Chapitre 1
Envie d'un roman qui fait tout péter ?
Entre passions brûlantes, dangers surnaturels et jeux de pouvoir envoûtants, une héroïne vous embarque dans une histoire de désir, de domination… et de révélations explosives.
Dès son premier jour à l'université, la vie de Josie bascule. Elle s'attendait à une vie universitaire ordinaire, mais un monde rempli de magie, de créatures fascinantes et d'alliances aussi brûlantes que risquées se déroule devant elle, avec, pour guide, le directeur aussi envoûtant qu'interdit de l'Académie Grise.
Autour d'elle gravitent cinq hommes à couper le souffle. Chacun cache un pouvoir, un passé, un danger… mais tous font battre son cœur plus fort. Ensemble, ils entrent dans une danse aussi périlleuse que passionnée, entre désir brûlant et luttes de pouvoir.
Entre attraction incontrôlable, des ennemis cachés, des menaces invisibles, Josie devra apprendre à maîtriser sa force, découvrir qui elle est vraiment - et jusqu'où elle est prête à aller pour survivre.
Un roman envoûtant et brûlant, à la frontière du réel et de l'interdit. Si tu aimes les émotions fortes, la tension torride et les romances surnaturelles intenses, tu viens de trouver ton prochain coup de cœur.
Suivez Josie dans une aventure qui va la bousculer, la révéler et embraser en elle une étincelle plus forte que tout ce qu'elle imaginait.
Prépare-toi : sensualité, suspense… et scènes explicites (dont certaines de groupe avec du bxb).
« Bonjour, mesdemoiselles ! »
Jenna, la préfète du dortoir, hurle à pleins poumons en fonçant dans le couloir, cognant à chaque porte comme une furie.
Je me retourne avec un grognement et tends la main pour attraper mon téléphone. Je jette un œil à l'heure, puis je me frotte les yeux, perplexe, avant de vérifier encore une fois, parce que je n'arrive pas à croire ce que je viens de lire.
Je scrute la chambre autour de moi, convaincue que mes yeux ne m'ont pas trahie cette fois-ci, et je vérifie encore une fois.
« Putain de bordel ! » Je souffle entre mes dents.
Je n'ai pas rêvé. Il est bien 5 h 30 du matin ! Ça confirme mes soupçons : Jenna, la parfaite avec son sourire trop lumineux, est en réalité un véritable démon.
C'est notre premier jour à l'université, et les cours commencent à 9 h. Pourquoi, bordel, réveille-t-elle tout le dortoir à 5 h 30 ? !
À travers les murs en carton, j'entends les autres filles râler et grogner, tandis que Jenna annonce à grands cris que c'est l'heure de la douche.
Je saisis mon oreiller, le presse contre ma tête, espérant ainsi « étouffer » ce bruit infernal. J'avais mis mon réveil à 8 h, ce qui me laissait largement le temps de me doucher et de prendre mon petit-déjeuner avant le premier cours.
Je parviens presque à ignorer le bruit, au point de réussir à m'endormir de nouveau.
BANG, BANG, BANG !
« Josie Banks, chambre numéro 5, je n'entends aucun mouvement là-dedans ! »
La voix mielleuse de Jenna traverse la porte, frappée avec force. Puis elle commence à agiter la poignée, comme si elle voulait faire sauter la porte.
Un soupir de frustration m'échappe alors que je balance mon oreiller au sol, repousse ma couverture et me lève en traînant des pieds. Je me dirige vers la porte et l'ouvre d'un coup sec.
« Il est CINQ HEURES TRENTE DU MATIN ! » Je crache entre mes dents.
Jenna me scrute de haut en bas, un sourire trop compatissant collé à ses lèvres.
« Je sais bien, Mademoiselle Banks, mais cette année, il faudra bien qu'on trouve le moyen de vous rendre plus présentable. » Son sourire devenant un peu plus insistant.
« On n'est pas des animaux. » Je grogne, en commençant à lui claquer la porte au nez.
Elle la bloque d'un pied et baisse les yeux sur son carnet.
« Josie Banks, 18 ans, inscrite en criminologie. Père décédé, mère souffrant de psychose, actuellement internée dans un établissement sécurisé. Josie a besoin de soutien pour gérer ses émotions et tirerait grandement bénéfice d'un cadre structuré et d'une routine stable. Josie n'a aucun autre parent v… »
Je la coupe en lui arrachant son foutu carnet des mains pour voir ce qu'elle a écrit à mon sujet.
Avec chaque mot que je lis sur ma propre vie, la colère monte en moi, chaque phrase jetant de l'huile sur un feu déjà bien allumé. Qui lui a donné ces informations ? C'est une simple préfète de dortoir, une étudiante comme moi, pas une psychologue ou une assistante sociale. Elle n'a aucun droit de savoir ça.
C'est une violation totale de ma vie privée.
« Comment t'as eu ça ? » Je demande d'une voix rauque, les poings serrés.
Dans le couloir, des têtes apparaissent, les étudiantes commencent à se masser dans le couloir, attirées par le spectacle qui se joue sous leurs yeux.
Jenna redresse le menton, visiblement satisfaite de son effet.
« En tant que responsable du dortoir, j'ai le devoir d'avoir accès à ce genre d'informations si ça peut t'aider. » déclare-t-elle, comme si elle me faisait une faveur.
« C'était dans les conditions d'inscription. Tu l'as signé, t'as oublié ? » ajoute-t-elle d'un ton faussement bienveillant.
J'arrache la feuille et lui plaque violemment le carnet contre la poitrine.
« Tu n'avais aucun droit de savoir ça ! » Je crie, la rage grondant dans ma voix. « Encore moins de le divulguer comme ça ! »
Ma main se lève en la repoussant hors de mon seuil. Jenna recule d'un pas sous l'impact, un éclair de surprise traverse son visage alors que sa tête heurte violemment le mur. Son expression se vide aussitôt et son corps glissant le long du mur, inerte.
Des fissures en forme de toile d'araignée sont apparues sur le plâtre là où elle a frappé.
Un cri fuse.
Sans réfléchir, je claque la porte et m'y adosse, le cœur battant à tout rompre. Je regarde mes mains trembler.
Quelque chose cloche.
« Vite, appelez une ambulance ! » hurle quelqu'un derrière la porte.
Qu'est-ce qui vient de se passer ?
Je ne l'ai pas poussée si fort… si ? C'est impossible, je n'ai pas assez de force pour ça.
Je l'ai à peine touchée. Elle a dû trébucher sur quelque chose et perdre l'équilibre.
Ce craquement dans le mur… il était peut-être déjà là. Je ne l'avais juste jamais remarqué avant.
« Elle respire ? » demande une voix paniquée.
Je n'entends pas la réponse. Un bourdonnement envahit mes oreilles. Mon cœur cogne tellement fort que j'ai l'impression qu'il va exploser.
L'air me manque, comme si quelqu'un avait aspiré tout l'oxygène autour de moi. Je tente de respirer, mais chaque inspiration est douloureuse, creuse, inutile.
Ma poitrine se contracte, un poids invisible m'écrase lentement, implacablement.
Ma vision vacille, tout devient flou, puis noir.
Puis… plus rien.
Le silence.
Un vide.
Et un étrange soulagement.
Une légèreté inattendue m'envahit.
Je me laisse sombrer dans cette obscurité douce et apaisante.
-
« Mademoiselle Banks, réveillez-vous ! »
Une voix ferme transperce la bulle de silence paisible.
Je bats des paupières, laissant ma vision trouble s'ajuster lentement à la silhouette penchée au-dessus de moi.
C'est une femme ronde au visage sévère, que je ne reconnais pas.
« Qui êtes-vous ? » Je murmure en essayant de me redresser, l'esprit encore perdu, cherchant à comprendre où je me trouve.
« Agent Shelby, police universitaire de Mount. Nous allons devoir vous conduire au poste. » Elle m'offre un sourire poli, presque gentil, puis m'aide à me tirer doucement sur mes pieds.
Dans l'encadrement de la porte brisée de ma chambre, un autre agent se tient debout. Il scrute la pièce, ses yeux glissent sur la fissure dans le mur, là où Jenna s'était effondrée, puis reviennent sur moi, comme s'il essayait de reconstituer la scène.
Je retiens mon souffle. Les souvenirs reviennent comme des coups de poing.
Jenna n'est plus là.
Tant mieux.
J'ai dû m'évanouir un moment, et elle en a profité pour appeler la police. Elle a dû leur raconter que je l'avais agressée.
Je me redresse, les jambes encore flageolantes.
« Je peux vous expliquer… ce n'est pas ce que vous croyez, » je tente, la voix tremblante, « Je ne voulais pas la blesser. Elle est tombée… je voulais juste refermer ma porte… »
L'agent Shelby me coupe d'un geste.
« On verra ça au poste, mademoiselle. » dit-elle, son ton adouci mais ferme.
Ils m'escortent vers la sortie.
Dehors, la voiture de police m'attend, phare allumé, comme un projecteur de jugement.
Sur les marches du bâtiment, mes camarades de dortoir nous regardent passer.
Certaines m'envoient des regards compatissants. D'autres ricanent. Quelques-uns me fusillent du regard avec un mélange de mépris et de dégoût.
Super.
Parfait.
Vraiment une entrée en matière « brillante ».
Chapitre 2
Cela fait des heures que je fixe l'horloge accrochée au mur de cette petite pièce où ils m'enferment.
Mon gobelet en papier est vide depuis un bon moment, j'ai gratté les bords jusqu'à les déformer.
Les murs, je les ai explorés du regard, cent fois. Chaque fissure, chaque relief.
Ma tête tourne en boucle.
Je n'arrête pas de rejouer cette foutue scène avec Jenna. Encore. Et encore.
Puis, enfin, un bruit.
La porte s'ouvre.
C'est le même policier de tout à l'heure - celui qui était dans ma chambre.
Il s'installe en face de moi, de l'autre côté de la table.
« Désolé pour l'attente, Mademoiselle Banks. » dit-il en posant un dossier en papier devant lui.
Il l'ouvre et commence à le feuilleter lentement, comme si rien ne pressait.
Le silence devient vite insupportable. L'air semble s'épaissir autour de moi. Je me tortille sur ma chaise, le dos raide, les mains moites. Juste au moment où je m'apprête à parler pour briser cette attente oppressante, la porte s'ouvre à nouveau.
Un homme entre.
Grand. Élégant. Costume visiblement hors de prix. Mallette à la main. Tout en lui respire l'assurance, le contrôle, la froideur.
Son regard glisse vers moi. Froid. Scrutateur.
Il est beau. Pas d'une beauté douce ou accueillante. Non. Une beauté tranchante, presque dérangeante, qui impose le silence autour de lui.
« C'est elle ? » demande-t-il d'un ton sec, presque dédaigneux, hochant légèrement le menton vers moi.
« Oui, Monsieur. » répond l'agent avec un léger signe de tête, avant de lui indiquer la chaise voisine.
Il s'assied sans me regarder. Du moins, pas tout de suite. Il ouvre le dossier qu'on lui tend, le feuillette à son tour avec un calme inquiétant.
Je ne peux m'empêcher de l'observer. Impossible de deviner son âge. Il a cette apparence ambiguë : l'élégance froide d'un trentenaire qui en impose, mêlée à une jeunesse toujours présente dans ses traits.
C'est cette impression qu'il est hors d'atteinte, qu'il appartient à un autre monde. Celui du pouvoir. Du jugement.
Il pourrait avoir entre vingt et quarante ans.
Ou plus ?
Comme s'il avait senti mon regard, ses yeux quittent les feuilles et viennent se planter dans les miens.
Tout mon corps se tend. Mon instinct hurle de détourner les yeux, de briser ce contact visuel oppressant.
Mais je refuse. Je serre les dents.
Je ne vais pas baisser les yeux devant un prétentieux en costume trois-pièces.
Son regard se durcit, devient plus intense, et soudain, une étincelle. Un sourire à peine perceptible. Je crois apercevoir un sourire.
Puis, sans prévenir, il frappe la table d'un geste sec.
L'impact me fait sursauter. Mon cœur rate un battement.
« Vous cherchez à me provoquer, Mademoiselle Banks ? » lâche-t-il d'une voix plus grave que celle qu'il utilisait avec l'agent.
« Vous provoquer ? » Je laisse échapper un petit rire sarcastique en haussant un sourcil, tentant de cacher le fait qu'il m'a réellement fait peur.
« Je vous conseille d'apprendre à obéir, et vite, parce que là où vous allez, les gens seront bien moins tolérants que moi. » déclare-t-il en refermant le dossier avant de le ranger dans sa mallette.
Puis, il se tourne vers l'agent et hoche la tête.
Je les observe échanger une poignée de main et une vague de panique m'envahit.
Mais qu'est-ce qu'ils vont faire ?
« Je prends la suite. » annonce le costard.
« Non… » je parviens à murmurer d'une voix rauque.
« S'il vous plaît, c'était un accident… Je n'ai jamais voulu lui faire de mal… Je… je ne peux pas aller en prison ! Je n'ai pas droit à un avocat ? À un appel ? » Je me tourne vers l'agent, cherchant son opinion.
Il m'ignore et sort.
Je reste seule avec cet homme.
L'air devient plus lourd.
« S'il vous plaît, Monsieur, c'était un accident… » Je sens mes yeux me brûler.
Il m'observe, amusé.
« Ah… On est tout de suite moins arrogante, n'est-ce pas ? » raille-t-il.
Il soupire, visiblement exaspéré, et se dirige vers la porte.
« Allons-y, Mademoiselle Banks. J'ai autre chose à faire que de gérer une gamine en larmes. »
Je reste clouée à ma chaise.
Ce n'est pas réel. Il ne peut pas me forcer.
Il se retourne lentement.
« Vous avez exactement deux secondes pour me suivre. Sinon, je vous laisse ici et la police vous enverra droit en prison. »
« Attendez, quoi ? » Je cligne des yeux.
Il désigne la porte grande ouverte, debout dans l'embrasure.
Mon corps réagit avant mon cerveau. Je me lève d'un bond et me précipite vers lui.
Un sourire à peine perceptible flotte sur ses lèvres.
« Voilà une bonne décision. » murmure-t-il, à peine audible.
Il s'élance dans le couloir à grandes enjambées, et je peine à suivre.
« Mais on va où ? » chuchote-je en jetant des regards inquiets autour de nous.
Les policiers que nous croisons ne nous accordent même pas un regard.
Il ne me répond pas. L'imbécile arrogant m'ignore complètement.
Ce n'est que lorsque nous atteignons l'ascenseur qu'il daigne enfin poser ses yeux sur moi.
Il appuie sur le bouton et se tourne vers moi en attendant que les portes s'ouvrent.
« Dites-moi, Mademoiselle Banks, vous avez souvent des crises d'angoisse ? »
« Pardon ? » Je cligne des yeux, prise de court par cette question sortie de nulle part.
« Votre dossier indique que vous vous êtes évanouie sur place, probablement à cause d'une attaque de panique. Et vu votre tête, vous n'êtes pas loin d'en refaire une. Alors je vous demande, mademoiselle, est-ce que je vais devoir vous tenir la main pendant tout le trajet ? »
Sa moquerie fait exploser ma colère.
« Oh, excusez-moi, Monsieur Parfait, mais j'ai eu une journée de merde, alors pardonnez-moi de ne pas être au top de ma forme ! » Je lâche entre mes dents, les bras croisés, bien droite, histoire de montrer que je ne me laisserai pas faire.
Un éclat amusé traverse son regard. Il incline légèrement la tête, comme s'il notait un point en ma faveur.
Le ding de l'ascenseur interrompt ce duel silencieux. Il avance sans un mot, et, à contrecœur, je le suis.
Lorsque les portes se referment derrière nous, un frisson me parcourt. Une sensation étrange. Comme si, en même temps qu'elles, mon ancienne vie venait de se clore.
« Collins. » lâche-t-il brusquement, me tirant de mes pensées.
Je fronce les sourcils en le regardant, cherchant à comprendre.
Il tourne lentement la tête vers moi, ses yeux s'accrochant aux miens.
Et soudain, il s'approche.
« C'est Monsieur Collins. » murmure-t-il, sa voix à peine un souffle.
Beaucoup trop près.
Si près que lorsque je prends une inspiration, mon torse frôle le sien.
Mon dos effleure la paroi de l'ascenseur. Je n'ai plus nulle part où fuir.
L'air devient lourd, chargé d'une tension inexplicable, mes yeux s'accrochent aux siens.
Son bras avec sa mallette se lève. D'un geste fluide, sa main glisse dans mon dos, et avant que je ne puisse réagir, il m'attire brusquement contre lui.
Un petit cri m'échappe sous l'effet de la surprise.
Merde… Ce type est beaucoup trop sexy.
D'un mouvement lent, il effleure ma joue de l'autre main libre, du bout des doigts, une caresse presque tendre, et un sourire secret flottant sur ses lèvres.
Puis, soudain, sa main se referme sur mon menton, avec une fermeté qui me fait frémir.
« Dors. »
Sa voix résonne, un ordre absolu, et au moment où il prononce ce mot, ses yeux brillent d'un éclat bleuté.
La dernière pensée qui me traverse la tête, avant que tout s'éteigne, c'est que je lui écraserai les bijoux de famille dès que j'en aurai l'occasion.
Chapitre 3
« Réveillez-vous, Mademoiselle Banks. »
Une voix douce et posée glisse jusqu’à moi comme une caresse rassurante. Pour la première fois depuis bien longtemps, je me sens en sécurité… et je n’ai pas du tout envie de quitter cette tendresse.
Tout est chaud, enveloppant. Je frotte doucement ma joue contre la chaleur toute proche. Une odeur boisée, un peu sucré, presque beurré, caressant mes narines. Instinctivement, je me blottis un peu plus contre cette chaleur rassurante, inhalant ce parfum.
Mais un soupir vient briser mon instant de sérénité… juste avant qu’on ne me laisse tomber sans ménagement sur le dos.
Le contact est mou, mais pas agréable.
« C’est quoi ce bordel ? ! » Je m’exclame en me redressant d’un coup, mes sens en alerte.
Mon regard balaie l’espace autour de moi. Un canapé. Une pièce faiblement éclairée. Des ombres mouvantes sur les murs.
Puis une lumière vive éclate, m’arrachant un gémissement agacé.
Je plisse les yeux, tournant la tête vers l’origine de cette agression lumineuse, luttant contre l’envie de siffler comme une vampire mal réveillée.
Une silhouette. Grande. Imposante. Découpée dans le halo doré projeté par une immense baie vitrée.
Elle s’agite avec les rideaux. Et dès que je distingue son visage, le puzzle s’assemble : Collins.
Monsieur-le-parfait-détective-à-l’égo-surdimensionné.
D’un coup, tout me revient. L’ascenseur. Son regard. Ce mot qu’il a murmuré.
Dors.
Une tempête d’émotions me noie : peur, colère, incompréhension absolue.
« Qu’est-ce que vous m’avez fait ? C’est où ? » Je lance en me levant d’un bond, le souffle court.
« Je n’ai pas le temps jouer les nounous, alors voici la version courte. » répond-il tout en déboutonnant sa veste et l’accroche sur le dossier d’un grand fauteuil en cuir.
« Je m’appelle Deacon Collins. Je suis le directeur de l’Académie Grise, et vous… »
Il marque une pause, un sourire imperceptible flottant sur ses lèvres.
« Vous êtes notre nouvelle élève. »
Il s’installe sur le fauteuil.
« Dites-moi, Mademoiselle Banks… que savez-vous de vos origines ? »
Puis, sans se presser, il déboutonne les poignets de sa chemise et retrousse ses manches, révélant des avant-bras étonnamment musclés.
Son geste est d’une lenteur élégante.
Un raclement de gorge me tire brutalement de ma contemplation.
Je sursaute légèrement.
« Oh… euh… » Je balbutie, prise au dépourvu, avant de détourner le regard, gênée d’avoir été surprise en flagrant délit de rêverie.
« Désolée… je suis complètement paumée, là. J’ai l’impression de ne plus être moi-même. » je souffle en me laissant retomber sur le canapé, une main passant nerveusement dans mes cheveux.
Tout ça n’a aucun sens. Absolument aucun.
Les pièces du puzzle s’éparpillent dans ma tête sans jamais s’assembler.
Collins me fixe.
« Vu les circonstances, je vais supposer que vous ne savez rien. Ici, à l’Académie Grise, nos élèves sont… doués. » commence-t-il d’un ton mesuré.
« Attendez, doués ? » je l’interromps. « Je crois qu’il y a erreur. J’ai peut-être réussi mes examens, mais j’ai rien d’exceptionnel. »
« Si vous pouviez me laisser finir, Mademoiselle Banks… »
« Josie. » je corrige d’un ton sec. Ce Mademoiselle Banks commence sérieusement à m’agacer.
« Mademoiselle Banks. » reprend-il avec une pointe de défi, « si vous pouviez vous taire deux minutes, je pourrais peut-être vous expliquer tout ce que vous demandez. »
Je croise les bras, le défiant en retour, mais sans dire un mot de plus.
« Notre académie accueille ce que nous appelons les Gris. Une race de surhumains. Bien plus puissants que les humains ordinaires, mais aussi bien plus rares.
C’est pourquoi nous avons créé notre propre monde, à l’intérieur du leur. Un espace sécurisé, où nous pouvons coexister en paix.
D’une façon ou d’une autre, vous êtes passée entre les mailles du filet, et vous avez grandi dans le monde humain sans jamais savoir qui vous étiez réellement.
J’ouvrirai une enquête pour comprendre comment cela a pu arriver. Mais pour l’instant, sachez une chose : vous êtes ici, et vous êtes en sécurité. »
Je l’écoute, et quand j’entends le mot « sécurité », je lui adresse un sourire.
« Je sais que ça fait beaucoup d’un coup, et que vous avez du retard à rattraper. Alors pour éviter de vous noyer sous les informations, mon assistante va vous attribuer une chambre au dortoir et vous mettre en binôme avec l’un de nos élèves les plus brillants.
Vous aurez aussi des cours supplémentaires, des cours de rattrapage et quelques séances avec nos professeurs. Des questions ? » conclut-il, le visage fermé.
Un silence s’installe.
Puis, d’un coup, un rire m’échappe.
« Oh, t’es bon ! » je ris, « J’adore cette émission ! Je la regardais tout le temps. » Je me lève, scrutant la pièce, cherchant du regard la moindre caméra cachée.
« C’est Freya qui t’a demandé de faire ça, hein ? » je pouffe, incapable de prendre cette mascarade au sérieux.
Il faut que ce soit Freya qui m’ait piégée. Ma meilleure amie de l’école… Elle est bien capable d’un coup pareil.
« Mademoiselle Banks ! » tonne l’acteur dans le rôle de Collins, frappant du poing sur le bureau. Le geste aurait dû m’effrayer, mais au lieu de ça, je me plie de rire.
Je m’approche de lui, les yeux plissés d’amusement.
« Allez, avoue… » je murmure en attrapant un des boutons de sa chemise. L’un d’eux doit forcément être une caméra cachée. Puis, sans gêne, je passe mes mains sur son torse, à la recherche d’un micro ou de fils dissimulés.
Mais en un éclair, ses mains viennent saisir mes poignets. Je pousse un petit cri de surprise - sa poigne est ferme, presque brutale, et m’immobilise net.
Je lève les yeux vers lui. Son regard est intense, brûlant, et me transperce.
« Qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? » demande-t-il d’une voix rauque.
« Je… je cherchais ton micro ? » Je balbutie.
« Je n’ai pas de micro. Ce n’est pas une farce. » Il marque une pause, ses doigts toujours enserrés autour de mes poignets.
« Tu viens d’arriver ici, tu es encore hors de situation, alors je vais fermer les yeux cette fois. Mais si jamais tu poses encore les mains sur moi… il y aura des conséquences. Est-ce que c’est clair ? » Sa voix est basse, vibrante de quelque chose indéfinissable.
Sa respiration brûlante me donne envie de lui demander c’est quoi les conséquences. Une remarque moqueuse me chatouille déjà la langue. Je me retiens de justesse. Mais comme s’il lisait dans mes pensées, ses yeux s’illuminent d’un bleu étrange, vif et irréel.
Et c’est là que je m’en souviens.
Ses yeux avaient déjà brillé ainsi, juste avant qu’il m’ordonne de dormir… une injonction à laquelle je n’avais pas pu résister.
Un frisson glacé remonte le long de ma colonne vertébrale. Il disait la vérité, n’est-ce pas ?
« Tu… tu m’as forcée à dormir… » souffle-je, la gorge serrée.
Il hoche lentement la tête.
Ma bouche devient sèche.
« Et… tu peux me forcer à faire quoi d’autre ? » Je déglutis. La peur, sourde et viscérale, s’installe. Cette question, je redoute la réponse. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de poser la question.
Il ne cligne même pas des yeux.
« Tout. »
Sa voix est un murmure, un souffle grave, presque rauque. Et je pourrais jurer qu’il s’est penché un peu plus près de moi.
Mon cœur cogne si fort que j’ai du mal à respirer.
Et contre toute logique, ce n’est pas seulement la peur qui m’envahit.
Une chaleur inattendue s’insinue sous ma peau. Une réaction que je ne contrôle pas. Un sort de… désire, d’excitation. Que je ne comprends pas.
Puis, une porte s’ouvre, et tout s’évapore, brisant net l’envoûtement dans lequel il m’avait plongée.
Il me lâche aussitôt, recule d’un pas, comme si ma présence le dégoûtait.
Je me retourne pour voir l’intrus.