Chapitre 5

Une semaine entière est passée sans que Fabien ne revienne. Pourtant, je savais exactement ce qu'il faisait.

Pourquoi ? Parce qu'il était difficile d'ignorer les publications incessantes de Liliane sur les réseaux sociaux. Ensemble, ils avaient profité des sources chaudes, admiré l'océan, posé devant le lever du soleil...

Sur ces photos, je redécouvrais un Fabien inconnu. Apparemment, il pouvait se comporter comme un homme amoureux ordinaire. Mais devant moi, il restait toujours sérieux, impatient et discret.

Je ne m'attardais pas sur leurs activités. Un coup d'œil rapide, puis je faisais défiler.

Ces jours-ci, je n'étais pas restée inactive. L'appartement regorgeait d'objets à trier. Plusieurs jours étaient nécessaires pour tout organiser.

J'en ai profité pour rendre visite à mes parents, leur ai partagé mon plan d'intégrer le laboratoire de mon professeur et les ai prévus de mon absence pendant un certain temps.

Mon père a paru surpris : « Mais ton mariage avec Fabien ? Vous allez vivre séparés ? »

Ma mère m'a serré la main, inquiète : « Réfléchis bien. Tu as mis tant d'efforts pour en arriver là avec Fabien. S'il refuse ton départ, votre mariage... »

J'ai compris très bien leurs craintes.

Ils avaient observé mon obsession pour Fabien toutes ces années, tout comme son indifférence envers moi. Avant ma demande en mariage, ils m'avaient discrètement mise en garde : « Tu ne comptes pas assez pour lui, s'il te refusait... » Mais j'étais convaincue de pouvoir le changer et je les avais finalement rassurés.

À l'approche du mariage, ils redoutaient que mon départ n'entraîne son refus, voire une rupture.

Ils voulaient simplement me protéger.

Mais cette fois, c'était moi qui annulais le mariage.

Lorsque je leur ai annoncé cette décision, un long silence s'est installé.

Je leur ai épargné la vérité douloureuse sur l'enfant de Fabien, peur qu'ils ne puissent pas supporter un tel choc. Je me suis contentée d'évoquer mon désir de contribuer à la recherche.

Ils ont échangé un regard. Puisque leur fille avait choisi, ils allaient la soutenir.

Finalement, mon père a soupiré et a posé une main sur mon épaule : « Tes propres sentiments passent avant tout. »

De retour chez moi, j'ai invité ma meilleure amie Natacha à m'aider à jeter toutes les affaires que j'avais triées. Des cartons s'empilaient dans le salon, occupant un espace considérable.

Nous avons dû faire plusieurs allers-retours avant de réussir à tous les éliminer. La pièce a semblé soudain tellement vide que Natacha en était émue. Elle se souvenait encore comment, deux mois plus tôt, après que Fabien avait accepté ma demande en mariage, je l'avais invitée à boire toute la nuit en répétant inlassablement que j'avais enfin réalisé mon rêve.

Elle n'aurait jamais imaginé qu'en si peu de temps, je déciderais d'annuler le mariage.

« Sabrina, tu es vraiment sérieuse ? Je croyais que tu plaisantais quand tu as parlé d'annuler le mariage l'autre jour. »

« Je t'ai vue courir après Fabien pendant toutes ces années. Dis-moi ce qui s'est vraiment passé. »

Peut-être parce que mon départ était proche, j'ai éprouvé soudain le besoin de me confier. Je lui ai raconté donc tout ce qui s'était produit ce dernier mois, sans rien omettre, y compris le fait que Fabien attendait un enfant avec Liliane.

Natacha, témoin de toute mon histoire avec cet homme, n'a pas pu retenir un juron.

« Après tout ce que tu as fait pour lui, il devient le père de l'enfant d'une autre, et juste avant votre mariage ? Et il a osé te demander ton accord ? Mais à quoi il pense ?! »

J'ai secoué la tête, avalant ma douleur : « Qui sait ? Il dit que Liliane lui a sauvé la vie et qu'il doit exaucer tous ses souhaits. »

Le visage de Natacha s'est crispé d'indignation : « Mais toi aussi tu l'as sauvé ! Pourquoi te traite-t-il comme ça ? »

Je n'ai pas répondu.

Peut-être... peut-être ne m'aimait-il simplement pas.

Mais peu importait. Dans quelques jours, je l'aurais quitté pour de bon.

Chapitre 6

Lorsqu'il n'est resté plus que cinq jours, j'ai présenté ma démission à l'école où j'enseignais.

À l'époque, pour rester avec Fabien, j'avais décliné l'offre de François de poursuivre mes recherches avec lui, choisissant plutôt de suivre Fabien et de m'installer comme enseignante à Rouville.

Mes collègues étaient tous stupéfaits par ma décision :

« Quoi, Sabrina, pourquoi démissionnes-tu ? »

« Tu nous as envoyé des faire-part de mariage la semaine dernière. Alors serais-tu en train de devenir une femme au foyer ? Fabien a vraiment de la chance ! » a plaisanté l'un d'eux.

Les bras chargés de mes affaires, j'ai souri et j'ai répondu simplement : « Non. Notre mariage est annulé. »

De retour chez moi, en ouvrant la porte, j'ai découvert à ma grande surprise Fabien, que je n'avais pas vu depuis une semaine, assis sur le canapé avec Liliane.

En voyant le carton que je portais, il a demandé instinctivement : « Pourquoi tu transportes tout ça ? »

J'ai trouvé rapidement une excuse : « C'est quelques affaires inutiles. »

Il a hoché la tête, puis, après un regard circulaire dans la pièce, il s'est étonné : « Je n'ai été absent qu'une semaine... Mais pourquoi la maison semble-t-elle si vide ? »

Après avoir rangé le carton dans la chambre, je lui ai répondis calmement : « J'ai simplement jeté quelques déchets inutiles. »

Il a semblé vouloir poursuivre, mais Liliane l'a interrompu : « Sabrina, ces derniers jours passés en voyage avec Fabien m'ont rendue si heureuse. Je veux aussi te remercier d'avoir accepté qu'il prenne des photos de mariage avec moi, réalisant ainsi mon rêve. »

Puis elle a proposé : « Je vous invite à dîner pour vous remercier de votre gentillesse. J'aurai encore besoin de votre aide quelque temps... J'espère que cela ne te dérangera pas ? »

J'ai discerné une lueur de satisfaction dans son regard, consciente qu'elle préparait sans doute quelque chose.

Depuis que j'avais reçu son test de grossesse, je n'avais manifesté aucune réaction, pas même interrogé Fabien. Les combats inutiles ne m'intéressaient plus. Dans cinq jours, je disparaîtrais définitivement de leur vie. Pour l'instant, je voulais donc simplement régler mes affaires une fois pour toutes avant mon départ.

Devant mon silence, les yeux de Liliane se sont emplis instantanément de larmes : « Fabien... Sabrina est fâchée contre moi ? Je sais que votre mariage est si proche, mais... »

Voilà, elle jouait une fois de plus la victime.

Fabien a froncé les sourcils et m'a réprimandée avec irritation : « Liliane veut sincèrement nous remercier. Pourquoi lui faire cette tête ? Ce n'est qu'un simple dîner, elle ne va pas t'empoisonner ! Tu viens avec nous, c'est non négociable ! »

Sans même avoir prononcé un mot, j'étais déjà jugée coupable.

Finalement, sous l'insistance de Fabien, je les ai accompagnés au restaurant.

Lorsque le serveur est venu prendre notre commande, à peine avais-je ouvert le menu que Fabien a déclaré : « Pas de plats trop gras ou épicés. Et surtout pas de sésame dans aucun plat. »

Quand les plats sont arrivés, il a servi soigneusement Liliane avant de pousser vers moi une assiette de grosses crevettes : « Liliane ne peut pas manger de fruits de mer en ce moment. C'est spécialement pour toi. »

En voyant ces crevettes, j'ai perdu immédiatement tout appétit et ai reposé ma fourchette : « Mais je suis allergique aux fruits de mer. »

Quelle ironie. Après cinq ans de relation, cet homme ignorait l'allergie de sa propre petite amie, mais connaissait par cœur les restrictions alimentaires de Liliane, jusqu'aux moindres détails comme son aversion pour le sésame.

Mon déclaration a laissé Fabien momentanément interdit. Quand son regard a croisé le mien, une rare expression de culpabilité y est apparue brièvement avant qu'il ne commande d'autres plats.

Mais mon appétit avait disparu. Je me suis contentée de siroter mon verre d'eau en silence.

Après le repas, alors que nous descendions les marches du restaurant, j'ai reçu un nouvel appel de Camille : « Sabrina, M. Yvon veut confirmer que tu refuses vraiment des congés supplémentaires ? Notre première expérience est classée secret-défense. Tu risques de ne pas pouvoir communiquer avec l'extérieur pendant un ou deux ans. »

Mon regard s'est posé sur Fabien et Liliane marchant devant moi. Il enlaçait délicatement sa taille pour l'aider à descendre.

J'ai répondu alors avec un calme absolu : « Ouais, j'en suis certaine. »

Camille a soupiré de soulagement : « Parfait ! M. Yvon craignait que ton attachement à ton futur mari ne te fasse hésiter. »

J'ai détourné les yeux et me suis éloignée dans la direction opposée : « À propos, mon mariage est annulé. Et je suis prête à le quitter. »

À peine avais-je prononcé ces mots qu'une voix perplexe a retenti derrière moi : « Qui va partir ? »

Chapitre 7

Fabien venait juste d'aider Liliane à monter en voiture lorsqu'il a entendu les derniers mots de ma phrase.

Me rendant compte qu'il n'avait pas saisi le contexte de ma conversation, j'ai trouvé rapidement une excuse évasive : « C'est une amie à moi. Elle va quitter la ville prochainement. »

Fabien s'est contenté d'un hochement de tête, sans poser davantage de questions.

Quatre jours avant mon départ, il a rapporté chez nous les tirages finaux de ses photos de mariage avec Liliane. Téléphone en main pour un appel vidéo avec elle, il lui présentait fièrement le cadre photo, son visage empreint d'une tendresse que je lui connaissais peu.

« Liliane, nos photos de mariage sont développées. Le photographe a dit que le rendu était exceptionnel ! »

Je sortais précisément de ma chambre pour aller chercher un verre d'eau lorsqu'il a prononcé ces mots.

Une lueur de gêne a traversé son regard, comme s'il redoutait ma réaction.

J'ai jeté un œil distrait au cliché avant de commenter avec sincérité : « Effectivement, c'est très réussi. »

Ce photographe renommé, c'était moi qui l'avais réservé à prix d'or, rêvant de capturer nos plus beaux moments ensemble. À l'époque, j'imaginais déjà l'émotion intense qui m'étreindrait en découvrant ces images.

Sur la photo, Fabien en costume sombre était aussi séduisant que dans mes fantasmes. Seul détail discordant : la femme en robe blanche à ses côtés n'était pas moi, pas Liliane.

Pourtant, mon cœur est resté étrangement calme. Depuis le jour où j'avais appris la grossesse de cette femme, j'avais retiré sans hésitation chaque parcelle d'amour que je portais à Fabien.

Ma réaction indifférente l'a laissé visiblement perplexe. Il semblait soudain réaliser que ma froideur envers lui durait depuis un moment déjà, même pas un seul message pendant sa semaine de voyage avec Liliane. Cette absence inhabituelle le déstabilisait.

À l'autre bout de l'écran, Liliane continuait son bavardage incessant. Fabien a secoué alors légèrement la tête, chassant ses pensées inquiètes, attribuant mon attitude à la fatigue des préparatifs matrimoniaux.

Deux jours avant le grand départ, je me suis rendue à l'hôpital pour obtenir des médicaments à emporter au laboratoire.

Mais à ma surprise, j'y ai croiser Liliane, venant juste de sa consultation prénatale, avec Fabien comme garde du corps personnel.

Une expression fugace de panique a traversé les yeux de l'homme. Il a ouvert la bouche pour parler, mais Liliane l'a devancé. Elle s'est approchée précipitamment de moi, s'est emparé de mes mains comme pour s'agenouiller, la voix brisée par des sanglots théâtraux : « Sabrina, je sais que tu n'as pas encore donné ton accord sur cet enfant... Mais le temps me presse. Les médecins ne me donnent plus qu'un an à vivre. Je veux tant voir mon enfant naître ! »

« Je te le jure, dès sa naissance, je disparaîtrai de votre vie. Je ne briserai pas votre couple. »

Avant même que je puisse prononcer un mot, Fabien, les yeux remplis d'une inquiétude sincère, l'a aidée à se relever :

« Tu es bien trop faible pour t'abaisser ainsi. Ne fais pas ça. »

Puis il s'est tourné vers moi, une pointe d'impatience dans la voix : « Puisque tu es au courant, autant tout te dire. Mais sois rassurée, cela ne changera rien à notre mariage. »

Il y a un mois, cette déclaration m'aurait anéantie. J'aurais crié, pleuré, sombré dans le désespoir et les doutes : « Qu'ai-je fait de mal pour qu'il choisisse une autre ? »

Mais à présent, j'avais enfin compris la vérité : Le problème ne venait pas de moi, mais de Fabien. Cet homme ne m'avait jamais aimée, JAMAIS !

Et précisément parce qu'il ne m'aimait pas, il pouvait agir ainsi sans se soucier de mes sentiments.

J'avais tout su concernant la grossesse de Liliane et j'avais déjà renoncé à Fabien, à nos souvenirs, à mon amour pour lui et à tout.

Leur petite comédie, lui en protecteur dévoué, elle en victime fragile, moi en méchante à les séparer, me semblait désormais d'une tristesse risible.

Je les ai regardés un instant en silence avant de murmurer : « D'accord, je comprends. »

Puis je suis partie avec mes médicaments.

Mon nouveau départ approchait. Il me restait quelques affaires à ranger.

Ma réaction les a laissés visiblement stupéfaits. Particulièrement Fabien. Son regard a suivi ma silhouette s'éloignant, une étrange expression au visage. Après un mois de disputes hystériques, mon calme soudain à présent l'a perturbé profondément et a éveillé en lui une sourde inquiétude.

Quelque chose avait changé. Quelque chose d'essentiel, qu'il ne comprenait pas.

Alors que j'atteignais l'escalier, Liliane m'a rattrapée brusquement par la manche.

Fabien traînait encore loin derrière et son masque est tombé enfin : « Alors, Sabrina ? Comment ça fait, de voir son fiancé attendre un enfant à une autre ? »

J'ai refusé de jouer à son jeu puéril. D'un geste sec, je me suis libérée de son emprise.

Mais j'avais été trop brusque, elle a perdu l'équilibre, basculant dangereusement vers l'arrière. Par pur réflexe, je l'ai rattrapée in extremis. Juste avant que je puisse la lâcher, j'ai entendu un cri de colère juste derrière moi : « QU'EST-CE QUE TU FAIS ?! »

Fabien, qui s'était étonné de mon calme inexplicable, a cru subitement avoir percé mon « petit jeu » en voyant cette scène : « Je vois ! Tu ne fais que semblant d'accepter la situation. En réalité, tu es folle de la jalousie ! »

En apercevant Fabien, Liliane a activé instantanément son mode victime. Les mains protectrices sur son ventre, des larmes de crocodile brillant au bord de ses yeux rougis : « Fabien... je voulais juste la remercier pour sa générosité... mais... mais elle m'a poussée ! »

Sur ces accusations, Fabien a explosé littéralement : « Sabrina, tu me déçois profondément ! Tout de suite, des excuses pour Liliane ! »

Le Remord de mon Fiancé

Chapitre 5
Chapitres
Personnaliser
Chapitre suivant