Chapitre 6
Béatrice
Évidemment, un message ne suffit pas à Bernard qui tient à m'appeler. « Tu en es certaine ? Tu en as parlé avec Jer ? Il va être furax si tu pars sans rien dire. Tu sais, j'aime bien rester en vie. »
« Il n'a pas son mot à dire, Bernard. Je ne veux plus être ici et j'ai besoin d'un endroit où aller. Si tu ne m'aides pas, j'appellerai quelqu'un d'autre. » Je m'énerve tandis qu'il continue à tergiverser.
« J'arrive, mais fais-moi une faveur et parle-lui. Tu comptes beaucoup pour lui. »
« Ouais, ouais, d'accord. À tout de suite. »
« Je suis sérieux, parle-lui. »
« Sinon quoi, Bernard ? » Me revoilà énervée. Génial. J'ajoute les sautes d'humeur à la liste des nouvelles émotions.
« Je t'y forcerai. » Il grogne et je raccroche, trop agacée pour continuer cette conversation.
Je descends mes deux sacs et les pose près de l'entrée en serrant les dents. Je dois dire quelque chose à Tata Barbara, sinon elle va retourner toute la meute pour me retrouver. En y réfléchissant, je ne l'ai pas vue quand nous sommes arrivés pour rencontrer Rayna aujourd'hui. Bizarre. Elle aurait sûrement rendu les présentations beaucoup plus simples.
Je suis les bruits jusqu'au salon. Je ne pense même pas à signaler ma présence avant d'entrer.
Un gémissement, un grognement, puis « BON SANG ! » Un cri perçant de femme me vrille les tympans.
« Mince ! Pardon, je ne voulais pas déranger. » Je me cache les yeux. « Je cherchais juste Tata Barbara avant de partir. » Je commence à reculer aussi vite que possible.
« Béa, attends ! Reviens ! » J'entends un grand froissement de tissus et je m'éloigne encore plus vite.
« Pas question ! Continuez, je la trouverai toute seule, désolée pour l'interruption. » Je file dans le couloir en direction de la porte, retenant mes larmes. Il lui a fallu moins d'une heure pour m'oublier complètement. Le mot « important » ne s'applique plus du tout aux sentiments de Jer à mon égard.
« Béa, arrête. » Il est tellement rapide et se trouve maintenant devant moi, me bloquant le passage. Je ferme les yeux. Je ne veux pas que sa compagne essaie de me tabasser pour l'avoir vu nu. « Où vas-tu ? Pourquoi as-tu fait tes bagages ? Et pourquoi cherches-tu Maman ? » Maintenant il s'inquiète ? Je lève mentalement les yeux au ciel.
« Je voulais lui dire que je partais. Tu es habillé ? Je tiens à garder mes yeux dans leurs orbites, au lieu d'être arrachés. » Je serre les paupières plus fort, ignorant ses autres questions.
« Oui. » Il rit. « Maintenant, regarde-moi et dis-moi où tu vas. Que se passe-t-il ? »
« Je te l'ai dit, je dors mal. Je vais aller chez Bernard pour ne plus être un problème. »
« De quoi parles-tu ? Je t'ai laissé mon t-shirt, ça marche d'habitude quand je suis absent. Et depuis quand es-tu un problème ? »
« Vraiment ? Tu es si borné ? Le t-shirt ne fonctionne plus. » Je mens. « Et c'est devenu un problème quand tu as trouvé ta compagne, à qui tu as visiblement oublié de parler de moi, vu l'accueil que j'ai reçu quand tu l'as ramenée. Elle ne me veut pas ici et tu ne vas pas choisir. »
« Je suis ici, tu sais. Ne parle pas de moi comme si je n'étais pas dans la pièce. » La voix de sa compagne se rapproche derrière moi. Je ferme les yeux et prends une profonde inspiration.
Ne t'énerve pas, ne t'énerve pas, ne t'énerve pas. Je dois me le répéter. Ce n'est pas sa faute, elle est autant victime que moi et elle a autant, sinon plus, le droit d'être en colère que moi.
« Je ne comprends toujours pas le problème ? » Jérémiah nous regarde tour à tour.
C'est à mon tour de grogner, même sans louve. Jer écarquille les yeux et recule d'un pas, avec les mains levées en signe de reddition. Au moins, il est assez malin pour comprendre que nous sommes toutes les deux furieuses, même s'il ne saisit pas pourquoi.
« Pourquoi les mecs sont-ils si bêtes ?! » Je ne crie pas, mais ma colère devient de plus en plus difficile à contrôler. Je pousse un autre soupir et décide d'en finir. Je me retourne. « Rayna, je suis Béatrice, la meilleure amie de Jérémiah, sa meilleure amie féminine. Je vis ici dans la maison de meute. » Je fais un geste autour de moi. « Je suis ici depuis trois ans. Ma mère était la meilleure amie de sa mère et je suis ici parce que mes parents sont morts il y a trois ans. J'ai encore des cauchemars de ce jour-là et Jérémiah dort habituellement dans ma chambre... »
Je n'ai pas le temps d'en dire plus quand elle se jette sur moi en grognant et en agrippant mes cheveux. Elle est forte, mais je ne sais pas si elle s'entraîne beaucoup, car ses mouvements sont maladroits. Nous tombons toutes les deux et j'encaisse le choc de notre poids, avant de nous faire basculer pour essayer de prendre l'avantage. Je ne veux pas la blesser, mais je ne veux pas non plus être blessée. Elle griffe tout ce qu'elle peut et ses jambes donnent des coups désordonnés sous moi. Elle grogne et rugit, mais a du mal à articuler des mots.
« Peste ! Tu ne peux pas l'avoir ! » Elle hurle en me griffant le visage avec ses ongles, me distrayant assez pour inverser nos positions et se retrouver sur moi. Je sens le sang couler sur mon visage.
Elle pense que je ne suis qu'une fille au hasard essayant de lui voler son homme. Malgré tout le temps qu'il a passé avec elle depuis qu'elle a appris mon existence, il n'a jamais expliqué qui j'étais. Quel crétin. Je comprends maintenant sa frustration, je trouverais ça louche aussi, et je lutte pour la rassurer tout en essayant d'éviter qu'elle me blesse. Je ne peux sortir que quelques syllabes hachées entre deux esquives.
« Je ne le veux pas, espèce de folle. Il est comme mon frère. » Je grogne quand elle me donne un bon coup dans l'estomac. « Mais tu le saurais, si vous passiez autant de temps à parler qu'à baiser ! Maintenant arrête d'essayer de m'arracher les yeux ! » Ça la fait suffisamment hésiter pour que je puisse donner un coup de hanches et la retourner sur le dos.
Je tiens ses poignets et les plaque au-dessus de sa tête. Elle se débat encore, alors que je suis à califourchon sur son torse, penchée presque nez à nez. Nous sommes toutes les deux essoufflées, mais elle arrête progressivement de se battre. Peut-être qu'elle réalise que je n'essaie pas de lui faire mal ou que mes mots font leur chemin. Peu importe, ça marche.
« Arrête d'essayer de me tuer. Il est comme mon frère. » Je répète, haletante, maintenant que j'ai un peu son attention. « Il aurait dû te parler de moi et pour être honnête, un avertissement à ton sujet aurait été sympa. Mais parfois ces garçons ne sont pas très futés. » Je lève les yeux au ciel et regarde enfin vers lui qui nous fixe, et je remarque que nous avons tout un public.
« Par la Déesse ! C'est tellement excitant ! Comment as-tu eu autant de chance ? » Théo tape dans le dos de Jérémiah en se mordant la lèvre. Quel pervers.
« Donc vous quatre, bande d'idiots, vous êtes restés là à nous regarder nous battre ? Vous n'étiez pas inquiets que votre meilleure amie ou votre future Luna se blessent ? On devrait vous tabasser au lieu de nous battre. »
Bernard et Jérôme lèvent les yeux au ciel, puis Bernard s'approche.
« Vous vous êtes défoulées ? » Il me tend la main.
« Peut-être. » Je hausse un sourcil en la regardant, relâchant lentement ses bras et me redressant, toujours à califourchon sur sa taille, attendant qu'elle tente un coup bas. Rien ne vient, alors je prends la main tendue. Jérôme aide Rayna à se relever.
Je rajuste mes vêtements et passe mes doigts dans mes cheveux, évitant le regard de tout le monde.
« Je suis prête, Bernard, allons-y. » Ils doivent parler et décider si elle peut gérer ça. Je ne veux pas partir, mais un Alpha a besoin de sa Luna. Dans ce cas, elle est plus importante. Mon amitié avec Jérémiah est entièrement entre ses mains. Si elle refuse, alors c'est fini, pour l'instant, du moins.
Je me dirige vers la porte d'entrée. Je serre les mâchoires et je ne pleurerai plus. J'ai dit ce que j'avais à dire et je ne peux qu'espérer qu'elle croie mes paroles. C'est à Jérémiah d'expliquer et d'arranger les choses, s'il veut me garder dans sa vie. Il doit lui faire comprendre ce que nous sommes, lui et moi, et elle doit croire que ce n'est pas romantique.
Copyright © 2024 by Miss L Writes and Ember Mantel Productions
« Attends, ne pars pas. » Sa voix est douce mais assurée. Je ne sais pas si je peux supporter ça. Je secoue la tête et continue d'avancer. « S'il te plaît, on devrait parler. »
Je fixe toujours la porte. « J'ai vraiment besoin d'essayer de dormir, ce n'était pas une excuse. Ne rends pas ça plus difficile. S'il te plaît. Je dois partir. » Ma supplication est à peine audible pour moi-même, mais je sais qu'ils peuvent m'entendre. J'ai de plus en plus de mal à respirer.
« Mais tu vis ici... » Elle chuchote juste derrière moi. Je sais que les gars peuvent nous entendre quand même.
Je garde les yeux rivés sur la porte. Chaque respiration est contrôlée, inspiration puis expiration. « Oui... pour l'instant... et bientôt tu y vivras aussi. De toute façon, il faut que j'apprenne à gérer mes cauchemars et mes problèmes toute seule, mais ça a été un sacré choc. » Je me penche pour prendre mes sacs, avec mes mains encore douloureuses de mon entraînement improvisé plus tôt. Elle m'arrête, avec sa main sur la mienne. La première larme tombe. Je secoue la tête et mon cœur se brise.
« Allons ranger ça et apprenons à nous connaître. On dirait qu'on va passer beaucoup de temps ensemble. » Elle tire doucement sur la sangle de mon sac de sport. Ce n'était pas brutal ni autoritaire, mais quelque chose en moi craque, et je n'ai plus l'énergie de la combattre.
Revoilà mes larmes. Stupides émotions ! Elle prend mon sac et pose sa main délicate sur mon bras, me faisant pivoter. Je hisse mon sac à dos sur mon épaule, avec les yeux baissés, me concentrant juste sur un pas après l'autre. Nous montons toutes les deux l'escalier vers ma chambre. Rayna est juste derrière moi, sans un regard en arrière vers les garçons.
« Béa... » souffle Jérémiah. Je secoue juste la tête et continue d'avancer.
« Je crois que tes nanas viennent de te laisser en plan, mon frère. J'espère que tu as fini ce que tu avais commencé là-dedans, sinon tu vas dormir avec tristesse. » Théo, qui est toujours aussi rigolo. Mais les autres gars rient aussi.
Nous arrivons dans ma chambre et je pose mon sac près de mon bureau, avant de prendre une profonde inspiration et de me retourner.
Je m'avance pour reprendre mon sac de sport et le pose à côté de mon sac d'école.
« Tu allais vraiment partir ? Sans te battre du tout ? » Elle semble stupéfaite.
« C'est mon frère, pas mon petit ami. » Je commence à en avoir marre de le répéter. « Il n'y a jamais eu de sentiments amoureux entre nous. Je suis peut-être humaine, mais je le connais depuis toujours et nous sommes très proches. Je comprends comment fonctionnent les compagnons et leur importance. C'est un Alpha et un Alpha a besoin de sa Luna. Rien n'est plus important que ça pour l'avenir de la meute. Je ne vais pas me mettre en travers par égoïsme. Alors oui, j'allais partir, parce que tu ne veux pas que je sois près de lui. Tu ne me veux pas ici. »
Je me frotte le visage et je vais m'asseoir sur mon lit en tapotant la place à côté de moi.
« Je ne me suis jamais jetée sur mon frère comme ça. J'ai plutôt tendance à lui lancer des objets. » Cela a pour effet de briser la tension, tandis que je laisse échapper un rire étranglé.
« Mais tu as quel écart d'âge avec ton frère ? »
« Six ans. Il a 26 ans, j'en ai 20. »
Je hoche la tête. « Jer et moi avons le même âge, littéralement. Nous sommes nés le même jour dans le même hôpital. Tu vois à quel point nos mères étaient proches. Ma mère était en visite et elles sont toutes les deux entrées en travail en même temps. Nous sommes plus comme des jumeaux, élevés pratiquement comme tels. »
Elle acquiesce. « Ça explique certaines choses alors. Pas pourquoi il dort dans ta chambre, mais on abordera ça plus tard. Et les autres gars ? »
« Quoi, les autres gars ? » J'essaie de contrôler ma respiration, maintenant qu'elle ne grogne plus après moi. J'ai aussi mal à la tête à force de pleurer.
« Allez, il n'y a aucun moyen que tu les aies tous laissés tranquilles ! Tant de beaux mecs et pas encore de compagne. Et ils sont tous si protecteurs envers toi. Tu es proche d'eux tous, ça se voit. »
« De quoi tu parles, 'pas encore de compagne' ? Je suis humaine, tu connais les probabilités que je sois liée à quelqu'un ? Je ne peux même pas être intégrée à la meute, parce que les anciens pensent que ça me tuerait. Je suis sûre qu'être marquée serait tout aussi dangereux. » Je choisis d'ignorer son autre remarque. Je ne la connais pas assez bien.
« Je n'ai jamais entendu parler de ça. On n'a pas d'humains dans notre meute en ce moment, donc je ne sais pas comment ça marche. »
« Aucune idée, mais Tata Barbara ne veut même pas en entendre parler. Donc je suis une humaine dans une meute de loups-garous, sans véritable lien avec la meute, vivant avec la famille de l'Alpha, mais sans lien de sang. » Je dis sombrement.
« Donc... je te crois quand tu dis n'avoir jamais eu d'intérêt romantique pour Jérémiah. Ça se lit sur ton visage. » Elle glousse, comme une vraie petite fille. « Mais tu as évité mon autre question, ce qui signifie que tu as fait un tour d'essai avec les autres gars. » Elle me fait un clin d'œil et je regarde la porte, certaine que quelqu'un écoute probablement.
« Tour d'essai est un peu fort. » J'essaie d'esquiver.
« Oh allez ! J'ai besoin de connaître ces gars et j'en apprendrai par moi-même avec le temps, mais je veux savoir quelle équipe la Déesse a mise autour de mon Alpha. La façon dont ils traitent une femme peut en dire long sur qui ils sont. » Elle glousse à nouveau.
« Mon Alpha. » Son cerveau a déjà fait le changement.
« Ils sont tous géniaux, mais je suis peut-être partiale. » Je hausse les épaules en souriant.
« Alors lequel fréquentes-tu en ce moment ? J'ai l'impression que chacun apporterait quelque chose de différent. Qui a été le premier ? »
Chapitre 7
Béatrice
Mes yeux s'écarquillent. « Le premier quoi ? » J'essaie d'esquiver, consciente qu'ils en parlent sûrement entre eux, mais ce n'est pas le genre de chose qu'on aborde ouvertement.
« Ah ! J'en étais sûre ! Qui t'a donné ton premier baiser ? »
« Pardon ? »
« Arrête de faire l'innocente. Toute femme célibataire avec un peu de bon sens n'aurait pas laissé passer une telle occasion. Tu es ravissante, et ils l'ont forcément remarqué. Alors. Qui. T'a. Embrassée. En. Premier ? »
« Jérôme. » Je cache mon visage. Je ne sais même pas pourquoi ça me gêne de lui avouer. C'était agréable, il a été si doux, et tout le monde était présent ce soir-là. « Mais c'était juste une fois, pendant un jeu de la bouteille. On n'en parle jamais vraiment. »
« Et Théo ? Il ne me semble pas du genre à se contenter d'un simple baiser. Mais je ne pense pas que vous ayez couché ensemble. » Je secoue la tête et son sourire s'élargit comme celui d'un chat. « Parfait ! Jusqu'où êtes-vous allés ? »
« Tu lis dans les pensées ou quoi ? » Je reste assise pendant qu'elle me fixe avec insistance. Ça doit être son sang d'Alpha et elle a l'habitude d'obtenir ce qu'elle veut. Je finis par céder. « Assez loin. Écoute, les garçons et moi ne parlons jamais de ces choses-là. Je ne sais pas ce qu'ils ont pu dire à Jer, et je ne voudrais pas que ça devienne bizarre s'il l'apprend. Ou qu'il se bagarre avec eux, il est super protecteur, si tu n'as pas remarqué. »
Je la fixe à mon tour, mais elle se contente de hausser un sourcil, patiente. Cette patience m'exaspère. « D'accord. C'était pendant un jeu de 'Sept minutes au paradis' et ça ne signifiait rien... » Je baisse les yeux sur mes genoux, triturant mes doigts.
« Oh, mais si ! Regarde ta tête ! Combien de fois t'a-t-il fait jouir ? Il a l'air du genre généreux. C'étaient tes premiers ? »
« Franchement, c'est bizarre comme conversation. » Je me frotte le visage. Elle me pousse en jouant et je manque de tomber du lit.
« Combien de fois ? » Son sourire est contagieux. Je comprends pourquoi Jérémiah est tombé amoureux d'elle, même sans le lien de compagnons.
« Deux fois... »
« En sept minutes ? Comment a-t-il fait ? »
« Juste avec ses mains. » Je hausse les épaules, abandonnant toute résistance. Elle va de toute façon insister jusqu'à ce que je cède, et puis c'est agréable d'avoir une fille à qui parler. « C'étaient aussi mes premiers avec quelqu'un d'autre que moi-même. Et oui, j'ai couché avec Bernard. Je ne voulais pas donner ma première fois à n'importe qui et je voulais comprendre comment ça marchait. Il a été très doux et patient. Ce n'est pas un petit gabarit. Encore une fois, je ne sais pas si Jer est au courant. Il l'est probablement, mais ce n'est pas un sujet dont je parle. »
« C'est trop excitant ! » Elle se frotte les mains.
« Pas autant que ce que j'ai surpris en bas tout à l'heure. Il a oublié qu'il y avait d'autres personnes ici, ou c'est un truc de lien de compagnon qui vous donne envie de vous coucher n'importe où ? »
Je plaisantais à moitié, mais c'est à son tour de rougir.
« Peut-être un peu des deux. Je ne savais pas que tu vivais ici et ses parents sont encore à la réunion. Ils ne rentrent que demain matin, alors je ne voyais pas le mal. Et puis c'est difficile de garder mes mains pour moi quand il est près de moi, tu l'as bien vu. Tu lui parles vraiment tous les jours ? » Elle rougit, mais il y a une trace d'incrédulité dans sa voix.
Copyright © 2024 by Miss L Writes and Ember Mantel Productions
« Oui, depuis aussi longtemps que je me souvienne. On se donnait toujours des nouvelles avant l'école et avant de dormir, enfin, avant. Maintenant on est dans la même école et je m'entraîne avec eux, donc je vois presque tous les gars quotidiennement. »
« Toc toc ! C'est sans danger ? J'aimerais pouvoir épargner des risques, Béa. » Ma porte s'entrouvre et mon meilleur ami attend sur le seuil que je lui donne le feu vert.
« On va bien, Jer. On devait juste combler quelques lacunes que tu as laissées, parce que tu as laissé ton entrejambe prendre les commandes. » Il laisse échapper un rire et entre avec deux tasses qu'il pose sur la table de chevet, avant de grimper sur mon lit derrière Rayna. « J'ai apporté du thé, ça pourrait aider. On a une journée chargée demain et on devrait tous dormir. »
Lui non plus, il ne peut pas s'empêcher de la toucher et c'est adorable de le voir l'envelopper dans ses bras. Ses cheveux sombres encadrent son visage en forme de cœur, contrastant avec les cheveux blonds de Jer. Elle se blottit contre lui.
« Quoi demain ? » Je demande, perplexe, en attrapant ma tasse. C'est un mélange que la guérisseuse m'a préparé quand je lui ai dit que mes cauchemars persistaient et que rien d'autre ne fonctionnait.
« On va dans ma meute pour que Jérémiah rencontre mon frère. C'est l'Alpha, mais il gérait une urgence, alors mon père et moi sommes venus à la réunion à sa place. »
« Je suis content que vous l'ayez fait. » Il enfouit son nez dans son cou et j'entends son loup ronronner.
« D'accord, pas de galipettes dans ma chambre. Vous avez la vôtre pour ces activités. Jer. » Je lui tape la jambe. « Merci pour le thé, ça devrait aller. Les gars sont déjà partis ? Je n'ai même pas pensé à leur dire au revoir. » J'essaie de les faire partir. Même si c'est mignon, j'ai entendu dire que les nouveaux compagnons passent très vite des caresses aux autres activités intenses, et ce n'est pas quelque chose que je veux voir, peu importe à quel point mon meilleur ami et sa compagne sont séduisants.
« Non, ils sont tous dans la salle média. On s'est dit que ce serait plus simple, si on partait tous d'ici demain matin. »
« Pourquoi vous devez tous y aller ? » J'apprends encore toutes les subtilités de la politique des meutes, mais l'idée qu'ils partent tous me serre le cœur.
« On y va tous, toi incluse. Quand un Alpha voyage plus de quelques jours, son équipe l'accompagne généralement, tant qu'il reste quelqu'un pour diriger la meute. Bêta Daniel est encore ici et mes parents rentrent demain. »
« Quel rapport avec moi ? »
« Je suis sûr que Rayna apprécierait d'avoir une autre femme avec elle. Voyager uniquement avec des hommes ne doit pas être amusant. Et puis tu fais partie de mes guerriers et tu es ma meilleure amie, j'aimerais que tu sois là quand je rencontrerai le frère de Rayna. »
« C'est ta façon de dire que tu as peur de mon frère ?! » rit Rayna.
« Euh, oui, Luna ! » grogne-t-il à son oreille. « Pas d'insolence de ta part. Elle sert toujours de tampon quand il y a trop de testostérone dans l'air. Béatrice a déjà assisté à plusieurs rencontres avec moi. Elle est douée pour la conversation et elle se souvient de tout. C'est très pratique. Sans compter qu'elle est magnifique et attire rapidement l'attention. Et ton frère possède le plus grand territoire et c'est l'un des Alphas les plus redoutables, sans parler du fait que je vais lui prendre sa sœur. J'ai besoin de toute l'aide possible. »
J'ignore le commentaire sur la distraction et demande : « Attends, de quelle meute viens-tu ? »
« La Meute de Lune Sombre. » Mes sourcils se lèvent. Même moi, j'en ai entendu parler. Je ne me souviens pas du nom de l'Alpha, mais il est impitoyable d'après ce que j'ai entendu. Il absorbe les meutes faibles et élimine les Alphas comme je vais à l'école et soumets des devoirs. « Détends-toi, il n'est pas si effrayant. »
« Peut-être pour toi, il t'aime. Pour le reste du monde, il est intimidant. Si la situation était inversée et que quelqu'un venait m'annoncer qu'il était le compagnon de Béatrice et qu'elle faisait ses valises pour partir aujourd'hui, je voudrais probablement lui casser la figure. Lien de compagnon ou pas. »
Je ris avec Rayna, puis m'arrête pour le dévisager. Une pensée me traverse l'esprit : « C'est pour ça que personne ici n'essaie de sortir avec moi ? Parce que tu as menacé de leur casser la figure ? »
« Euh... non... pas exactement. »
« Mais presque ? »
« Nous avons peut-être laissé entendre que tu savais te débrouiller et que nous nous occuperions des restes. »
« Bon à savoir qu'il y a un 'nous' à engueuler. » Je regarde Rayna. « C'est loin le trajet jusqu'à ta meute ? Je dois m'assurer d'avoir assez de sujets pour leur crier dessus pendant tout le voyage. » Elle glousse à nouveau et Jérémiah pâlit, sachant que je ne plaisante pas. Il ne se calme que lorsqu'elle tourne la tête pour l'embrasser sur la joue. « Allez, partez, vous me donnez la nausée. On se voit demain matin. »
Ils se lèvent tous les deux pour partir et arrivent à la porte quand Jer se retourne : « Tu as besoin d'un t-shirt ? Je peux t'en chercher un. »
« J'ai encore celui que tu m'as donné il y a quelques jours, ça devrait aller. Il faut bien que je commence à me sevrer. » Et nous revoilà dans une situation délicate. Même avec un peu de contexte, je ne sais pas comment Rayna va réagir au fait qu'il me donne des vêtements imprégnés de son odeur.
« Fais-moi signe si tu as besoin de moi, d'accord ? » Je hoche simplement la tête. Pas question que je l'appelle avec sa compagne ici.
Je m'endors plus vite que ces trois dernières nuits. Mais je ne sais pas si c'est parce qu'il est de retour dans la maison de meute, ou parce que je suis tellement épuisée que je n'ai pas le choix.
C'est là que la bonne nuit s'arrête. Des pneus qui crissent me vrillent les oreilles, l'odeur âcre du caoutchouc brûlé me pique le nez, du sang partout, des cris tout autour de moi... Cette fois, ce ne sont pas mes parents avec moi, mais Jérémiah, Bernard, Théo et Jérôme. Je crie pour eux, mais personne ne répond. Ils me regardent tous, avec les yeux grands ouverts sans me voir. Puis je hurle. Je les ai perdus. Ils ne devraient même pas être ici. Ils n'étaient pas censés être dans la voiture. Pourquoi étaient-ils ici ?
« Béatrice !! Réveille-toi ! Béa !! Allez, ma belle, reviens ! BÉATRICE !! »
Mes yeux s'ouvrent brusquement et je cligne lentement des paupières pour faire le point. J'ai l'impression de bouger dans du sable mouillé, tout mon corps est mou et je n'arrive pas à contrôler mes muscles.
« Béatrice, on est ici, tu es en sécurité maintenant, arrête de lutter. » Un calme m'envahit quand je reconnais l'odeur familière de bois de santal. Jérémiah. Je respire profondément à nouveau. Cette fois, une douce note florale se mêle au bois de santal, approfondissant la sensation de calme, jusqu'à ce que je réalise que ce n'est pas familier... Qui d'autre est avec moi ? Personne ne doit me voir comme ça. C'est déjà assez que Bernard y ait été exposé. Une partie de mon cerveau reste logique, mais tout devient flou et lent.
« Mmm, d'accord ! » Je balbutie. « Ça va aller. Va dormir. »
« Pourquoi elle a l'air ivre cette fois ? Elle n'a jamais été comme ça avant. » Bernard, je crois.
« Juste fatiguée, Bernard. Retourne dormir. » Je ne peux pas bouger mon corps, mais je sens que je m'effondre en arrière. Je crois que des bras essaient de me retenir.
« Béatrice, réveille-toi pour nous, s'il te plaît. Juste quelques minutes, après, tu pourras dormir. » C'est encore cette voix douce. Quelqu'un me brosse les cheveux du visage. L'odeur florale est vraiment agréable. Les mains sont douces, comme celles de ma mère.
« Douces mains. » Je marmonne. Je sens mon cerveau fonctionner, mais tout est décousu et confus.
J'essaie de cligner des yeux et je crois sentir quelque chose bouger. Il y a une pression autour de mes bras, mais ça ne fait pas mal. Je respire encore une fois. Ça semble être la seule chose que je contrôle. Je sens une pression sur mes mains et mes yeux s'ouvrent enfin.
Chapitre 8
Ryker
Ces réunions interminables me tapent sur les nerfs, mais je ne peux pas le dire à haute voix, vu que c'est moi qui en ai eu l'idée. Je ne m'attendais pas à ce que ces anciens Alphas et Bêtas soient aussi râleurs. À chaque fois, c'est pire. Pas étonnant qu'ils aient perdu le contrôle de leurs meutes.
Je suis censé me préparer pour la cérémonie des nouveaux Alphas. Je ne porte pas envie aux trois jeunots qui arrivent. Certains vieux prétentieux aiment faire étalage de leur autorité et tentent d'intimider ces petits jeunes, pour les dissuader de bouleverser l'ordre établi, mais c'est justement le but de désigner un nouvel Alpha : du sang neuf, des idées neuves. On s'améliore en tirant les leçons du passé, échecs comme réussites. Par contre, il y en a qui feraient mieux de prendre leur retraite et de ne même pas siéger au Conseil des Anciens.
Ça fait quelques années qu'on n'a pas eu de nouveaux Alphas. Je ne suis pas le plus récent, mais presque. Je suis une exception à la règle. Mon père a été blessé lors d'une grande guerre et malgré sa lignée d'Alpha et ses pouvoirs de guérison, il ne s'en est jamais vraiment remis. Il m'a donc nommé Alpha à seize ans. Dire que ça fait déjà dix ans que je suis aux commandes. Je comprends ce que ressentent ces jeunes et je préfère être là comme tampon. On me considère comme un dur à cuire et j'en suis fier, surtout face à ces prétentieux qui ont fait leur temps. Certains Alphas me craignent, ou plus précisément ma réputation, ce qui me sert bien. Je préfère me taire et laisser mes actes parler, et certains de ces jeunes ont besoin d'aide pour se forger un caractère.
« Alpha Ryker ? Pourriez-vous nous venir en aide ? » L'homme devant moi me tire de mes pensées.
Alpha Edward dirige une petite meute sans héritier. Sa Luna est morte en couches et il n'a jamais pris de compagne choisie ni trouvé sa seconde chance. C'était inévitable. Lui et moi négocions depuis un moment le sort de sa meute, mais certains de ses membres menacent de le défier pour prendre sa place d'Alpha. Ses guerriers m'ont rapporté des rumeurs similaires venant des meutes voisines. Il s'affaiblit et devient plus vulnérable. Il a tenu aussi longtemps que possible, mais il ne peut plus risquer la sécurité de sa meute.
D'habitude, je ne m'en mêlerais pas et laisserais les choses se tasser avant de prendre le contrôle, mais les meutes voisines ne sont pas du genre à régler leurs comptes proprement. Elles risquent plutôt d'en profiter pour faire un carnage sans distinction, que les victimes soient coupables ou non. Les femmes et les enfants risquent d'être blessés ou pire dans l'affrontement. Et ça ne s'arrêtera pas là, le conflit va s'étendre aux meutes autour d'Alpha Edward.
C'est là que j'interviens. Si Alpha Edward me cède sa meute de son plein gré, il y aura peu, voire pas de sang versé. Il y a toujours un téméraire qui se croit digne de diriger et qui ose me défier. Rarement un des chefs de rang. Ils sont généralement favorables au transfert, puisqu'on en discute pendant des mois avant que ça se concrétise. Ils s'assurent que leur meute soit bien traitée et je garantis que leurs futurs dirigeants auront une place dans mes rangs. Ça n'aurait aucun sens d'écarter un futur Bêta, simplement parce que la meute fusionne avec une autre et que le poste est déjà pourvu. Ces membres gradés conservent leur titre tant qu'ils respectent la hiérarchie. J'ai dû faire quelques exemples pour montrer ce qui arrive quand ils ne se plient pas aux règles.
« Bien sûr, Alpha Edward. Quand dois-je me rendre dans votre meute ? Je croyais que ceux qui s'opposaient à la fusion étaient sous contrôle. »
Copyright © 2024 by Miss L Writes and Ember Mantel Productions
« Je pense qu'ils attendaient juste que je sois trop faible pour les arrêter ou repousser leur défi. J'ai reçu des rapports d'agressions aujourd'hui après mon départ. Mon Bêta et mon Gamma ont tous les deux de jeunes membres de famille. Je ne veux voir personne blessé et je crains qu'ils s'en prennent à tous ceux qui me sont fidèles, ou à vous. Je pense qu'il faut procéder au transfert immédiatement, j'ai un très mauvais pressentiment. »
« Ne vous inquiétez pas. Mes guerriers sont déjà dans votre meute et ils veilleront à la sécurité de vos membres jusqu'à mon arrivée. Je pense que vous devriez rester près de moi, par précaution. Nous partirons demain matin et nous serons dans votre meute en début d'après-midi. Demandez à votre Bêta d'organiser la cérémonie et nous effectuerons le transfert dès que possible. »
« Merci, Alpha Ryker. » Il paraît si las. Je pense qu'il a tenu bon jusqu'à ce qu'il puisse assurer la sécurité de sa meute.
Je suis surpris qu'il ait survécu si longtemps après la mort de sa compagne. Beaucoup n'y arrivent pas. La douleur de perdre son âme sœur serait la pire torture imaginable. Nombreux sont ceux qui meurent de chagrin ou sombrent dans la folie, nous obligeant à les éliminer pour la sécurité de tous. J'en ai supprimé plus d'un pour cette seule raison.
C'est l'une des raisons pour lesquelles les Alphas sont si protecteurs envers leurs Lunas, et pourquoi je suis parfois soulagé de ne pas encore avoir trouvé la mienne. Mon loup grogne toujours dans ma tête quand cette pensée me traverse l'esprit. Un Alpha est au sommet de sa puissance avec sa Luna prédestinée à ses côtés, et mettrait le monde à feu et à sang pour elle. Quiconque parviendrait à la capturer ou la blesser aurait un certain contrôle sur cet Alpha. Il n'y a rien que nous ne ferions pas pour la sauver, y compris sacrifier n'importe qui ou n'importe quoi. J'ai arraché les bras d'un homme qui avait eu l'audace de toucher ma petite sœur après qu'elle avait dit « non ». Je ferais probablement pire à quelqu'un qui ne ferait que regarder ma compagne. La simple idée d'une telle possession m'oppresse et me terrifie. Je ne veux pas que quelqu'un ait ce genre d'emprise sur moi.
J'ai parlé avec chaque ancien Alpha ou Bêta présent. Certaines de mes acquisitions ont été sanglantes et tous les dirigeants n'ont pas été épargnés. Avec autant de membres dans la meute, je compte sur la continuité d'un leadership approprié pour maintenir l'ordre. C'est pourquoi j'organise ces réunions mensuelles avec tous les territoires. Je peux m'assurer que les besoins sont satisfaits et évaluer si les dirigeants font vraiment leur travail. Je reçois la plupart de mes informations des guerriers que j'ai infiltrés dans chaque territoire. J'aime faire sentir ma présence et mon autorité régulièrement, au cas où. C'est idiot, mais nécessaire. On fait tourner le lieu de réunion entre les différents territoires de mes terres, juste pour montrer que je les traite tous de la même façon. Une vraie compétition.
« Il est temps, Alpha Ryker. Certains d'entre nous ont des affaires urgentes à traiter et vous perdez votre temps avec de vieux Alphas dépassés, qui ne méritent pas votre attention. »
« Bonjour, Claude. Quelle urgence cette fois ? » Il se hérisse visiblement face à mon refus d'utiliser son titre. Il n'en a plus depuis que je le lui ai pris.
L'ancien Alpha Claude Craig est le plus gros casse-pieds auquel j'ai jamais eu affaire. Et il insiste toujours pour qu'on utilise un titre qu'il n'a plus le droit de porter. Je ne l'utilise jamais, mes hommes non plus. Il y a beaucoup d'« Alphas » dans cette salle, il n'est ni unique ni le seul à s'accrocher à son passé, alors je laisse passer son attitude, préférant mener d'autres batailles. Il a essayé de me défier très tôt dans mon règne comme Alpha de la Meute de Lune Sombre, pensant qu'il serait facile de s'emparer de l'importante meute de mon père, simplement parce que j'étais jeune.
Il m'a sous-estimé, moi et mes capacités. Il a aussi sous-estimé le fait que ma façon de diriger une meute plairait à celle que je lui ai prise. Beaucoup m'ont accordé leur loyauté de leur plein gré. Malheureusement, j'étais jeune et naïf et je pensais qu'après l'avoir battu, il se soumettrait. En théorie, il l'a fait, mais il a négocié pour garder un peu de contrôle et il a assez de sbires pour poser problème. Il est plutôt inoffensif, mais je ne le prends pas pour acquis. J'ai aussi quelqu'un dans ses rangs. On m'a déjà informé des fadaises qu'il allait me servir. Il n'est pas assez bête pour me défier ouvertement à nouveau, mais il joue constamment avec les limites et je dois régulièrement lui rappeler qui commande vraiment.
Je n'écoute pas un mot de ce qu'il dit, pendant qu'il nous conduit vers une table avec une grande carte. Je n'en ai pas besoin. Je ne vais pas accepter d'étendre les frontières de son territoire. Il semble penser qu'avoir plus de terres rendra « ses membres de meute », mes membres de meute, plus à l'aise. Ce qu'il veut vraiment, c'est étendre ses pouvoirs et commencer à prendre le contrôle des territoires avant moi. Ce qu'il ne semble pas savoir, c'est que ses frontières sont complètement entourées de tous côtés par des territoires que je contrôle, avec des gens qui me sont loyaux. Ce n'est pas un hasard, et il est idiot s'il ne le sait pas.
« Je pense qu'une école et un centre d'entraînement fonctionneraient mieux dans cette zone. » Il pointe un endroit sur la carte qui est à des kilomètres en dehors de ses frontières. Il veut que je lui donne plus de terres à contrôler et que je paie la construction pour qu'il puisse en tirer profit. Il doit encore me prendre pour un gamin naïf de seize ans. Il a déjà abusé de chaque trace de leadership que je lui ai accordée.
« Je vais en parler à Dorian pour voir ce qu'il pense de partager une école et un centre d'entraînement, puisque ce terrain est bien en dehors de tes frontières. Je déplacerais un peu la position et proposerais à Nathan et à Rory de participer, puisque ce sera proche des zones résidentielles pour eux aussi. Nous aurons également besoin d'un petit centre de soins là-bas pour qu'aucun des apprentis n'ait à aller loin en cas d'urgence. »
Il reste là à me fixer, bouche bée. Avec quatre chefs contrôlant ces installations, il faudra de la coopération et aucun de ces trois-là ne se laissera influencer par ses conneries. Il aurait dû réfléchir avant de me dire ça.
« Si tu veux bien m'excuser, j'ai une autre réunion à laquelle je dois assister. Assure-toi de faire parvenir ta proposition, par écrit, à Sabine au plus vite. Je te ferai connaître les résultats de ta proposition d'ici la fin de la semaine. » Je le laisse me regarder partir.
Je dois m'occuper du transfert d'Edward et ensuite me rendre au Conseil des Anciens. Ma sœur et mon père y sont allés à ma place et je leur fais confiance pour tenir les cons à distance pour moi, mais je déteste que ma sœur soit seule avec des Alphas non liés. Elle n'a pas encore trouvé son compagnon et elle a 20 ans. Beaucoup d'Alphas plus âgés ont commencé à la regarder l'année dernière comme une compagne choisie, ou une seconde chance, puisqu'elle est de descendance Alpha. J'ai mis fin à tout ça immédiatement, mais ça ne les empêchera pas d'essayer quand je ne suis pas là. Elle doit être protégée en permanence contre ces conneries.