Chapitre 2
Chapitre 2
Les larmes avaient séché, mais la douleur persistait. Elle bouillonnait sous sa peau, frappant chaque parcelle de son être. Chloé n'arrivait pas à s'en débarrasser, même si elle courait, même si elle fuyait. Son loup hurlait, griffant, blessant. Il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas pourquoi Gabriel l'avait rejetée, pourquoi l'avait laissée partir dans cette nuit sans fin.
Elle savait que le lien qui existait entre eux était toujours là, tapi dans l'ombre, attendant de se raviver. Mais à chaque pas, à chaque seconde, il se distendait un peu plus. Il n'était plus solide, plus vivant. Ce n'était plus un lien nourrissant, mais une douleur persistante qui rongeait ses entrailles.
Chloé n'était pas idiote. Elle savait que la meute allait bientôt la traquer. Elle avait laissé derrière elle des traces trop évidentes, des marques trop nettes de son passage. Son nom, son odeur, son cœur. Gabriel ne la laisserait pas disparaître sans rien faire. Et il y avait d'autres prédateurs. D'autres ennemis qui sauraient flairer sa faiblesse. Elle n'était plus la compagne de l'Alpha, elle n'était plus protégée. Elle n'était plus rien. Et ça, c'était quelque chose qu'elle détestait.
Son corps était épuisé, ses muscles douloureux, mais sa volonté ne fléchissait pas. Chaque jour, chaque heure qui passait, elle s'éloignait de son passé. Elle le laissait derrière elle, même si chaque étape était un coup de poignard dans le cœur. Elle savait que c'était nécessaire, que c'était la seule façon de survivre, de redevenir ce qu'elle avait été avant. Libre. Forte. Elle n'était pas encore prête à renoncer.
Mais c'était sans compter les imprévus.
Elle se sentit plutôt que l'entendit. Une présence. Un bruit furtif, à peine perceptible. L'instinct de sa part l'avertit avant qu'elle n'ait le temps de réagir, et en un instant, elle tourna sur ses talons, prête à attaquer. Mais ce n'était pas Gabriel. Ce n'était pas un loup connu.
Ce n'était rien de ce qu'elle aurait pu anticiper.
Les silhouettes étaient floues au début, mais elles se précisèrent rapidement, en surgissant de l'ombre. Ils étaient plusieurs. Pas des loups, mais des hommes. Des humains, peut-être, mais la tension dans l'air la fit douter. Ils se déplaçaient comme des prédateurs, se faufilant dans la nuit comme des ombres insaisissables. Elle n'avait pas le temps de réfléchir. Elle n'avait pas le luxe de prendre des décisions rationnelles.
Elle s'élança, mais ils étaient trop rapides. Trop nombreux. Un des hommes la saisit par le bras avec une force implacable. Elle riposta, griffant et mordant, mais leurs prises étaient trop solides, trop expertes. Elle n'avait pas la moindre chance.
L'un d'eux la plaqua au sol, et un autre appuya un couteau contre sa gorge, la lame froide contre sa peau. La terreur monta dans sa poitrine, mais elle la refoula. Pas encore. Pas comme ça.
« Calme-toi, » dit une voix rauque au-dessus d'elle. Elle n'eut pas le temps de l'analyser, d'y prêter attention. Elle se battait contre la panique qui montait, contre la colère. « Nous ne voulons pas te tuer. Nous avons autre chose en tête. »
Chloé grogna, une menace sourde, mais elle sentit la pression du couteau se relâcher légèrement. Ils n'étaient pas là pour la tuer, pas encore. Ils étaient là pour autre chose. Un autre type de contrôle.
« Que voulez-vous ? » murmura-t-elle, sa voix rauque d'épuisement. Elle savait qu'elle devait garder son calme. Chaque erreur pourrait être fatale. Mais cette sensation de vulnérabilité la rongeait de l'intérieur.
Les hommes échangèrent un regard. Ils semblaient plus perplexes que menaçants. Mais elle savait, elle ressentait cette tension, ce danger palpable dans l'air. Ils avaient vu son statut. Ils savaient qui elle était. Et ils voulaient l'utiliser. « Nous avons des alliés. Des gens qui peuvent te donner ce que tu veux. » Le ton était toujours aussi calme, mais il y avait cette insistance derrière chaque mot.
Elle se redressa brusquement, profitant de l'instant d'hésitation. Elle mordit l'un des hommes à la main, mais avant qu'elle ne puisse s'échapper, une douleur fulgurante lui traversa le crâne. Un coup brutal, asséné avec une précision dévastatrice. Ses yeux se fermèrent sur l'instant, et l'obscurité la prit dans ses bras.
Quand elle se réveilla, il faisait toujours noir. Mais ce n'était pas la même noirceur. Un voile de brume, lourd et épais, enveloppait ses sens. Elle ne savait pas où elle était. Elle ne savait pas combien de temps elle était restée inconsciente. Elle se redressa, mais une douleur aiguë au niveau de son crâne la força à s'arrêter. Un gémissement s'échappa de ses lèvres. Elle toucha sa tête, mais il n'y avait pas de sang, seulement une douleur sourde qui pulsait.
L'air était froid. Trop froid. Et les odeurs... des parfums étranges. Des herbes. De la sueur. Un mélange métallique. Elle n'était pas seule.
« Tu es réveillée, » dit une voix près d'elle. Cette fois, la voix était plus douce, mais elle n'était pas aussi rassurante qu'elle le laissait entendre. « Tu devrais garder les yeux ouverts. »
Chloé tourna lentement la tête. Un homme se tenait près d'elle. Il n'était pas un simple humain, cela se voyait dans son regard. Pas un loup, mais... un hybride. Elle n'arrivait pas à définir ce qu'il était exactement, mais il y avait quelque chose de dangereux dans son aura, quelque chose qui l'intriguait et la menaçait à la fois.
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-elle, sa voix rauque, mais ferme.
« Des gens comme toi, » répondit-il simplement, les yeux pénétrants.
Elle fronça les sourcils. Des gens comme elle. Cela ne faisait aucun sens. Elle ne se souvenait pas de les avoir vus avant. « Et pourquoi m'avez-vous sauvée ? » La question brûlait ses lèvres. Si c'était un piège, elle devait en savoir plus avant de se laisser entraîner dans une autre illusion.
Il ne répondit pas immédiatement. Puis, il haussait les épaules, comme si la question ne valait pas la peine d'être répondue. « Parce que nous avons besoin de quelqu'un comme toi. Parce que, dans ce monde, seuls les forts survivent. »
Elle le fixa intensément, cherchant des indices dans son regard. « Et qu'est-ce que vous attendez de moi ? »
« Rien. Pour l'instant. Mais nous avons des ennemis en commun. Et tu n'es pas aussi seule que tu le crois. »
L'air se fit plus lourd autour d'elle. Elle sentait que cet homme – ces hommes – étaient bien plus qu'ils ne semblaient. Et que ses choix, ses actions, les amèneraient tous à un carrefour qu'elle ne pouvait encore comprendre. Elle n'avait aucune idée de ce qui se passait. Mais une chose était sûre : elle ne retournerait pas à Gabriel. Pas comme ça. Pas avant d'avoir obtenu des réponses.
Chapitre 3
Chapitre 3
Elle avait mal. Partout. C'était une douleur diffuse, chaque muscle tendu, chaque os profondément épuisé. Elle ouvrit les yeux, un frisson lui parcourant la peau, mais le décor n'était pas celui de la forêt où elle avait été capturée. C'était... différent. Pas de sol rugueux, pas de branches qui griffaient sa peau. Au lieu de cela, elle était allongée sur une surface dure, mais lisse, comme du métal. Un silence lourd et oppressant l'entourait, comme si l'air lui-même était en train de l'étouffer. Elle tenta de se redresser, mais un vertige saisit immédiatement son esprit, et elle s'affaissa contre la surface.
Des bruits se firent entendre à proximité. Des murmures. Des pas. Puis, une silhouette apparut dans son champ de vision. Un homme, grand, imposant. Sa silhouette noire contrastait avec la pâleur de la lumière qui venait d'une source qu'elle n'arrivait pas à identifier. Son regard était perçant, mais calme. Il n'y avait aucune inquiétude dans ses yeux. Seulement une sorte de froide indifférence.
« Tu es réveillée, » dit-il d'une voix grave, dénuée de chaleur.
Chloé se redressa lentement, sa gorge nouée, mais son esprit restait embrouillé. Où était-elle ? Qui était cet homme ?
« Qui êtes-vous ? » réussit-elle à demander, mais sa voix était cassée, faible.
Il observa un instant, puis se pencha légèrement, comme si son regard perçait son âme. « Lucian, » répondit-il, et il y avait un poids particulier dans ce simple mot, comme s'il portait toute une histoire qu'elle ne pourrait jamais comprendre. « Je suis le chef de ce clan. Ce n'est pas un endroit pour les faibles. »
Elle se redressa un peu plus, bien que la douleur ne la quitte pas. Chaque mouvement semblait une épreuve. Mais elle n'était pas une faible. Pas maintenant. Pas après tout ce qu'elle avait traversé.
« Je ne veux pas être un fardeau, » murmura-t-elle, chaque mot pesant lourdement sur ses lèvres. Elle savait ce qu'ils cherchaient. Ce qu'ils attendaient d'elle. Une dette. Un prix à payer.
Lucian la regarda pendant un long moment, ses yeux scrutant son visage comme s'il cherchait quelque chose. Un tic nerveux s'installa dans sa mâchoire. « Tu ne seras pas un fardeau, » dit-il, presque comme une promesse. « Tu vas être forte, ou tu vas mourir. » Son ton était sec, tranchant. Pas de pitié. Pas d'illusions. « J'ai un marché à te proposer. La force en échange de ta loyauté. Donne-moi ton allégeance, et je ferai de toi une arme. »
Elle ne répondit pas tout de suite, ne sachant pas si c'était une promesse ou une malédiction. Ses mains se resserrèrent sur la couverture, cherchant un peu de réconfort, mais il n'y en avait pas. Il n'y avait plus de réconfort, plus de sécurité. Plus de protection. Gabriel avait disparu de sa vie, comme une ombre balayée par un vent violent, et tout ce qu'elle avait appris s'était effondré sous la trahison. Elle n'avait plus que sa propre force pour la guider. Et maintenant, Lucian semblait lui offrir cette force. À quel prix ?
« Je veux la vérité, » finit-elle par dire, sa voix faible mais déterminée. « Je veux savoir ce qui s'est passé. Pourquoi il m'a rejetée. Pourquoi je suis là. »
Lucian se pencha plus près, un éclat dangereux dans son regard. « Tu veux la vérité ? » Il siffla, comme si ce simple désir était une folie. « La vérité n'a pas d'importance ici. Ce que tu as perdu, ce que tu veux comprendre, ce ne sont que des chaines. Un poids que tu dois jeter si tu veux être libre. » Il se redressa, regardant au loin, comme s'il pensait à autre chose, à un autre moment. « Si tu veux savoir pourquoi Gabriel t'a laissée, tu n'auras que ta propre réponse. Peut-être qu'il a vu une faiblesse. Peut-être qu'il a choisi un autre chemin. Peu importe. Ce qui compte, c'est ce que tu fais maintenant. »
Elle hocha la tête, la gorge ser é ». « Et si je refuse ? » demanda-t-elle, presque par défi.
Lucian haussait les épaules avec une nonchalance glaciale. « Alors tu peux partir, » dit-il simplement. « Mais ne crois pas que le monde extérieur te pardonnera. Tu mourras, et ce sera tout. »
Elle fixa son regard, mais au fond d'elle, elle savait qu'elle n'avait pas de choix. Pas vraiment. Gabriel l'avait brisée, mais elle ne pouvait pas se laisser couler dans le désespoir. Pas après tout ce qu'elle avait traversé. Elle devait redevenir forte. Si ce clan pouvait lui donner la force nécessaire pour retrouver sa place dans ce monde, alors elle accepterait.
« Je vais le faire, » dit-elle enfin, les mots sortant d'une bouche qui se resserrait sous l'effort. « Je vais suivre ton marché. Mais je le fais à ma façon. Et si tu me mens... » Elle s'arrêta un instant, ses poings serrés, « ...alors tu regretteras d'avoir cru que tu pouvais m'utiliser. »
Lucian la regarda un instant, presque amusé. « Tu as du caractère. Je vais t'en faire une arme, Chloé. » Il se tourna vers un autre membre du clan, un homme qui s'était caché dans l'ombre pendant toute la conversation, et lui fit un signe. « Prépare-la. »
L'entraînement commença presque immédiatement. Il n'y avait pas de douceur, pas de pitié. Lucian n'avait pas de temps à perdre, et encore moins pour des émotions inutiles. Il lui apprit à se battre, à se défendre, à devenir plus que ce qu'elle avait été. Il ne la coucha pas dans un lit et ne la soigna pas comme un enfant fragile. Il l'a poussé, l'a défiée, l'a brisée encore et encore, jusqu'à ce que son corps crie de douleur et de fatigue.
Elle tomba souvent. Chaque chute, chaque erreur, était accueillie par une moquerie ou un silence glacial. Mais elle se releva. Chaque fois, elle se releva. Elle n'avait pas d'autre choix. Elle devait redevenir plus que l'ombre de ce qu'elle avait été.
L'acier de ses muscles se forma au fur et à mesure, les coups qui la frappaient devenant moins douloureux. Elle apprenait vite, plus vite que Lucian ne l'avait anticipé, comme si quelque chose en elle se réveillait, une partie d'elle qu'elle avait enfouie sous des couches de douleur et de trahison. Mais ce n'était pas encore suffisant. Pas assez pour l'aider à se venger. Pas assez pour trouver la vérité qu'elle cherchait.
Elle dut tout sacrifier. Ses émotions. Sa vulnérabilité. Ses rêves. Chaque mouvement, chaque instant était une épreuve. Mais elle savait que c'était nécessaire. Elle savait que c'était la seule voie qui s'offrait à elle.
Lucian la regarda s'entraîner, ses yeux perçant la moindre de ses faiblesses, la moindre hésitation. « Tu n'es pas là pour te défendre, » lui dit-il un jour, sa voix dure. « Tu es là pour tuer. Et tu ne peux pas hésiter. Pas une seule fois. »
Elle le fixa, son souffle court, son corps tremblant sous l'effort, mais la flamme dans son regard était plus vive que jamais. « Je ne vais pas hésiter, » répondit-elle, chaque mot renforçant sa détermination. « Je vais être la meilleure arme que vous ayez jamais vue. »
Lucian sourit, mais ce sourire ne portait aucune chaleur. « C'est exactement ce que je veux entendre. »