Chapitre 2
Quand Simon m’apprit par quel moyen il avait obtenu cette information, je lui demandai si la police malgré ce détail concluait au suicide catégoriquement. Il acquiesça en attendant ma question suivante.
— Écoute, j’ai le regret de te dire que je me trouve dans la même impasse que toi.
En rentrant chez moi je ne comprenais pas pourquoi Simon m’avait rendu complice de ses questionnements. Au nom de notre amitié naissante ? C’était possible. Parce qu’il croyait que mon esprit plus délié que le sien aurait pu accoucher d’une fulgurance restée à distance de son cerveau en manque de sommeil ? C’était possible aussi.
Après avoir dîné, je passais un disque de Lalo Shiffrin et j’étais en train de feuilleter assis dans mon canapé le livret d’accompagnement. Je suis capable de parler musiques de film. Nourrir une discussion sur le sujet. Je peux l’alimenter en évoquant les œuvres concernées. Parce qu’au préalable je me suis posé les bonnes questions. Parce que j’ai les connaissances et la méthode pour y répondre. Et tout à l’heure dans le café, j’avais dû stopper net dans la conversation quand Simon s’était attendu à ce que je poursuive mon interrogatoire. Je fixai la pendule de la cuisine. C’était le moment d’aller me coucher
Le jour suivant, j’accueillais dans ma classe à 8 heures deux stagiaires, une fille et un garçon, qui assisteraient à mes cours cinq heures dans la semaine. Ça m’amusait de les observer en silence devant leur PC au fond de la salle comme ce matin. Et de deviner à l’avance le comportement de mes élèves étouffés dans leur spontanéité en présence de deux étrangers. Ensuite, après vingt minutes, on retrouvait peu à peu nos rituels. Les codes de communication mis en place depuis la rentrée se normalisaient entre l’enseignant et son groupe-classe, malgré l’existence dans son dos de deux jeunes adultes qui ne parlaient jamais.
Au terme de la première heure – équivalente à H1 dans le jargon des profs et de l’administration scolaire – je passai en H2 dans la même salle avec une autre classe en compagnie de mes observateurs. Après quoi je consacrai la plage H3 à un temps de réflexion avec mes stagiaires autour des deux séances que j’avais proposées. En H4, je montai seul au troisième étage pour rejoindre l’une de mes deux classes de Première
« Jette un œil sur le site » était le message de Simon que je découvris une heure plus tard dans la salle vide. Plutôt que de faire usage de mon téléphone, j’utilisai l’ordinateur que je n’avais pas éteint pour obtenir un visuel plus confortable. Et je lus, consterné, la dépêche d’un de mes collègues, postée une heure et demie plus tôt.
« Nouvelle tragédie à la clinique Saint-Antoine de Douai. La police municipale nous avertit de la découverte d’un corps après celui retrouvé dans la nuit de dimanche à lundi. Il s’agirait d’une femme entre deux âges qui travaillerait au sein de l’équipe médicale. Le Lieutenant Willmots assisté de cinq de ses adjoints est déjà sur place pour faire la lumière à partir des indices récoltés sur ce nouvel épisode d’une rare gravité. » lavoixdunord.fr17/11/2009. 10 h 35
Je déjeunai dehors dans une brasserie où j’avais peu de chance de croiser des connaissances du lycée. Armé de mon portable, d’un crayon et d’une feuille de papier, je m’étais installé au fond de la pièce pour une analyse du texte en attendant mon assiette de lasagnes. Je disposais d’une heure pour reprendre mes esprits et reconsidérer la situation en annotant efficacement les éléments qui clochaient.
Après avoir avalé mon plat, je parcourais le relevé de mon travail.
Le texte fait plus de 75 mots, donc non conforme aux directives de Simon.
Parmi les verbes conjugués, deux d’entre eux sont employés au conditionnel. Pratique non conforme non plus.
Le recours aux majuscules dans police municipale n’est pas une marque de fabrique de la maison.
Les agissements de la police et l’effectif sur place sont exagérément mis en évidence.
Par opposition on ne mentionne pas la cause de la mort de la victime.
En terminant mon café, pour moi c’est tout vu : Willmots a aussi accompli son travail de rédacteur depuis qu’il était sur les lieux. J’envoyai un court message à Simon, en y joignant une photo de ma synthèse en cinq points.
Je passai le reste de ma journée avec une impression désagréable. Si je m’étais choisi une autre discipline à enseigner, disons une matière scientifique, il m’aurait été plus facile de m’éloigner de mes préoccupations extrascolaires. Trouver le ton juste, le ton mesuré, plus compatible avec deux des missions éducatives fondamentales qu’on m’avait confiées : éveiller la curiosité de mon auditoire, et valoriser les élèves en leur offrant l’opportunité de tester leurs acquis. Mais c’était plus fort que moi. Les auteurs, les textes, les idées que j’abordais en classe me renvoyaient inlassablement à mon cas personnel. Du coup ça n’arrangeait pas la qualité de mes apprentissages. En dernière heure, autrement dit en H7, devant un texte de Flaubert et une critique intelligente tirée du manuel – à propos du ressenti de l’auteur sur les douleurs fictives qu’il avait traduites dans ses romans – je songeai au dernier message que j’avais envoyé à Simon. Sous l’emprise de mon interprétation en cinq points, je conclus ma séance par une citation de l’écrivain normand qui ne figurait pas dans l’ouvrage scolaire : « Tous les rêves sont trompeurs, tous, sans exception. »
Simon conduisait vite. On dépassa le musée de la Chartreuse, puis une fois sur le boulevard de la République, on chercha à se dégager de la cohue habituelle à cette heure de la journée. Après dix minutes on franchissait les eaux de la Scarpe. On tourna à gauche place de l’Esplanade. Avant d’arriver à notre destination.
Simon avait choisi de m’attendre devant mon établissement. En plus de connaître mon emploi du temps, il avait appris de nouvelles infos sur le deuxième incident à la clinique et à partir de là, me dit-il dans sa voiture, il tenait absolument à ce que je l’accompagne à son rendez-vous rue Saint-Sulpice. Dans le bureau de son ex-camarade de l’Université.
En entrant à l’Hôtel de police, on se dirigea directement vers le comptoir. Simon déclina son identité ainsi que la mienne, et sans beaucoup de ménagement on nous indiqua un ascenseur et le numéro d’une porte au deuxième étage. Au cours du trajet de mon lycée jusqu’au commissariat, Simon n’avait fait aucune allusion au SMS que je lui avais envoyé de la brasserie. Il m’avait juste révélé que la deuxième victime était morte d’une chute de plus de dix mètres.
— Dewilder, juste à point ! lança le lieutenant en lui tapant l’épaule.
Debout, Willmots me dévisagea un court instant et Simon me présenta de la même façon qu’il l’avait fait au rez-de-chaussée.
— Asseyons-nous ! J’ai peu de temps. Comme vous, je suppose ?
— J’ai sur le feu un article à terminer, embraya Simon avec une pointe agressive.
— Précisément, Simon, précisément.
— André, je voudrais m’assurer que c’est bien un journaliste qui en sera l’auteur. J’imagine qu’en nous recevant dans ton bureau tu envisages de nous donner une tentative d’explication.
— Je n’ai pas mémorisé votre nom ? me demanda le lieutenant.
— Mon nom est Cardenne. Joseph Cardenne. Je fais des extras sur le site du journal.
— C’est Joseph qui a rédigé la dépêche sur le site hier à 5 heures 45, ajouta Simon.
— Et ce n’est pas lui qui a rédigé celle de ce matin, ça je le sais, messieurs.
Les échanges qui suivirent étaient en train de prendre une tournure qui ne nous arrangeait pas Simon et moi. Pour légitimer ma présence je finis par me joindre à la conversation.
— Lieutenant, m’autorisez-vous à poser une seule question ?
— Vous pouvez toujours essayer, monsieur Cardenne.
— Ma question est simple. Au vu des circonstances similaires des deux accidents, pourrait-il y avoir un lien temporel dans la mort des deux infirmières ?
— Ma réponse va être aussi simple si elle ne s’adresse qu’à l’ancien professeur de ma fille.
— Rien ne transparaîtra dans mon article de demain, André ! s’exclama Simon.
— Ma réponse est que c’est une piste que nous n’excluons pas. Bonne soirée, messieurs.
On déambula dehors avant de nous abriter de la pluie dans un restaurant indien. Simon avait toujours son article à boucler sur le second incident.
— Ils ont foiré ! Complètement foiré ! me dit Simon une fois nos apéritifs servis. Je tiendrai parole à Willmots mais on nous demande de la boucler.
— Je crois qu’on ne te demande rien. Comment tu as su pour l’article de ce matin ?
— Je l’ai lu juste avant toi en sortant du Tabac.
— Tu étais sur les lieux avec Willmots ?
— Oui, j’en revenais.
— Qui as-tu appelé pour le site ?
— Deckers.
— Qu’est-ce qu’est devenu son publi ?
— Il est resté visible une minute. Il a été écrasé par celui que tu as lu.
— Simon, je n’ai jamais vérifié, ça s’est déjà produit pour l’un de mes articles ?
Pendant une heure on échafauda des hypothèses, des suppositions, considérant la complicité évidente entre le Commissariat et la direction du journal. Dans le but de ne pas divulguer toute la vérité. Grâce à ses sources obtenues dans la journée, Simon me rapporta que ses relations dans la police locale ignoraient ce que le lieutenant nous avait appris. Pourquoi chercher à dissimuler aussi en interne ce qu’on cherchait à cacher aux lecteurs de la Voix du Nord ?
Chapitre 3
Après un nouveau silence qui venait de ponctuer notre dernière conversation, on remarqua Simon et moi qu’autour de nous il n’y avait plus personne. Plus de clients, plus de serveurs. Dans l’enceinte suspendue derrière une tenture murale, la musique également s’était tue. Sur la table voisine, Simon s’empara d’un cendrier et de son autre main sortit de la poche de son blouson un paquet de cigarettes. La suite de notre échange porta sur le double accident survenu peut-être au même endroit et peut-être au même moment aussi. Comment se faisait-il qu’un des deux cadavres ait pu échapper à la vue de tout le monde, y compris à celle de Simon ?
Dans ma cuisine, rien n’a bougé depuis mon retour. Le mazagran de ce matin, le pot de confiture décoiffé et son couvercle sur une chaise, la radio qui chantait un air d’autrefois et ma robe de chambre marengo qui trônait par terre. Un spectacle que je fis disparaître en un tournemain. Si ma santé physique déclinait en même temps que l’état de ma mémoire, il fallait que je songe urgemment à consulter un spécialiste. Et un pour mes coudes aussi.
Le mercredi je n’ai que deux heures de cours, en H3 et H4. Après mon réveil, je bondis de chez moi pour descendre les escaliers et retourner aussitôt à mon point de départ, le journal à la main. Une fois mon café servi, je parcourus l’article de Simon qui figurait dans les actualités locales. D’une taille d’un quart de page il n’était accompagné d’aucune photo. Et la une n’y faisait même pas mention. À la fin de son commentaire, le journaliste s’autorisait à relever une audacieuse concomitance à un jour d’intervalle entre les deux accidents. Et puis c’était tout. Sur mon téléphone je lus les dernières infos sur le site. Rien de neuf. Sinon que la police municipale allait bénéficier de l’assistance d’une équipe de Lille « pour faire la lumière sur l’ensemble de l’affaire. » Deux chutes dans le vide, deux coups de folie, deux actions frénétiques. Les deux infirmières avaient forcément été prises à la gorge avant de sauter. Avant d’être aspirées vers une trajectoire identique.
Après mes cours du matin je voulais en avoir le cœur net. Au bureau de la vie scolaire, Patricia m’accueillit de bonne humeur. J’en profitai pour lui demander une petite faveur. Sur son écran, le résultat immédiat fut sans surprise : le lycée n’avait jamais enregistré d’élève au nom de Willmots. En empruntant la porte de derrière pour sortir du lycée, je me dis que la fille du lieutenant pouvait porter le nom de sa mère en toute légalité.
Pour me rendre à mon travail, il y a sur mon itinéraire le parc de la Tour des Dames. Que je traverse deux fois par jour. D’une surface de trois hectares, ce jardin situé au cœur de la ville ressemble à n’importe quel jardin. Sa singularité, c’est l’existence des restes d’une fortification datant du quinzième siècle. Érigée au moyen-âge, cette tour symbolise encore la résistance à l’État français, à une époque où Douai s’affirmait fièrement comme un territoire étranger. Et puis un siècle et demi plus tard, la ville avait cédé. Quand la Reine et son époux Louis XIV franchirent la Porte d’Arras, à quelques centaines de mètres plus loin.
Le plan d’eau dont on avait fini de bétonner les berges sans les consulter faisait ce matin la joie des pêcheurs. J’avais appris qu’un récent arrêté préfectoral leur interdisait d’utiliser plus d’une canne par personne. Si j’y ai laissé peu de souvenirs, ce parc j’aimais bien le traverser. Il m’éloignait toujours de mes pensées. De mes contrariétés. Je regardais les pêcheurs, une carpe qui mordait à l’hameçon, la flore défeuillée en novembre, et puis des chiens en laisse autorisés comme moi à flâner en silence.
J’entame ma quatrième rentrée au Lycée André-Obey, célébrité locale qui présida en 1940 le syndicat clandestin des auteurs et compositeurs artistiques. Ma vie ne me déplaît pas, mon quotidien me va. Bien qu’il ne soit partagé par personne d’autre que moi. Sans conjointe, sans enfant, sans animal domestique. En dehors de mes occupations professionnelles, je fréquente peu de gens avec qui il m’arrive de sortir pour aller au restaurant ou au cinéma. Je meuble ma solitude sans effort, avec un livre, de la musique et je me suis mis à reproduire – le plus souvent pour moi tout seul – des recettes de plats que j’ai apprises sur Internet. Enfin, à raison de deux à trois fois par semaine, je suis réveillé par la sonnerie de mon téléphone pour m’acquitter d’un travail non rétribué pour le compte de la Voix du Nord.
Une semaine s’est écoulée. J’ai passé le week-end à peaufiner mes préparations et à repenser la progression de deux séquences qui méritaient un rafraîchissement nécessaire par rapport à l’année dernière. Je venais de poster un papier pour Simon qu’il m’avait réclamé. Aucun lien avec « l’ensemble de l’affaire ». Si le Journal donnait l’impression que les enquêteurs progressaient dans leurs recherches, les deux accidents mortels restaient toujours aussi mystérieux.
J’avais fini par accepter l’invitation de la galeriste au bout de la rue. En entrant, je reconnus un morceau de Terry Riley extrait d’un CD que j’avais chez moi. La musique répétitive qui sortait des enceintes d’excellente qualité s’adaptait parfaitement au lieu. Et les œuvres – essentiellement des sculptures – étaient mises en valeur grâce aux effets d’un éclairage artificiel sophistiqué. Il s’agissait du vernissage d’un artiste parisien. Il y avait un peu de monde, de tous les âges. Devant moi, un homme imitait pour son fils la position d’un petit être en argile. Une femme prenait en photo une œuvre longiligne conçue à partir d’éléments métalliques. Je m’approchai de la table pour me servir à boire quand mon regard croisa celui de Marie-Jeanne, la galeriste. On se salua en nous faisant la bise pour la première fois. Je lui dis que je venais d’arriver. On bavarda un peu, ensuite elle tint absolument à me présenter au sculpteur qu’elle chercha dans la pièce sur la pointe des pieds.
J’avais fait le tour des compositions quand je sentis mon téléphone vibrer dans la poche de ma veste. C’était Simon.
— Tu reçois du monde ?
— Non, je suis dans ma rue. Un artiste expose ses œuvres dans la galerie.
— Ça vaut le coup ?
— C’est compliqué de séduire les foules quand on fait le choix de la sculpture.
Aussitôt, j’eus la sensation qu’il n’y avait plus personne au bout de la ligne. Et puis une voix familière me corrigea.
— J’ai du neuf Joseph. Je suis fou de te dire ça au téléphone.
— Tu veux passer pour m’en parler ?
Je rentrai dans la galerie. Je ne voulais pas partir décemment sans saluer la propriétaire. Mon attention ne me réclama aucun effort. J’avais été élevé comme ça. De retour chez moi, je remis un peu d’ordre dans le séjour. Quand on sonna à l’interphone. Sur le seuil de ma porte Simon apparut. Méconnaissable, avec des vêtements défraîchis. Ses yeux semblaient meurtris par la fatigue. Il s’affala dans le canapé et accepta la bière que je lui tendis. Il avait pris deux jours de congé, m’apprit-il, il en avait profité pour voir de son côté.
— Tu as revu Willmots ?
— Joseph, ça sert à quoi d’entretenir les amitiés ?
— Le lieutenant est redevenu ton ami ?
— Un journaliste qui se veut honnête n’a pas d’amis dans le milieu. Règle d’or !
Il avait bu. La conversation n’allait pas être constructive. En raison de la mobilité de ses humeurs.
— Dis-moi, professeur, sais-tu exactement ce qu’est une déflexion ?
— Intéressant. Ça touche à l’inconscient je crois.
— Réponse insuffisante, monsieur Cardenne. Vous êtes autorisé à compléter votre réponse.
— Bon alors la déflexion je crois me rappeler que ça se rapporte à une sorte… de distraction de l’esprit de manière inconsciente. C’est ça ?
— J’ignorais tout du mot et de l’existence d’un tel état en terme médical.
— Je peux savoir qui te l’a soufflé en premier ?
— Le psychologue en charge de veiller sur la santé mentale du personnel de la clinique. Débarqué de Dunkerque. Un type sympa. Tu sais que c’est lui qui a été choisi par Libé pour expliquer le coup de folie du type qui a tué quinze personnes dans le Texas la semaine dernière !
— Merci pour l’info. Mais que vient faire la déflexion avec ton appel de tout à l’heure ?
— Le psy a été mis dans la confidence par Willmots. J’étais là. Si la police n’a pas pu apercevoir l’autre corps – à propos la deuxième victime s’appelle Esther – c’est peut-être sous l’effet d’une déflexion possible. L’attention portée sur le corps de Geneviève, la première victime, aurait détourné la concentration générale des flics sur les lieux. Et donc cette nuit-là pas d’Esther dans leur champ de vision !
— Je comprends le raisonnement du psy. Je te rappelle quand même qu’on a eu vent du second corps vingt-quatre heures plus tard. Donc pendant tout ce temps, la déflexion a opéré sur tout le monde par magie de jour comme de nuit ?
— Manifestement le corps d’Esther n’était pas aussi apparent que celui de Geneviève.
— Tu penses que c’est possible ?
— À titre perso ouais Joseph. On m’a montré l’endroit précis où on a retrouvé le deuxième corps. Contre une aile latérale du bâtiment.
— À l’abri de tout le personnel ?
— Le cadavre a été retrouvé dans l’espace qui sépare la pièce occupée par la chaufferie et la fabrique d’incinération des ordures ménagères.
— Que personne n’est allé contrôler la nuit où on a découvert le corps de Geneviève ?
— Willmots ne le sait plus avec certitude. Putain de déflexion non ?
On fuma quelques cigarettes et on finit par se mettre d’accord sur deux choses.
1/ Les deux femmes avaient peut-être chuté le même soir, le légiste attestant leur mort à quelques heures d’intervalle.
2/ Il n’était pas exclu de penser qu’Esther, la deuxième victime, ait pu tomber d’un autre endroit, avant qu’on ne la retrouve là où elle gisait un jour après.
Sur le palier, au moment de nous séparer, me revint une question qui me trottinait dans la tête.
— Tu savais que la fille de Willmots avait été mon élève ?
— Bien sûr, mon ami. Je l’ai même rencontrée plusieurs fois. Ses parents ne vivent plus ensemble.
— Ravi de l’apprendre. Tu te souviens de son nom ?
— À tes ordres professeur ! Isabel. Isabel Wagner.
C’était lors de ma première année au Lycée Obey. Dans la classe, je me souvins d’elle. Isabel devait avoir vingt et un ans maintenant. Je me demandais quel âge pouvait avoir son père à sa naissance : dix-huit, dix-neuf, pas plus. Là-dessus il n’y avait aucun doute.