Chapitre 2
Je pousse les portes de la salle d’opération, et me dépêche d’aller retirer les gants chirurgicaux. J’ai désespérément besoin d’essuyer cette goutte de sueur qui perle à mon front. Je retire la blouse verte, le masque… je frotte et je frotte mes mains dans le large lavabo en acier inoxydable. J’étais assistée par deux techniciennes en devenir – dont Zoé cette sale traire! – ainsi que du professeur Dubuc, un vétérinaire d’expérience, qui supervisait cette opération bien évidemment… opération sur un pékinois qui pour nous était un examen pratique, mais qui pour ce chien était vitale.
Il est en réanimation. L’opération parait un succès. Les techniciennes qui m’assistaient n’ont fait aucune erreur. Tout s’est parfaitement déroulé. Enfin. Je crois.
Je sens une main sur mon épaule. Je lève les yeux au-dessus du lavabo en direction du miroir dans lequel j’observe le reflet du petit homme dans la soixantaine.
— Angelica, tu t’es très bien débrouillée! s’exclame le professeur Dubuc et vétérinaire émérite.
— Vous croyez?
Il est aisé de percevoir mon hésitation quand je me tourne en sa direction, me déplaçant pour aller m’essuyer les mains. Il n’est pas le seul à avoir observé cette opération. Il est possible de suivre le déroulement d’une pièce à la baie vitrée qui est adjacente et accessible aussi bien aux étudiants qu’aux autres professeurs du centre universitaire. Dubuc ne sera donc pas le seul à l’évaluer. S’il n’en tenait qu’à lui, je devine que j’obtiendrais une note presque parfaite.
Le professeur Dubuc me considère un peu comme la fille qu’il n’a jamais eue. Moi qui suis une enfant de la DPJ, qui n’a cessé de passer de famille d’accueil en famille d’accueil… je le prends volontiers comme un père de substitution. Sa chaleur humaine et son accueil inconditionnel mettent du baume sur mon cœur d’enfant abandonné par ses parents à la naissance.
Tout en me tenant la porte de sortie ouverte, il s’efforce donc de me rassurer une nouvelle fois. Mais je n’en suis pas aussi certaine. J’ai eu quelques petites hésitations et en chirurgie, la plus petite hésitation ne pardonne pas! Dans le corridor, le vieux professeur peut sentir ma sempiternelle insécurité me submerger comme trop souvent. Il pose sa main sur mon épaule chaleureusement. Il me suggère de ne plus y penser et rentrer chez moi, de me faire couler un bain moussant, puis tant qu’à faire, de me faire un bon repas, accompagné d’un bon verre de vin, de relaxer devant un bon film comme je les aime… avec Gala vautrées à mes pieds bien entendu!
J’esquisse un sourire. Il a raison. Je l’ai bien mérité. C’était mon dernier examen…J’ai bossé si dur. Plus qu’un petit mois et mon rêve deviendra enfin réalité. Le professeur Dubuc me fait la bise, m’ayant reconduit à une des sorties donnant sur le parking. Le petit homme rondelet me regarde d’un air attendri monter dans ma petite voiture électrique et quitter le campus.
Je lui fais un dernier signe de la main avant de faire demi-tour en direction de la sortie du stationnement. Mon appartement se situe dans les vieux quartiers de la ville, au-dessus d’un centre de yoga qui est dirigé par une femme d’exception: Jessie Marlot. Une dame dans la fin de la trentaine très engagée dans la communauté LGBT de Sainte-Hyacinthe. Elle est également la compagne de vie de la patronne de la clinique vétérinaire dans laquelle je dois faire mon stage.
Ma voiture est une Chevrolet Bolt que je me suis payée au prix de nombreuses heures de travail dans ce fichu dépanneur. Mais j’avoue que ça en valait la peine. Je peux la stationner pratiquement n’importe où tant qu’il y a une prise électrique à proximité, ce qui est le cas de ma place de parking sur le côté du centre de Yoga. Je fais toujours signe de la main à Jessie par la baie vitrée quand je passe devant et elle y répond du fond de la salle de Yoga , tout en donnant le dernier de ses cours en fin d’après-midi.
Je monte les marches de mon escalier en fer forgé avec un peu moins d’enthousiasme que d’ordinaire. Je mets la clé dans la porte quand j’entends gratter derrière celle-ci et japper bien évidemment. Gala est toujours très heureuse de m’accueillir à mon retour à la maison. C’est un cocker anglais magnifique. Elle est la perle de la perle. Je l’aime. Je l’adore. Mes joies, mes peines, mes secrets, elle les connait tous!
Après avoir posé mon sac à dos dans l’entrée de mon petit appart de trois-pièces et demi tout riquiqui. Accroupie sur le sol devant ma chienne, je dois bien passer quinze bonnes minutes à la caresser et la gratter derrière les oreilles… avant qu’elle daigne enfin me laisser pénétrer plus avant dans le lieu. Elle me suit toujours en cuisine pour que je lui serve un nouveau bol d’eau fraiche. Ensuite, après s’être bien rassasiée, c’est inévitable elle court chercher sa laisse sur un cubicule du hall d’entrée et elle vient me la porter, suppliante!
Le message est on ne peut plus clair. Gala veut sa promenade. Mais ce soir elle va devoir attendre, car je suis lessivée. Cet examen m’a crevée, épuisée…stressée au max! Je suis donc le conseil de mon professeur et je vais me faire couler un bon bain moussant dans lequel je me laisse couler…
Dans ma minuscule baignoire, je me laisse couler et je profite du silence. Je savonne mon corps vigoureusement, le caresse également… Ma main glisse subrepticement entre mes cuisses. Depuis quelques jours, je me sens brulante de désirs contenus… Quand je suis seule, dans mon bain ou dans mon lit… je ne peux cesser de penser à mon mystérieux CEO d’une compagnie basée au Costa Rica, de ce que j’ai découvert par la suite en effectuant quelques recherches sur Internet. Drake Sidov est également ce qu’on appelle communément ici, au Québec, un gros plein de cash. Un Bazillionnaire. Un gros richard quoi. C’est aussi un entrepreneur de 34 ans. Il y a 11 ans, avec son associé québécois Philipe Bérubé, qui est lui aussi très connu, Drake Sidov cofondait Sidov Corp tout juste au sortir de ses études au MIT, où lui et son associé furent diplômés avec mention. La compagnie Sidov Corp vaudrait aujourd’hui des milliards.
Quoi de plus sexy qu’un mystérieux milliardaire russe beau et intelligent pour titiller vos fantasmes! Cependant je doute que dans la vraie vie nous soyons compatibles tous les deux. Je ne suis qu’une petite insignifiante de dix ans plus jeune que lui, sans famille et sans background, tandis que lui… Nan… Dans le dépanneur, il est évident qu’il ne faisait que me taquiner… Je suis certaine! Il se moquait d’la p’tite caissière un peu bébête! D’ailleurs, il doit surement fréquenter des mannequins ou des célébrités. Quoiqu’il soit difficile de dénicher un portrait de lui sur le Net, même sur le site Internet de sa compagnie. Ce type semble cultiver le mystère! Je parie que c’est un playboy et qu’il accumule les histoires d’un soir. Je n’étais sans doute pour lui qu’un simple flirt.
Peut-être que dans mes fantasmes les plus débridés, je me vois bien aller prendre un café tel qu’il l’avait suggéré avec ce bad-boy-bazillionnaire. Sous la table, il glisserait sa main calleuse et charnue sur ma cuisse. Il remonterait ma jupe, centimètre par centimètre pour glisser sa main entre mes cuisses… Son pouce caresserait tout d’abord mon p’tit minou par-dessus ma culotte, qui deviendrait bien vite humide… Lentement, il écarterait de sa main ferme la fabrique du dessous satiné qu’je porterais, pour glisser son doigt dans ma chatte humide, caresser mon clitoris de mouvement circulaire… puis insérer un doigt entre les lèvres délicates de ma vulve…pénétrer mon vagin, aller et venir alors que son pouce continuerait de caresser mon clitoris désormais en érection de mouvement circulaire… tandis qu’un second doigt me pénètrerait, pour venir appuyer sur la zone la plus érogène de mon vagin, le poing G, qu’il malaxerait impitoyablement de ses doigts, non pas en douceur, mais avec toute la force et la rudesse son cet adonis au bras musclé en est capable, jusqu’à m’en faire gémir de plaisir dans le restaurant qui serait bondé à cette heure.
Perdant toute inhibition, je ne cesserais de me tortiller sous la table, chevauchant cette main experte sans relâche jusqu’à atteindre l’extase, et ce, devant tout le monde! Drake aurait alors cette expression si parfaite. Cet air suffisant, ce petit sourire narquois qui lui va si bien!
— WOUFF! WOUFFF!
Je retire ma main d’entre mes cuisses et je sursaute dans mon bain, dont les bulles se sont toutes évaporées. Ma chienne continue de japper et de gratter de sa patte vigoureusement sur la porte de la salle de bain. Je me lève dans la baignoire minuscule, dégoulinante d’eau, et j’attrape ma serviette de bain que j’enroule autour de ma taille en sortant. Je me précipite vers la porte de sortie et je l’ouvre toute grande. Ma chienne se tient devant celle-ci, sa laisse dans la gueule. Je m’accroupis devant elle et je lui gratte le menton :
— Mais oui, Gala ma chérie!
Elle veut sa promenade. Elle en a marre d’attendre après moi. Les cockers anglais sont très actifs. Ils détestent passer de longues journées enfermées dans un appartement. Il existe une garderie pour chien voisine de la clinique vétérinaire de mon quartier. Si j’avais, les moyens, croyez-moi, je l’y enverrais. Ma propriétaire accepte parfois de venir tenir compagnie à ma chienne en mon absence, mais seulement durant ses pauses entre le cours de yoga qu’elle donne et durant les heures d’ouverture…
Autrement, je n’ai ni ami ni famille… Je ne vais quand même pas embêter mon vieux professeur en dehors des heures de cours, quand bien même mon mentor est un peu comme un père de substitution. Il ne faut jamais abuser des bonnes choses. C’est une leçon que j’ai durement apprise dans les foyers d’accueils étant jeune. Très vite, mes gardiens s’exaspéraient si je demandais un peu trop d’attention. J’ai vite compris que je devais être autonome. Du moins autant que faire se peut. Sinon, je me prenais une claque ou mes gardiens perdaient patience et me demandaient si je ne pourrais pas être un peu plus débrouillarde… Il y avait aussi des foyers un peu plus sordides. Ceux avec des gardiens abusifs du genre à vous enfermer dans un placard si vous étiez un peu trop bruyant…
Je ferme les yeux en enfilant mon jean et mon sweatshirt. Je refuse de laisser ses mauvais souvenirs venir me hanter encore une fois. Mes espadrilles dans les pieds, je me penche pour mettre la laisse au collier de ma chienne et enfin, nous sommes fin prêtes pour cette marche de santé!
Chapitre 3
À deux pâtés de maisons de mon appartement, il y a un parc plutôt sympa. Gala aime bien que je l’y conduise. Je peux lui lancer la balle et il y a suffisamment d’herbe verte pour qu’elle puisse gambader entre les grands arbres. Ce soir, Gala est surexcitée. C’est à se demander si un orage est à venir… Ma chienne peut les pressentir à des kilomètres!
Elle fait des cabrioles pour essayer d’attraper la balle en plein vol. Cette fois, elle la rate et la balle atterrit sur le sentir qui traverse le parc, au pied d’un promeneur qui se penche et la ramasse avant que mon cocker, qui courrait en cette direction, puisse s’en saisir.
Je me fige sur place en apercevant le nouveau venu.
Bad boy bazillionnaire.
Ma chienne est à ses pieds, sautillant sur place et la queue frétillante, elle le supplie de manière joviale de lui rendre sa baballe. Les cockers anglais sont des chiens affectueux. En fait, je crois bien que si un cambrioleur pénétrait dans mon humble demeure, ma chienne l’accueillerait la queue battante et lui léchant la main pour ensuite le conduire en direction de mes uniques possessions de valeurs, c’est-à-dire ma console de jeu vidéo et mon coffre à bijoux!
Gala sale traitre! Comment peux-tu fraterniser avec le camp ennemi!
Aujourd’hui il porte un jean noir un peu plus chic avec une ceinture à boucle rouge pale, assortie d’une chemise propre et il a remplacée sa veste de cuir de Badass pour un blaser rouge bourgogne à la coupe impeccable qui lui donne cette fois le look du parfais CEO Bazilliardaire. Même ses cheveux légèrement bouclés ont cessé de se rebeller et sont aujourd’hui plus propres, plus léchés.
Shit. Fuck. Merde.
L’objet de ma dernière séance de masturbation se tient debout devant ma chienne, agitant la baballe sous son nez. Elle jappe furieusement, ce qui fait rire le mystérieux Russe…mafieux? Ça reste toujours à déterminer.
Je m’approche avec appréhension. Je n’ai pas trop l’choix. Après tout, c’est mon chien.
Il lève les yeux sur moi :
– Votre chien ?
Ah bon sang! Je suis toute chose! Son accent russe me fait encore plus d’effet que la dernière fois! Je déglutis fortement.
Des images érotiques de ma petite séance de masturbation défilent dans mon esprit sans que je le veuille.
Drake lève un sourcil amusé.
— Angélica!
— Hmm? Oui! C’est ma chienne!
Détectant mon malaise – puisque sans doute j’ai rougi jusqu’aux oreilles comme trop souvent ! – il détourne les yeux en direction de ma chienne. Il s’accroupit devant elle et caresse le col de la bête affectueusement.
— Alors ma belle… comment tu t’appelles ?
J’ouvre la bouche pour parler, mais il vient de voir la médaille à son collier et il y lit immédiatement la réponse.
— Gala! Intéressant… murmure-t-il lançant la balle entre deux arbres éloignés.
Ma chienne bondit comme une flèche pour aller la lui chercher. Je retrouve la parole. J’explique que ce nom est celui de la femme d’un peintre qui me plait énormément. Comme il se relève, une lueur de compréhension se fait dans son esprit. Il se tape la cuisse :
— Mais oui Gala Dali! J’aurais dû y songer!
Je le dévisage avec surprise. Je suis toujours forcée d’expliquer. Mais pas à lui apparemment. Le Russe est quelque peu insulté de ma déconfiture. Comme si je ne pouvais pas m'imaginer qu’il y aie un cerveau sous ces gros muscles. Mais il se trompe. Je n’le juge pas de manière aussi étroite d’esprit et je m’efforce de le lui faire comprendre. Je lui signale vitement que, si je suis aussi agréablement surprise, c’est que dans cette région rurale, il est assez rare d’en croiser d’autres qui se passionnent pour les beaux-arts.
— Mon père était un antiquaire, un collectionneur et même un restaurateur qui était très en demande dans son milieu… J’ai appris très jeune à faire la différence entre un faux Monet et un authentique… et de tous les peintres que m’a fait découvrir mon père, Dali était un de mes favoris. Il avait décidément un grand génie artistique.
Je réplique immédiatement en féministe invétérée, puisque derrière tout grand homme se trouve une femme dévouée.
— Mais il n’était rien sans sa femme! Elle était sa muse et elle savait garder les pieds sur terre quand son mari avait la tête dans les nuages.
Drake ne le nie pas. Salvator Dali adorait sa femme, la vénérait, l’adulait... Elle était aussi celle qui savait faire fructifier le talent de son époux. Il le sait, je le sais… mais je trouve que les historiens l’oublient trop souvent. On ne parle que très rarement de la femme de Salvator Dali ou encore de celles avec un grand «S» de Picasso, qui eurent elles aussi grande influence sur l’ensemble de son œuvre!
Le Russe sourit furtivement, une lueur de malice au fond de ses yeux quand il me répond :
— Ils étaient complémentaires. Dans le couple, il y a toujours un dominant et un dominé… un actif et un contemplatif… C’est essentiel!
J’ai la très nette impression que ce truand essaie de me passer un message. Ma chienne pousse sur ma main du bout de son museau pour me signaler sa présence à mes pieds, y laissant tomber la balle rebondissante. J’en profite pour éviter ce regard lourd de sens que me jette ce géant tranquille et, je lance de nouveau la balle dans l’herbe verte. Fixant mon attention sur ma chienne, je change le sujet de la conversation abruptement :
– Que faites-vous dans notre petit coin de pays? Vous ne devriez pas vous trouver au Costa Rica… C’est là que se trouve le siège social de votre entreprise, pas vrai…
Drake trouve ma réplique amusante apparemment, car il ricane. J’ai fait mon possible pour éviter de laisser transparaitre mes doutes… mais je ne suis pas très douée pour masquer mes émotions et en ce moment, je trouve la présence dans mon quartier de ce gangster russe de grande envergure quelque peu suspicieuse…Je ne réalise aucunement sur le moment que je viens aussi de me trahir et de lui laisser savoir que j’avais googlé son nom.
Évitant de me le souligner très galamment, il me pointe une direction, et surtout un bâtiment qui se trouve à environ un pâté de maisons.
— Mon entreprise finance des recherches de technologies agroalimentaires pour les pays non développés… CINTECH est un de nos partenaires. J’avais un meeting à ce sujet… Après ce genre de rencontre, j’ai toujours besoin de me mettre un peu au vert pour me vider la tête.
Il me désigne à présent le parc et ses grands espaces verdoyants, ainsi que ces deux magnifiques pommiers en fleurs à cette époque de l’année. Bien sûr! Le centre d’innovation technologique de Saint-Hyacinthe. J’aurais dû y songer. Mais oui, sa compagnie est une boite de haute technologie de ce que j’ai lu sur internet… Il n’était dit nulle part sur internet qu’ils investissaient aussi dans la biotechnologie! Je suis un peu surprise…
Je ne sais pourquoi, mais, bien que tout paraisse légitime, je ne peux m’empêcher de douter, de me dire que c’est trop beau pour être vrai… qu’il doit y avoir anguille sous roche. J’ai toujours cette sensation au creux de l’estomac en sa présence, qui me prend aux tripes et qui ne cesse de me mettre en garde d’un danger éminent.
Drake est ma kryptonite.
Voilà!
Il est là le danger…
Glissant la main dans la poche intérieure de son blazer hors de prix, il fait un pas en ma direction d’un air décidé. Je ne peux m’empêcher de reculer, de me dire qu’il va sans doute tirer son arme de mafieux de son étui gainé sous l’aisselle à l’instant même et m’obliger à le suivre… Je serais alors la prochaine victime de son réseau souterrain de trafic humain.
Je sais. J’ai une imagination débordante.
Il tire en fait son smartphone de sa poche. J’ai reculé involontairement quand il s’est exécuté, mais mon geste ne semble pas le rebuter. On dirait même qu’il s’y attendait!
— Donnez-moi votre numéro. Ainsi, la prochaine fois que je serai de passage dans votre région, vous, moi et Gala, nous pourrons aller prendre une nouvelle marche dans le parc, pour nous mettre au vert! prétexte-t-il. Et évoquer tous ces autres peintres que nous apprécions…
J’hoche la tête négativement. C’est une réaction automatique. Il est visiblement frustré par mon refus, mais il évite de le montrer trop ouvertement. Seule une certaine noirceur transparait dans son regard à présent vaguement tumultueux. Mais très vite, il se ressaisit. Il hausse les épaules.
— Qui ne risque rien n’a rien! crache-t-il avec une résignation qui n’a rien de commun avec lui.
Je parie que personne ne lui dit jamais non.
C’est au moins autant pour moi que pour lui qu’il me fait cette remarque. Si je ne risque rien, je ne trouverai jamais la personne qui me convient. Je détourne les yeux une nouvelle fois. Je suis une trouillarde. Je le sais. J’appelle ma chienne. Je m’excuse auprès de lui. Je me penche pour glisser de nouveau la laisse de ma chienne à son cou. Je prétexte qu’il se fait tard, et que je dois rentrer… Drake offre de me raccompagner, mais je refuse. Il glisse les mains dans les poches de son jean d’un air qui se veut indifférent, mais je peux sentir qu’il en va tout autrement.
Il est contrarié. Cet homme est très riche. On ne lui refuse sans doute jamais rien. Il doit surement être né avec une cuillère en argent dans la bouche comme on dit par chez nous. Mon attitude doit donc blesser son égo démesuré de mâle alpha. Oui parce que sa petite allusion au dominé/dominant était on ne peut plus claire… et ce n’est pas du tout ce que je recherche dans une relation amoureuse.
Je sens son regard fixé sur moi alors que je lui tourne le dos et que je m’éloigne, et ce même après que j’aie franchi un pâté de maisons. J’éprouve le désir frénétique de glisser les deux verrous sur la porte d’entrée après m’être enfermée dans mon appartement et même de baisser les stores des fenêtres. Drake me fascine au moins autant qu’il me donne la chair de poule. Je ressens aussi une sensation de grande vulnérabilité en sa présence et je déteste ce sentiment! Trop souvent, je fus victime de certains mâles alphas éprouvant justement le besoin d’assurer leur dominance dans les différents foyers d’accueil que j’ai fréquenté. Je n’ai jamais réussi à lutter et me défendre adéquatement contre ce type d’individus. Je suis trop pacifiste pour cela! Ce n’est donc pas quelque chose que je désire reproduire dans mes relations amoureuses. Je déteste être en position d’infériorité dans une relation!