Chapitre 1

Mon fiancé Didier Gardet, héritier d'une famille mafieuse parisienne, m'aimait éperdument. Pourtant, un mois avant notre mariage, sous prétexte d'obligations familiales, il m'a annoncé qu'il devait avoir un enfant avec son premier amour.

J'ai refusé, mais il n'a cessé de me harceler, jour après jour, insistant lourdement.

Quinze jours avant notre mariage, j'ai reçu un rapport médical : cette femme était déjà enceinte de près d'un mois...

À quoi bon, alors, feindre de demander mon accord ?

À cet instant, j'ai compris : nos années de prétendue passion n'étaient que fragilité et illusion.

J'ai annulé le mariage et ai brûlé chaque cadeau qu'il m'avait offert.

Le jour même de notre mariage, je suis partie pour l'Italie. Je m'y suis plongée dans des études de médecine clinique, tout en prenant officiellement en charge une mission pour Médecins Sans Frontières. J'ai coupé tout contact avec lui.

Dès lors, entre lui et moi : plus rien.

Un mois avant notre mariage, mon fiancé Didier a obstinément annoncé qu'il devait avoir un enfant avec son premier amour.

J'ai refusé. Mais il en a reparlé chaque jour comme s'il négociait une transaction impérative.

Quinze jours avant la cérémonie, un colis anonyme m'est parvenu : un rapport de grossesse d'une clinique privée. Clairement inscrit : Isabelle Deloffre, 5 semaines et 3 jours de grossesse.

À cet instant, j'ai compris. Ses prétendues consultations n'étaient en réalité qu'une annonce.

Il avait déjà pris sa décision. Il ne faisait que m'en informer, moi, sa future épouse.

Assise devant la baie vitrée de mon appartement, j'ai contemplé les lumières de la ville tandis qu'un froid glacial me parcourait le corps.

Le lendemain, j'ai annulé la réservation de la salle, ai déchiré les faire-part, ai brûlé tous ses cadeaux, de l'alliance de fiançailles aux lettres de promesse écrites de sa main.

Le jour du mariage, au lieu de me rendre à l'église, j'ai embarqué seule pour Milan. J'y ai intégré le Centre Médical International et ai entamé ma carrière en médecine clinique.

Dès lors, j'ai rompu tout lien avec Didier.

...

« Je te l'ai expliqué mille fois ! Isabelle ne tiendra plus longtemps. Son cancer de la moelle osseuse est en phase terminale. »

« Les médecins lui donnent un an à vivre, maximum. »

« Son dernier vœu est de laisser un enfant derrière elle… pour perpétuer sa lignée. »

« Je lui dois la vie… Ce n'est pas qu'une dette personnelle, c'est également une obligation entre nos deux familles. »

Didier se tenait devant moi, utilisant cette voix douce qui m'avait tant séduite. Mais chaque mot qu'il prononçait me transperçait le cœur comme une lame.

Il y a cinq ans, dans les rues, lors d'un affrontement avec des trafiquants de Boston, Isabelle lui avait pris une balle. Depuis, elle était devenue « une sainte » à ses yeux.

Mais pourquoi moi ? Pourquoi devais-je être sacrifiée sur l'autel de sa reconnaissance ? Est-ce ainsi qu'il m'aimait ?

« Ce n'est qu'une insémination artificielle », a-t-il tenté de me raisonner, « Il n'y aura rien entre nous... juste un enfant pour elle. »

Il a marqué une pause, le regard trouble : « Tu m'aimes, n'est-ce pas ? Si tu m'aimes, tu dois me comprendre, m'accepter. »

Je me suis levée d'un bond, la voix tremblante de colère : « Didier, nous nous marions dans un mois. Et tu as mis une autre femme enceinte dans mon dos. Pour qui me prends-tu ? »

Silence.

Dans l'instant où il a baissé les yeux, j'ai cru apercevoir une lueur d'hésitation, culpabilité ou calcul habituel.

Puis son visage est redevenu impassible, sa voix basse et catégorique : « Nina, cela dépasse Isabelle et moi. C'est un arrangement entre nos deux familles. »

« Les Deloffre et les Gardet ont scellé cet accord lors des négociations. Un enfant entre nous mettrait fin à dix ans de conflit. Je ne peux défier la décision familiale. »

Je le regardais, soudain frappée par son étrangeté.

Pourtant, nous avions grandi ensemble, des quartiers pauvres jusqu'à la faculté de médecine. Je l'avais accompagné et j'avais cru à un amour pur, exclusif.

Et la vérité ? Il ne s'était jamais vraiment tenu à mes côtés. Il m'avait considérée simplement comme la fiancée « parfaite » : douce, discrète, assez intelligente pour ne pas faire de vagues et rehausser le prestige des Gardet.

Son véritable amour ? C'est la fille de cinq ans avec qui il jouait au pistolet à eau en secret. La fille de son ennemi juré, qu'il chérissait malgré les clans opposés.

M'aimait-il ? Peut-être.

Mais face aux obligations familiales, au pouvoir, à la dette envers Isabelle... j'étais toujours la première sacrifiée.

Il a ouvert la bouche pour ajouter quelque chose quand son téléphone a sonné. Il s'est précipité sur le balcon. Sa voix est devenue douce, rauque.

Je ne distinguais pas les mots, mais je voyais ce sourire tendre sur ses lèvres. Un sourire qu'il ne m'avait plus adressé depuis longtemps...

Chapitre 2

À part Isabelle, qui d'autre pourrait lui arracher ce sourire ?

J'ai tourné les yeux vers le rapport de grossesse posé sur la table. La date indiquait cinq semaines.

Ce soir-là, Didier avait disparu toute la nuit. Il m'avait parlé d'un problème sur les lignes de contrebande du port nord. Mais à présent, je comprenais : il l'avait accompagnée toute la nuit.

J'avais été exclue de leurs plans depuis le début. Ils n'attendaient pas mon consentement, seulement que je sois au courant.

J'avais tant rêvé de ce jour, celui où je passerais l'allée main dans la main avec Didier.

Maintenant, tous ces rêves s'étaient envolés comme des bulles, sans laisser de trace.

Une vibration de téléphone a interrompu mes pensées.

La voix cristalline de Violette, mon ancienne collègue de labo, a résonné : « Nina, je sais que tu vas te marier, mais je dois te demander : es-tu sûre de refuser notre offre ? »

« Tu étais l'élève la plus douée de M. Blanchon. Il espère toujours te voir dans notre équipe. »

« Compte tenu de ton mariage, il propose un arrangement : deux mois de travail pour quinze jours de congé. Tu pourrais ainsi passer du temps avec ton mari. »

Mon professeur, Pascal Blanchon, avait lancé un nouveau programme de recherche chirurgicale à un hôpital de Milan. Il m'avait contactée six mois plus tôt pour me proposer de rejoindre son équipe de recherche médicale.

Mais intégrer cet hôpital signifiait renoncer à toute vie privée, coupée du monde extérieur pendant des périodes allant d'un mois à un an, voire plus.

À l'époque, je n'avais pas supporté l'idée d'être séparée de Didier si longtemps et j'avais décliné l'offre. Mais aujourd'hui, Didier était devenu le père de l'enfant d'une autre femme. Puisqu'il n'avait jamais pris en compte nos sentiments ni notre mariage à venir, notre relation n'avait plus aucune raison d'être.

« Violette, j'ai pris ma décision. Je veux bien rejoindre l'hôpital. Et je n'ai pas besoin de congés spéciaux - suivons simplement le planning normal du projet. »

La voix de Violette débordait d'enthousiasme : « Formidable ! M. Blanchon sera ravi. Quand comptes-tu venir ? Une semaine après ton mariage, peut-être ? Comme ça, tu pourras profiter de ta lune de miel. »

« Non », ai-je répondu doucement, « Le jour même du mariage. »

Mon regard s'est posé sur le calendrier posé sur le bureau : le 10 du mois prochain, entouré d'un épais trait rouge au marqueur.

À l'origine, cette marque me rappelait simplement le décompte des jours restants avant la cérémonie. Mais désormais, cette date était devenue le compte à rebours de ma rupture avec Didier.

Oui. Dans quinze jours exactement, tous les liens entre Didier et moi seraient rompus. Pour toujours !

Chapitre 3

Ce soir-là, Didier n'est pas rentré. Je ne l'ai pas appelé pour savoir où il se trouvait, car j'avais déjà vu sur les réseaux sociaux tout ce qu'il avait fait après avoir quitté notre appartement.

Après la sortie de l'hôpital, il s'était rendu directement chez Isabelle pour annoncer la grossesse à sa famille. Sur les photos publiées, la grand-mère d'Isabelle serrait chaleureusement la main de Didier, tandis que lui, de l'autre main, caressait doucement le ventre d'Isabelle avec un sourire d'une tendresse inédite.

Cinq ans de relation. En cinq ans, Didier n'était venu qu'une seule fois chez mes parents après nos fiançailles. Pourtant, ils habitaient à moins de trente minutes. Et avant cela ? Jamais. Il disait ne pas aimer fréquenter les aînés, se sentir mal à l'aise.

Ce jour-là, sa politesse avait été distante. Rien à voir avec la chaleur qu'il affichait désormais avec la famille d'Isabelle.

J'ai fermé les yeux, ai refoulé l'amertume qui me montait à la gorge, et ai éteint mon téléphone.

Le lendemain, j'ai rencontré quelques amis pour leur annoncer l'annulation du mariage. Didier avait toujours détesté l'idée même du mariage, « du formalisme vide de sens », selon lui. Ce n'était que sur mon insistance qu'il avait cédé et avait accepté une petite cérémonie intime.

Mes amis, connaissant la profondeur de mes sentiments, étaient stupéfaits.

« Tu l'aimes si longtemps... Comment peux-tu lâcher prise si soudainement ? »

Cette question a réveillé en moi une douleur sourde...

Vingt ans de sentiments... Comment les effacer d'un trait ?

Mais la vérité était là : notre relation n'avait jamais été équitable. Depuis le début, c'était moi qui courais après lui. Didier, il n'avait jamais ralenti son pas.

Je m'étais menti à moi-même : « S'il accepte de m'épouser, je gagnerai son cœur avec le temps. » J'étais prête à attendre. Attendre qu'un jour, il s'ouvre complètement à moi.

Mais depuis six mois, depuis l'apparition de cette soi-disant « sauveuse » Isabelle, tout avait changé.

J'avais compris enfin que Didier n'était pas froid et distant avec tout le monde. Avec elle, son regard s'adoucissait, ses sourires se libéraient sans retenue. Tandis qu'avec moi... Je n'avais jamais été qu'une figurante dans sa vie.

Pire encore : il avait feint de me demander mon avis, alors qu'en secret, il avait déjà implanté son maudit sperme dans son utérus, la rendant enceinte !

À cet instant, j'avais réalisé que notre histoire n'avait plus d'avenir.

Je n'ai rien expliqué à mes amis. Juste que je partais travailler dans un hôpital italien, que je serais moins disponible. Pour m'excuser, je les ai accompagnés jusqu'à tard dans la nuit.

De retour à la maison, j'ai constaté que Didier venait tout juste d'arriver.

L'odeur d'alcool sur moi l'ai fait grimacer. Il a reculé, une main devant le nez. « Éloigne-toi, ne me contamine pas avec cette puanteur », a-t-il grogné avec dégoût.

J'avais un rire amer. Il devait craindre que cette odeur donne la nausée à sa chère Isabelle, l'Isabelle qui portait maintenant son enfant.

Sans un mot, j'ai gagné la salle de bain.

Lorsque j'en suis sortie, Didier, dans son fauteuil, tapait frénétiquement sur son téléphone, un sourire jusqu'aux oreilles.

Un coup d'œil a suffi et je me suis dirigée vers la chambre.

« Attends. Il faut qu'on parle. »

Je me suis immobilisée.

La dernière fois qu'il avait dit ces mots, c'était pour m'annoncer son projet de faire un enfant avec Isabelle. Un mois de disputes en avait découlé. Maintenant qu'elle était enceinte... Que pouvait-il bien me vouloir ?

La Femme qu’il n’a pas reconnue

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