Chapitre 2

Après ce bref entretien avec elles, Judith n'arrivait toujours pas à réaliser qu'il s'agissait bien de moi son meilleur ennemi (rires), elle se demandait comment est-ce que moi qu'elle persécutait sans cesse j'avais pu apporter mon aide à son amie, mais bon moi j'avais juste fait ce qui me paraissait normal.

Peu de temps après, nous étions allés en pause et chacun se précipitait pour aller chercher de quoi manger. Puisque je venais récemment de jouer le bon samaritain,  je ne pouvais me permettre d'aller à la cantine et admirer les autres manger. J'avais donc jugé nécessaire à défaut de remplir mon ventre, de nourrir mon esprit en lisant une œuvre littéraire nommée "Afrika ba'a'' de Rémy Medou Mvomo. Cet esprit de lecture là qui aujourd'hui, m'a malheureusement quitté depuis l'arrivée du téléphone android qui s'avère être une véritable source de distraction pour moi.

Pendant que je savourais la belle aventure de Kambara ( personnage principal de cette œuvre) au rythme d'une conga bien sentie, je vis Judith venir partager son pain avec moi. Grand était mon étonnement car c'est à peine que je comprenais ce qui venait de se passer là, j'avais l'impression d'être dans un rêve. Judith partager son goûté avec moi?? Noooonnnn, c'était quasimenent impossible avant!!! Je ne réalisais vraiment pas ce que je voyais, mais la réalité était pourtant là.

Avec la famine qui m'avait déjà assez rongé, qui étais-je à ce moment-là pour refuser un pain aussi bien chargé que le sien ? J'avais cordialement accepté ce bout de pain et je l'avais rapidement envoyé dans mon estomac sans perdre du temps. Après avoir terminé ma dégustation, je n'avais pas manqué de lui demander ce qui me valait bien cet acte bienfaisant...

Moi : Dis, puis-je savoir la raison pour laquelle tu as partagé ton déjeuner avec moi?

Elle était tellement idiote ma question... car je savais pertinemment ce pourquoi elle l'avait fait, mais bon il fallait au moins jouer les curieux mais surtout, il fallait que ça sorte de la bouche de Judith ''la fille qui ne se mélange à personne'' (rires)!!! Ne dit-on pas souvent que dans la vie, seuls les plus rusés s'en sortent rapidement? Ce n'est non plus pour dire qu'il faut pratiquer de la ruse partout (rires).

D'un ton respectueux, elle me répondit volontier...

Judith : J'ai juste constaté que tu n'es pas allé manger comme à l'accoutumée, sûrement à cause de l'aide apporté à Clarisse. J'ai donc pensé partager mon goûté avec toi.

Moi : Ça alors!!!! Je te remercie énormément du fond du cœur, car sans le savoir, tu as sauvé un camerounais !!

Judith : Non, me rétorqua-t-elle, c'est à moi de te remercier d'avoir aidé ma copine...

On cherchait chacun à donner du merci à l'autre sans vouloir le recevoir en retour, on dirait dans des cinémas novelas, latinos, américains et occidentaux. Peu à peu, un climat harmonieux s'établissait déjà entre nous... très souvent, nous parlions de nos différentes confrontations dans les années précédentes et cela ne manquait de nous arracher le sourire...

Celui là qui avait stipulé que l'amour commence toujours par la haine était un sacré génie et il a tout mon respect. À nous voir rigoler et converser,  on pouvait s'imaginer que nous étions amis depuis belle lurette, or c'était tout le contraire.

Mon ami de marche Ludovic, celui avec qui je rentrais souvent des classes n'avait pas manqué de me faire cette remarque, mais il n'était vraiment pas question qu'on s'y atarde car chacun devait gérer sa vie comme bon lui semblait. Puisque notre relation était essentiellement basée sur le désordre, je ne voyais aucun intérêt à lui partager certains aspects de ma vie. Je vous assure que lorsqu'on parlait de la légionellose du désordre dans notre salle, on faisait  référence à nous.

Nous étions connus de tout le lycée, car dans les escalades du portail nous étions champions, les jeux poker nous étions les principaux organisateurs. Malheureusement, nous n'avions pas eu la malchance ou la chance de continuer ensembles, car il avait été définitivement renvoyé du lycée à cause de la consommation des stupéfiants. C'est la seule chose que j'avais refusé de gérer avec lui, car j'étais bien conscient des conséquences qui pourraient en d'écouler.

C'était vraiment compliqué pour moi de continuer dans mon désordre noyeur, je dis noyeur car je faisais du désordre mais j'étais parmi les têtes d'affiche de l'excellence scolaire de tout le lycée. Les gens étaient vraiment surpris par mon attitude, au point où mes camarades ont commencé à me traiter d'hypocrite. Cela m'était totalement égal et ça me laissait à 15 comme le disent si bien les Sawa. Chacun savait ce qu'il était venu chercher et ce qu'il voulait. Il était donc impossible de me traiter d'hypocrite puisque je faisais le désordre uniquement quand il s'agissait des matières que je maîtrisais, et je ne passais aucune nuit sans bûcher. C'était là le secret de ma réussite.

Le lendemain étant arrivé, je m'étais rendu au lycée après une heure de marche et puisque nous étions mercredi, j'avais tout le temps de jouer à la carte et aux deux dés avant de rentrer faire cours de philosophie à la troisième heure. Ayant perdu tous mes paris, j'étais rentré en classe avec une mauvaise mine du coup, je ne voulais pas que l'enseignant de philosophie, Monsieur Bitjoka à qui j'adresse mes sincères remerciements pour sa bonne formation, vienne nous donner cours.

Chose préméditée, chose accomplie. Et voilà les professeurs qui sont tous appelés à assister à la journée pédagogique. Les inspecteurs régionaux étant en tournée dans la ville d'eseka, il fallait commencer par notre lycée, le lycée d'eseka car nous étions le plus ancien.  C'était donc une journée blanche qui s'annonçait, donc plus besoin de m'inquiéter.

C'était là l'occasion parfaite de mieux m'entretenir avec Judith et mettre au point une amitié solide et durable:

Moi : Bonjour Judith.

Judith : Bonjour Gaston!

Moi : Comment était ta nuit ?

Judith : Meilleure et la tienne ?

Moi : idem, merci !

Au moment d'entamer le vif du sujet, Clarisse apparu et fit la sérieuse avec moi, s'imaginant que ma conversation avec son amie portait sur une affaire de sexe ou de couple, mais c'était trop me rabaisser quand même !!! Je lui avais directement répondu que je ne suis pas un mec qui profite d'une situation de faiblesse pour mettre une fille sur son lit.

Étant rassurée que je n'allais pas détourner sa petite sœur comme elle le disait souvent, elle s'en alla visiter ses amies du club danse dans les autres salles de classes, en particulier la seconde allemand+italien.

J'étais donc à nouveau resté seul avec Judith et il fallait continuer notre entretien où nous l'avions laissé. Sauf que cette fois ci, c'est elle qui prit la parole la première...

Judith : Parle moi de toi... As-tu des frères? Des sœurs? Bref, fais moi une brève présentation de ta famille...

Ça me paraissait étrange qu'elle veuille me connaître en profondeur, mais il fallait tout de même que je sois galant pour d'avantage marquer des points quoi !!!

Moi : Je suis le second fils d'une famille de 5 garçons uniquement, issus des mêmes parents. Et toi ?

Au moment de me répondre, je vis un changement brusque d' humeur. Elle était devenue triste et je voulais bien savoir pourquoi ! C'est à ce moment qu'elle se confia à moi et me parla de sa triste enfance, l'objet d'une parfaite irresponsabilité  parentale.

Chapitre 3

M'ayant briefé sur son enfance difficile, son regard était devenu inquiétant, on dirait que je lui avais pointé un poignard dans le cœur, je pouvais ressentir à quel point ce sujet la terrifiait... Mais qu'est ce qui pouvait bien lui arriver pour qu’elle soit aussi triste d'un coup ?! Je m'interrogeais sérieusement, car la voir ainsi ne me plaisait pas du tout. Je voyais à quel point sa souffrance interne était grande et profonde et ça me brisait !!!

Il avait fallu que je la questionne avec douceur sur ce qui la tracassait autant pour qu'elle me révèle, d'une voix faible, qu'à chaque fois qu'on lui parle de sa famille ça ne lui rappelle que de mauvais souvenirs et elle me fit également savoir qu'elle n'aimerait jamais parler de la séparation de ses parents à qui que ce soit. Je la comprenais, c'était tellement visible qu'elle en souffrait énormément...

Certes c'était assez difficile pour elle d'en parler, mais je me disais quand-même que puisque c'était elle qui avait abordé cette conversation, elle ferait une exception de se confier à moi en profondeur étant donné qu'elle savait qui j’étais et qu'elle connaissait déjà certains détails concernant ma famille.

Mais bon, y avait pas de quoi m'énerver parce que je me devais de  compatir à son chagrin... Vu qu'elle était déjà dans un mauvais mood, fallait pas en rajouter surtout que moi je voulais vraiment gagner son amitié et sa confiance. Et pour se faire, j'étais prêt à patienter jusqu'à ce qu'elle soit prête de me parler de cette fameuse séparation de ses parents. Je lui avais juste fait savoir qu’il est parfois important de s'ouvrir à quelqu’un lorsqu'on se retrouve dans une situation comme la sienne...

Pendant que je cherchais à la convaincre autrement, sans trop vouloir contourner, elle m'avait clairement fait comprendre que je n'étais pas quelqu'un digne de confiance. Intrigué par ses propos, je lui avais demandé sur quoi elle se basait pour dire de telles choses pourtant on venait juste de commencer à apprendre à se connaître. Elle m'avait répondu qu'elle ne sait pas pourquoi elle le disait, mais qu'elle le voyait juste.

Desordonné de mon état, c'était normal qu'elle me voit ainsi. Intérieurement, je m'attendais déjà à cette réaction de sa part car nous n'étions vraiment pas encore amis. Toutefois, je n’étais pas resté là sans agir, il fallait que je lui dise qu'elle se trompait à mon sujet.

Une fois énervée ou dérangée par une quelconque situation, Judith devenait totalement furieuse et s'en prenait à tout le monde sans raison valable... L'avais-je mise en colère?? Je dirais non. Je lui avais juste renvoyer la question qu'elle m'avait posée et à laquelle j'avais répondu sans problème.

La demi journée de mercredi s’étant donc achevée sans le moindre cours pour nous, je devais aller gérer les prestations post et périls scolaires à la case communautaire. J’étais juste allé à ces prestations parce que Judith participait aux sélections des meilleures danseuses et Clarisse son amie, m’avait demandé de leur tenir compagnie après la présentation du plan de travail de cette journée. J'avais accepté sans trop réfléchir, parce qu'il s'agissait quand-même de Judith...

Hors du portail pendant qu'on cheminait vers la case communautaire, Judith me présenta des excuses contre toute attente... Flatté par sa réaction, je lui avais rapidement dit que c'était pas grave que j'avais laissé tomber depuis... C'est alors qu'elle se mit à pleurer à chaudes larmes, j'essayais tant bien que mal de la calmer mais en vain, elle n'y arrivait pas même si elle le voulait. Quelques instants après, elle m'avait prise ma main et m'avait demandé de lui promettre de ne jamais reveler à qui que ce soit ce qu'elle s'apprêtait à me confier.

Je le lui avais promis et elle s'était donc mise à me parler de la triste séparation de ses parents alors qu'elle n'avait que l'âge de 10 ans. C'est vraiment déplorable ce qu’endurent les enfants pendant et après la séparation de leurs parents qui sont censés leur procurer un avenir et une éducation prometteuse. Je me demande bien si ces derniers pensent souvent aux dommages psychologiques que peuvent engendrer leurs actes avant de souvent envisager se séparer. Les enfants sont toujours les principales victimes alors qu'ils n'ont pas choisis cela...

Désespérée et pleine d'amertume pour cette vie, elle se mit à me parler de  l'irresponsabilité parentale dont elle a été victime. À reprendre ses propos, ses parents s'étaient rencontrés dans la ville de Yaoundé en 1995 dans un snack bar de la place. Son père, médecin généraliste à l’hôpital des grandes endemies d'eseka, était allé touché son salaire. Comme vous connaissez si bien les fonctionnaires célibataires avec le libertinage financier, il avait donc décidé de consomer une fine partie de son labeur après un mois de dure corvée. C’était donc pendant qu'il s’amusait au rythme d'un makossa à l'ancienne qu'il découvrit sa future femme venue assister son amie au service d’hôtesse d’accueil.

Ayant les yeux remplis d'alcoolémie, il ne put se retenir face à une beauté aussi naturelle, me disait-t-elle, il avait donc abordé sa charmante conquête et l’avait invité à prendre un pot. Elle avait accepté volontiers et ils s’étaient mis à converser en amoureux !

Étant à la recherche d'une épouse afin de jouir des avantages matrimoniaux dans son lieu de service, monsieur Yebga  était prêt à répondre présent à toutes femmes aspirant au mariage. C'est l’erreur que plusieurs personnes commettent souvent car personne ne veut attendre le moment propice, encore moins se donner un peu de temps!  Chacun veut faire comme il veut et quand il veut. 

La mère de Judith était également à la recherche d'un homme sérieux, et ce dernier répondait favorablement à ses critères car il travaillait déjà et gagnait un salaire satisfaisant. C'est également le principal problème des femmes pareusseuses qui ne veulent pas souffrir avec leurs époux au début. Elles veulent juste récolter sans semer, chose quasi impossible !

Sans perdre du temps, les deux s’étaient fixés des rendez-vous avenirs afin de mieux établir des bases de leur union. Ils s'étaient amusés toute la nuit, et chacun était rentré chez lui aux environs de 5h du matin.

C'est à ce niveau que Judith fit une pause car nous étions déjà proches de la case communautaire. J’étais vraiment surpris du fait qu'elle m’eût raconté cela, moi qui n'avait presque pas de liens solides avec elle, mais tout cela a été le fruit de la pression que Clarisse avait mise sur elle !

Quelques heures plutard, son groupe de danse avait été qualifié pour la phase finale et j'avais déjà réglé tout ce que j'avais à faire.  Nous nous étions donc séparés là et chacun avait pris sa route. Toutefois, elle m'avait promis de continuer cette histoire le lendemain au lycée. Une chose est sûre c'est que, j'avais tellement hâte qu'elle me raconte la suite de cette histoire.

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JUDITH

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