Chapitre 2

Point de vue de Séraphine :

Le sommeil était un rêve fiévreux. L'argent était un cercle de feu, rouvrant constamment la blessure alors que mon système immunitaire tentait en vain de la guérir.

Mais la douleur physique était une distraction face au bruit psychique.

Le mur n'était pas insonorisé contre le Lien de la Meute.

Même rejeté, le fil biologique restait.

J'étais allongée sur le sol nu.

J'ai entendu le lit grincer à côté. Le rire d'Isabelle.

Puis, la vague m'a frappée.

Un contrecoup psychique de plaisir. Son excitation, sa jouissance, déferlant dans mon esprit comme de la graisse brûlante.

J'ai couru à la salle de bain et j'ai eu des haut-le-cœur.

Il était avec elle. Et le Lien me forçait à être témoin.

Sors, ai-je prié. Sors de ma tête.

Le lendemain matin, j'étais un fantôme. Ma peau était grise, mes yeux enfoncés dans des orbites meurtries. Je portais un col roulé pour cacher les brûlures, le tissu raclant la peau à vif à chaque respiration.

Je suis allée à la cuisine. Isabelle buvait un expresso.

« Bien dormi ? » a-t-elle demandé. « On a été... actifs. »

« Comme une morte », ai-je croassé. Mes cordes vocales étaient enflées à cause de l'exposition à l'argent.

Damien est entré. Il avait l'air plein d'énergie, vibrant presque de puissance d'Alpha. Il m'a vue et a froncé les sourcils. Il sentait la chair brûlée – il le devait. Mais il a choisi de l'ignorer.

« Passeport », a-t-il dit. « Et carte d'identité. »

« Pourquoi ? »

« Mise à jour du registre de la Meute. Puisque tu... déménages dans les quartiers des invités. »

Expulsée.

« Très bien », ai-je dit. « Je vais en ville pour renouveler mes papiers de toute façon. »

Les yeux de Damien se sont rétrécis. La possessivité a flambé. « Pourquoi ? Qui vas-tu voir ? »

« Personne. »

« Si je sens un autre mâle sur toi », a grogné Damien, envahissant mon espace, « je lui arracherai la gorge. Tu es la propriété de la Meute. »

« Je ne suis pas une propriété ! »

« Tu es ce que je dis que tu es ! » Il a frappé sa main sur le comptoir. Le granit s'est fissuré.

Il a sorti son téléphone. « Regarde. »

Instagram. Une photo de la nuit dernière. Lui et Isabelle. Légende : Ma force. Mon avenir. Ma Luna.

Des milliers de likes. Le monde des loups-garous applaudissant à mes funérailles.

Je l'ai regardé. L'homme qui tenait mon cœur et le serrait jusqu'à ce qu'il éclate.

J'ai sorti mon téléphone. Les mains tremblantes, j'ai ouvert les commentaires.

J'ai tapé une seule phrase.

Sic transit gloria mundi.

Ainsi passe la gloire du monde. Il m'avait appris cette phrase quand j'avais douze ans. Il disait que cela signifiait que le pouvoir est éphémère.

J'ai appuyé sur envoyer.

Puis, j'ai fait l'impensable.

Je me suis concentrée sur le fil d'or dans mon esprit. Le Lien d'Âme Sœur.

Non, a hurlé ma louve. C'est un suicide !

Mieux vaut mourir que de vivre ça.

J'ai visualisé une paire de cisailles.

J'ai serré.

CLAC.

Ce fut comme une explosion dans mon crâne. Une douleur fulgurante a explosé derrière mes yeux. J'ai haleté, le sang jaillissant de mon nez.

Damien a reculé en titubant, se tenant la poitrine. Son visage est devenu livide. Il a senti le vide. Le silence soudain là où j'étais autrefois.

« Qu'as-tu fait ? » a-t-il murmuré.

J'ai essuyé le sang de ma lèvre. Le bourdonnement constant de sa présence avait disparu. C'était calme.

« Je vous ai libéré, Alpha », ai-je dit. D'une voix morte.

Je suis sortie.

Je suis allée directement à la cabane de jardin. J'ai trouvé le pot de pâte de tue-loup. Poison pour les loups. À petites doses, ça masque une odeur. À fortes doses, ça tue.

Je devais disparaître.

Sa fête d'anniversaire était dans deux jours.

C'est là que je m'enfuirais.

Les cauchemars devenaient créatifs. Damien en loup, me léchant la main, sa langue arrachant la chair de mes os.

Je me suis réveillée en hurlant silencieusement. Le collier m'étranglait, l'infection se propageait.

Plus que deux jours. Je devais aseptiser mon existence.

Les loups font leur nid. Nous accumulons des choses qui sentent nos proches. Ma chambre était un sanctuaire dédié à Damien. De vieux pulls, des livres, des fleurs séchées. Des ancres.

Je devais couper la corde.

J'ai traîné un sac poubelle noir dans les escaliers. Boum. Boum.

« Tu vas quelque part ? »

Damien se tenait près de la porte, un verre de whisky à la main. Il avait l'air diminué. Depuis que j'avais coupé le lien, il perdait de l'énergie.

« Je sors les poubelles. »

« Ça sent... moi. » Il s'est approché. « Tu voles mes affaires ? Tu te construis un nid ailleurs ? »

Son arrogance était une maladie. Il pensait que je volais ses vêtements pour les renifler en secret.

« Vérifie. »

Il a hésité. Il ne voulait pas voir mon désespoir.

« Brûlez-le », a-t-il dit aux gardes.

« Quoi ? »

« Tu veux que ça disparaisse ? Faisons-le correctement. » Il a ouvert la porte. « Léo ! Fous-y le feu. »

Léo a traîné le sac jusqu'au brasero.

Damien a levé la main. Une boule de Feu d'Alpha a vacillé dans sa paume. Il l'a lancée.

Whoosh.

J'ai regardé mon enfance brûler. L'ours en peluche. Le journal intime. Le pull qui sentait la sécurité.

« J'ai pris des dispositions », a dit Damien, les yeux fixés sur les flammes. « Un pensionnat en Suisse. Tu pars la semaine prochaine. »

« L'exil », ai-je ri. Un rire sec, craquant.

« La sécurité », a-t-il récité. « Isabelle... elle est territoriale. Si tu restes, elle te fera du mal. Et je ne peux pas... je ne peux pas te surveiller 24h/24. »

« Tu veux dire que tu ne supportes pas la culpabilité. »

Il s'est retourné, les yeux flamboyants. « Je te sauve la vie ! Tu es faible ! Tu es une Oméga sans loup ! Tu ne peux pas survivre dans ce monde sans moi ! »

« Vous avez raison », ai-je murmuré. « Je ne peux pas survivre avec vous. »

Il a tressailli.

« Va dans ta chambre. Restes-y jusqu'à la fête. »

Je me suis éloignée.

Il ne savait pas qu'il venait de me rendre un service. Un loup sans tanière est un Solitaire.

Et les Solitaires n'ont plus rien à perdre.

Chapitre 3

Point de vue de Séraphine :

La nuit du gala était apocalyptique. Une tempête venue de l'Atlantique. Une pluie comme des balles.

Parfait.

J'étais dans la cuisine, habillée en servante. Invisible.

J'ai entendu Damien dans la bibliothèque avec Guillaume, son Bêta.

« Elle est bizarre, Damien. Trop silencieuse. Et ce collier... son cou est en train de pourrir. »

« Elle va bien », a balayé Damien, bien que sa voix soit tendue. « Elle boude, c'est tout. »

« Vraiment ? » a demandé Guillaume. « Ou est-elle brisée ? Damien, elle est ta... »

« Ne le dis pas ! » a rugi Damien. « C'est une enfant humaine et faible ! Si je la réclame, les Anciens la mettront en pièces ! Je fais ça pour la protéger ! »

« Tu la protèges à mort », a dit Guillaume.

Je me suis glissée sur la terrasse.

Isabelle tenait salon dans une robe rouge sang. Elle m'a vue et a souri avec mépris.

Elle s'est approchée, a feint de trébucher et a renversé son vin sur moi.

« Oups », a-t-elle ri. « Regarde-toi. En train de nettoyer les dégâts. Ça te va bien. »

Elle m'a poussée. Fort.

J'ai glissé sur la pierre mouillée et je suis tombée en arrière, dans la boue et la pluie.

Damien est sorti en courant.

« Que s'est-il passé ? »

« Elle m'a poussée ! » a pleuré Isabelle. « Elle a essayé de m'attaquer ! »

Damien m'a regardée, tremblante dans la boue, le collier brillant. Il savait qu'elle mentait.

Mais il était l'Alpha. Il ne pouvait pas prendre le parti de la domestique contre la Luna.

« Lève-toi », a-t-il aboyé. « Dégage de ma vue. »

Il a enlevé sa veste.

Mon cœur a fait une chose stupide et pleine d'espoir.

Il l'a enroulée autour d'Isabelle.

« Rentrons, mon amour. »

Ils ont tourné le dos.

Je suis restée dans la boue. Le froid s'infiltrant jusqu'à la moelle.

Bzzzz.

Mon téléphone prépayé.

Frontière ouverte. Secteur 4. Minuit.

23h00.

Je me suis levée.

Une vague de chaleur m'a frappée. Pas l'argent. Interne.

Mon sang bouillait. Mes os grinçaient. Ma vision s'est aiguisée, suivant chaque goutte de pluie.

Mes ongles se sont allongés en griffes.

Pas maintenant.

Mais ma louve ne se cachait plus. Elle se réveillait.

La fièvre a grimpé. Je ne tremblais pas de froid ; je tremblais de puissance.

« Joyeux anniversaire, Damien », ai-je murmuré.

J'ai couru dans les bois.

Je ne courais pas comme une humaine. Je me déplaçais avec une vitesse impossible.

Je courais vers les Solitaires.

Je n'étais plus Séraphine l'orpheline. J'étais la tempête.

La boue était glissante, mais je n'ai pas dérapé.

J'avais frotté la pâte de tue-loup sur mes poignets et mes chevilles. Ça engourdissait ma peau et rendait ma louve léthargique, mais pour les patrouilles, je sentais la mousse humide.

J'ai atteint la clôture du périmètre. Trois mètres cinquante de haut, électrifiée.

Je connaissais la faille. Des lapins creusaient sous les fondations près du tuyau de drainage.

J'ai rampé dans la gadoue. Le béton m'a éraflé le dos.

J'ai émergé de l'autre côté.

La liberté.

Une berline noire attendait sur la route de service.

J'ai sprinté. Mes jambes brûlaient de la fièvre de la transformation.

Une ombre s'est détachée des arbres.

Un loup.

Un garde de patrouille. Une bête brune massive, grondant, me barrant le chemin.

Il s'est accroupi. Il m'a reconnue. L'animal de compagnie de l'Alpha.

Il a ouvert les mâchoires pour hurler.

Non.

Je ne me suis pas recroquevillée.

Je me suis arrêtée. La fièvre a grimpé plus fort que l'argent.

« Bouge », ai-je dit.

Ce n'était pas un cri. C'était une vibration. J'ai imité le ton que Damien utilisait pour commander les légions. J'ai projeté chaque once de ma rage refoulée dans mon aura.

Une onde d'énergie a explosé vers l'extérieur.

Le loup brun s'est figé. Il a gémi. L'instinct a pris le pas sur le devoir. Confronté à la fréquence d'un prédateur supérieur, il s'est soumis.

Il a reculé, la queue entre les jambes, le ventre dans la boue.

Je n'ai pas cherché à comprendre. J'ai plongé dans la voiture.

« Roulez ! »

Nous avons filé vers l'autoroute.

Nous avons atteint la frontière territoriale.

Quitter une Meute, ce n'est pas comme traverser une frontière. C'est une amputation spirituelle.

Clac.

« Argh ! » ai-je haleté, me tenant la poitrine.

Le crochet s'est arraché de mon âme. Le bourdonnement de fond de la Meute a disparu.

Le silence. Un silence froid et solitaire.

Mais ensuite... de l'oxygène.

Pour la première fois en dix ans, je pouvais respirer.

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La Bête à Collier de l'Alpha : Rejetée et Renée

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