Chapitre 2

Le lendemain matin, je suis restée dans ma chambre. J'ai ignoré les appels de Fabrice pour le petit-déjeuner.

Finalement, il est entré sans frapper.

« Nila, on doit parler. Tu ne peux pas continuer à te comporter comme ça. »

Je suis restée assise sur mon lit, un livre à la main, sans le regarder.

« Comme quoi ? Comme la maîtresse de maison qui ne supporte plus qu'on lui marche sur les pieds ? »

« Lyse est la veuve de mon frère. Elle porte son enfant. C'est la seule chose qui nous reste de Daniel. »

C'était son unique argument, répété en boucle.

« Et je suis ta femme. Qu'est-ce que je suis pour toi, Fabrice ? Une alliance commerciale ? Un nom de famille utile sur papier glacé ? »

Il a passé une main lasse sur son visage.

« Ne sois pas ridicule. »

« Alors trouve une autre solution. Un appartement pour elle. Une aide à domicile. De l'argent. Tout ce qu'elle veut. Mais pas ici. Pas entre nous. »

« J'ai déjà dit non. C'est mon devoir. »

« Très bien. Alors notre mariage est terminé. Divorçons. »

Il a ri, un rire méprisant.

« Tu dis ça à chaque fois que tu es contrariée. »

Il s'est approché, a tenté de me prendre dans ses bras. Je l'ai repoussé.

« Ne me touche pas. »

Il a soupiré, sortant son portefeuille. Il a jeté une carte de crédit noire sur le lit.

« Tiens. Va faire du shopping. Achète-toi un sac, des chaussures. Ça te calmera. »

J'ai regardé la carte comme si c'était un insecte répugnant. C'était donc ça, sa solution. La valeur qu'il accordait à mes sentiments.

« Garde ton argent, Fabrice. Il ne peut pas acheter ma dignité. »

Il a haussé les épaules, exaspéré, et est sorti de la chambre. Je l'ai entendu parler doucement à Lyse dans le couloir. Des mots rassurants. Pour elle.

La rage a monté en moi, brûlante. J'ai attrapé le premier objet à ma portée - un vase en cristal - et je l'ai lancé contre la porte fermée. Il a explosé en mille morceaux.

Le silence. Puis des pas précipités. La poignée de la porte s'est abaissée, mais je l'avais verrouillée.

« Nila ! Ouvre cette porte ! » a crié Fabrice.

La voix mielleuse de Lyse s'est ajoutée.

« Nila, s'il te plaît, ne te mets pas en colère. Fabrice et toi, vous ne devriez pas vous disputer à cause de moi... »

Je n'ai pas répondu. J'entendais son petit jeu, sa manière de se poser en victime, en source innocente du conflit.

« Laisse-la, » a dit Fabrice à Lyse. « Elle fait une crise. Ça va lui passer. »

Ça ne passerait pas. C'était la dernière crise. La dernière fois que je tolérais ce mépris. J'avais passé trois ans à essayer de gagner son amour, à fermer les yeux sur sa froideur, à espérer qu'il me voie enfin. C'était fini.

J'ai déverrouillé la porte et je l'ai ouverte brusquement.

Ils étaient là, dans le couloir. Lyse se tenait près de lui, une main sur son bras, le regardant avec une adoration feinte.

« C'est touchant, » ai-je lancé, ma voix pleine de sarcasme. « On dirait un vrai petit couple. Faites attention, les murs ont des oreilles. Et des yeux. »

Lyse a rougi, retirant sa main comme si elle s'était brûlée.

« Nila, tu es méchante. »

« Et toi, tu es quoi, Lyse ? L'ange du foyer ? La pauvre veuve éplorée ? Ou juste une actrice très douée ? »

« Ça suffit ! » a tonné Fabrice, le visage rouge de colère.

« Non, ça ne suffit pas ! » ai-je répliqué, plus forte encore. « Ça suffit de te voir lui masser les pieds ! Ça suffit de la trouver en serviette devant notre salle de bain ! Ça suffit de l'entendre gémir pour attirer ton attention à toute heure du jour et de la nuit ! »

Je me suis approchée d'eux, mon regard allant de l'un à l'autre.

« Dans l'histoire de notre pays, on a des noms pour les femmes qui séduisent le frère de leur mari décédé. Ce ne sont pas des noms très flatteurs. »

Le visage de Fabrice s'est décomposé. Il a levé la main, comme pour me frapper, avant de la retenir à la dernière seconde.

Lyse a éclaté en sanglots, des larmes de crocodile parfaitement maîtrisées.

« C'est de ma faute... Je n'aurais jamais dû venir... Je vais partir... Je vais m'en aller, ne vous inquiétez pas... »

Elle s'est retournée, comme pour aller faire ses valises, sachant pertinemment que Fabrice ne la laisserait jamais faire.

Et bien sûr, il est tombé dans le panneau.

Chapitre 3

Fabrice a attrapé Lyse par le bras, la retenant.

« Tu ne vas nulle part. C'est ta maison. »

Il s'est tourné vers moi, le regard noir.

« Toi, Nila. Si tu n'es pas contente, la porte est grande ouverte. »

C'était la phrase de trop. L'ultime trahison.

« Parfait. »

Je suis retournée dans ma chambre, j'ai claqué la porte et je l'ai verrouillée. J'ai ouvert mon dressing, un espace immense rempli de haute couture que je ne portais presque plus. Pour plaire à Fabrice, j'avais adopté un style plus sobre, plus classique.

Fini.

J'ai choisi une robe courte, noire, scintillante, et des talons aiguilles vertigineux. Maquillage de soirée, cheveux lâchés. J'étais redevenue la Nila Laffitte d'avant, celle qui ne demandait la permission à personne.

J'ai appelé une de mes amies, Chloé.

« Allô ? Nila ? Ça fait un siècle ! Tu sors de ta cage dorée ? »

« Ce soir, on sort. Le Baron, ça existe toujours ? »

« Bien sûr que ça existe ! Mais toi, mariée, rangée... Fabrice te laisse sortir ? »

« Je divorce, Chloé. »

Silence à l'autre bout du fil.

« Tu es sérieuse ? Attends, j'appelle les autres. On se retrouve là-bas dans une heure. »

Je suis sortie de la chambre sans un regard pour le couple qui se tenait encore dans le couloir. J'ai quitté l'appartement, l'air de la nuit parisienne me semblant soudain plus respirable.

Le club était bruyant, la musique assourdissante. Mes amies étaient là, m'entourant, me posant mille questions. J'ai commandé un verre de champagne. Puis un autre. Et un autre.

Et j'ai tout raconté. L'arrivée de Lyse, les manipulations, la cécité de Fabrice.

« Cette fille est une sorcière, » a dit Léa.

« Et Fabrice un idiot, » a ajouté Chloé. « Attends... elle est enceinte de son frère, tu es sûre ? »

Une pensée horrible m'a traversé l'esprit, mais je l'ai chassée.

« Je m'en fiche de qui est le père. Je veux juste qu'il sorte de ma vie. »

J'ai bu, j'ai dansé, tentant d'oublier la douleur. Mon téléphone vibrait dans mon sac. Des dizaines d'appels manqués de Fabrice. Je l'ai ignoré.

Je ne sais plus comment je suis rentrée. Ou plutôt, comment on m'a ramenée.

Je me suis réveillée dans mon lit. Le soleil filtrait à travers les rideaux. Ma tête me faisait un mal de chien. J'ai regardé autour de moi, confuse. J'étais revenue dans l'appartement.

Un message de Chloé sur mon téléphone : "Fabrice est venu te chercher. Il avait l'air... inquiet. Fais attention à toi, ma belle."

Inquiet ? Mon cœur a eu un soubresaut stupide. Une lueur d'espoir absurde.

Je suis sortie de la chambre. Lyse était dans la cuisine, chantonnant. Elle m'a souri.

« Bonjour Nila ! Bien dormi ? Fabrice t'a préparé le petit-déjeuner avant de partir au bureau. Il est sur la table. »

Sur la table de la salle à manger, un plateau. Du jus d'orange frais, des croissants, et un bol de muesli avec des fruits secs et des noix.

Mon cœur s'est serré. Un geste d'attention ? Peut-être avais-je été trop dure ?

Je me suis assise. J'ai regardé le bol de muesli. Avec ses amandes, ses noisettes, ses noix de pécan.

Et la lueur d'espoir s'est éteinte, remplacée par un froid glacial.

« Je suis allergique aux fruits à coque, » ai-je dit à voix haute.

Le silence est tombé dans la pièce. Lyse a arrêté de chantonner.

« Une allergie sévère. Une seule noix peut m'envoyer à l'hôpital. Fabrice le sait. Il l'a toujours su. »

Le silence était assourdissant.

Dans le reflet de la baie vitrée, j'ai vu le sourire triomphant de Lyse. Une fraction de seconde, mais je l'ai vu.

Le visage de Fabrice m'est revenu en mémoire. Pas inquiet. Agacé.

Il ne m'avait pas préparé le petit-déjeuner. Il l'avait préparé pour Lyse, son plat préféré. Et quand je suis rentrée, ivre, il l'avait simplement posé devant ma porte, comme un os jeté à un chien.

J'ai réalisé. Sa préoccupation, ses soins, son attention... rien n'avait jamais été pour moi. Il était redevable à son frère, et Lyse, avec son ventre rond, était le symbole vivant de cette dette.

J'avais cru qu'en l'aimant plus que tout, je pourrais changer sa nature froide. Quelle idiote. J'étais juste un accessoire pratique, la fille Laffitte, dont le nom et la fortune pouvaient consolider l'empire Vaugeois en déclin.

C'était fini. Définitivement.

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La Revanche d'une Femme Libre

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