Chapitre 2
La suite d'Adrian baignait dans une lumière tamisée, soulignant le luxe opulent du décor. Les meubles en cuir noir, les étagères remplies de livres reliés et les œuvres d'art moderne accrochées aux murs formaient un cadre intimidant, presque suffocant. Elena était assise sur un fauteuil imposant, ses mains crispées sur ses genoux. Elle se sentait minuscule, vulnérable, face à l'homme qui se tenait devant elle.
Adrian, debout près de la baie vitrée, observait la ville endormie. La lumière des lampadaires projetait des ombres sur son visage, renforçant l'aura énigmatique qui émanait de lui. Il se tourna soudain vers elle, et son regard gris acier la transperça.
- Vous comprenez dans quelle situation vous vous trouvez, n'est-ce pas ?
Elena hocha timidement la tête, mais sa voix semblait avoir déserté sa gorge.
- Bien, continua-t-il d'un ton glacial. La sculpture que vous avez brisée avait une valeur inestimable. Sa destruction est un problème, un problème qui m'incombe désormais.
Il s'approcha lentement, chaque pas résonnant dans la pièce comme un coup de marteau.
- Vous devez réparer votre erreur, Elena.
Sa voix était douce, presque trop douce, mais elle contenait une menace implicite qui la fit frissonner.
- Je... je suis désolée, murmura-t-elle. Je ne voulais pas...
- Vos intentions ne changent rien, l'interrompit-il, son ton devenant plus tranchant. Ce qui importe, c'est la conséquence.
Il s'arrêta juste devant elle, dominant sa silhouette frêle de toute sa hauteur. Ses yeux ne quittaient pas les siens, cherchant à déceler ses failles.
- Savez-vous combien vaut cette sculpture ?
Elle secoua la tête, incapable de répondre.
- Trois cent mille euros, lâcha-t-il, en pesant chaque mot.
Elena sentit le sang quitter son visage. Trois cent mille euros. Une somme inimaginable pour elle, qui peinait déjà à couvrir les factures médicales de son frère.
- Je... je ne peux pas payer ça, balbutia-t-elle, la voix brisée.
Adrian croisa les bras, un sourire froid jouant sur ses lèvres.
- C'est exactement ce que je pensais.
Un silence pesant s'installa, seulement troublé par le bruit lointain de la circulation. Adrian finit par briser ce moment de tension en s'asseyant sur le fauteuil face à elle.
- Cependant, reprit-il, il existe une alternative.
Elena releva les yeux vers lui, ses sourcils froncés d'incompréhension.
- Une alternative ?
- Oui, confirma-t-il, son ton redevenu calme, presque séducteur. Un contrat.
Elle le fixa, perplexe, attendant qu'il développe son idée.
- Vous jouerez un rôle, expliqua-t-il. Celui de ma fiancée.
Elena écarquilla les yeux, persuadée d'avoir mal entendu.
- Votre quoi ? articula-t-elle, incrédule.
Adrian posa un coude sur l'accoudoir et appuya son menton sur sa main, un sourire amusé étirant ses lèvres.
- Vous serez ma fiancée, reprit-il patiemment. Officiellement, en tout cas.
- Pourquoi ferais-je ça ? s'écria-t-elle, sa voix mêlant colère et incompréhension.
- Parce que c'est votre seule chance, répondit-il froidement. Vous ne pouvez pas me rembourser, et je doute que vous souhaitiez faire face aux conséquences de votre dette autrement.
Elena sentit son cœur s'emballer. Ce qu'il sous-entendait était clair : il avait le pouvoir de ruiner sa vie.
- Et qu'est-ce que cela m'apporterait ? demanda-t-elle, tentant de masquer sa panique par un ton défiant.
Adrian se redressa légèrement, adoptant une posture plus sérieuse.
- En échange de votre coopération, je prendrai en charge toutes vos dettes. Pas seulement celles liées à cet incident. Votre frère a besoin de soins, n'est-ce pas ?
Elena sentit son estomac se nouer à la mention de son frère.
- Comment savez-vous ça ? demanda-t-elle d'un ton accusateur.
Adrian haussa les épaules, comme si la réponse allait de soi.
- J'ai mes sources, répondit-il simplement. Ce qui importe, c'est que je peux vous offrir ce que vous ne pouvez pas obtenir seule : une solution.
Elena baissa les yeux, submergée par un tourbillon d'émotions contradictoires. Elle était furieuse de se retrouver dans cette situation, mais la promesse de voir son frère soigné était une tentation qu'elle ne pouvait ignorer.
- C'est immoral, murmura-t-elle, presque pour elle-même.
- Peut-être, concéda Adrian. Mais dans ce monde, la morale est un luxe que peu de gens peuvent se permettre.
Il se pencha légèrement vers elle, son regard captivant ne laissant aucune place à l'évasion.
- Alors, Elena, quelle est votre décision ?
Elle resta silencieuse, les mains tremblantes. Elle voulait refuser, elle voulait fuir, mais une voix au fond d'elle-même lui rappelait que refuser signifiait condamner son frère.
- J'ai besoin de temps, finit-elle par dire, sa voix à peine audible.
Adrian laissa échapper un léger rire, sans joie.
- Le temps n'est pas un luxe que je peux vous accorder, répondit-il sèchement. Vous avez jusqu'à demain matin.
Il se leva, signifiant que la discussion était terminée, et se dirigea vers la porte.
- Réfléchissez bien, ajouta-t-il en se tournant vers elle une dernière fois. Ce contrat pourrait être la meilleure chose qui vous soit jamais arrivée.
Elena resta seule dans la suite, le cœur lourd. Elle savait qu'elle venait de franchir un point de non-retour.
De retour dans sa modeste chambre d'étudiante, Elena s'effondra sur son lit. Elle sentit les larmes couler le long de ses joues, mais elle les essuya rapidement. Pleurer ne résoudrait rien. Elle ouvrit son téléphone pour consulter les messages de l'hôpital concernant son frère. Les nouvelles étaient mauvaises : les traitements coûtaient de plus en plus cher, et les fonds manquaient cruellement.
Elle passa une main tremblante dans ses cheveux, la tête envahie de pensées contradictoires. Adrian Moretti représentait tout ce qu'elle détestait : un homme riche, arrogant, habitué à obtenir tout ce qu'il voulait. Mais il représentait aussi une chance pour elle de sauver son frère, même si le prix à payer était son intégrité.
Au petit matin, après une nuit blanche, elle se retrouva à nouveau devant la porte de la suite d'Adrian. Ses mains tremblaient, mais elle prit une grande inspiration avant de frapper.
La porte s'ouvrit presque immédiatement, et Adrian apparut, impeccablement vêtu, comme toujours.
- Elena, dit-il, un sourire énigmatique sur les lèvres. J'espérais que vous reviendriez.
Elle sentit son cœur s'accélérer, mais elle tint bon.
- J'accepte, dit-elle simplement.
Le sourire d'Adrian s'élargit, et pour la première fois, elle eut l'impression de voir une lueur de satisfaction sincère dans son regard.
- Bien, murmura-t-il. Bienvenue dans mon monde.
Chapitre 3
La pluie tombait doucement sur la ville, une mélodie mélancolique qui reflétait parfaitement l'état d'esprit d'Elena. Assise dans un café peu fréquenté, elle faisait tourner machinalement une cuillère dans son cappuccino à moitié froid. Face à elle, Lucas, son meilleur ami, la fixait avec une intensité inquiète.
- Alors, tu veux bien m'expliquer ce qui te met dans cet état ? demanda-t-il, brisant le silence pesant.
Elena releva les yeux vers lui, son regard tourmenté. Lucas avait toujours été son roc, le genre de personne à laquelle elle pouvait tout confier, mais cette fois, les mots restaient coincés dans sa gorge.
- Ce n'est pas facile à expliquer, murmura-t-elle.
Lucas posa son café et croisa les bras, l'expression fermée.
- Essaie quand même. Je te connais, Elena. Si tu es aussi nerveuse, c'est que quelque chose de sérieux se passe.
Elle inspira profondément, cherchant ses mots.
- Je... j'ai fait une énorme erreur au travail, avoua-t-elle finalement.
Lucas fronça les sourcils.
- Quelle sorte d'erreur ?
- J'ai cassé quelque chose. Une sculpture. Apparemment, elle valait des centaines de milliers d'euros.
Lucas écarquilla les yeux, abasourdi.
- Quoi ? Mais... comment ça se passe ? Ils t'ont licenciée ?
Elena secoua la tête, un rire amer échappant à ses lèvres.
- Non, c'est pire que ça.
Elle lui raconta tout, les mains tremblantes, depuis sa rencontre avec Adrian Moretti jusqu'à son ultimatum. À mesure qu'elle parlait, l'expression de Lucas se durcit, passant de la surprise à la colère.
- Attends une minute, intervint-il en se redressant. Tu es en train de me dire que ce type, ce Moretti, veut que tu sois sa fiancée en échange de l'annulation de cette dette ?
Elena acquiesça, le visage marqué par l'épuisement et le doute.
- Et il prétend qu'il fera soigner ton frère ?
- Oui, murmura-t-elle, sa voix à peine audible.
Lucas la fixa un long moment, cherchant visiblement à contrôler sa colère.
- Elena, tu réalises à quel point c'est insensé, n'est-ce pas ? Ce type n'est pas juste riche. C'est un criminel.
Elena releva la tête, choquée.
- Quoi ?
- Tu ne savais pas ? Adrian Moretti est l'un des hommes les plus dangereux de la ville. Son nom est lié à des affaires de blanchiment d'argent, de trafic d'armes...
Il baissa le ton, scrutant les environs pour s'assurer que personne ne les écoutait.
- ... et probablement à des assassinats.
Elena sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine.
- Comment tu sais tout ça ? demanda-t-elle d'une voix tremblante.
Lucas haussa les épaules, l'air grave.
- C'est un nom qui revient souvent dans les journaux, même si rien n'est jamais prouvé. Les gens comme lui s'assurent que leur réputation reste intacte. Mais crois-moi, Elena, ce n'est pas quelqu'un avec qui tu veux t'associer.
Elle baissa les yeux, son esprit envahi par un tourbillon de pensées contradictoires.
- Je n'ai pas le choix, murmura-t-elle.
- Bien sûr que si, protesta Lucas, presque en colère. Tu peux refuser.
- Et laisser mon frère mourir ? rétorqua-t-elle, sa voix se brisant sous l'émotion.
Lucas se tut, pris au dépourvu. Il savait à quel point Elena tenait à son frère.
- Il y a forcément une autre solution, tenta-t-il.
- Pas dans le temps imparti, répliqua-t-elle. Tu crois que je n'ai pas déjà envisagé toutes les options ?
Lucas passa une main dans ses cheveux, visiblement frustré.
- D'accord, mais écoute-moi. Ce type... il ne fait rien par bonté d'âme. Si tu signes ce contrat, tu seras à sa merci.
Elena hocha la tête, les larmes aux yeux.
- Je le sais. Mais si cela peut sauver mon frère, alors je suis prête à prendre ce risque.
Lucas soupira profondément, secouant la tête.
- Promets-moi au moins de faire attention, d'accord ? Et garde-moi au courant.
Elle esquissa un faible sourire.
- Merci, Lucas.
Ils passèrent encore quelques minutes ensemble, mais Elena sentait que l'atmosphère s'était alourdie. En quittant le café, elle sentit une étrange oppression, comme si une ombre pesait sur elle.
De retour chez elle, elle trouva une enveloppe glissée sous la porte. À l'intérieur, un contrat soigneusement rédigé sur du papier épais, accompagné d'un stylo luxueux. Adrian lui donnait 24 heures pour se décider.
Elle s'assit à son bureau, lisant attentivement chaque ligne. Le contrat stipulait qu'elle devait jouer le rôle de sa fiancée pendant six mois, qu'elle devait l'accompagner à des événements sociaux et qu'elle devait s'assurer que leur relation semblait crédible. En échange, il prendrait en charge toutes ses dettes et couvrirait les frais médicaux de son frère.
Mais un passage attira particulièrement son attention : « Le participant accepte que toute violation des termes du contrat entraînera des conséquences juridiques et financières graves. »
Elena sentit un nœud se former dans son estomac. Ce contrat était bien plus qu'un simple arrangement. C'était une cage dorée.
La nuit tomba, mais le sommeil la fuyait. Elle imaginait toutes les implications de sa décision, les regards qu'elle devrait affronter, les sacrifices qu'elle devrait faire.
Au petit matin, elle se trouva à nouveau devant la suite d'Adrian, le contrat signé à la main. Lorsqu'il ouvrit la porte, un sourire satisfait se dessina sur son visage.
- Alors, dit-il en la faisant entrer, vous avez pris votre décision.
Elena lui tendit le contrat sans un mot.
- Très bien, murmura-t-il en examinant le document. Vous ne le regretterez pas, Elena.
Mais au fond d'elle, elle se demandait si ces mots étaient une promesse ou une menace.