Chapitre 2
—Ah! Mais t'es dingue! Arrêteeee… Julian!
Nous passons devant Andrea, qui lève le pouce en l'air discrètement quand elle voit Julian me tirer en direction des écuries. Ce n'est pas du tout ce que tu crois, ma belle! Je suis dans de sales draps, crois-moi!
Julian est fâché, très fâché. Je peux le sentir. Nous nous connaissons depuis l'enfance, et croyez-moi, quand il fait cette tête… il ne vaut mieux pas le contredire!
J'en connais la raison… Je sais pourquoi il est en colère… Il m'avait demandé de ne pas l'faire… et je l'ai fait.
Mais je n'y peux rien. C'est dans mes gènes, OK?
Je réussis à lui échapper enfin…. seulement pour me retrouver sans le vouloir dans un des boxes vides de l'écurie. Quand je le réalise, Julian a déjà refermé la porte de l'enclot sur nous et il se précipite en ma direction, avec cette présence dominante qui le caractérise. J'essaie de me trouver des excuses:
— C'est lui qui me l'a demandé en premier… Quelqu'un lui avait parlé de mon don...
Je ne faisais que répéter des trucs que j'ai entendu, utiliser ma logique implacable… Mais Julian m'avait expressément demandé de ne pas refaire ce sale coup que j'avais fait à Rafael par le passé… surtout pas au mariage de Brennan et d'Erin, où il y a pleins de gens qui pourraient sérieusement s'intéresser à mon business… mais devant qui je perdrais toutes mes chances si je leur faisais encore mon numéro de diseuse de bonne aventure…
Mais ce n'est pas la seule raison. Julian n'aime pas les diseuses de bonne aventure. C'est sans doute parce qu'il est athée… Mais qu'est-ce qu'il en a à foutre justement, s'il n'y croit pas.
Julian s'avance vers moi jusqu'à ce que je sois plaquée sur le mur du fond de ce petit box minuscule. Son poitrail musclé en béton armé est comme le bouclier d'un soldat romain, qui m'empêche de bouger. Nous sommes si proches que mon cœur se met à battre la chamade.
Ses doux yeux bruns irrisés de jaune sont rivé sur moi.
— J'imagine que tu t'es bien amusée… huh?
Oui Julian. C'est juste pour le fun. C'est ça… J'aime passer pour la folle-dingue! J'aime qu'on se dise que c'est Kalia qui essaie encore de ce faire du fric sur le dos de pauvres gogos.
Je déteste le don que je possède. Mais j'ai déjà essayé d'ignorer cette petite voix, celle qui me dit d'aller parler à de parfais inconnus et leur dire tel ou tel truc… des messages que très souvent je ne comprends pas moi-même. Et chaque fois que j'ai ignoré cette petite voix, un truc vachement grave s'est produit. Donc, je ne le fais plus.
Désolé si ça ne te plait pas Julian. Mais c'est comme ça. Mais je ne veux pas lui laisser voir à quelle point sa remarque me blesse, donc je lève le menton résolument et j'essaie de lui tenir tête.
—Tout le monde est ici pour avoir du fun… Y'a que toi qui n'en a pas… et tu sais pourquoi tu n'en a pas?
Julian m'enferme dans une cage de ses bras puissants quand il vient s'appuyer au mur derrière moi.
— Non, mais je sens que tu vas me le dire… toi qui sait toujours tout sur tout le monde, huh! ironise-t-il de manière sarcastique.
J'ignore sa petite point acerbe.
— Parce que tu joue un putain de rôle depuis qu'on est arrivé ici! tu te fais passer pour ce que tu n'es pas! Ce costard à trois milles balles, ce nœud papillon ridicule… la petite raie au milieu dans tes cheveux… tout ça c'est pas toi, Julian!
Julian pousse un ricanement. Ma réplique parait beaucoup l'amuser, mais je ne sais pas du tout pourquoi. Qu'est-ce qu'il disait! Je sais tout sur tout le monde, toujours. Je ne comprends pas pourquoi ça ne le dérange pas, que je l'accuse d'être un imposteur.
Il ne se défend même pas!
En fait, il me jette un de ses regards encore… plein d'arrogance et de prétention, comme si il savait une chose que j'ignore.
Moi, Julian Amador, je suis un dieu vivant. Je connais tout. Je sais tout… Oui… c'est ça. Julian est le dieu de mon existence, et moi, je suis fichue parce que je flanche chaque fois qu'il a ce foutu regard! Parce que j'aime même cet aspect de Julian. Son arrogance. Sa personnalité de mâle alpha super dominant.
Sa main vient caresser mon menton:
— Si tu savais comme j'ai envie de te donner une bonne leçon présentement, pour t'enlever le gout de recommencer…
Je lui jette un regard de défi.
— Vas-y! Qu'est-ce qui te retiens!
Une ombre passe sur son visage.
— Ne me tente pas, Kalia…
Quelque chose est différent… En temps ordinaire, Julian se serait déjà retiré… par respect pour mon père et parce qu'il respect toujours une certaine distance avec les femmes de notre communauté. Je peux sentir son haleine et soudain je réalise en l'observant que Julian a un petit coup dans le nez. Ça ne se voit pas au premier abord, parce que Julian tient très bien l'alcool… mais il a sans doute but un peu trop de ce brandy que Riddleman a fait gouter à tous les hommes…
Je décide de suivre le conseil que Julia m'avait donné, il y a quelques temps… et de le provoquer encore davantage, comme le ferait une «brat», qui sont des soumises plus festives… en tant que dom, Julian se sentira forcé d'intervenir… et il cessera enfin de se retenir avec moi.
Parce que c'est ce qu'il fait. Il se retient. Alors je me lance pour de bon cette fois… et je mets en pratique tout ce que m'a enseigné ma nouvelle marraine BDSM dans les derniers mois écoulés.
Je plonge mon regard dans le sien, le menton bien haut et je le pique exactement là où ça fait mal. Dans son orgueil démesuré:
—Des paroles, Julian, toujours des paroles… mais tu ne fais jamais rien. Je crois que j'aurais plus de chance avec ce gadjo, ce soir… que de te voir mettre tes menaces à exécutions… Il parait que c'est un dom lui aussi… comme tous les hommes dans la famille de Brennan… je paris que lui, il n'a pas peur de mettre sa main au cul des soumises qui le défient!
Je peux lire la colère sur le visage de Julian.
— Tu n'es pas une soumise. Finit-il par cracher avec cette certitude qui me dépasse.
— Qu'est-ce que t'en sais! Tu n'a jamais fait de tentative avec moi… comment peux-tu le savoir? Tu ne connais rien de ma vie sexuelle ou de mes fantasmes!
Et croyez-moi, quand Julian est concerné, j'en ai des masses de fantasmes. Julian me prends aux mots:
— Très bien. Montre-moi comme tu es soumise!
Il va s'asseoir sur un ballot de foin et il me désigne le sol à ses pieds.
— Agenouille-toi devant moi.
Je suis sur le point de le faire, et je m'apprête à prendre une des pauses que m'a enseignée Julia quand Julian me retient de m'exécuter d'un signe de la main. Il retire alors le veston de son beau smoking à trois milles balles et il le pose sur le sol de pailles souillées. Ensuite, il me fait signe que cette fois, je peux le faire…
J'uses de toute la grâce dont je suis capable pour glisser de la position debout à agenouillée. Je prends la pause de la soumise humble, les genoux écartés, les mains à plat sur ceux-ci, le dos cambré et mes seins, qui, dans ce décolleté de la mort pointent divinement en direction de mon dom.
Mon visage lui, est penché vers les beaux souliers italiens de Julian, dans une posture humble et soumise.
Mon cœur bat si fort présentement que mes oreilles bourdonnent. Si vous saviez comme je me suis préparée pour cet instant… ce moment fatidique où j'offrirais ma soumission à Julian, pour la première fois…
Je ne peux pas voir sa réaction, mais sa voix a baissée d'un octave quand il s'exprime de nouveau.
— Embrasse mes chaussures et montre-moi que je suis le maitre de ton existence.
Embrasser ses chaussures… OK… Julian, tu y va un peu fort… Mais c'est surement un test. Il doit sans doute penser que je vais échouer et ensuite, il me dira qu'il avait raison, que je suis incapable d'être soumise! Que ce n'est pas dans ma nature.
Mais tu te trompe Julian et je vais te le montrer! Oh que oui, putain, tu vas voir!
Je me penche en avant et je commence à vénérer ses chaussures. Je les embrasse doucement et je l'appelle par son nom… celui que les doms aiment tant:
—S'il vous plait, Maitre… Je ne désire rien d'autre que vous servir… Laissez-moi être votre soumise… Si ce n'est que pour un soir… je vous en prie!
Un long silence s'ensuit et je crois que Julian va refuser.
Chapitre 3
C'est ce que fait toujours Julian… il fait toujours un pas vers moi, et deux pas en arrière par la suite… Il ne se décide jamais à aller au bout avec moi! Comme ce fameux soir de l'anniversaire de mes seize ans, où il m'avait donné mon tout premier baiser pour ensuite venir me trouver le lendemain et s'en excuser.
Comme si cela était une erreur.
Nous deux. Une erreur.
Non… Julian… ne recule pas s'il te plait! Pas encore!
Pourtant, j'ai tout fait exactement comme ma marraine BDSM Julia me le disait. Julian aime les relations de maitre/esclave. Il désire se faire vénérer, aduler, servir en toute chose par sa soumise… C'est exactement ce que je me dis prête à faire… il devrait apprécier, n'est-ce pas? Je relève la tête, prévoyant lui jeter un regard suppliant, et je suis alors surprise quand mon regard rencontre une érection massive dans son pantalon.
Je lève encore plus les yeux et nous échangeons un regard lourd de sens. Il aime me voir ainsi à ses pieds, l'adulant et le nommant par ce titre.
Maitre.
Sa main, qui était sur sa cuisse, se soulève lentement et vient caresser mes cheveux tendrement, sans me quitter des yeux.
— Tu désires être ma soumise pour un soir, dis-tu…
Nouveau silence. Il cesse de me caresser les cheveux un court moment. Quand il recommence à me cajoler, sa mâchoire et son regard qui ne m'a pas quitté se sont durcis un peu:
— Mais tu as laissé ce gadjo te baratiner, t'entrainer loin de moi, hors du chapiteau, et même que tu l'as laissé te toucher… et moi, je n'aime pas qu'on touche ce qui m'appartient!
Je me presse de lui dire avec ferveur que je promets de ne plus jamais laisser personne d'autre que lui me toucher. Julian insiste pour dire que cela mérite réflexion, surtout qu'en plus, il m'avait donné des consignes avant notre départ, dont celle de ne pas faire ce numéro de voyance… et que je les ai enfreintes presque toutes. C'est vrai. Je ne suis jamais les règles que Julian m'impose lors de nos déplacements, et même en groupe. Mais c'est parce que c'est le seul moyen d'attirer son attention!
Je lui promets dévotement de ne plus jamais enfreindre aucune règle, s'il veut bien me prendre pour sa soumise et me laisser le servir fidèlement!
Putain… Je dois surement vous paraitre pathétique… Mais ce n'est pas ce que vous croyez. J'aime Julian et je sais ce dont il a besoin et c'est de ma soumission qu'il a besoin… Oui, mais moi, direz-vous, quels sont mes besoins?
Julian! Julian est ce dont j'ai besoin. Et je pense qu'il est sur le point de craquer! Enfin!
Il se gratte le menton. Il n'en sait rien. Il pense que j'ai besoin d'une leçon. Pour ne plus jamais recommencer.
Un châtiment. Zutt…
Mais ce n'est pas le temps de me débiner! Il en va du futur de notre relation. D'ailleurs, je peux voir dans le regard de Julian qu'il attend que je m'dégonfle. Je baisse donc les yeux dévotement:
— Oui, maitre, vous avez raison, j'ai besoin d'être châtiée.
Julian m'aide à me relever et il me prend par le cou pour me guider en direction de la palissade qui sert de séparation entre le box dans lequel nous sommes et celui du magnifique étalon à la robe dorée qui se trouve dans le suivant.
Il me demande de me tenir debout, les mains sur la palissade et les jambes bien écartées, légèrement cambrée en avant pour que mon joli petit cul lui soit exposé, susurre-t-il à mon oreille.
— Je vais te donner dix claques avec ma main, pour m'avoir désobéit et dix autres pour t'être laissée draguer par ce gadjo. C'est compris?
— Oui, maitre, lui dis-je d'une voix mal assurée.
Je ne parviens pas à lui cacher ma nervosité. Je sens Julian qui se recule tout en caressant ma chute de rein de sa main large et quelque peu calleuse. Ma robe est très échancrée dans le dos donc il a tout le loisir d'admirer ma chute de reins.
Il me dit tout en s'exécutant que tout peut s'arrêter n'importe quand. Que je n'ai qu'à utiliser un mot de sureté… et que tout se terminera immédiatement. Mais je me doute que si j'utilise un mot de sureté ce soir… Julian ne voudra plus jamais refaire de tentative avec moi.
— Quel est ton mot de sureté, Kalia? insiste-t-il quand je ne dis rien.
Je réfléchis quelques secondes à peine avant de lui répondre:
—Éclair de feu!
La main de Julian qui caresse à présent mon derrière par-dessus ma robe s'immobilise un court moment. Il doit sans doute trouver mon mot de sureté bien étrange.
— Le mien est Noël, finit-il par m'annoncer.
Oui, Noël, la fête que Julian déteste tant. S'il n'en tenait qu'à lui, on ne la célébrerait plus jamais dans la communauté.
Julian remonte lentement ma robe pour exposer ma culotte de dentelle rouge que j'ai choisi d'harmoniser avec la robe de pétasse en talon aiguille que j'avais aussi choisie. C'est ce que je porte, des talons aiguilles.
Je sens la main de Julian sur ma croupe. Il caresse le tissu léger. Je voudrais que sa main se glisse en direction de ma chatte qui mouille déjà pour lui à travers la dentelle fine, mais Julian l'évite de manière tout à fait volontaire.
Il baisse ma culotte d'un seul coup et il vient se pencher au-dessus de moi de nouveau, dans mon dos:
— Compte avec moi, ma tigresse!
Ma tigresse. J'en ai des frissons. Surtout que sa main rugueuse caresse délicieusement mon postérieur, en faisant de petits mouvements circulaires. Mais cette main n'y reste pas bien longtemps et je suis durement rappelé à la réalité quand je sens une première claque sur ma fesse droite.
SMACK! Ça pince, ça mord… ça… ça… m'excite?
J'en suis tellement surprise que j'en oublie de compter et Julian doit me rappeler à l'ordre.
— UN!
Julian se recule quelque peu, une de ses mains me tenant toujours en place fermement par la nuque. Il penche la tête et je crois, je crois, oui… qu'il admire l'empreinte bien rouge laissée par sa main sur mon postérieur!
SMACK! Et vlan, une autre claque.
— Deux! dis-je un peu plus fort cette fois.
Je crois que j'entends une des portes des écuries s'ouvrir….
Ah non ! On ne va pas s'faire prendre! Là? Maintenant?