Chapitre 2
Ça me fait toujours un pincement au cœur à chaque fois que je vais sur sa tombe. J’ai passé toute ma vie au côté de cet homme, je l’ai connu jeune et après lui je n’en ai plus jamais connu aucun. Simon était toute ma vie. Je l’idolâtrais et jusqu'à aujourd'hui je continue à le faire. Je pense à ma fille Sacha le merveilleux cadeau qu’il m’a laissé avant de partir aussi atrocement, elle me rappelle tellement son père.
Elle est drôle, intelligente et tellement forte, elle a toutes les qualités qu’avait son père avant de nous quitter. Mon mari est mort de la manière la plus digne qui soit pour un loup-garou. Il a donné sa vie pour son alpha. Le père de Calvin. À cette époque, la bataille faisait rage entre notre meute et une autre meute adversaire pour agrandir chacun notre territoire. Ils voulaient s’approprier de la manière la plus abjecte possible nos terres et nous les défendions de toute notre force. Ce soir-là, ils avaient réussi à pénétrer au sein de notre campement sans que personne ne s’en aperçoive.
Ils ont commencé à tuer tous ceux qui étaient présents là. Femmes et enfants, quand nous nous sommes rendus compte de ça, le mal avait déjà été fait. De nombreuses personnes étaient déjà mortes, il fallait sauver le reste. Alors les hommes se sont mis en position de combat. Le combat a été rude, et quand nous pensions enfin avoir gagné. L’alpha de la meute adverse s’est jeté sur notre alpha, le père de Calvin avec l’intention de le tuer, mais Simon s’est interposé et c’est lui qui a reçu le coup mortel. Ça a été un coup dur pour nous tous, surtout pour moi. Nous venions juste d’avoir notre petite fille. Je me suis retrouvée veuve et avec un enfant sur les bras, me demandant quoi faire, par où j’allais bien pouvoir commencer.
J’ai pleuré pendant des mois durant, désespérée, me demandant comment j’allais bien pouvoir faire pour vivre sans lui, pour élever cet enfant toute seule. Je lui en ai voulu aussi, pourquoi s'être interposé ? Cette histoire ne le concernait pas, s’il ne l’avait pas fait, il serait encore parmi nous aujourd’hui. J’ai songé à m'ôter la vie, de nombreuses fois parce que je n’avais jamais envisagé la possibilité que mon mari puisse un jour me quitter et surtout aussi atrocement. Mais à chaque fois que j’étais au fond du gouffre, à chaque fois que je sombrais petit à petit, j’ai toujours pu compter sur eux.
Calvin et Michael, ils ont toujours été là pour moi. Nous avons réussi à tisser une relation de confiance et d’amitié. Ils ont pris une place importante dans ma vie. J’ai toujours pu compter sur eux depuis le décès de Simon, il était leur meilleur ami, et de plus il est mort en protégeant le père de Calvin. Alors Calvin a toujours pris ça comme une dette qu’il doit payer. Je lui ai toujours clairement fait savoir que c’était le choix de Simon. Il a choisi de se sacrifier pour ce en quoi il croyait, c’était sa décision. Aujourd’hui Sacha a beaucoup grandi, elle me demande de temps à autre de lui parler de son père. Et je m’efforce de le faire car oui son père était un héro, je lui décris la façon héroïque avec laquelle il a sauvé notre meute et elle en est très fière. Elle lui ressemble de plus en plus et je suis certaine que comme lui, elle accomplira de grandes choses.
Je repense à tous les événements qui se sont déroulés depuis, et ce que Simon aurait pensé de tout ça. Nous avons eu à faire face à de nombreux problèmes. L’arrivée Pénélope au sein de notre meute a absolument tout changé pour nous tous. D’abord Calvin a dû se battre contre tous pour les faire accepter elle et ses magnifiques bébés, ensuite les enfants ont été kidnappés, dans le but de les transformer en monstre. Le père de Calvin est mort, durant l’assaut final, il s’est sacrifié pour aider à sauver ses petits-enfants, la seule chose de bien qu’il ait fait dans la vie de son fils d’ailleurs. Calvin a réussi à surmonter les effets de l’aconyte tue loup, y’a pas à dire sa force s’est vu décuplée depuis sa rencontre avec Pénélope, ses yeux d’alpha sont devenus rouges vifs, il est plus sensible aux bruits et sa force. Déjà qu’en étant alpha il était fort, mais là, c’est devenu autre chose, aucun alpha n’a d'égale sa force. Pendant tout le combat Michael est resté paralysé, à cause des effets de l’aconyte tue loup, on lui avait fait ingurgiter une bonne quantité, qui aurait pu lui être fatale s’il n’avait pas été aussi robuste. Sacha a été kidnappée, nous avons même été sauvés par une sorcière et pour finir le départ de Michael. Ce à quoi personne ne s’attendait, il est parti sans que je ne m’explique pourquoi et surtout il est parti sans me donner une seule explication ou m’avoir dit au revoir. C’est cela qui m’a le plus blessé. Lorsqu’il est parti, j’étais encore chez moi. Je me suis inquiétée pour lui, lorsque j’ai appris son départ, me demandant comment il allait faire là dehors sans sa meute, puis j’ai ressenti de la colère. J’essayais de récupérer de mes blessures car bien que la sorcière ait lancé un sortilège pour nous guérir, il fallait que notre corps se régénère par lui-même. Quand j’ai eu suffisamment de force pour me déplacer, j’ai appris que Mich était parti et que personne ne savait lorsqu’il reviendra. Ça été un choc pour moi, je ne m’y attendais vraiment pas. J’ai perçu cela comme une trahison, ça m’a énormément blessé. Je croyais que nous entretenions des rapports assez spéciaux, mais s’il a pu partir sans me dire au revoir, ça veut dire que je me suis trompée. Je n’étais pas aussi spéciale que je le pensais, il me côtoyait sans vraiment de bonne raison et ça m’a beaucoup blessé, un peu trop même d’ailleurs. J’ai décidé de continuer à vivre s’il a décidé de partir sans dire au revoir, alors il ne mérite pas du tout que l’on s’inquiète pour lui. J’essuie les larmes qui coulent de mes yeux.
Pourquoi est-ce que je pleure au juste ?
Ça fait presque dix ans maintenant, ça ne devrait plus me faire autant de mal. Je ne sais pas non plus si je pleure pour Mich ou pour Simon. Tout ce que je sais c’est que j’ai un énorme vide là dans mon cœur. Tout à coup, je sens une présence derrière moi, quelqu’un dont l’odeur me semble familière, mais il s’y dégage quelque chose de tellement bestial que je prends peur.
Je sors délicatement la petite dague que je cache toujours dans mes bas. Je me retourne d’un coup et je la lance en direction de l’inconnu. Il l’a rattrape au vol et se blesse au passage, lorsqu’il baisse sa main, je regarde l’homme en face de moi comme un fantôme. J’ai du mal à le reconnaître, Michael est devant moi et me fixe le regard incrédule. Il me regarde sans rien dire et moi je l’observe en silence. Il a beaucoup changé, il a laissé pousser ses cheveux et d’ailleurs il les a attachés en une queue de cheval, son corps aussi a changé, il est devenu beaucoup plus musclé, comme si pendant toute cette année il avait fait des séances de sport intensives. Il se dégage de lui quelque chose d’animal, une sensation bestiale que je n’ai jamais connu avant, ça me donne des frissons, quelque chose naît en moi. Je lève enfin les yeux sur lui, il me sourit, sourire que je ne lui rends absolument pas. Cette sensation que je croyais enfouie depuis longtemps se réveille.
- Cora, murmure t’il en s’avançant vers moi.
Une fois devant moi, il me tend mon couteau que je saisis, je décide de ne pas lui parler et de rentrer. Lorsque je passe devant lui, il me retient par la main.
- Cora pourquoi…
- Je fais exactement la même chose que toi, je pars sans dire au revoir.
- Mais…
- Mais quoi ? Dis-je en reprenant ma main. Toi tu peux et les autres non c’est ça ?
Je n’ai pas attendu qu’il me réponde, j’ai tourné le dos et je suis rentrée. Je lui en voulais beaucoup trop, mais une part de moi était soulagée qu’il soit rentré sain et sauf.
Chapitre 3
J’observe Cora en silence, elle est encore plus belle que dans mon souvenir. Simon était fou amoureux d’elle, ils étaient fous amoureux l’un de l’autre. D’ailleurs depuis son décès elle ne s’est jamais remise avec personne, elle ne vit que pour sa fille Sacha. J’ai toujours ressenti un profond respect pour elle, une admiration profonde, elle a su gérer sa fille, faire face à tous ces problèmes sans avoir besoin de l’aide de qui que ce soit.
Je me suis toujours demandé pourquoi elle n’avait pas refait sa vie, je suis sûr que même Simon l’aurait voulu. D’ailleurs lui aussi, je l’ai trahi, je lui ai fais la promesse de protéger sa femme et sa fille mais je suis parti. La longue robe blanche qu’elle porte remonte lorsqu’elle se courbe pour arranger les fleurs, je peux ainsi apercevoir ses cuisses, cela suscite en moi, une émotion jamais ressenti auparavant. Elle observe la tombe sans rien dire. Elle semble réfléchir.
Puis soudainement, elle se tourne et me lance un couteau que j’attrape au vol. Sinon il m’aurait crevé un œil. Cora me regarde comme si elle ne m’avait jamais vu, une lueur étrange s ‘allume dans son regard. Ok dirait qu’elle a du mal à me reconnaître. Je m’avance vers elle en souriant.
- Cora murmurais je en lui tendant son couteau, que j’ai préalablement essuyé sur mon t-shirt.
Elle le récupère et passe devant moi comme si elle ne m’avait pas entendu l’appeler. Je lui saisis le bras au passage, sentir sa main si douce et frêle contre la mienne, est comme la caresse d’une plume. Je la regarde dans les yeux.
- Cora pourquoi tu…
- Je fais exactement la même chose que toi, je pars sans dire au revoir, me coupe-t-elle.
- Mais…
- Mais quoi ? Toi tu peux et les autres pas c’est ça ?
Elle arrache sa main de la mienne et marche en direction de la montagne. Je la regarde partir sans rien dire. Je l’ai peut-être mérité, elle m’en veut d’être parti c’est évident. De ne pas lui avoir dit au revoir.
Comment aurais-je pu ?
La relation que j’entretenais avec elle était beaucoup trop spéciale, je n’ai pas eu la force de lui dire au revoir, je n’aurais pas pu. Ça aurait été trop dur pour moi, Cora a toujours été plus qu’une amie. Je m’en veux parce que je sais qu’à cause de moi quelque chose s’est brisé entre nous. Je la laisse partir et je me promets intérieurement que j’arriverais à regagner sa confiance, tout comme je parviendrais à regagner celle de Calvin. Je repars sur la tombe d’Annie lui dire au revoir puis je regagne la meute.
À cette heure, ils doivent tous être occupés à l’atelier, sauf peut-être quelques femmes qui sont restées dans le campement. Je regagne ma cabane. J’ouvre avec ma clé et je constate qu’ils n’ont pas changé la serrure. J’entre et absolument rien n’a changé. Ma maison est exactement comme je l’avais laissé et en plus de cela elle est propre. Quelqu’un est passé faire le ménage comme s’il savait que je rentrerais. Je remercie silencieusement cette personne. Je monte dans ma chambre pour me changer, je prends une douche, je me change et j’arrange mes affaires et je vais ensuite dans la cuisine. J’ouvre le frigo qui est plein à craquer et j’en sors des œufs, je meurs de faim.
Je commence donc à me faire une omelette. Soudain j’entends des petits bruits derrière moi. Je me retourne et je vois la plus adorable bouille qu’il m'ait été donné de voir de toute ma vie. Il a les cheveux châtains de sa mère, les yeux de son père et son sourire aussi. Quand tu le vois tu ne peux pas te tromper sur l’identité du père. Il marche vers moi avec difficultés, j’avance vers lui et je le prends dans mes bras.
- Salut petit bout d’homme.
Il me répond avec des babillages bruyants et en gesticulant les bras dans tous les sens.
- Au moins, un qui soit content de me voir. Dis-moi Adrian, que fais-tu ici tout seul ?
Il me sourit, creusant ainsi ses magnifiques fossettes. Je lui dépose un baiser dans le cou et je m’imprègne de son odeur de bébé. Tous les souvenirs remontent à la surface nous avons failli le perdre, parce que je n’étais pas assez fort, parce que je n’étais pas à la hauteur. Je le regarde, cet enfant est magnifique, mais il porte en lui une part de noirceur qui fait peur à tout le monde. Comment parviendrons-nous à le sauver de lui-même, comment éradiquer cette part d’ombre avant qu’il ne devienne lui-même aussi un monstre ?
Cette responsabilité a été confiée à sa sœur jumelle. Qui elle a reçu le don de lumière, elle est celle qui a la lourde responsabilité de sauver son frère. Leur destin sont liés. Une chose est certaine, s’il y’a bien quelqu’un dans ce monde qui ferait absolument tout pour son enfant c’est bien Calvin et je suis sûre que Pénélope et lui trouveront une solution. Je porte le petit et je l’amène à la cuisine avec moi.
- Tu sais quoi ? On va faire une omelette entre homme ça te dit ?
Il se saisit d’un œuf sur le plan de travail et le jette par terre.
- Eh bien faut croire que oui. Mais on va éviter de les jeter sinon après il faudra tout nettoyer. Je casse les œufs que je mets dans une assiette, j’ajoute ensuite l’assaisonnement, puis je mets le tout sur la cuisinière.
- Tu dois avoir quel âge désormais ? Un an et demi. Demandais-je en lui ébouriffant les cheveux.
Je prends une bouteille de lait dans le frigo, je m'en sers un et je lui passe le second. Il le boit d’un trait et en renverse beaucoup sur son t-shirt.
- Eh bien dis donc ! On peut dire que tu adores le lait toi. Tu sais qui tu me rappelles ? Ton papa était aussi glouton que toi quand nous étions petits, il était aussi fourbe que toi. J’espère que tu n’es pas aussi fourbe que lui. Tu sais qu’ils doivent sûrement être entrain de te chercher là dehors ?
Le bambin me regarde comme s’il écoutait attentivement ce que j’étais entrain de lui dire.
- Tu sais, je me rappelle ce jour où nous étions allés jouer assez loin dans la forêt, nos mères nous ont cherché partout, elles étaient tellement inquiètes. Et quand nous sommes revenus, elles nous ont sévèrement punies. Nous ne parvenions même plus à nous asseoir. Et puis y’a eu ce jour où nous sommes entrés dans la chambre de ton grand-père et nous nous sommes Littéralement enduis de mousse à raser sur tout le visage et aussi nous avons fait un désordre pas possible dans la salle de bain.
- Papa était vert, il nous a même interdit pendant un certain temps de nous fréquenter. Termine Calvin.
Je me tourne vers la porte pour regarder, je vois Calvin qui se tient là adossé au chambranle de la porte. Il nous fixe avec un sourire désarçonnant.
- Cal… Murmurais je.
- Mich…
Je ne sais pas trop comment réagir, je me suis passé ce moment en boucle dans la tête un nombre incalculable de fois, mais maintenant que je suis là, je ne sais pas comment réagir.
Je prends Adrian dans mes bras et je m’avance vers Calvin.
- Tu dois sûrement être venu pour lui.
Calvin prend son fils dans mes bras et me regarde.
- Depuis quand es-tu là ?
- Je viens juste d’arriver.
- Alors Cora avait raison.
- Comment ça ?
- Elle continuait à venir prendre soin de la maison car elle gardait la ferme conviction que tu rentrerais.
- Et toi ? Demandais-je, avec une lueur d’espoir.
- Moi dit-il dans un soupir, je n’en étais pas persuadé mais je gardais l’infime espoir que tu reviendrais. Et si on arrêtait ? Demande t’il en posant Adrian par terre. Mec tu m’as manqué. Tu n’as pas idée à quel point ça été dur sans toi.
Je regarde Calvin, je suis tellement soulagé ! J’avais peur qu’il ne veuille plus jamais me voir et peut-être même qu’il me bannisse de la meute.
- Je me suis ressassé ce moment un nombre incalculable de fois. Et crois moi que je ne t’en aurai pas voulu si tu n’avais plus jamais souhaité me revoir.
- Mec…
- Non laisse moi terminer. Le coupais je, je suis une grosse merde. Je n’ai pas été là pour toi au moment où tu avais le plus de moi. J’ai vu ce salopard s’en prendre à ton fils sans que je ne puisse agir, et tu sais pourquoi parce que je suis un faible. Parce que je ne sers absolument à rien. alors pardonne-moi pour ça.
- Mich, je t’en ai jamais voulu pour ça, ce n’était pas de ta faute. Je sais que tu te dis sûrement que si tu avais été plus fort ça aurait pu changer quelque chose mais non, nous n’y aurons rien pu. C’est à moi de m’excuser. Tu venais juste de perdre ta petite amie et je t’ai embarqué dans une histoire qui était la mienne, sans chercher à savoir si tu allais mieux ou pas. Et de ça je m’excuse vraiment. J’aurais dû être là pour toi. Tu avais perdu Annie et j’étais plongé dans mes propres problèmes.
Je m’avance vers Calvin et je le prends dans mes bras. Il me rend mon étreinte, la joie que je ressens à ce moment-là est indescriptible, j’ai comme l’impression d’être enfoncé retour chez moi.