Chapitre 2

Elin

La pierre froide sous mon corps me tirait un frisson tandis que je me réveillais dans l’obscurité. Le goût métallique du sang séché dans ma bouche me rappelait avec violence que je n’étais plus à Branvik. Branvik, mon village natal, réduit en cendres par Ragnar Thorne et ses guerriers. Mes parents, Heinrich et Freya Storm, mes frères et sœurs… tous disparus, anéantis par la brutalité de cet homme. Je suis Elin Storm, fille d’une famille massacrée, et je restais ici, captive, entourée par le pouvoir glacé et cruel de Frostgard.

Mes poignets me faisaient mal, les chaînes serrant mes mains jusqu’à laisser des marques rouges sur ma peau. Chaque mouvement me rappelait ma captivité, mais aussi ma survie. Ma haine pour Ragnar brûlait comme un feu invisible, et c’était la seule chose qui me maintenait debout. Il avait détruit ma vie, et je refusais de lui offrir une seule parcelle de peur ou de soumission. Ma colère devait être totale, absolue, mon esprit devait rester libre.

Pourtant, malgré ma détermination, je ne pouvais nier ce qu’il éveillait en moi. Ragnar Thorne… sa présence imposante, son charisme sauvage, sa puissance brute… tout en lui était effrayant et fascinant à la fois. Sa carrure, ses muscles tendus sous l’armure, le mouvement précis de chaque geste, la confiance silencieuse qu’il dégageait… il possédait une beauté dangereuse, une puissance magnétique qui me perturbait profondément. Je détestais cette attraction involontaire, et je me répétais sans cesse que c’était une faiblesse à laquelle je ne devais jamais céder.

Je me levai, serrant les chaînes qui limitaient mes mouvements. Mes muscles protestèrent, mais je devais rester forte. Mon corps pouvait être prisonnier, mais mon esprit restait libre. Je me souvenais encore des flammes qui léchaient Branvik, des cris de mes voisins, des visages figés de mes parents dans la terreur… et je devais transformer cette douleur en rage, cette rage en force. Ragnar ne m’avait pas complètement brisée. Mon esprit restait intact, et tant qu’il le serait, je resterais invincible.

Mes yeux glissèrent sur la salle froide où j’étais enfermée. Les murs de pierre, les torches vacillantes, les traces des pas des gardes… tout était sous son contrôle. Frostgard était le royaume de Ragnar, et moi, j’en étais la captive. Et pourtant, chaque pas qu’il faisait, chaque geste, chaque regard, me fascinait autant qu’il me terrifiait. Je refusais d’admettre cette part d’attention que je lui accordais, car il ne méritait pas que je montre la moindre vulnérabilité.

Il était beau. Je le haïssais, mais je devais le reconnaître. Ses traits durs, marqués par la guerre et le froid, sculptés comme par le vent et la glace, étaient impressionnants. Ses yeux sombres et perçants semblaient sonder mes pensées, comprendre mes gestes avant même que je les fasse. Et cette beauté glaciale, presque impitoyable, me dérangeait autant qu’elle m’attirait. Il représentait tout ce que je détestais et tout ce que je ne pouvais ignorer.

Chaque fois que ses pas résonnaient dans le couloir, mon cœur s’emballait, mais je refusais de trembler. Je devais maintenir ma colère intacte, nourrir cette haine qui me maintenait vivante. Il avait détruit mon monde, et je devais rester Elin Storm, fille de Branvik, survivante, invaincue dans mon esprit. Ma haine devait être complète, totale, et chaque regard que je posais sur lui devait la renforcer.

Je repensai à Branvik, aux champs ensoleillés, aux rires des enfants dans les rues, aux marchés pleins de vie. Et puis, à nouveau, Ragnar surgissait dans mes pensées. Son visage, ses gestes précis, sa voix grave et autoritaire… il avait tout pris, mais je ne céderais jamais. Ma haine était ma seule arme, ma seule protection contre la douleur, la solitude, et l’attraction dérangeante qu’il exerçait sur moi.

Parfois, je me surprenais à l’observer. Même dans sa brutalité, il y avait un rythme, une harmonie dans ses mouvements, une force que je ne pouvais ignorer. Ses épaules larges, sa carrure imposante, la manière dont il se tenait comme si chaque pas était calculé, chaque geste destiné à marquer son autorité… il était l’incarnation de la guerre elle-même, et cette puissance me fascinait autant qu’elle m’effrayait. Je devais me rappeler que c’était un homme dangereux, cruel, et que rien de cette beauté ne pouvait excuser la destruction qu’il avait semée.

Je m’assis dans un coin, les bras serrés autour de mes genoux, et je laissai mes pensées vagabonder vers ma famille et mon village. La douleur et la détresse étaient toujours là, mais je devais les cacher derrière une façade de force. Si Ragnar voyait ne serait-ce qu’une étincelle de faiblesse, il l’exploiterait. Et je ne voulais pas lui donner ce pouvoir. Je ne pouvais pas. Ma haine devait rester intacte, pure, comme un feu qui ne s’éteint jamais.

Chaque jour, chaque respiration était un rappel : je ne pardonnerais jamais. Je ne céderais jamais. Et même si une part de moi était irrésistiblement attirée par la beauté et la puissance de Ragnar, cette part devait rester cachée, ignorée, combattue. Mon corps pouvait ressentir, mais mon esprit devait rester maître. Tant que je le ferais, je serais Elin Storm, fille de Branvik, survivante, invincible dans sa haine.

Je fermai les yeux un instant, laissant mes souvenirs de Branvik me traverser. Les flammes, les cris, la solitude, et le visage de mes parents… tout cela me donnait de la force. Je ne pardonnerais jamais à Ragnar Thorne. Et même si son apparence et sa puissance me troublaient, même si une part de moi voulait regarder plus attentivement, je ne pouvais céder. Ma haine était mon bouclier, mon ancre, ma seule certitude dans ce monde devenu brutal et glacé.

Chapitre 3

Ragnar

La brise glaciale du fjord fouettait mon visage alors que je me tenais sur la muraille de Frostgard, mon village fortifié perché sur les falaises abruptes. Ce lieu n’était pas seulement un refuge pour mes guerriers : c’était le royaume de Ragnar Thorne, le lieu où ma cruauté avait été forgée, et d’où j’imposais ma loi. Chaque habitant, chaque voyageur, connaissait mon nom. Ragnar Thorne n’était pas seulement un chef de guerre : j’étais une légende vivante, un nom que l’on chuchotait avec respect et peur.

À mes côtés, Eirik, mon ami de toujours et confident, observait les navires au loin. Sa présence me rassurait, car il comprenait les zones d’ombre que je cachais à tous, y compris celles que je refusais d’admettre à moi-même.

— Il fait froid, dit-il calmement, les yeux fixés sur l’horizon.

— Comme toujours, répondis-je, sans détourner le regard. Frostgard est fait pour survivre, pas pour se complaire.

Je savais que chaque guerrier sous mes ordres respectait mes décisions, craignait mes colères, et admirait ma force. Mais aujourd’hui, même au sommet de mon pouvoir, une pensée me dérangeait, un nom qui refusait de quitter mon esprit : Elin Storm. La jeune femme que j’avais capturée à Branvik. La fille du village que j’avais réduit en cendres.

Depuis ce jour, elle était tombée sous ma garde, mais malgré la haine que je devais ressentir pour elle, une fascination étrange me consumait. Elle était belle, farouche, insoumise. Ses yeux verts me défiaient sans cesse, comme si elle voulait me rappeler que je n’étais pas tout-puissant. Ses cheveux noirs, tombant en cascade sur ses épaules, et sa posture fière étaient un affront silencieux à ma domination. Et plus je la regardais, plus je sentais ce mélange de haine et de curiosité grandir en moi.

— Elle te trouble, Thorne, dit Eirik, sans détourner les yeux de moi.

— Elle est insupportable, répondis-je sèchement, mais elle est la seule que je ne peux ignorer.

Eirik hocha la tête. Il savait. Il savait que cette haine mêlée de fascination me rongeait. Branvik était mort, mais cette fille résistait, debout malgré tout. Sa force me dérangeait autant qu’elle m’attirait.

Je me tournai vers le village que j’avais bâti ici, Frostgard. Les rues étaient vivantes, les habitants vaquaient à leurs occupations avec prudence et respect. Plusieurs jeunes femmes m’avaient déjà observé, certaines avec admiration, d’autres avec un intérêt plus clair. Elles voyaient en moi le chef, le guerrier, l’homme puissant qui pouvait protéger et imposer sa loi. Certaines me souriaient, espérant attirer mon attention, et je devais admettre que ces regards flatteurs avaient un effet sur moi… mais aucun ne me capturait autant que les yeux d’Elin.

Et puis il y avait Sigrid une femme audacieuse, tenace, qui refusait de s’avouer vaincue. Elle voulait me séduire à tout prix. Chaque jour, elle tentait des approches, des sourires calculés, des gestes subtils pour attirer mon attention. Mais rien ne pouvait remplacer le frisson que provoquait la présence d’Elin. Rien ne pouvait me troubler autant que ce mélange de haine et de défi qu’elle incarnait.

Je me souvins de Branvik, des flammes qui dévoraient le village, des cris, de la terreur. Et pourtant, parmi les cendres, elle avait survécu. Elle était tombée entre mes mains, captive, et je devais l’admettre : je la désirais d’une manière que je ne comprenais pas. Son esprit rebelle, sa fierté, son courage… elle était différente de toutes les autres femmes que j’avais croisées. Elle ne me suppliait pas, elle ne gémissait pas. Elle restait debout, même enchaînée. Et cette résistance, cette force intérieure, m’obsédait.

— Elle ne se pliera jamais, dit Eirik, les yeux plissés.

— Je sais, répondis-je, et c’est ce qui me dérange le plus.

Je me souvenais de chaque détail de ce jour à Branvik. La manière dont elle avait défié mes hommes, le courage insolent dans ses yeux, la façon dont elle refusait de céder à la peur. Depuis, je la gardais captive à Frostgard, mais je sentais que rien ne pourrait briser sa volonté. Et plus je la voyais, plus je comprenais qu’elle était le seul être capable de troubler mon esprit de Viking.

Sigrid et les autres jeunes femmes du village n’étaient que des distractions. Elles me désiraient, mais elles ne me défiaient pas, elles ne m’obsédaient pas. Elin, elle, occupait chaque pensée, chaque souffle, malgré ma rage. Je la haïssais pour ce qu’elle représentait, pour sa beauté qui me perturbait, pour sa force qui me rappelait tout ce que j’avais détruit, mais je ne pouvais détourner le regard.

Je descendis dans la cour de Frostgard, où mes guerriers s’entraînaient. Le bruit des épées contre les boucliers, le martèlement des pieds sur le sol de pierre… c’était le monde que je maîtrisais. Mais dans mon esprit, Elin Storm était toujours là, captive dans la pièce voisine, ses yeux verts me défiant encore et encore. Et je devais admettre que cette captivité, si nécessaire soit-elle, ne calmait pas ma fascination pour elle.

— Thorne, tu ignores ton propre trouble, murmura Eirik en s’approchant.

— Peu importe, répondis-je. Elle reste à ma merci. Tant qu’elle est captive, tout est sous contrôle.

Et pourtant, je savais que ce contrôle était fragile. Plus je la voyais, plus je percevais cette tension entre nous, ce mélange étrange de haine, de défi, et peut-être, je refusais de l’admettre, de désir. Frostgard pouvait être mon royaume, Branvik était mort, mais Elin Storm restait un mystère que je ne pouvais ignorer.

Sigrid, avec sa ténacité, tentait encore et encore de m’approcher, mais mes pensées revenaient toujours à Elin. Je la regardais à travers la fenêtre, assise dans sa chambre de pierre, ses chaînes luisant sous la lueur des torches. Ses yeux me transperçaient, et je sentais cette haine muette qu’elle me lançait comme un défi. Je devais la dominer, la contrôler, et pourtant… je me surprenais à étudier chaque mouvement, chaque respiration, chaque étincelle de courage dans ses gestes.

— Elle est impossible à ignorer, dis-je finalement à Eirik, la mâchoire serrée.

— C’est exactement ce que je te disais, répondit-il calmement. Elle est tout ce qui pourrait te déstabiliser, Thorne.

Je serrai les poings, laissant cette tension se transformer en une énergie que je pouvais canaliser. Elle devait rester captive. Elle devait rester sous mon contrôle. Frostgard était mon royaume, mes règles étaient absolues, et pourtant, cette fille, Elin Storm, défiant tout, captivait mon esprit comme aucune autre.

Alors que la nuit tombait sur Frostgard, je me tenais à la fenêtre de ma salle, regardant les flammes dans les cheminées des maisons, les silhouettes des jeunes femmes du village qui cherchaient à attirer mon attention. Sigrid en particulier, avec ses yeux insistants et son sourire calculé, cherchait à me séduire. Mais aucune d’elles ne pouvait rivaliser avec la force et la beauté de ma captive. Elle était le feu dans mon monde glacé, et je refusais de l’admettre, mais elle était devenue une obsession silencieuse, un défi que je n’avais jamais rencontré auparavant.

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