Chapitre 2

La soirée approchait à grands pas, et l'excitation de Maryse ne cessait de croître. Pourtant, sous son masque d'assurance, une tension sourde l'habitait. Les préparatifs, bien qu'intenses, étaient à ses yeux secondaires comparés au défi réel : capter l'attention de Nathaniel Blackwell.

Dans l'appartement de Marisa, une atmosphère d'agitation inhabituelle régnait. Maryse avait envahi l'espace avec des sacs débordants de robes, de chaussures et d'accessoires, créant un chaos scintillant de tissus et de bijoux sur le modeste canapé.

- Tu es sûre que tout ça est nécessaire ? demanda Marisa, hésitante, en tenant une paire de talons dorés.

- Absolument, répondit Maryse en ajustant son rouge à lèvres devant le miroir de l'entrée. Nathaniel ne se laisse pas impressionner facilement, crois-moi.

Marisa poussa un soupir et regarda sa sœur, légèrement perplexe.

- Pourquoi est-ce si important pour toi ? Tu ne le connais même pas.

Maryse fit volte-face, son sourire parfaitement sculpté.

- Parce que certaines personnes, Marisa, méritent d'avoir tout. Et moi, je suis l'une d'elles. Nathaniel est la clé d'une vie que je mérite.

Marisa haussa les épaules, trop habituée aux discours égocentriques de sa sœur pour s'en formaliser. Pourtant, quelque chose dans le ton de Maryse la mettait mal à l'aise.

- Et moi, qu'est-ce que je fais là-dedans ? Je ne suis pas exactement... faite pour ces soirées, murmura Marisa en croisant les bras.

Maryse la rejoignit en quelques pas, posant les mains sur ses épaules avec un sourire doucereux.

- Tu es parfaite, Marisa. C'est justement pour ça que j'ai besoin de toi. Ta simplicité, ta grâce naturelle... ça complétera tout ce que je veux montrer.

Marisa baissa les yeux, rougissant légèrement sous le compliment inattendu.

- D'accord... mais promets-moi qu'on ne restera pas trop tard.

- Promis, mentit Maryse sans ciller.

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Le manoir où se tenait la soirée semblait tout droit sorti d'un conte de fées. Les immenses fenêtres laissaient échapper des éclats de lumière dorée, tandis qu'un ballet de silhouettes élégantes s'agitait à l'intérieur. Maryse, vêtue d'une robe noire au dos plongeant, avançait avec une assurance presque théâtrale. À ses côtés, Marisa se sentait étrangement décalée dans sa robe bleu ciel simple mais élégante.

- Rappelle-toi, souffla Maryse en entrant, reste naturelle. Tu n'as pas besoin d'impressionner qui que ce soit.

Marisa esquissa un sourire nerveux, se demandant pourquoi elle avait accepté de venir.

La salle était une mer de visages, des hommes en smoking discutant autour de coupes de champagne, des femmes habillées comme des stars de cinéma échangeant des rires cristallins. Maryse balaya la pièce du regard, cherchant celui qu'elle savait être ici. Enfin, elle le repéra près d'un piano, un verre à la main.

- C'est lui, murmura-t-elle à Marisa. Nathaniel Blackwell.

Marisa suivit la direction de son regard et fronça légèrement les sourcils. Nathaniel avait une allure élégante et un sourire discret, mais il semblait aussi étrangement détaché de l'effervescence qui l'entourait.

- Il n'a pas l'air si terrible, plaisanta-t-elle, essayant de détendre l'atmosphère.

- Concentre-toi, répliqua Maryse, agacée. Reste près de moi, et laisse-moi parler.

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Maryse s'avança avec un sourire confiant, un verre de champagne à la main. Elle s'interposa subtilement dans la conversation que Nathaniel avait avec un autre invité, ses yeux brillant d'une fausse curiosité.

- Bonsoir, monsieur Blackwell, dit-elle avec une voix suave.

Nathaniel la regarda, haussant un sourcil. Il semblait mesurer ses mots avant même de répondre.

- Bonsoir. Je crois ne pas vous avoir déjà vue.

- Maryse. Maryse Duval, répondit-elle en tendant une main élégante.

Nathaniel la serra brièvement, son expression restant polie mais distante.

- Enchanté.

Maryse tenta de relancer la conversation, mais chaque tentative semblait glisser sur Nathaniel comme de l'eau sur du verre. Il répondait avec courtoisie, mais son regard cherchait déjà ailleurs. Elle sentit la frustration monter en elle.

C'est à ce moment que Marisa, qui avait tenté de rester en retrait, fut malgré elle entraînée dans la scène. Nathaniel, en voyant son air réservé, se tourna vers elle avec un intérêt soudain.

- Et vous, qui êtes-vous ? demanda-t-il avec une sincérité qui déstabilisa Marisa.

- Oh, je... Je suis Marisa, répondit-elle, légèrement rougissante. La sœur jumelle de Maryse.

- Jumelle ? dit Nathaniel avec un sourire. Fascinant. Alors, dites-moi, Marisa, qu'est-ce qui vous amène ici ?

Maryse serra les dents, essayant de cacher son irritation.

Marisa, mal à l'aise, balbutia :

- Eh bien... Maryse m'a invité. Je n'ai pas vraiment l'habitude de ce genre d'événements.

- Et pourtant, vous semblez parfaitement à l'aise, dit Nathaniel avec un sourire chaleureux.

La conversation entre Nathaniel et Marisa prit une tournure inattendue. Alors que Maryse tentait de ramener l'attention sur elle, Nathaniel semblait fasciné par l'esprit vif et les réponses authentiques de Marisa. Ils parlèrent d'art, de littérature, et même de philosophie, des sujets auxquels Maryse n'avait jamais accordé beaucoup d'importance.

- Vous avez un regard intéressant sur les choses, Marisa, dit Nathaniel en riant légèrement.

Marisa rougit encore plus, tandis que Maryse, à ses côtés, bouillonnait intérieurement. Elle était là pour séduire Nathaniel, pas pour le voir s'enticher de sa sœur.

---

Après une heure de cet échange insupportable, Maryse trouva enfin une excuse pour s'éloigner avec Marisa. Dans un coin isolé du jardin, à l'abri des regards, elle se tourna vers sa sœur avec une expression qu'elle avait du mal à cacher.

- Qu'est-ce que tu fais ? murmura-t-elle sèchement.

- De quoi tu parles ? répondit Marisa, confuse.

- Nathaniel était censé s'intéresser à moi, pas à toi.

Marisa secoua la tête, incrédule.

- Mais je n'ai rien fait ! Il m'a posé des questions, c'est tout.

Maryse serra les poings, ses ongles s'enfonçant légèrement dans ses paumes.

- Écoute-moi bien, Marisa. Ce n'est pas toi qu'il doit remarquer. C'est moi. Alors tu ferais mieux de... de rester discrète.

Marisa, blessée par le ton de sa sœur, baissa les yeux.

- Je ne voulais pas te gêner, Maryse. Je pensais juste... t'aider.

Maryse inspira profondément, tentant de se calmer.

- Très bien. Si tu veux vraiment m'aider, alors fais ce que je te dis.

Marisa hocha lentement la tête, trop naïve pour percevoir la véritable nature de la colère de sa sœur.

---

La soirée continua, mais Maryse, bien qu'extérieurement calme, était en ébullition intérieure. Chaque sourire qu'elle adressait à un invité, chaque éclat de rire qu'elle feignait, cachait une rancune croissante envers sa sœur.

À un moment, alors qu'elle croisait Nathaniel dans la salle, elle remarqua qu'il tenait un livre dans ses mains, un ouvrage de poésie qu'il semblait avoir pris d'une étagère.

- Vous aimez la poésie ? demanda-t-elle avec un sourire.

Nathaniel la regarda, son expression légèrement adoucie.

- Oui, en effet. Vous aussi ?

Maryse hésita une fraction de seconde avant de répondre.

- Bien sûr. C'est une... passion.

Nathaniel hocha la tête, mais avant qu'elle ne puisse poursuivre, il ajouta :

- Votre sœur a mentionné un poète que je ne connaissais pas. Elle semble très érudite.

Maryse sentit un frisson glacé parcourir sa colonne vertébrale. Elle força un sourire.

- Oui, Marisa est... spéciale.

Alors qu'elle s'éloignait, une idée sournoise se forma dans son esprit. Si Nathaniel était attiré par l'intelligence et la subtilité, alors elle pourrait utiliser Marisa comme un appât. Après tout, Marisa n'était qu'une pièce sur l'échiquier de son ambition.

En regagnant le jardin, elle trouva Marisa en train de discuter avec un serveur, un sourire timide sur les lèvres. Maryse s'approcha

, son visage empreint d'une douceur calculée.

- Marisa, viens. J'ai une idée.

Le ton était enjôleur, mais derrière son regard se cachait un plan déjà en marche. Un plan qui transformerait leur relation de manière irréversible.

Chapitre 3

Le soleil du lendemain filtrait à travers les rideaux de l'appartement de Marisa. Elle était encore plongée dans un demi-sommeil, ses pensées embrumées par les événements de la veille. La soirée avait été étrange, presque irréelle, et la tension entre elle et Maryse persistait comme un nuage lourd suspendu au-dessus de leur relation.

Maryse, en revanche, était déjà réveillée depuis longtemps. Installée dans la petite cuisine, une tasse de café noir entre les mains, elle réfléchissait à son prochain coup. La jalousie brûlait en elle, mais derrière cette colère se cachait une détermination glaciale. Nathaniel n'avait pas le droit de lui échapper, et encore moins pour une raison aussi absurde que l'esprit vif et authentique de Marisa. Si elle voulait obtenir ce qu'elle voulait, elle devait agir vite.

Quand Marisa entra finalement dans la pièce, encore vêtue de son pyjama confortable, Maryse releva les yeux avec un sourire presque trop chaleureux.

- Ah, te voilà enfin ! J'ai préparé du café, dit-elle en désignant la cafetière.

Marisa fronça légèrement les sourcils. Ce ton mielleux n'était pas habituel chez Maryse, et cela l'inquiétait.

- Merci, répondit-elle prudemment en se servant une tasse.

Maryse attendit qu'elle s'installe à la table avant de commencer son discours soigneusement préparé.

- Alors, à propos de la soirée d'hier...

Marisa posa sa tasse, un peu sur la défensive.

- Oui ?

- Nathaniel t'a beaucoup parlé, fit remarquer Maryse d'un ton nonchalant.

Marisa rougit légèrement.

- Je suppose, mais ce n'était rien de spécial. Il posait des questions, et je répondais, c'est tout.

Maryse laissa échapper un petit rire.

- Rien de spécial ? Tu plaisantes ? Il était littéralement fasciné par toi !

- Je ne crois pas... murmura Marisa, gênée.

- Écoute, continua Maryse en prenant un air sérieux, c'est évident que ce gars adore les discussions intellectuelles. Il cherche quelqu'un qui peut lui tenir tête sur des sujets comme la philosophie, l'art... toutes ces choses qui t'intéressent.

Marisa haussa un sourcil.

- Et alors ?

Maryse prit une grande inspiration, se préparant à jouer la carte la plus délicate de son stratagème.

- Et alors, j'ai une idée.

Marisa recula légèrement sur sa chaise, méfiante.

- Une idée ?

- Oui, écoute-moi. Tu pourrais... m'aider à me connecter avec lui, dit Maryse, choisissant soigneusement ses mots.

- Comment ça ?

Maryse posa sa tasse, croisant les mains devant elle avec un sérieux calculé.

- Tu sais, il est clair qu'il est attiré par... comment dire... une certaine profondeur intellectuelle. Mais soyons honnêtes, Marisa, il ne cherche pas vraiment à connaître la vraie personne. Ce qu'il veut, c'est une façade, un masque d'intelligence.

Marisa secoua la tête, confuse.

- Je ne comprends pas où tu veux en venir.

Maryse s'approcha légèrement, baissant la voix comme pour partager un secret.

- Ce que je veux dire, c'est que tu pourrais jouer ce rôle pour moi. Juste au début, pour capter son attention. Une fois qu'il est intéressé, je prendrai le relais.

Marisa écarquilla les yeux, abasourdie.

- Attends, tu veux que je... que je fasse semblant d'être toi ?

- Pas exactement, répondit Maryse avec un sourire forcé. Juste... disons que tu pourrais m'aider à initier une connexion avec lui.

Marisa secoua la tête, visiblement mal à l'aise.

- Maryse, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.

- Pourquoi pas ? demanda Maryse, feignant l'innocence.

- Parce que c'est... c'est malhonnête, et puis, je ne me sens pas à l'aise avec ça.

Maryse soupira, mais elle ne lâcha pas prise. Elle changea de tactique, adoptant un ton plus doux et presque suppliant.

- Marisa, s'il te plaît. Tu sais combien c'est important pour moi. Je ne te demande pas grand-chose. Juste une petite conversation ici et là.

Marisa hésita, ses instincts lui criant de refuser, mais elle voyait la détermination dans les yeux de sa sœur.

- Et si ça tourne mal ? demanda-t-elle finalement.

- Ça ne tournera pas mal, je te le promets, dit Maryse avec un sourire rassurant. Fais-moi confiance.

---

Malgré ses doutes, Marisa finit par céder. Les jours qui suivirent furent consacrés à une préparation méticuleuse orchestrée par Maryse. Elle coacha sa sœur sur la manière de parler, les sujets à aborder, et même la gestuelle à adopter.

- Rappelle-toi, Nathaniel aime les femmes qui ont confiance en elles, dit Maryse en faisant les cent pas dans le salon. Tiens-toi droite, regarde-le dans les yeux, et surtout, n'hésite pas à le contredire si c'est nécessaire.

Marisa, assise sur le canapé, se sentait comme un acteur répétant un rôle qu'il ne comprenait pas totalement.

- Je ne suis pas sûre d'être capable de tout ça, murmura-t-elle.

Maryse s'arrêta et la regarda fixement.

- Bien sûr que si. Tu es brillante, Marisa. Tu n'as juste jamais appris à le montrer.

Ces mots, bien que prononcés pour manipuler, touchèrent une corde sensible chez Marisa. Elle sentit une pointe de fierté, mêlée à une profonde appréhension.

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Le moment de vérité arriva lorsque Nathaniel envoya un message à Maryse, ou plutôt, à la « fausse Maryse » qu'il croyait avoir rencontrée. Il proposait un rendez-vous dans un café intime du centre-ville.

- C'est parfait, déclara Maryse en lisant le message.

Marisa, qui se tenait près d'elle, sentit une boule d'angoisse se former dans son estomac.

- Et qu'est-ce que je suis censée faire exactement ?

Maryse posa une main rassurante sur son épaule.

- Juste être toi-même, mais avec un peu plus de... confiance.

Marisa hocha la tête, mais son cœur battait à tout rompre. Elle savait qu'elle s'engageait sur un terrain glissant, et une petite voix au fond d'elle-même lui disait que rien de bon ne sortirait de cette mascarade.

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Le jour du rendez-vous, Marisa s'installa à une table près de la fenêtre, ses mains tremblantes autour de sa tasse de thé. Nathaniel arriva peu après, vêtu d'un manteau sombre qui accentuait son allure élégante.

- Bonjour, dit-il avec un sourire chaleureux en prenant place en face d'elle.

- Bonjour, répondit-elle timidement.

Nathaniel entama la conversation avec une aisance naturelle, posant des questions sur ses lectures récentes, ses opinions sur des sujets variés. Marisa, malgré sa nervosité, se surprit à apprécier l'échange. Il était attentif, curieux, et son intérêt semblait sincère.

Cependant, à chaque compliment qu'il lui adressait, elle ressentait une pointe de culpabilité. Ce n'était pas elle qu'il admirait, mais l'image que Maryse avait créée.

Vers la fin de leur rendez-vous, Nathaniel se pencha légèrement vers elle, un sourire au coin des lèvres.

- Vous êtes vraiment fascinante, Maryse. J'aimerais beaucoup qu'on se revoie, en tête-à-tête.

Ces mots résonnèrent comme un coup de tonnerre dans l'esprit de Marisa. Elle acquiesça mécaniquement, incapable de trouver une réponse appropriée.

---

De retour chez elle, elle retrouva Maryse, impatiente de connaître les détails.

- Alors ? Comment ça s'est passé ? demanda-t-elle avec un éclat dans les yeux.

Marisa, épuisée par le poids de son mensonge, murmura :

- Il veut me revoir.

Maryse éclata de rire, triomphante.

- Parfait. Tout se déroule exactement comme prévu.

Mais au fond, Marisa se demandait combien de temps elle pourrait continuer ce jeu avant que la vérité n'éclate.

Marisa se tenait devant le miroir de la chambre de Maryse, son regard hésitant scrutant la version d'elle-même que sa sœur avait façonnée. Elle portait une robe noire sobre mais élégante, ajustée avec une précision chirurgicale. Ses cheveux, habituellement laissés libres, avaient été soigneusement relevés en un chignon sophistiqué, à l'image de ce que Maryse aurait choisi.

Maryse, assise sur le lit en tailleur, la jaugeait avec un mélange de satisfaction et d'impatience.

- C'est parfait, déclara-t-elle enfin. Tu es exactement comme je l'imaginais.

- Exactement comme *toi*, tu veux dire, corrigea Marisa, sa voix teintée d'ironie.

Maryse haussa les épaules, feignant l'innocence.

- Détail. Ce qui compte, c'est que tu sois crédible. Nathaniel doit voir en toi ce qu'il cherche, rien de plus.

Marisa détourna les yeux, une boule d'angoisse grandissant dans sa poitrine.

- Et si je dis quelque chose qu'il ne croit pas ? Si je fais une erreur ?

Maryse se leva et posa une main ferme sur l'épaule de sa sœur.

- Tu ne feras pas d'erreurs. Tu es intelligente, Marisa. Et si jamais quelque chose dérape, improvise.

Ces mots, bien qu'intentionnellement rassurants, ne firent qu'alourdir la tension que Marisa ressentait.

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La Vierge coquine et le milliardaire

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