie. Tu vas faire ce que tu dois faire."
Devant l'entrée, j'ai essayé de me libérer. "Je ne comprends pas ! Pourquoi tout ça ? Pourquoi ne veux-tu pas me toucher, mais tu veux mon enfant ?!"
Il m'a regardée avec un dégoût si profond que j'ai senti mon âme se briser. "Parce que je ne veux pas que tes gènes me salissent, mais nous avons besoin d'un héritier. C'est simple."
Les mots m'ont poignardée. Mon souffle s'est coupé. Je me suis sentie étouffer, le cœur serré dans une étreinte glaciale. Mon corps a vacillé.
"Mais... pourquoi ?" Les larmes ont commencé à couler sur mes joues. "Pourquoi suis-je si horrible pour toi ?"
Il a secoué la tête, impatient. "Assez. Ne fais pas ta scène. Nous avons un rendez-vous."
Il m'a poussée vers l'intérieur, me livrant aux mains de l'infirmière à l'accueil.
"Mme Martineau, nous vous attendions," a-t-elle dit avec un sourire professionnel, ignorant mon visage ravagé.
"Préparez-la," a dit Raphaël d'une voix sèche. "Je reviens plus tard."
Il a tourné les talons et est parti. Sans un regard en arrière. J'étais seule, livrée à mon destin, dans cet endroit froid et impersonnel. J'ai senti mes genoux fléchir. Il ne m'avait même pas accompagnée. Je n'étais qu'un objet, un moyen. Sans valeur.
Chapitre 3
Sophie POV:
Raphaël ne m'a pas donné d'explications. Il m'a simplement traînée hors du bureau sans un mot de plus, une poigne de fer sur mon bras. Je n'avais pas le choix. Mon corps était lourd, mon esprit engourdi par la violence de ses mots.
Nous sommes arrivés à la clinique. C'était un lieu stérile, rempli de lumières froides et d'odeurs d'antiseptique. L'équipe médicale nous attendait, souriante et professionnelle, comme si ce n'était qu'une journée ordinaire.
"Bonjour, Madame Martineau," a dit une infirmière avec une politesse forcée. Elle m'a fait signe de la suivre. "Nous allons commencer les préparatifs pour votre procédure. Vous pourriez ressentir une légère gêne, mais nous serons là pour vous accompagner."
J'étais figée, en état de choc. Je me suis tournée vers Raphaël, qui restait étrangement silencieux. "Raphaël... qu'est-ce qu'ils vont me faire ?" Ma voix était un filet.
Il a soupiré, impatient. "La FIV, Sophie ! La fécondation in vitro. Quoi d'autre ? Tu veux que je te touche pour avoir un enfant ? C'est ça que tu veux ?"
Son ton était acéré, rempli de mépris. Mon visage est devenu livide. La non-personnalisation de la procédure était une chose, mais l'entendre de sa bouche, comme une insulte, était insupportable. Lui, qui ne voulait pas de moi, voulait malgré tout une partie de moi. C'était une torture.
J'ai senti une pointe de colère monter. "Et pourquoi ne pas simplement divorcer ? Nous n'avons pas besoin de faire ça !"
Raphaël a froncé les sourcils. Il m'a regardée, une lueur de confusion dans ses yeux. Il semblait ne pas comprendre ma réaction. Après tout, j'avais toujours voulu des enfants. Je lui en avais parlé, avec des étoiles dans les yeux.
Mais maintenant, mon envie était morte. Mon utérus n'était qu'une écurie pour un cheval qu'il ne monterait jamais. La honte m'a submergée.
"Parce que ma mère veut un héritier," a-t-il dit, sa voix dure. "Le nom Martineau doit continuer. Et tes gènes sont assez bons pour ça. Mais pas assez pour me toucher."
Mes larmes ont coulé, silencieuses. Je me suis sentie vide. Totalement vidée. J'étais moins qu'un objet. J'étais une usine. Une chose.
"Et ma valeur ?" ai-je demandé, ma voix tremblante. "Je ne vaux rien de plus qu'un utérus pour toi ?"
Il a haussé les épaules. "Ne sois pas dramatique, Sophie. C'est la vie. Nous faisons ce qui est nécessaire."
"Et si je refuse ?" J'ai levé la tête, mes yeux brûlant de rage froide. "Et si je te dis non ?"
Raphaël a ri. Un rire sec, sans joie. "Tu refuserais ? Tu penses que tu as le choix ?"
Il a attrapé mon bras avec force. "Sophie, ne me force pas à te faire du mal. Tu vas faire cette FIV. Tu vas me donner un enfant. Et ensuite, on verra."
Je me suis débattue, mais il était trop fort. Il m'a poussée vers l'infirmière. "Faites votre travail."
Les infirmières m'ont emmenée de force, leurs visages masqués par un professionnalisme froid. J'ai hurlé. J'ai pleuré. Mais mes forces m'ont abandonnées. La douleur physique des aiguilles. La douleur émotionnelle de cette agression. Tout s'est mélangé. Je me suis évanouie.
Quand je me suis réveillée, la pièce était blanche. Une chambre d'hôpital. Une infirmière souriante était à mon chevet. Mon corps me faisait mal. Mon ventre était lourd.
"Madame Martineau, vous êtes réveillée," a-t-elle dit d'une voix douce. "La procédure s'est bien déroulée. Reposez-vous."
Mon premier réflexe a été de chercher Raphaël. "Raphaël... Il est là ?"
L'infirmière a baissé les yeux, gênée. "Monsieur Martineau... est parti. Il a dû accompagner Mademoiselle Guillet à l'hôpital. Elle s'est légèrement blessée au genou en faisant du shopping."
Mon cœur s'est brisé. Encore. Il était parti. Avec elle. Pendant que j'étais là, à moitié consciente, à faire ce qu'il exigeait.
Une nausée intense m'a envahie. Je me suis sentie sale. Souillée.
L'infirmière est revenue, tenant une petite boîte en verre. "Voici les embryons, Madame Martineau. Ils sont magnifiques. Nous les transférerons demain."
J'ai regardé la boîte. À l'intérieur, de minuscules points flottaient dans un liquide. Mes embryons. Ses embryons. Le fruit d'une union forcée, d'une humiliation.
Mon estomac s'est retourné. L'image de Raphaël, les yeux fixés sur Cynthia, est apparue dans mon esprit. Il n'avait jamais voulu me toucher. Mais il voulait ça. Il voulait ça de moi.
La rage que j'avais réprimée a explosé. Mes mains se sont tendues. J'ai attrapé la boîte.
"Madame Martineau, non !" a crié l'infirmière.
Mais il était trop tard. Mes doigts se sont refermés sur le verre. J'ai levé le bras. Et j'ai écrasé la boîte contre le mur.
Le son du verre brisé a retenti dans la pièce, suivi du silence. Les embryons, mes embryons, étaient réduits en miettes, un résidu sanglant sur le carrelage blanc.
"Je ne te dois plus rien."