Chapitre 2
Le regard sombre et menaçant qui se fixait sur Laurena n'avait rien d'amical. Elle comprit alors, le cœur battant que cet homme n'était pas seul, il était flanqué d'un garde du corps, et l'intention qui émanait de ce dernier la glaçait d'effroi.
- Ah ! Je comprends maintenant, d'où vient cet égoïsme de votre part. Vous, les riches, vous vous croyez tout permis avec votre fortune, lança-t-elle, l'air courroucé.
Elle se retourna aussitôt pour reprendre sa route mais il lui saisit brusquement le poignet, l'empêchant de continuer.
- Saviez-vous, à qui vous vous adressez ? demanda-t-il.
- Suis-je censée vous connaître ? Par hasard, seriez-vous Dieu ? Lâchez ma main, immédiatement.
L'homme, stupéfait par l'attitude de Laurena, ôta sa main. On aurait cru qu'auparavant, personne ne lui avait jamais adressé la parole de cette manière, c'est comme s'il était habitué à être adorer. Sans rien ajouter, Laurena reprit son chemin et s'en alla.
- On s'en va. Tu avais raison, ce n'était pas une si bonne idée que je quitte la voiture pour une balade dans le marché.
- À vos ordres monsieur, acquiesça son garde du corps en le suivant.
- Non, mais pour qui se prennent-ils ces fils à papa ? balbutia Laurena entre ses dents. Elle était en feu. Elle ne savait même plus pourquoi elle avait quitté son étalage.
- Que t'arrive-t-il ma chérie ? lui demanda la vendeuse d'à côté.
- Pff ! Non, ce n'est rien, tout va bien, répondit-elle en essayant de se calmer.
- Ah ! On ne dirait pas.
- Eh ben ! Puisque je vous dis que tout va bien alors c'est le cas.
- Oh ! Désolée d'avoir demandé.
Laurena savait parfaitement ce que voulait cette dame, son prochain sujet de commérage. Mais elle n'était pas prête à lui en donner une. Elle se rasseya et fit face à sa marchandise au même moment où, Victor, son petit ami vint.
- Ma chérie, lança-t-il en lui donnant un bisou sur la joue. Comment te portes-tu ? Et la santé de mon futur beau-père ?
- Ça va.
- Ok. Et toi ?
- Ça va aussi. Je suis là.
- Et pourquoi fais-tu cette tête ?
- Quelle tête ? Ça va bien, je te dis.
- D'accord, répondit-il d'une voix peu rassurée.
Un vague silence plana entre eux pendant quelques minutes. Mais Victor connaissait bien Laurena et il savait qu'elle se souciait pour l'état de santé de son père. Le pire, c'est qu'il n'avait pas les moyens de pouvoir aider sa bien-aimée. Bien qu'il soit issu d'une famille mieux aisée, il n'avait nullement la capacité de trouver sept cent milles franc pour l'opération de son futur beau-père.
- Mon amour ? Laurena tourna légèrement la tête pour le fixer. Il lui prit tendrement la main.
- Je sais que tu t'inquiètes beaucoup pour ton père et...
- Victor, mon père n'a plus beaucoup de temps, répondit-elle en larmes. Le seul moyen pour qu'il ait une chance de vivre un peu plus longtemps, c'est qu'il subisse cette opération. Où trouverait-on une telle somme ? Il est la seule famille qu'il nous reste à moi et à ma sœur. Je ne supporterai pas de le perdre maintenant.
- Je sais ma belle. Mais il faut qu'on garde espoir s'il te plaît, et tu dois te nourrir. Je suis sûr que tu n'as encore rien avalé aujourd'hui mais il faut que tu sois forte pour ton père, et pour ta sœur chérie. S'il te plaît, unh. D'un geste tendre, Victor lui caressa la joue, essuyant ses larmes. Son amour souffrait et lui, il ne savait que faire. Il en avait tellement honte.
* * *
- Alors, comment s'est déroulée ta petite balade, Edouardo ?
- Ah. Ne m'en parle même pas. Ce n'était pas la joie.
- Ah bon ? Mais Je pensais que le grand Edouardo SMITH voulait à tout prix faire une balade. Et par-dessus tout, au marché, ce qui n'a jamais été ton truc. Tu aurais dû laisser les cuisinières faire leur travail comme d'habitude.
- Mark, s'il te plaît, tu ne vas quand même pas recommencer. Son meilleur ami lui lança un regard accusateur puis continua :
- Alors, raconte.
- Pff ! Rien de spécial. Je dirai que tout allait bien jusqu'au moment où j'ai croisé cette petite insolente.
- Wow. Eh ben dis donc. Tu as rencontré une fille ? demanda-t-il d'un air enchanté.
- Quoi ? Mark, mais qu'est-ce que tu racontes là ? Celle-là est vraiment loin d'être intéressante. Irrespectueuse et audacieuse qu'elle est, je me demande bien si un homme pourrait la supporter.
- Hum ! Finalement, ce n'était pas si mal ta promenade au marché, lança-t-il d'un ton moqueur. Edouardo lui jeta un regard meurtrier.
- Personne ne m'a jamais parlé ainsi, crois-moi. Je suis habitué à ce que toutes les femmes me tombent aux pieds à première vue. Mais elle, c'est comme si elle ne me connaissait même pas, affirma-t-il, l'air perplexe.
- Quoi ? Tu rigoles. Qui ne connaît pas Edouardo SMITH dans ce pays ? Avec ta célébrité...
- Je ne suis pas censé être connu de tout le monde après tout. Bon bref, j'ai énormément à faire aujourd'hui. D'ailleurs, de quoi voulais-tu me parler ?
- Ah oui ! s'exclama Mark en prenant siège dans le fauteuil juste en face du bureau de son ami.
- Les rumeurs s'amplifient, Edouardo.
- Quelles rumeurs ?
- Comment ça quelles rumeurs ? Le public commence vraiment par se poser des questions sur ta vie. Comment se fait-il qu'un homme de ton âge et doté d'une telle fortune, ne se soit pas encore marié jusqu'à présent ? D'autres racontent même qu'il y aurait peut-être un lien entre ta richesse et ton célibat.
- Eh ben ! qu'ils racontent ce qu'ils veulent.
- Quoi ? C'est vraiment du sérieux là, rouspéta Mark. Tu risques même de perdre des contrats pour ça.
- Parce que je suis célibataire ?
- Eh ben, oui. Avec tout ce qui se raconte sur ta vie, je crains que oui. Tu as besoin d'une femme Edouardo. Tu es jeune et travailleur, n'importe quelle femme tomberait pour toi.
- Eh ben, c'est justement là, le problème. Elles tombent toutes pour moi parce que je suis riche et célèbre. Edouardo par ici, Edouardo par-là, le meilleur ingénieur du pays. Moi, ce que je veux, c'est une femme qui m'aimera véritablement.
- Anna t'aimait.
- Quoi ? Ne me parles pas de cette pétasse, lança-t-il avec amertume.
- Tu sais bien pourquoi elle t'a quitté.
- Parce qu'elle a rencontré quelqu'un de plus riche que moi.
- Parce que tu es trop violent et colérique.
- Moi ? Foutaise, objecta-t-il en ouvrant un document disposé sur le bureau.
- Eh, Edouardo. Elle n'est pas la première à dire cela. Quand tu tombes amoureux, tu deviens insupportable et trop violent. « Toutes les femmes ne peuvent supporter sa sauvagerie au lit », c'est ce qu'elle m'a dit. Elle a finalement eu l'impression d'être devenue ta prisonnière que ce soit au lit ou dans ses actes, et elle en a eu marre.
Edouardo ne dit plus rien, la vérité était irréfutable. Son problème avec les femmes ne se limitait pas uniquement à son égoïsme. Il était également un dominant, baigné de jalousie, dans tous les sens du terme. Même celles intéressées n'arrivaient pas à rester longtemps. Il est tout simplement un homme de nature chaud.
- Tu sais quoi, Mark ? Je n'ai aucune idée de quoi dire ou faire. Tout ce que je sais, c'est que j'ai du boulot alors on en discutera après.
- Ouais c'est ça, tu me chasses, affirma Mark en se levant. Mais tu sais quoi ?
- Quoi ?
- Tu es mon meilleur ami, mon frère, et cela depuis notre tendre enfance. Je te connais parfaitement et je veux juste que tu sois heureux. C'est tout. Penses-y s'il te plaît. Pour ta carrière, il te faut une présence féminine à tes côtés et, le plus vite possible. Bonne journée, dit-il en se dirigeant vers la sortie.
Chapitre 3
Edouardo ne savait plus où mettre la tête. Si cela ne tenait qu'à lui, il pourrait bien passer toute sa vie dans la solitude. Non pas parce qu'il ne veut pas se marier mais parce qu'il doute qu'une femme puisse vraiment l'aimer un jour. L'aimer, lui et non sa fortune.
À cela s'ajoute son caractère chaud et agressif. Quelle femme supporterait ses crises de nerf ? Il n'y en a peut-être pas. Maintenant que sa carrière exigeait une présence féminine, que pourrait-il donc faire ? Aucune femme ne l'intéresse actuellement. D'ailleurs, depuis sa rupture avec Anna, il s'était résolu à ne plus se hasarder sur ce terrain. Mais là, il lui faudrait vraiment y réfléchir comme l'a dit Mark.
La journée s'éteignit vite, et Laurena rentra chez elle aux environs de vingt heures. Mais à sa grande et mauvaise surprise, son père venait d'être urgemment transféré à l'hôpital. Il avait à nouveau eu une crise. Son état empirait de jour en jour et ses filles en souffraient. Il était la seule famille qui leur restait. Laurena passa la nuit à l'hôpital au chevet de son père. Heureusement qu'elle avait Victor, son amoureux, qui s'efforçait de l'aider et demeurait à ses côtés en toutes circonstances.
- Je vais à la chapelle pour prier, lança laurena en se levant.
- D'accord ma chérie. Je reste ici jusqu'à ton retour, répondit Victor qui était assis à côté d'elle dans la salle d'attente.
- Ok. Merci. Laurena se dirigea vers la petite chapelle du centre médical. Elle y entra et prit siège. Les larmes commencèrent à ruisseler sur ses joues pendant qu'elle glisse une main dans la poche de son habit pour en sortir une photo. C'était celle de sa mère, la seule qu'elle avait en sa possession d'ailleurs. ‹‹ Maman, tu me manques tellement. J'ai tant besoin de toi. Dis-moi quelque chose. Montre-moi un signe. N'importe quoi qui pourrait m'aider à sauver papa. Je sais que ce n'est pas encore le moment pour lui de s'en aller. Je ne supporterais pas de le perdre à pareil moment. Il y a tellement de choses dans ma tête, comme les études de Paula. Comment pourrais-je assurer ses frais d'université ? Notre situation va de mal en pis. Je ne sais plus quoi faire. Je suis désespérée. Oh mon Dieu, aide-moi s'il te plaît. »
Laurena passa presque la moitié de la nuit à pleurer les larmes de son corps dans cette chapelle, jusqu'à ce que le sommeil décide enfin de s'emparer d'elle.
******
- La famille GARBA ?
Sursautant, Laurena se leva de son siège et se précipita vers le médecin, avec derrière elle, Victor, son amoureux.
- Oui docteur, je suis la fille aînée. Est-ce que mon père va bien ?
- Suivez-moi mademoiselle.
Le cœur de Laurena fit un bond, comme si elle allait recevoir une mauvaise nouvelle, et c'est tout ce qu'elle craignait. Le médecin les fit entrer dans son bureau, un espace lumineux et propre, avec un bureau en bois, des étagères remplies de livres médicaux, et des diplômes encadrés, accrochés aux murs. Au centre de la pièce se trouve une table d'examen, entourée de divers instruments médicaux bien organisés.
- Que se passe-t-il docteur ? questionna Laurena en prenant place sur une chaise. Dites-moi qu'il va s'en sortir. Le médecin émit un long soupir puis entama.
- La maladie de votre père s'accélère, mais il est encore à un stade où l'on peut l'opérer pour lui donner une chance de vivre plus longtemps. Cependant, il faudra le faire assez vite si on veut espérer quelque chose pour lui. Le visage de Laurena s'obscurcit et des larmes lui coulèrent sur la joue. Son père survivrait s'il se faisait opérer. Mais il y avait toujours un fait dont elle avait conscience et que le médecin ne tarda pas à souligner.
- Comme je vous l'avais dit la dernière fois, il vous faudra sept cent mille francs pour assurer l'opération en entier.
Sept cent milles franc. Cette maudite somme résonnait dans les tympans de Laurena. Où pourrait-elle en trouver ? Elle en était juste incapable, impossible pour elle de trouver cet argent. Et quelle réponse pourrait-elle donner au médecin ? Elle avait perdu sa langue et se contenta de garder le silence pendant un instant avant de bredouiller :
- Combien de temps avons-nous au maximum pour rassembler la somme et être à l'heure pour l'opération ?
- Un mois au plus, mademoiselle GARBA.
- Un mois. D'a... D'accord, balbutia-t-elle. Alors laissez-nous un peu de temps.
- Évidemment. J'espère que vous êtes au courant qu'il faudra également assurer les frais d'hospitalité durant le séjour de votre père ici.
Un coup de plus.
- Ou...oui, bien sûr, bredouilla-t-elle.
- Bien. Je suis sûr que tout ira bien pour votre père. Ne vous inquiétez pas.
- Merci, murmura-t-elle A peine s'était-elle redressée que le monde autour d'elle se mit à tourner. Un vertige la saisit, menaçant de la faire chuter. Elle vacilla, mais par chance, Victor se trouvait là pour la rattraper, évitant de justesse sa défaillance.
- Mademoiselle GARBA, vous allez bien ? Asseyez-vous, je vais demander à ce qu'on vous amène un peu d'eau, lança le docteur.
- Euh non. Non, ça va, j'ai juste besoin d'air, dit-elle en s'éclipsant du bureau.
- Ma chérie, cria Victor en essayant de la rattraper.
- Non, Victor, objecta-t-elle en le calant d'une main pour l'empêcher de la suivre. Ne dis rien s'il te plaît. J'ai..., j'ai besoin de prendre un peu d'air. Excuse-moi, ajouta-t-elle en s'éloignant.
Elle vit au passage, sa sœur, tête baissée dans la salle d'attente, qui attendait certainement et impatiemment son retour. Mais que pouvait-elle lui dire ? Que son père allait sûrement mourir parce qu'ils n'ont pas les moyens d'assurer son opération ? Elle n'avait pas le courage de dire une chose pareille à sa sœur. Elle fit donc attention à ne pas se faire remarquer et sortit de l'hosto. Il y avait une plage non loin de leur maison, la plage Erevan. Laurena adorait la mer et elle ressentait en ce moment, l'immense désir de se confier à elle. Laurena trainait ses pas sur le sable fin qui lui brûlait doucereusement la plante des pieds, sous la chaleur tendre du soleil en cette matinée-là. Elle tenait dans sa main la photographie où figurait sa mère et elle. Juste en bas étaient notés leurs noms respectifs: Juliette GARBA et Laurena GARBA. Elle contemplait le sourire de sa mère sur la photographie, tout en trimballant ses pas sur le sable, tout près de l'océan. Soudainement quelqu'un lui heurta l'épaule, ce qui fit tomber la photo par terre. Elle poussa un petit cri de douleur en se dirigeant vers le sol dans l'intention de reprendre la photo. Elle ne porta nullement d'importance à l'individu qui venait de la bousculer. Tandis que ce dernier se dirigeait également vers le sol pour lui prendre la photo, leurs têtes se heurtèrent.
- Aie, laissa-t-elle échapper. Cette fois ci, elle souleva la tête pour regarder la personne mais se figea un moment, l'air perplexe.
- Vous ? lâcha-t-elle.
Elle se souvenait du visage. C'était le même visage qu'au marché. Ce même personnage qui était accompagné de gardes du corps. Mais cette fois-ci, il était seul. Enfin, pour l'instant. Elle remarqua qu'il avait les yeux sur elle tout en jetant un coup d'œil à la photo qui finalement s'était retrouvée dans ses mains. Laurena la lui arracha des mains.
- Donnez-moi ça. Apparemment, vous avez l'habitude de ne pas regarder où vous mettez vos pieds
- Je suis désolé, bredouilla-t-il. Il avait les yeux rivés sur elle, ce dont elle avait conscience. Mais pourquoi la regardait-il ainsi ? Elle se souvint que son visage était rempli de larmes. C'est donc la raison pour laquelle il la dévisageait autant. Elle ne pipa mot puis reprit sa direction initiale, mais le jeune homme la retint par les bras.
- Attendez ! Pourquoi pleurez-vous ? Laurena jeta une fois encore son regard vers la photo, dans sa main.
- Est-ce votre mère ? interrogea-t-il. Elle leva les yeux vers lui et hocha la tête.
- Que lui est-il arrivé ? C'est pour ça que vous pleurez ?
- Non... Elle...
Elle se tut. Qu'est-ce qu'il me veut, lui, ce fils de riche orgueilleux ? Un vague souvenir de leur première rencontre désagréable lui passa sous les yeux. Son visage se rembrunit aussitôt !
- Qu'est-ce que cela peut bien vous faire ? Allez-vous-en.
- Je suis Edouardo SMITH, je voudrais.
- Je n'en ai rien à foutre, ok ? Allez-vous-en.
- Mais, je n'ai aucune intention mauvaise. Je veux juste vous aider.
- Personne ne peut m'aider, hurla-t-elle. Et certainement pas vous. Allez-vous-en, Partez, partez, cria-t-elle en pleurs en se jetant sur le sable. Laissez-moi seule. Allez-vous-en.
Après quelques secondes d'hésitation, Edouardo rebroussa chemin sans dire un mot de plus.