Chapitre 2
La nuit avançait, et pourtant, le temps semblait suspendu. Léa sentit une étrange oppression peser sur sa poitrine tandis qu'Adrien continuait de la fixer, attendant une réponse qu'elle n'était pas prête à donner.
Une chance.
Comme si les années de silence, d'absence et d'indifférence pouvaient s'effacer par une simple demande.
Thomas s'agita à côté d'elle, les poings serrés, prêt à exploser.
- Une chance ? répéta-t-il d'un ton froid. C'est une blague, j'espère.
Adrien ne se laissa pas démonter.
- Je veux simplement être présent pour Emma. Ce n'est pas un caprice.
Thomas ricana, un rire amer et tranchant.
- Présent ? Après deux ans d'abandon ? Excuse-moi si je ne te crois pas une seule seconde.
Léa posa une main apaisante sur le bras de Thomas, sentant la tension vibrer sous sa peau. Elle ne pouvait pas le blâmer pour sa colère. Après tout, c'était lui qui avait pris le rôle de père dans la vie d'Emma, pas Adrien.
Mais une peur sourde lui nouait l'estomac. Avait-elle le droit de priver Emma de son père biologique, malgré tout le mal qu'il avait fait ?
- Pourquoi maintenant ? souffla-t-elle, sa voix trahissant son trouble.
Adrien prit une inspiration, hésitant.
- J'ai... touché le fond. Quand ma femme m'a quitté, quand j'ai perdu mon boulot, j'ai réalisé à quel point j'étais seul. Et que tout ce que j'avais fui me rattrapait.
Il releva les yeux vers elle, son regard brûlant de sincérité.
- J'ai pensé à toi. À Emma. À ce que j'avais laissé derrière moi.
Léa sentit un frisson lui parcourir l'échine.
- Ce que tu as laissé derrière toi ? C'est facile à dire.
- Je sais. Et je ne te demande pas de me pardonner. Juste... de me laisser prouver que je peux être là pour elle.
Un silence tendu s'installa. Thomas ne quittait pas Adrien du regard, comme s'il pouvait le faire disparaître par la seule force de sa volonté.
Puis, d'une voix tranchante, il déclara :
- Léa, ne fais pas ça.
Elle tourna la tête vers lui, surprise par la gravité de son ton.
- Ne lui laisses pas cette porte ouverte, poursuivit-il. Il va te briser à nouveau.
Léa sentit son cœur se serrer. Elle savait que Thomas avait raison. Mais une part d'elle, celle qui n'avait jamais complètement cessé de croire en Adrien, hésitait.
Adrien se redressa, les épaules tendues.
- Je ne veux pas te récupérer, Léa.
Elle tressaillit.
- Alors pourquoi es-tu là ?
- Parce qu'Emma est ma fille. Et que je veux être son père.
Les mots tombèrent comme une sentence. Léa sentit un poids s'abattre sur ses épaules.
- Il est tard, murmura-t-elle finalement.
Un éclair passa dans le regard d'Adrien, une lueur de déception vite masquée. Il hocha lentement la tête et se leva.
- D'accord.
Léa l'accompagna jusqu'à la porte, évitant soigneusement de croiser son regard.
- Je trouverai un moyen, dit-il en se tournant vers elle.
Elle ne répondit rien, figée dans une tempête d'émotions contradictoires.
Quand la porte se referma derrière lui, Léa sentit un frisson glacial l'envahir.
Car elle savait, au fond d'elle, qu'Adrien ne comptait pas abandonner aussi facilement.
Le silence qui suivit le départ d'Adrien était oppressant. Léa restait immobile devant la porte, la main encore posée sur la poignée, comme si elle hésitait à la rouvrir pour s'assurer qu'il était réellement parti. Mais elle savait qu'il n'était pas du genre à disparaître aussi vite.
Derrière elle, Thomas bouillonnait.
- Tu ne peux pas être sérieuse, lâcha-t-il enfin.
Léa ferma les yeux un instant, rassemblant son courage avant de se tourner vers lui.
- Je n'ai rien dit.
- Justement ! Tu l'as laissé parler, tu l'as laissé s'installer ici comme si de rien n'était. Ce type t'a brisée, Léa ! Et maintenant, il revient et tu lui sers un café ?
La colère de Thomas était justifiée, et pourtant, elle la blessa.
- Tu crois que c'est facile pour moi ? répliqua-t-elle, piquée au vif.
- J'en ai aucune idée, Léa ! Parce que là, honnêtement, je ne te reconnais plus.
Elle sentit sa gorge se nouer.
- Il ne s'agit pas de moi. Il s'agit d'Emma.
- Justement ! Tu veux vraiment qu'elle ait un père comme lui ? Un mec instable, qui disparaît et revient quand ça l'arrange ?
Léa se mordit la lèvre. Elle aurait voulu dire non, qu'elle ne laisserait jamais Adrien entrer dans leur vie après tout ce qu'il avait fait. Mais la réalité était plus compliquée.
- Il a l'air sincère, souffla-t-elle.
Thomas éclata de rire, un rire amer et blessé.
- Sincère ? Adrien ? Léa, tu te souviens de la dernière fois qu'il t'a regardée avec cet air-là ? Il t'a dit qu'il t'aimait. Que tu étais la seule pour lui. Et quelques jours après, tu découvrais qu'il couchait avec une autre.
Le souvenir était encore douloureux. Léa détourna le regard, cherchant à masquer l'ombre qui traversa ses traits.
- C'était il y a longtemps, murmura-t-elle.
- Les gens comme lui ne changent pas.
Un silence pesant s'installa entre eux.
- Et moi ? demanda Thomas, plus doucement cette fois.
Léa releva la tête.
- Quoi ?
- Moi, dans tout ça. Où je me situe ?
Elle ouvrit la bouche, mais il leva la main pour l'interrompre.
- Parce que j'ai l'impression que je me bats pour une place qui devrait déjà être acquise.
Léa sentit son cœur se serrer.
- Tu comptes vraiment remettre notre relation en question à cause de ça ?
Thomas la fixa un instant, puis secoua la tête, un sourire triste aux lèvres.
- Ce n'est pas moi qui la remets en question, Léa.
Et sur ces mots, il quitta le salon, la laissant seule avec son chaos intérieur.
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La nuit fut longue. Léa ne dormit presque pas, hantée par les souvenirs qu'Adrien avait réveillés et les paroles de Thomas qui tournaient en boucle dans sa tête.
Le lendemain matin, elle se leva fatiguée, les traits tirés, et rejoignit Emma dans la cuisine. La petite était en pleine discussion avec sa poupée, insouciante du tumulte qui agitait sa mère.
- Bonjour, ma chérie, murmura Léa en l'embrassant sur le front.
Emma leva vers elle ses grands yeux pétillants.
- Maman, hier y'avait un monsieur !
Léa sentit son estomac se contracter.
- Oui, c'était... un ami.
Emma hocha la tête avec sérieux.
- Il avait des yeux comme moi.
Un frisson parcourut Léa.
Bien sûr qu'Emma avait remarqué. Elle était trop jeune pour comprendre, mais elle avait vu.
Et Léa comprit, en cet instant précis, que peu importe ses hésitations, Adrien faisait déjà partie de la vie de sa fille.
Le matin s'étira dans une lenteur pesante. Léa s'efforça de se concentrer sur les gestes du quotidien : préparer le petit-déjeuner, habiller Emma, vérifier ses e-mails. Mais chaque tâche était entachée par les pensées qui tournaient en boucle dans son esprit.
Thomas n'était pas rentré après leur dispute. Il n'avait pas laissé de message non plus. Son absence, bien que discrète, pesait lourd dans l'atmosphère. Léa tentait de se convaincre qu'il avait simplement besoin d'un peu de temps, mais une angoisse sourde lui serrait la poitrine.
Emma, elle, semblait insouciante. Elle chantonnait une comptine en jouant avec sa peluche, ignorant les tensions invisibles qui planaient autour d'elle.
- Maman, on va au parc aujourd'hui ?
Léa caressa tendrement les boucles blondes de sa fille.
- Pas aujourd'hui, ma puce. Maman a du travail.
Emma fit la moue mais ne protesta pas. Elle retourna à son jeu, laissant Léa seule avec son café refroidi et ses pensées embrouillées.
Un bruit de notification la fit sursauter. Elle attrapa son téléphone et sentit son cœur rater un battement en voyant le nom affiché.
Adrien.
Elle hésita une seconde avant d'ouvrir le message.
"Je sais que je t'ai fait du mal. Mais je ne partirai pas cette fois. Je veux voir Emma. Dis-moi quand je peux passer."
Léa serra les dents. Il était direct, comme toujours.
Elle tapota sur l'écran, hésitant à répondre. Devait-elle vraiment lui donner cette opportunité ? Thomas avait raison : Adrien avait toujours été un homme instable, un électron libre incapable de se fixer. Mais il était aussi le père d'Emma.
Un soupir lui échappa. Elle ne pouvait pas prendre cette décision seule.
Elle tenta d'appeler Thomas, mais il ne répondit pas.
Léa se mordit la lèvre, sentant une boule se former dans sa gorge.
Elle était sur le point de ranger son téléphone lorsque celui-ci vibra à nouveau. Cette fois, le message venait d'un numéro inconnu.
"Tu ne devrais pas lui faire confiance. Il n'est pas revenu par hasard."
Son sang se glaça.
Son regard passa d'Emma, qui continuait de jouer paisiblement, à l'écran de son téléphone.
Un frisson lui parcourut l'échine.
Quelque chose lui échappait. Et elle devait découvrir quoi.
Chapitre 3
Léa relut le message plusieurs fois, une étrange sensation lui nouant l'estomac. Qui pouvait bien lui envoyer ça ? Et surtout, qu'est-ce que cela signifiait ?
Elle hésita une seconde avant de taper une réponse.
"Qui êtes-vous ? Que voulez-vous dire ?"
Le message resta en attente. Pas de réponse. Un silence oppressant.
Elle inspira profondément, essayant de calmer la panique qui menaçait de la submerger. Ce message pouvait venir de n'importe qui. Une mauvaise plaisanterie ? Une ex d'Adrien ? Quelqu'un qui voulait simplement semer le trouble ?
Mais pourquoi maintenant ? Juste après son retour ?
Elle sentit un frisson lui parcourir la colonne vertébrale.
- Maman ?
La voix d'Emma la ramena brusquement à la réalité. La petite la regardait avec ses grands yeux curieux, sa poupée serrée contre elle.
- Tu fais une drôle de tête...
Léa força un sourire.
- Tout va bien, ma chérie.
Elle éteignit son téléphone et se leva. Elle ne devait pas se laisser envahir par la peur. Elle devait rester lucide.
Mais au fond d'elle, une certitude s'imposait déjà : quelque chose clochait avec le retour d'Adrien.
Et elle allait devoir le découvrir avant qu'il ne soit trop tard.
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La journée passa dans une étrange torpeur. Léa tenta de travailler, mais son esprit revenait sans cesse à ce message anonyme. Elle vérifia son téléphone toutes les cinq minutes, mais aucune nouvelle notification ne s'afficha.
Où était Thomas ? Il ne répondait toujours pas à ses appels.
Et Adrien... devait-elle lui répondre ? Lui accorder cette rencontre avec Emma ?
Le crépuscule peignait déjà le ciel de teintes orangées lorsqu'un bruit à l'extérieur attira son attention. Une voiture venait de se garer devant chez elle.
Son cœur s'emballa.
Elle jeta un coup d'œil par la fenêtre... et son souffle se coupa.
Adrien.
Il était là. Adossé contre sa voiture, un air indéchiffrable sur le visage.
Il savait qu'elle était là. Il attendait qu'elle vienne à lui.
Léa sentit un mélange de peur, de colère et d'excitation la traverser.
Elle ferma les yeux une seconde, cherchant à calmer les battements affolés de son cœur.
Puis, lentement, elle ouvrit la porte.
L'air du soir était chargé d'humidité, et pourtant, Léa sentait sa gorge s'assécher à mesure qu'elle avançait vers Adrien. Il n'avait pas bougé, observant chacun de ses pas avec cette intensité troublante qui avait toujours eu le don de la déstabiliser.
- Tu es venue, murmura-t-il en esquissant un sourire en coin.
Léa croisa les bras sur sa poitrine, cherchant à masquer son trouble.
- Je n'ai pas vraiment eu le choix, souffla-t-elle.
Son regard s'attarda sur lui. Toujours aussi sûr de lui, avec ce charisme brut qui semblait défier le monde. Mais il y avait quelque chose de différent cette fois. Une ombre dans ses yeux, une lassitude qu'elle ne lui avait jamais vue auparavant.
- Qu'est-ce que tu fais ici, Adrien ?
Il soupira et passa une main dans ses cheveux, un geste nerveux qu'il faisait rarement.
- Je voulais te voir.
- Tu l'as déjà fait hier, rétorqua-t-elle en haussant un sourcil.
- Oui, mais cette fois, je veux te parler. Pour de vrai.
Léa sentit un frisson lui parcourir l'échine. Il y avait une gravité dans sa voix, quelque chose d'inhabituel.
- Je t'écoute.
Adrien baissa la tête, comme s'il hésitait. Puis il releva les yeux, et ce qu'elle y vit la troubla plus qu'elle ne l'aurait voulu.
- Je sais que je n'ai pas été à la hauteur. Je sais que j'ai tout gâché entre nous.
Léa ne répondit rien. Elle n'avait pas envie de replonger dans le passé.
- Je ne suis pas revenu pour foutre ta vie en l'air, Léa. Je suis revenu parce que j'ai compris certaines choses.
Elle croisa son regard et y lut un mélange de sincérité et de douleur.
- Et qu'est-ce que tu as compris ? demanda-t-elle, la voix plus tremblante qu'elle ne l'aurait voulu.
Il inspira profondément avant de répondre :
- Que je t'ai perdue une fois. Et que je ne suis pas sûr de pouvoir l'accepter une seconde fois.
Un silence tendu s'abattit entre eux.
Léa sentit son cœur cogner contre sa poitrine. C'était exactement le genre de phrases qu'Adrien savait prononcer avec cette voix rauque et cette intensité capable de la faire vaciller.
Mais elle n'était plus la même.
- Il est trop tard, Adrien, souffla-t-elle.
Son sourire s'effaça légèrement, mais il ne détourna pas le regard.
- Tu es sûre ?
Léa ouvrit la bouche pour répondre, mais un bruit derrière elle la coupa net.
Elle se retourna.
Thomas se tenait là, à quelques mètres d'eux. Il les avait vus.
Et à en juger par l'expression glaciale sur son visage, il avait entendu bien plus que ce qu'elle aurait voulu.
Le regard de Thomas était dur, comme un métal froid, et Léa sentit son estomac se tordre. Elle n'avait pas vu ni entendu la voiture, mais elle savait qu'il l'avait vue, elle, Adrien, et tout ce qui se passait. Le malaise dans l'air était palpable, une tension prête à exploser.
Adrien, visiblement surpris de l'apparition soudaine de Thomas, s'effaça légèrement sur le côté, mais ne perdit pas son assurance. Il garda sa posture de défi.
- Thomas, murmura Léa, une pointe d'angoisse dans la voix.
Il ne répondit pas immédiatement. Il se contenta de la fixer, un éclair de déception traversant ses yeux avant qu'il ne les pose sur Adrien.
- Donc, c'est ça, hein ? souffla-t-il, la voix étrangement calme. Tu m'as dit qu'il n'y avait plus rien entre vous, Léa.
Léa se sentit vaciller. Elle avait l'impression d'être prise entre deux feux, entre cet homme qui faisait partie de son passé et celui qui faisait désormais partie de son présent. Mais elle savait que Thomas n'était pas du genre à supporter longtemps cette situation.
- Ce n'est pas ce que tu crois, Thomas, commença-t-elle, mais ses mots se perdirent dans l'air, comme suspendus par la tension palpable entre eux.
Adrien, lui, semblait plus à l'aise. Peut-être parce qu'il avait toujours eu cette capacité à manipuler les situations, à mettre les gens dans des positions inconfortables. Il avança d'un pas, comme si cela allait apaiser l'atmosphère.
- Thomas, on ne va pas faire semblant que tout va bien, hein ? dit-il d'un ton léger, presque moqueur. Tu sais très bien que Léa et moi, ça a été... complexe.
- "Complexe", hein ? répéta Thomas, son regard s'assombrissant. Un joli euphémisme.
Léa sentit les gouttes de sueur perler sur son front. Elle n'avait pas envie de se retrouver dans ce genre de confrontation. Pas maintenant. Pas avec lui.
Elle tourna lentement son regard vers Adrien, une lueur de colère naissant dans ses yeux. Elle avait été naïve de penser qu'il pourrait revenir dans sa vie sans provoquer un chaos. Mais il avait toujours été ainsi. Il n'était pas un homme qui cherchait à réparer ses erreurs. Non, il était celui qui revenait pour réclamer ce qu'il pensait lui appartenir.
- Thomas, s'il te plaît, dit-elle, sa voix plus ferme, mais toujours tremblante d'émotions. Laisse-moi gérer ça.
Thomas la fixa longuement, ses lèvres serrées, avant de détourner le regard et de se tourner vers Adrien.
- Je vois. C'est comme ça, alors ?
Un silence s'installa, lourd et accablant. Léa avait l'impression que le temps s'était figé autour d'eux. Puis, Thomas se tourna brusquement pour repartir, mais son regard se figea sur elle.
- Je n'ai pas de temps pour ça, Léa, lâcha-t-il. Si tu veux jouer à ce jeu, fais-le seule.
Il tourna les talons sans attendre de réponse et s'éloigna à grands pas.
Léa le regarda s'éloigner, son cœur se brisant un peu plus à chaque pas qu'il faisait. Elle voulait courir après lui, lui demander de revenir, de comprendre, mais elle savait que ce serait futile. Elle avait déjà perdu quelque chose ce soir-là, quelque chose de précieux.
Mais Adrien... Adrien était toujours là, à quelques mètres, observant la scène avec un sourire presque victorieux.
- Tu es vraiment une catastrophe ambulante, Adrien, murmura-t-elle.
Il haussait les épaules, comme si tout cela était une sorte de jeu auquel il était de retour pour participer.
- Si tu veux, je peux lui parler, le faire revenir.
Léa secoua la tête, lasse.
- Non. C'est déjà trop.
Mais Adrien, comme un papillon attiré par la flamme, ne semblait pas prêt à se retirer aussi facilement.