Chapitre 2

La voix de mon père, d'habitude tonitruante, était tendue par une colère contenue. « Tu as enfin compris, n'est-ce pas, Émilie ? »

Il n'avait pas besoin que je lui explique. Il savait. Il avait toujours su que quelque chose clochait avec Hugo.

« Je vais te sortir de là », a-t-il dit, la voix basse et ferme. « Et Hugo Lefèvre paiera. »

Il a exposé le plan. Une séparation de corps, une stratégie de sortie blindée. Il a promis de faire en sorte que cela ressemble à un divorce discret et à l'amiable pour le bien de son image publique. Pour mon bien, a-t-il dit.

Un épais dossier de documents est arrivé le lendemain, livré par un coursier au visage solennel. L'équipe de mon père avait été efficace. Terrifiante d'efficacité.

J'ai signé chaque page sans trembler, la main ferme. Chaque trait de stylo coupait un autre lien, une autre couche de son contrôle. C'était la liberté.

Hugo est apparu à mon chevet plus tard, le visage pâle, une ombre de remords dans les yeux. Il s'est agité autour de moi, ajustant mes oreillers, m'offrant de l'eau.

Il jouait parfaitement le rôle du mari désemparé. C'était une performance à laquelle j'avais cru autrefois.

« J'étais si inquiet, Émi », a-t-il murmuré, sa main effleurant mon bras. « Tu as failli… tu as failli me quitter. »

Sa voix était empreinte d'un étrange mélange de peur et de possessivité. J'ai failli m'étouffer avec l'ironie.

Il m'a caressé les cheveux, le regard tendre, puis s'est levé. « Je dois aller voir Bérénice. Elle est hors d'elle. »

Et juste au moment où il partait, la porte a de nouveau grincé. Bérénice. Ses yeux, d'habitude froids, brûlaient d'une fureur maniaque.

Elle est entrée dans la chambre d'un pas décidé, sa présence comme un courant d'air glacial. « Tu te crois si maligne, n'est-ce pas, Émilie ? »

Un frisson a parcouru mon échine. L'air crépitait de sa rage.

J'ai essayé de parler, d'appeler à l'aide, mais sa main s'est plaquée sur ma bouche, étouffant le son.

« Ne te fatigue pas », a-t-elle sifflé, son souffle chaud contre mon oreille. « Personne ne t'entendra. »

Mes yeux ont balayé la pièce. La porte était fermée. J'étais seule avec elle. Complètement vulnérable.

Elle a brandi quelque chose. Un scalpel chirurgical. Sa lame scintillait sous les faibles lumières de l'hôpital.

« Tu veux danser à nouveau, c'est ça ? » a-t-elle murmuré, un sourire glaçant se dessinant sur son visage. « Voyons voir comment tu danseras après ça. »

Ses mots étaient le prélude à un cauchemar.

Douleur. Une douleur fulgurante, indescriptible, a explosé en moi alors que la lame déchirait ma peau.

Je me suis débattue contre son emprise, mais elle était incroyablement forte, animée par une jubilation sadique. Mon corps s'est arqué, un cri silencieux piégé dans ma gorge.

Elle travaillait avec la précision d'un chirurgien, chaque coupure soigneusement placée, conçue pour infliger une agonie maximale.

Mon monde s'est dissous en un kaléidoscope de douleur incandescente et de taches noires.

Puis, miséricordieusement, l'obscurité.

Je me suis réveillée avec une douleur sourde, un membre fantôme de souffrance. Mon corps semblait… différent. Des bandages couvraient de nouvelles blessures, de nouvelles cicatrices par-dessus les anciennes.

Hugo était là, assis près de mon lit, une expression de préoccupation lasse sur le visage.

« Bérénice… elle a eu une crise », a-t-il dit, la voix plate. « Elle était bouleversée après ton expérience de mort imminente. Elle tient à toi, Émilie. »

Il m'a tendu un document juridique. Un accord de confidentialité. Une ordonnance de silence.

« Signe ça », a-t-il insisté, les yeux implorants. « C'est pour le bien de Bérénice. Pour la protéger. Tu ne voudrais pas ruiner sa carrière, n'est-ce pas ? »

Mon sang n'a fait qu'un tour. La protéger ? La femme qui venait de me torturer ?

Je l'ai dévisagé, ma voix un murmure rauque. « Tu veux que je protège la femme qui m'a mutilée ? »

Son visage s'est assombri. « Elle ne le voulait pas, Émilie. Elle était sous pression. Tu sais ce qu'elle a traversé. »

Il a poussé le stylo dans ma main. « Signe. »

Ma main tremblait, non de faiblesse, mais d'une rage indicible. Je ne lui donnerais pas cette satisfaction.

Sa mâchoire s'est crispée. « Très bien », a-t-il grondé, et il a fait un signe de tête aux deux gardes qui se tenaient près de la porte.

Ils m'ont saisi les bras, forçant ma main sur le papier. Le stylo a gratté la page, signant la renonciation à mon droit de parler.

Une infirmière est entrée, le visage grave, pour administrer mon nouveau traitement anti-douleur. Je l'ai pris, engourdie.

Le silence qui a suivi était suffocant. J'étais là, une poupée de chiffon, mon esprit un fil fragile.

Mais le fil ne s'était pas rompu. Pas encore.

Chapitre 3

Ils m'ont forcée à quitter l'hôpital, encore recousue et bandée, parce que Hugo avait « arrangé » ma sortie. Il voulait que je sois hors de sa vue, hors de son esprit.

Ses ordres étaient absolus. Mon bien-être était une considération secondaire.

Je devais assister à une soirée de fiançailles. La soirée de fiançailles de Bérénice. Une célébration de son avenir, construit sur les ruines du mien.

Une robe, chatoyante et élégante, était posée pour moi. Un collier, délicat et scintillant, reposait à côté. Des cadeaux d'Hugo, disait-il.

Mais je les ai reconnus. C'étaient ceux de Bérénice. Ses vieux vêtements, ses rebuts. Il m'habillait avec ce qu'elle avait jeté.

L'infirmière a retiré avec précaution la dernière perfusion de mon bras, ses mouvements doux, presque désolés. Mon corps me semblait être une cage fragile.

Hugo faisait les cent pas, impatient, vérifiant sa montre. « Tu es prête, Émilie ? On ne peut pas être en retard. »

Il m'a à peine jeté un regard, son attention déjà tournée vers sa future nouvelle épouse.

Un garde a poussé brutalement mon fauteuil roulant vers la voiture qui attendait. Une secousse de douleur m'a transpercée, mais j'ai ravalé mon cri.

La blessure sur mon flanc s'est rouverte, une nouvelle fleur de cramoisi tachant le bandage blanc sous ma robe. L'agonie était maintenant une amie familière.

J'ai fermé les yeux, un cri silencieux piégé en moi. Mon cœur était un désert aride.

La voiture s'est arrêtée. L'entrée de leur grande propriété était une majestueuse volée de marches en marbre. Mon fauteuil roulant ne pouvait pas les monter.

Hugo s'est avancé pour me soulever, une lueur fugace d'inquiétude dans les yeux.

« Non ! » La voix de Bérénice, tranchante et triomphante, a fendu l'air. Elle se tenait en haut des escaliers, radieuse dans sa propre robe.

« Laisse-la marcher », a-t-elle ordonné, un sourire venimeux aux lèvres. « Elle doit mériter sa place. »

Mon souffle s'est coupé. L'humiliation, brûlante et cuisante, m'a envahie. Des larmes, incontrôlables, ont coulé sur mon visage.

Hugo a hésité, jetant un regard entre nous. Puis, sans un mot, il s'est retourné, prenant Bérénice dans ses bras. Il l'a portée en haut des escaliers comme si elle était une précieuse mariée.

Un rire amer m'a échappé. Un son dépourvu de joie, plein d'une moquerie désolée.

Je me suis souvenue de toutes les offenses, de toutes les dégradations subtiles. La façon dont il avait méprisé mes rêves, minimisé ma douleur. Tout cela faisait partie du plan.

Les chuchotements des invités, feutrés et réprobateurs, sont parvenus à mes oreilles. « La pauvre », murmuraient-ils. « Regarde-la. Tellement pathétique. »

Leur pitié était un nouveau coup dur. Mes jambes, encore faibles, encore tremblantes, ont commencé à bouger. Un pas douloureux après l'autre, j'ai rampé en haut de ces escaliers, un spectacle de honte.

J'ai cherché Hugo. Un soupçon de compassion. Mais il était parti, avalé par la foule scintillante.

Mon fauteuil roulant gisait abandonné en bas, une épave tordue. Quelqu'un avait dû lui donner un coup de pied.

Je me suis effondrée en haut, un tas brisé, des larmes brûlantes me dévorant les joues.

Des mains rudes m'ont relevée, me traînant jusqu'à une table isolée. J'étais une invitée indésirable à mes propres funérailles.

La fête était un tourbillon d'opulence. Des lustres étincelants, du champagne cher, les rires d'un millier d'inconnus.

Hugo, rayonnant de joie, a offert trois cadeaux à Bérénice. Chacun plus extravagant que le précédent.

L'un d'eux était un médaillon délicat, un bijou de famille. Celui qu'il m'avait promis, quand je me serais montrée digne.

Il m'avait dit que c'était un symbole d'amour véritable, transmis uniquement aux plus chéries. Une blague cruelle, en effet.

J'ai ri à nouveau, un son creux et guttural qui a surpris les quelques invités à proximité. C'était un rire de désespoir pur et sans mélange.

Bérénice m'a jeté un regard, une lueur d'irritation dans les yeux. Elle pensait que j'étais jalouse. Elle n'avait aucune idée.

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