Chapitre 2
Chapitre 3 :
La séance se termina dans un silence lourd. Léa savait qu'elle venait de franchir une ligne invisible avec Victor, mais il n'y eut aucune reconnaissance de sa part. Il se contenta de la regarder une dernière fois, ses yeux sombres pleins de défi, avant de se détourner et de se plonger dans son mutisme habituel. Damien, observateur silencieux de la scène, ne dit rien. Il se leva de sa chaise avec un sourire qui semblait plus calculé que sincère, avant de s'approcher de Léa.
« Ça n'a pas été facile, hein ? » dit-il avec une touche de compassion dans sa voix.
Léa hocha la tête, évitant de croiser le regard de Victor. Elle n'était pas sûre de ce qu'elle ressentait à cet instant précis. Il y avait la frustration de n'avoir pas réussi à briser cette barrière qu'il érigeait sans cesse entre eux, mais aussi quelque chose d'autre, de plus complexe. Un mélange de compassion et de curiosité. Elle se sentait connectée à lui d'une manière qu'elle ne comprenait pas encore.
« Il est... compliqué, je sais, » poursuivit Damien, remarquant son malaise. « Mais c'est un homme de défis. Il faut savoir être patient avec lui. »
Léa leva les yeux vers lui. Elle n'avait pas réalisé qu'il se préoccupait tant de l'état de Victor. Mais il y avait quelque chose de sincère dans sa voix, quelque chose qui la poussait à lui accorder une confiance instinctive.
« Il me teste, » répondit-elle, une pointe d'agacement dans la voix. « Comme si tout ce que je faisais n'avait aucune importance. »
Damien sourit faiblement. « C'est son mode de fonctionnement. Mais il n'est pas totalement inaccessible, si tu veux savoir. » Il marqua une pause, comme s'il hésitait à dire quelque chose. « En fait, il m'a dit que tu étais la dernière personne qu'il accepterait de voir ici. »
Léa le fixa, surprise par cette révélation. « Et pourquoi ? »
Damien haussait les épaules, mais son regard se fit plus sérieux. « Parce que tu n'es pas comme les autres. Il déteste ça. »
Léa se sentit soudainement exposée. La dernière personne ? Cela voulait-il dire que Victor l'avait choisie malgré lui, ou était-ce simplement le dernier recours après avoir rejeté tous les autres ? Elle n'eût pas le temps de répondre, car un bruit sourd se fit entendre depuis le salon. Victor avait claqué sa porte, son signal de fin de la discussion.
« Je vais devoir y aller, » dit Damien en se dirigeant vers la porte. « Mais je pense qu'il y a une chance de percer cette coquille, Léa. Peut-être pas maintenant, mais un jour. Il faut juste que tu t'accroches. »
Léa resta silencieuse tandis que Damien disparaissait dans le couloir. Elle jeta un dernier coup d'œil vers la porte de Victor. Il était là, dans cette pièce isolée, se battant contre des ombres qui n'étaient visibles que pour lui. Elle n'avait pas de réponses, mais une chose était sûre : elle ne pouvait pas l'abandonner maintenant. Il y avait quelque chose de plus, quelque chose qui la liait à lui d'une manière inexpliquée. Peut-être un appel silencieux, ou une promesse à laquelle elle devait se tenir.
Le lendemain, la routine se poursuivit, mais il y avait une sensation différente dans l'air. Un changement subtil mais palpable. Alors que Léa commençait son travail habituel, elle remarqua que Victor semblait plus détendu, si tant est que ce mot puisse s'appliquer à lui. Ses mouvements, bien que toujours lents et méthodiques, étaient moins figés. Il n'avait pas encore accepté la thérapie, mais il ne l'avait pas repoussée non plus. Comme un espace incertain, flottant entre la réticence et une forme d'acceptation passive.
Les séances se succédaient, et peu à peu, elle sentait des petites fissures apparaître dans la carapace de Victor. Mais c'était une danse fragile, un équilibre précaire. Parfois, il se montrait encore irritable, froid, se fermant dans un mutisme insondable. D'autres fois, elle surprenait dans ses yeux une lueur de reconnaissance, aussi fugace que le passage d'un éclair, mais suffisamment puissante pour la faire douter de ses premières impressions.
Et puis, il y avait Damien. Ses apparitions devenaient de plus en plus fréquentes. Il venait souvent en fin de journée, après les séances de rééducation, avec un sourire chaleureux et une facilité à converser avec elle qui contrastait fortement avec l'hostilité de Victor. Au fil des jours, Léa sentit une tension se développer entre les deux hommes, quelque chose qui allait au-delà de la simple rivalité professionnelle. Il y avait dans les gestes de Victor, dans ses silences, une forme de défiance envers Damien qui ne laissait aucun doute : ce dernier était un facteur perturbateur dans son univers soigneusement contrôlé.
Un soir, alors que Léa terminait une séance particulièrement difficile, elle surprit une conversation entre les deux hommes. À la porte, elle s'arrêta, son esprit alerte, écoutant attentivement. Elle savait que ce qu'elle allait entendre pourrait tout changer.
« Tu n'as rien compris, Damien. Elle est différente. Ce n'est pas ce que tu crois. »
La voix de Victor était plus dure que jamais. Léa sentit une pression s'installer dans sa poitrine.
« Tu veux dire que tu penses pouvoir la manipuler comme tu l'as fait avec les autres ? » répondit Damien, avec un ton plus calme mais non sans une pointe de défi. « Léa n'est pas comme eux, Victor. »
Il y eut un silence lourd. Léa se sentit soudainement prise dans un enchevêtrement d'émotions contradictoires. Elle avait toujours su qu'il y avait quelque chose de plus entre les deux hommes. Mais entendre cette confrontation de cette manière, secrètement, la faisait se poser des questions auxquelles elle n'était pas prête à répondre.
Elle s'éloigna sans faire de bruit, les mots de Damien résonnant dans son esprit. Elle n'était pas comme les autres. Mais alors, pourquoi Victor la repoussait-il encore ? Pourquoi cette guerre silencieuse entre lui et Damien ?
Elle n'avait pas encore toutes les réponses, mais elle savait qu'elle était sur le point de découvrir bien plus qu'elle ne l'avait imaginé.
Chapitre 4 :
Les jours passaient et la tension ne cessait de croître, non seulement entre Léa et Victor, mais aussi entre Victor et Damien. Il était de plus en plus évident que quelque chose de plus profond se jouait entre eux. Léa commença à se demander si elle n'était qu'un simple pion dans un jeu beaucoup plus complexe, un jeu auquel elle n'avait pas choisi de participer. Pourtant, il y avait ce lien silencieux avec Victor, cette lutte imperceptible qu'elle ressentait à chaque regard, chaque échange tendu.
Un matin, alors qu'elle se préparait à partir pour une nouvelle séance, un message arriva sur son téléphone. C'était de la part de Damien.
"Je sais que tu es intriguée par tout ça. Ne laisse pas Victor te manipuler. Il cache des choses, et tu n'es pas la seule à être en quête de réponses. Mais fais attention, il ne te le dira pas... Ni moi."
Ce message la laissa perplexe. Damien avait toujours été agréable, sincère, mais pourquoi cette mise en garde ? Et surtout, pourquoi parler de manipulation ?
Elle n'eut pas le temps de réfléchir davantage car elle arriva rapidement chez Victor. À son arrivée, il l'attendait déjà, comme d'habitude, dans son fauteuil, les bras croisés, une attitude distante. Mais ce jour-là, il y avait quelque chose de différent. Quelque chose dans son regard. Il semblait plus fatigué, plus las, comme si les jours s'étaient accumulés dans son corps et son esprit, et qu'il était sur le point de céder.
« Je suis prêt pour la séance, » dit-il d'une voix calme, presque résignée. Cela surprit Léa, car ce n'était pas le ton habituel qu'il adoptait. Il semblait... plus humain, plus vulnérable.
Léa hésita un instant avant de répondre. « D'accord, mais tu sais que je ne peux pas simplement te guérir d'un coup de baguette magique. » Elle se lança dans les préparations, mais son esprit était ailleurs. Le message de Damien l'obsédait.
« Je n'attends pas de miracle, » répondit Victor d'une manière presque apaisée, un léger sourire en coin. Il était peut-être plus détendu aujourd'hui, mais il n'avait pas complètement changé. Cela ne faisait que renforcer la question qui la taraudait : pourquoi continuait-il à la repousser malgré ces petites ouvertures ?
Ils commencèrent la séance, mais l'atmosphère était plus lourde que jamais. Chaque mouvement de Victor, chaque geste qu'il exécutait, semblait peser sur l'air autour d'eux. Elle sentit sa frustration monter, mais elle n'avait pas l'intention de se laisser emporter. Pas encore.
Au moment où elle lui demandait de faire un mouvement particulièrement délicat, un grognement sourd s'échappa de ses lèvres. « C'est trop, Léa, » dit-il, la voix brisée.
Léa s'arrêta immédiatement, inquiète. « Tu vas bien ? »
Il ferma les yeux, ses mains tremblant légèrement. « Pourquoi tu t'obstines à vouloir m'aider ? Je ne mérite pas ça. »
Ces mots frappèrent Léa comme une décharge électrique. Elle n'avait pas anticipé cette confession. Il l'avait dit, et bien qu'il essayât de garder une apparence d'indifférence, il y avait quelque chose dans sa voix qui trahissait une douleur profonde. Une douleur qui, jusqu'alors, restait bien cachée sous ses sarcasmes et son arrogance.
Léa s'approcha de lui lentement, avec une prudence nouvelle. « Tu ne peux pas me dire ça, Victor. Tu as du mérite. Tu as traversé une épreuve horrible, mais tu es encore là, et tu te bats chaque jour. Ce n'est pas rien. »
Un silence lourd suivit ses mots. Elle attendait une réaction, un mot, mais il ne répondit pas immédiatement. Ses yeux étaient fermés, mais Léa pouvait presque voir la lutte qui se déroulait derrière. Peut-être qu'il voulait lui dire plus, mais il ne pouvait pas. Pas encore.
Enfin, il parla, d'une voix basse, comme s'il parlait à lui-même. « Si tu savais ce que j'ai fait pour en arriver là... »
Léa se figea. Le ton de sa voix, l'angoisse qu'il y avait dans ses mots, l'inquiétude qu'il essayait de cacher... Quelque chose venait de se briser chez lui. Elle avait l'impression que, pour la première fois, Victor laissait échapper un fragment de son véritable être, celui qu'il avait soigneusement dissimulé jusque-là.
Elle s'assit à ses côtés, plus proche qu'elle ne l'aurait voulu. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Un sourire amer s'afficha sur son visage. « Je n'ai jamais été une victime, Léa. Ce que je traverse n'est rien comparé à ce que j'ai fait. » Il la fixa intensément, comme si il voulait que ses mots la marquent. « Tu n'as pas idée de ce que j'ai sacrifié. Et ce n'est pas quelque chose que tu pourras réparer avec tes exercices ou tes belles paroles. »
Il avait dit ces mots sur un ton tellement froid qu'ils eurent un effet déstabilisant sur Léa. Pourtant, elle n'en perdit pas son calme. « Tu n'as pas à tout porter tout seul, Victor. Ce que tu as fait... ça ne doit pas être une condamnation à vie. »
Il détourna le regard, comme s'il se protégeait de quelque chose qu'il n'était pas prêt à affronter. Elle savait qu'il y avait un poids dans son passé qu'il n'avait pas l'intention de partager. Et peut-être n'était-il pas encore prêt à le faire. Mais elle n'avait pas l'intention de baisser les bras si facilement. Elle voulait comprendre, elle devait comprendre. Il avait un secret. Un lourd secret. Et il ne le gardait pas que pour lui. Elle pouvait le sentir.
Un bruit soudain fit écho dans le couloir. Damien.
Victor tressaillit légèrement, comme s'il avait été tiré de sa torpeur. « Il est là, » dit-il froidement. « Encore lui. »
Léa se leva, surprise par cette réaction. « Damien ? Il... Il est là pour quoi ? »
Victor tourna la tête vers elle, un éclat dangereux dans les yeux. « Ce n'est pas ton problème. »
Mais les mots étaient déjà prononcés. Et, alors que Damien pénétrait dans la pièce, Léa sentit une nouvelle vague de tension s'installer. Elle venait de découvrir un bout du puzzle, mais il y avait encore bien trop de pièces manquantes.
Elle se retourna vers Victor, son cœur battant plus fort. « Ce n'est pas ce que tu penses, Victor. »
Mais à ce moment précis, Damien arriva. Et avec lui, une nouvelle pièce de l'histoire.
Chapitre 3
Chapitre 5 :
L'atmosphère dans la pièce devint instantanément plus chargée. Damien entra, son sourire habituel aux lèvres, mais ses yeux trahissaient une préoccupation qu'il n'avait pas l'habitude de masquer. Il s'arrêta un instant en voyant l'intensité de la conversation entre Léa et Victor, un instant où tout sembla suspendu dans l'air, avant qu'il ne se redresse et adresse un regard discret à Victor.
« Je vois que je dérange, » dit-il, une pointe de sarcasme dans la voix, mais son regard ne quittait pas celui de Victor.
Victor, qui semblait déjà tendu, réagit presque immédiatement. « Tu sais bien que tu n'es pas le bienvenu ici, Damien, » répliqua-t-il d'un ton sec, ses yeux brillant d'une colère contenue. « Tu n'as rien à faire dans cette histoire. »
Léa se sentit mal à l'aise en les observant. Ce n'était pas la première fois qu'ils se lançaient des piques, mais cette fois-ci, quelque chose semblait différent. Il y avait une tension palpable, comme si l'air lui-même se faisait plus lourd. Un conflit beaucoup plus ancien, plus profond, venait d'être évoqué, et elle se retrouvait là, prise entre deux hommes qui se déchiraient sans qu'elle comprenne pourquoi.
Damien, cependant, ne se laissa pas intimider. « Ce n'est pas à toi de décider ce qui se passe ici, Victor. Je suis venu parce que tu as besoin d'aide, que ça te plaise ou non. » Il se tourna ensuite vers Léa, lui adressant un sourire qui, cette fois, semblait moins amical, plus... calculé. « Et toi, Léa, tu es plus impliquée dans cette histoire que tu ne le crois. »
Léa se tendit. Elle n'avait pas l'habitude de voir Damien aussi direct, aussi incisif. Ce n'était pas son style. Et cette fois, son sourire semblait plus énigmatique que réconfortant.
Victor grogna, un bruit sourd et presque imperceptible qui fit écho dans la pièce. « Tu n'as aucune idée de ce qui se passe, Damien. » Il tourna son regard vers Léa, un regard plus froid, presque accusateur. « Tu crois qu'il est ici pour t'aider, mais tout ça n'est qu'un jeu. Un jeu où tu es un pion, et moi... je suis le seul à savoir les règles. »
Léa sentit une vague de confusion l'envahir. Elle regarda successivement Victor et Damien, cherchant des réponses dans leurs regards conflictuels. Ce qui se passait entre eux allait bien au-delà de simples rivalités professionnelles. C'était personnel, intime même.
« Ce n'est pas vrai, » répliqua Damien calmement, mais sa voix portait cette assurance qu'il avait l'habitude de donner lorsqu'il était convaincu de son point de vue. « Tu es en train de te perdre dans ton propre mensonge, Victor. Et Léa n'est pas un pion dans ton jeu, ni dans le mien. »
Léa déglutit difficilement, son cœur battant la chamade. Elle savait que la situation devenait dangereuse. Un conflit qui semblait si éloigné de ses préoccupations au départ prenait soudainement une tournure plus personnelle, plus intime, et elle en était le témoin impuissant. Mais qu'est-ce que tout cela signifiait pour elle ? Pourquoi était-elle si impliquée dans cette guerre silencieuse ?
« Vous avez un passé que je ne comprends pas, » dit-elle enfin, sa voix se brisant sous l'émotion qu'elle sentait monter en elle. « Mais je ne vais pas vous laisser vous détruire l'un l'autre. Ce que vous avez... c'est bien plus complexe que ce que vous laissez paraître. » Elle se tourna vers Victor, son regard plein de détermination. « Et vous le savez, Victor. Vous avez besoin d'aide. »
Victor la fixa intensément, une lueur de frustration dans les yeux. « Tu n'as aucune idée de ce que je traverse, Léa. » Sa voix était plus rauque, presque brisée. Il se leva soudainement, son fauteuil grincant sous l'effort. Il avait l'air sur le point de partir, de fuir encore une fois, comme à chaque fois que la conversation devenait trop proche de la vérité.
Léa, cependant, ne se laissa pas faire. « Tu ne peux pas partir, pas cette fois. » Elle s'approcha de lui, fermant l'espace entre eux avec une assurance nouvelle. « Il est temps de parler. De tout. »
Damien, qui jusque-là avait observé la scène en silence, sembla percevoir la tournure des événements. Il s'approcha également, mais il ne s'interposa pas. Il semblait presque curieux de voir comment Victor réagirait à l'insistance de Léa.
Victor la regarda fixement, comme s'il mesurait la situation. Un combat intérieur semblait se jouer sur son visage. Puis, il lâcha un soupir résigné et s'assit à nouveau dans son fauteuil, ses yeux se fermant un instant, comme s'il acceptait de briser son silence, mais à une condition.
« Très bien, » dit-il d'une voix lasse, presque étouffée. « Mais tu es prête à entendre ce qui va suivre, Léa ? Parce que ce que je vais te dire... ça va tout changer. »
Léa se sentit soudainement plus fragile, comme si le sol sous ses pieds se dérobait lentement. Mais elle n'avait pas peur. Elle savait qu'il était temps. Temps pour Victor de tout dévoiler. Temps pour elle de comprendre enfin pourquoi il était si inaccessible, pourquoi il s'accrochait à ses secrets comme à sa propre vie.
Elle hocha la tête, déterminée. « Je suis prête. »
Victor l'observa un moment, puis se laissa aller à un sourire amer, comme s'il venait de prendre une décision lourde. « Bien. Alors écoute bien, Léa. Parce que ce que tu vas entendre... ça pourrait bien détruire tout ce que tu pensais savoir. »
La pièce sembla se figer autour d'eux. Chaque respiration, chaque mouvement, semblaient suspendus à ce moment précis. Et dans les mots qui suivirent, Léa allait enfin découvrir la vérité, celle qui se cachait derrière le masque de Victor, derrière l'omniprésence de Damien, et surtout, derrière les murs qu'il avait érigés autour de lui.