Chapitre 2
Fil Rouge - 2
Ahmed retrouva ses amis dans la suite réservée pour l'occasion , garçons et filles continuaient de se trémousser sur la musique R&B . Sur la table basse trônait des bouteilles d'alcool , de la marijuana et même un peu de cocaïne que Jules avait acheté pour l'occasion . Ahmed ne touchait pas encore à la coke , mais ses amis ne se gênaient pas , lui fumait de l'herbe. Il adorait cette sensation ‘high’ que cette drogue lui procurait .
Quelques bimbos de la Jet six voire cinq dakaroise, les avaient suivi à l’hôtel. Ces pseudos stars : mannequins, danseuses , qui remplissaient les boîtes de nuit et les hôtels aux bras de gosses de riches ou de leur pères , et qui, après, clamaient haut et fort avoir construit une maison pour leurs parents, les emmener à la Mecque grâce à la sueur de leur front .
Elles étaient hyper sexy , mais Ahmed ne les touchait pas, il disait elles avaient, la plupart, le SIDA et leur type de virus pouvait passer à travers le préservatif tellement il était robuste. Mais ses amis n'étaient pas aussi réfléchi quand il s’agissait de filles, ils étaient plus du genre à sauter sur tout ce qui bougeait .
Ahmed se posa dans un coin pour fumer , il venait de recevoir une photo de Nafi qui lui souhaitait bonne nuit . Ce n'était pas une photo de nue mais beaucoup de ses parties étaient visibles et celles cachées se devinaient facilement car recouvertes d’un tissu léger . Ahmed émit un petit cri de joie :
" Julo , boubs, venez checker ça , dit-il à ses potes qui étaient à côté de lui
- quoi , waouhhh!!! C'est celle-là que tu mettais en A, hier , dit Jules en regardant la photo où Nafi était presque nue
- tes radars font défaut maintenant ? rajouta boubs, une A est trop classe pour envoyer des photos de ce type, elle est super belle en tout cas, tu te l’ai pas encpore faite ?
- Hahahah , non mais ça ne saurait tarder, deukk bi mo tass ( le pays va mal ) , même mes radars se trompent maintenant , ce n'est plus une simple dépravation des mœurs, c’est une perte totale de mœurs . Louma diakhal moyye kane layye takk manne ( ce qui m’étonne c’est qui je vais épouser ? )
- ah yangui khalatt takk ( donc tu penses à te marier, toi ) C'est déjà bien , je n'y pense même pas, gni takk lenne reproduire lenne sakh erreur la ( ces filles, les épouser, les reproduire serait une erreur )
- je te promets , mais comment elle peut m'envoyer une photo comme ça après quelques jours ? je n'ai même pas demandé et en plus elle ne me connait pas . Tu penses que ces filles sont au courant que demain elles seront des mères ?
- Non defeina détail bobou daflene échapper ( je pense que ce détail leur a échappé ) , bon assez philosopher quand tu commences avec tes réflexions ça ne s'arrête pas , je fête mes 23 ans boulma yakkal ( ne gâche pas ma fête ) ,
- tu as raison , profites, profitons , c'est ton jour . Haaapppppyyyy birthday man!!! Cria t-il
Tous les autres se mirent à crier et à mettre la suite sens dessus dessous .
Vers 7h du matin, Ahmed se trouva un petit coin de libre sur un canapé , tous les endroits où on pouvait dormir étaient occupés par des couples . Il aurait été le 1er dans la chambre mais aucune des filles de ce soir ne l' attiraient , il choisit de dormir .
Le lendemain , il se réveilla vers 14h , Ahmed prit sa douche puis sirotait un café assis sur une des chaises du salon , certains de ses amis dormaient encore dans la chambre, d'autres dans la pièce principale . Une fille qui dormait sur un canapé , se réveilla et en voyant l'heure, elle se mit à secouer la jeune fille à côté d’elle :
" anta anta , Teyye ma dei ( je vais mourir ) , mes parents vont me tuer . Je leur avais promis de rentrer à 12h »
Ahmed faillit avaler de travers son café, donc ces filles avaient des parents vivants avec qui elles habitaient? Et elles s'absentaient la veille en disant qu'elles rentraient le lendemain à 12h .
Assis sur sa chaise en face d’elles, il les regardait entre la pitié et le dégoût , il n'arrivait pas à se décider . L'une d'elle est passé sous au moins trois de ses potes , ils avaient l'habitude de faire ce genre de choses . Il n'était pas de la partie cette fois mais très souvent , il draguait une fille , la ramenait quelque part puis lui demandait si son ami pouvait venir goûter et 1 cas sur 4 elles acceptaient . En fait , elles n'arrivent à rien refuser à un beau gosse , plein aux as au volant d'un bolide et qui avaient des relations avec elles dans des endroits luxueux.
Une fille lui avait dit un jour :
" ssa matelas bi noye na, dina fiyye gneuw fanane plus souvent " ( ton matelas est confortable, je viendrai dormir ici plus souvent ) . Il s'était marré à l’époque mais si on arrivait à conclure en échange d'un repas dans un fast food , pas restaurant 3 étoiles mais fast food, juste un burger de 2 000fcfa faisait l’affaire parfois , plus rien ne devrait l’etonner .
Il alluma une cigarette , fixant toujours ces filles qui se réveillaient , une par une, en petite lingerie :
" dis leur que tu restes chez moi pour toute la journée , lui dit sa copine Anta »
Et voilà, il se disait bien, il existait toujours dans le groupe, une qui avait un appartement et vivait seul pour des raisons diverses et c’était facile de dire à ses parents ‘je dors chez une copine’, mais les parents devraient connaître les copines et ses parents avant de laisser leur fille dormir chez elle.
Elles étaient pourtant belles , pas intelligentes, bêtes même mais belles. Il observait le ventre de l’une d'elle , en se disant que ce ventre enfantera un jour , cet enfant grandira puis on lui enverra à la face une photo de sa Mère presque nue , ou on lui racontera les frasques de sa mère, ou d’autres parents raconteront à leurs enfants qui seraient ses amis les erreurs de jeunesse de sa mère
" lomeyye kholei ? Dangua beugue ma defal la affaire ? ( pourquoi me regardes tu ? tu veux que je te fasse une gâterie ? ) J'ai encore le temps hein , en plus hier tu ne t’es pas joint à nous . Yaw raggal ngua ( tu es un poltron ) , on dirait
- Tchey God vient en aide à ce pays , dit-il .
Il se leva sans un mot pour la jeune fille et se dirigea vers la piscine , continuant ses réflexions psychologiques : mais n'était ils pas responsable eux les hommes ? Ne jouaient ils pas avec les filles et leurs sentiments? lui disait très souvent sa meilleure amie Zeyna , il lui répondait tout comme vous jouez avec nous.
C'est la vie si tu te considères comme un jouet, on joue avec toi , c'est valable pour les garçons et pour les filles . La seule différence c'est que la société nous permet de faire ce que l'on veut, ‘ayye goor lagnou’ ( nous sommes des hommes ) . Vous n'avez pas ce privilège certes mais vous en avez un autre plus important que tout qui est celui de porter la vie humaine pendant 9 mois.
Il sourit en pensant à Zeyna, elle, c’était une hors catégorie, une fille en or mais elle était folle amoureuse d’un autre et Ahmed n’avait donc jamais rien tenté avec elle, il la respectait trop de toute façon.
Arrivé à la piscine, il y trouva du monde c'était dimanche et beaucoup de familles venaient passer la journée dans l'hôtel . Ahmed observa les femmes avec leurs enfants et se mit à jouer au ballon avec certains d’entre eux. Les enfants étaient l’une de ses passions, il les adorait, quand ses sœurs venaient en vacances avec les leurs ; il les emmenait partout avec lui .
Après quelques longueurs dans la piscine, il remonta dans la chambre pour prendre ses affaires et rentrer quand Nafi l'appela :
" bonjour bébé
- hey Princess ? ça va ?
- oui et toi ?
- Ca va , je récupère de ma soirée d'hier. Toujours au king fahd avec les amis
- ah yeine euppeul nguene deh ( vous exagérez ) , anniversaire tout un week end
- hahah, moi mon annif on le fête pendant une semaine entière, un week end c’est rien. Jules est sage deh , mais là suis tellement fatigué . Je pense, je vais rentrer dormir j'ai mal partout
- tu veux un massage ? proposa Nafi
- je ne dirai pas Non mais qui serait assez gentille pour m’en faire , dit Ahmed qui savait déjà la raison de cette question
- je peux venir te masser
-maintenant ?
- dess nassi yaw deh, ( cela ne dépend que de toi )
- au king fahd ?
- oui ça fera l'occasion pour moi de visiter, je n'y ai jamais été
- bah viens, je t'attend
- Ma deff arrivé payé ( je prends un taxi tu payes à l’arrivée ? )
- bien sûr , appelle moi dès que le taxi rentre dans l’hôtel, je descendrai pour payer »
Il raccrocha puis dit en s’adressant à Jules qui était le seul qui restait dans la chambre , les autres avaient déjà plié bagages :
- j'en ai marreeeeee
- de?
- mais gni dagno yombe torop Wayye ( mais elles sont trop faciles ) C’est énervant à la fin, fit il en jetant son téléphone sur le lit
- Hahahah , boulma reyye ( tu abuses ) c’était qui ?
- Nafi? Je l'ai connu il y a une semaine précisément, elle me propose un massage dans un Hôtel mais gni weurr nagnou ( sont-elles normales ) ?
- pourquoi ça ne t'étonne que maintenant ?
-kham ( je ne sais pas ) ? Avant ça m’amusait mais je ne sais pas pourquoi ça commence à me lasser
- Ah, nos femmes maintenant , elles se prennent pour des toubab
- Non man , les toubabs au moins le font par amour, par attirance sexuelle parfois mais elles , c'est uniquement par cupidité . Foumouné king fahd bima toudde motakh amoul diamm , nena ( elle ne trouve pas la paix depuis que je lui ai dit que nous sommes au King Fahd ) c'est l'occasion de venir pour la 1ère fois au king fahd ? C'est l'occasion pour moi de conclure ouais !!
- donc finalement, tu conclus avec celle pour qui tu as chassé Marie
- Non man c'est elle qui conclut , ki dé moma narra sakh lale nakk dara douma ko deff ( c’est elle qui essayera de coucher avec moi , je ne ferai rien ) Aujourd’hui, je suis partisan du moindre effort, je suis certain qu’elle me sautera dessus ,
- ok conclut bokk (alors), je vous laisse . Teyye dagnouye rakhass ( on continue la fête ce soir ?)
- bien sûr, on va au pencc mi ? je pense waly amna ( waly seck sera en concert )
- yeah mais il faut que j'aille à la maison, tu restes ici ou tu rentres chez toi ?
- non, les parents rentrent ce soir, je vais attendre Nafi masseuse puis je vais rentrer manger avec eux sinon mère va faire sa crise
- Ok, on se fait signe puis tu passes me prendre ?
-yes ; a plus
Nafi arriva moins d’une heure plus tard, Ahmed descendit pour payer le taxi avant de la faire monter :
" Ca va ?
- oui et toi ? Bien reposé ?
- oui, tu veux manger quelque chose ?
- oui je veux bien, merci
" jamais conjuguer en plus, yakk derr leurs parents rekk melni dougnou lekk sene keurr.( elles donnent une mauvaise image d eleurs parents, comme s’ils les nourrissaient pas assez ) "
Ahmed lui remit le menu du room service , Nafi commanda le plat le plus cher, évidemment .
Ahmed fumait pendant tout ce temps , quand un jeune employé de l’hotel toqua à la chambre et déposa le plateau, il sortit de son portefeuille une liasse de billets et lui remit 20 000fcfa . Ce derniere semblait le connaître et le remercia pour son geste généreux. Il était très généreux avec l'argent sale de son père surtout avec les gens qui travaillaient honnêtement .
Un jour , il était avec Jules quand ils s’arrêtèrent devant une dame qui vendait des arachides grillées au bord de la route . Elle était assise avec ses enfants, des jumeaux à bas âge
" Mère pour acheter tout le thiaf c'est combien ? avait demandé Ahmed
- 5 000cfa rekk mon fils , fit la dame "
Il lui avait remis 250 mille volés de la chambre de son père , la dame pleura à chaudes larmes ce jour-là et fit des prières pour Ahmed . Jules l’avait traité de fou à lier. Il était capable de faire beaucoup de bêtises mais il avait un cœur extraordinaire .
Ses amis distribuaient l'argent du contribuable dans les soirées aux chanteurs qui les tarissaient d'éloges ce n'était pas son délire, son délire c'était les filles et distribuer parfois de gros pourboires aux différents employés des lieux qu’ils fréquentaient.
Avec Nafi ce fut très facile, ils commencèrent à s'embrasser puis elle commença à le déshabiller . Ils allèrent dans la chambre et Nafi confirma sa première impression, elle était plus que bonne au lit. ‘ Succulente’ était l’adjectif qu’il utilisa pour décrire ses ébats à Jules par SMS pendant que Nafi se rhabillait .
Il eut droit à un super massage , et ce n'est qu’à 20h que Nafi demanda à entrer , il avait la paresse de la déposer et lui remit de l'argent pour son taxi. Ahmed rendit les clés de la chambre et rentra chez lui sa mère l'appelait déjà pour savoir où est ce qu’il était
" tu es où?
- maman ; chez Jules, tu es rentré ?
- oui namoma Khana ( je ne te manque pas ) ?
- si, j'arrive dans 5 minutes
Sa mère était sa lumière, sa meilleur amie, son âme sœur , elle le chérissait énormément et c’était réciproque . Ahmed rentra et dîna avec ses parents, il devait reconnaître que son père était un bon mari et un bon père ; eux deux ne s'entendaient pas toujours bien mais il aimait ses enfants plus que tout au monde . Ahmed, en 23 ans n'avait jamais vu sa Mère pleurer à cause de lui . Il voulait, un jour, traiter pareillement sa femme mais pour l’heure, il profitait de sa jeunesse jusqu’au jour où il rencontrera une fille qui a le même caractère que sa mère.
Il se prépara vers 1h du matin comme la veille pour une soirée 100% mbalakh ( musique sénégalaise) cette fois ci avec la star Waly Seck.
Ils retrouvèrent, une partie de leurs amis . Comme la veille , ils avaient réservé et comptaient bien la remplir de bouteilles d'alcool qui devraient être vides avant la fin de la soirée . Ahmed prit quelques numéros de filles, elles étaient plus classes que celles de la veille, il devait reconnaitre une chose à ce chanteur, les ‘goneiwallyé’ ( fans club du chanteur ) étaient très belles et souvent civilisées et pas trop folles. Il s’amusèrent comme des fous et il rentra avec Jules vers 6h du matin
Ahmed avait un peu forcé sur la boisson , mais , avec le temps, il avait appris à résister à la boisson et pouvait conduire malgré quelques grammes d’alcool dans le sang . Les rues étaient presque vides à cette heure, de toute façon . En arrivant au rondpoint des mamelles , tout alla très vite.
Ahmed entendit un choc terrible sa voiture avait percuté quelque chose , quelqu'un ? Quoi ?
Il s'arrêta brusquement, jules et lui sortirent précipitamment de la voiture et découvrirent une jeune fille couchée au bord de la route :
-oh shitttttt , hurla Ahmed , non, non, non qu’est-ce que j’ai fait ?
Il souleva la tête de la jeune fille, un filet de sang coulait déjà de sa tête
- viens viens , lui dit jules en tirant sur sa chemise, on se barre vite
-Quoi, tu es malade ?
-AHMED , elle est déjà morte, tu as de l’alcool dans le sang, on y va man, avant que des gens n’arrivent . On ne peut plus rien faire, c’est trop tard
Il ne réfléchit pas et courut dans la voiture, les mains taché de sang, Jules prit le volant et ils fuirent laissant une jeune fille au bord de la route.
Etait-elle morte ? Des gens arriveraient ils à la sauver si tel n’était pas le cas ? Si elle était morte, méritait elle d’être abandonnée au bord d’une route déserte à 6 h du matin ...
Chapitre 3
Fil Rouge 3
Machinalement il essuya ses mains sur son pantalon . Tremblant . Jules lui disait
" calme toi man , calme toi respire respire
- .....
- man? Elle était déjà morte on ne pouvait rien faire . Yallah moko doggueul ( c’est la volonté de Dieu )
Ahmed ,tremblant de tout son corps , fixait la route ses larmes coulaient pourtant il pleurait très rarement parce qu'on lui avait toujours dit qu'un homme ne pleurait jamais . Il avait tué une personne et il avait été lâche , Jules affirmait que la fille était morte , c'était peut-être faux . La clinique des mamelles se trouvait à quelques mètres du choc, s'ils les avaient alerté peut être qu'ils auraient pu la sauver .
Ils arrivèrent chez eux 5 minutes après, des minutes qui semblèrent durer une éternité pour Ahmed . Son cœur battait la chamade , il tremblait toujours . Jules, inquiet de l’état de son ami, décida de rester avec lui pour la nuit :
" man calme toi stp faut pas que les parents sachent
- Jules , elle est morte
- c'était son heure
- je l'ai tué ,
- Non, Dieu l'a fait
- Faut que je me rende à la police , je ne peux pas rester comme ça j'aurai sa mort sur la conscience toute ma vie
- Ahmed tu ne crois pas en Dieu ?c’est lui qui décide de qui meure ou pas . Je comprends ton choc mais si tu vas à la police, ils te coffreront pour homicide et toute ta vie sera détruite . Tu avais de l'alcool dans le sang, ce sera même qualifié peut être comme meurtre
- mais je l'aurai mérité ,
- ça ne changera rien , ça ne le fera pas revenir . Vas te laver , pries et puis dors , ça ira mieux demain
Ahmed suivit les conseils de son ami sans beaucoup de conviction . Il se lava , fit des prières pour demander pardon à Dieu , puis s'allongea , Jules dormait déjà mais lui ne ferma pas l'œil .
 13h, Jules en se réveillant le trouva dans la même position que la veille , le regard fixé au plafond :
" Boy tu n'as pas dormi ? tu déconnes
- comment veux-tu que je dormes ? J'ai tué une jeune fille , Jules je vais aller à la police ce n'est pas possible que je reste comme ça . Je n'ai pas arrêté de revoir son visage , elle était si belle, si jeune, je n'aurai jamais la conscience tranquille .Et peut être qu'elle n’est pas morte , j'étais en panique et j'ai cru que c'était le cas ? Si ça se trouve, elle s'est juste évanouie, quoiqu’il en soit, il faut que je saches. Je ne peux pas continuer de vivre tranquillement comme si rien ne s’était passé
- Voilà, elle n’est pas morte peut être, le sang qui coulait venait d'ailleurs, mais pas de sa tête , jules essayait tant bien que mal de rassurer son ami qu’il voyait pour la première fois dans cet état
-oui, oui , acquiesça Ahmed , le regard perdu puis il se ressaisit . Oui mais si elle n'est pas morte sur le coup on l'a laissé mourante ? On aurait pu l'emmener à la clinique tout près . Si personne ne l'a vu , nous avons laissé une jeune fille mourante sur le bord de la route sans assistance , oh oh mon dieu , il se tenait la tête en panique
- Ahmed , Ahmed calme toi tu veux ? Si elle n'est pas morte et qu'elle n'aurait pas dû mourir ce matin , elle a été sauvée . Je dois partir j'ai cours , tu veux boire quelque chose ? Dors un peu , reposes toi , ok ?
- Ok
Jules prit sa douche puis sortit pour acheter des somnifères à la pharmacie , il savait bien qu’Ahmed ne dormirait pas facilement, il était trop choqué . En 18 ans d’amitié entre eux, c’était la première fois qu’il le voyait sombrer, il avait toujours été la voix de la sagesse du groupe et beaucoup plus mature malgré leurs bêtises de jeunesse.
Il connaissait chez Ahmed comme si c'était sa maison, il lui fit chauffer du thé , y glissa deux comprimés de somnifères et remonta dans la chambre .
Comme il s'y attendait , il était allongé sur son lit dans la même position :
" tiens bois ton thé , et dors , j'ai examen à 16h. Je ne peux pas sécher , je repasse ce soir ok ?
- ok merci "
Ahmed but son thé et essaya de s’endormir, espérant qu’au réveil cette sensation de culpabilité diminuera .
8 heures que l'accident avait eu lieu et le visage de cette fille était comme ancré dans son cerveau et ne voulait pas disparaître.
Il s'endormit sous les effets des cachets , vers 20 h il dormait encore, c'est sa mère qui le réveilla
" tu as encore séché les cours Ahmed ? Ahmed , Ahmed , Cria-t-elle en le secouant
- oui maman
- et tu me dis oui?
- ah , fit il en sortant de son sommeil , je ne me sentais pas bien
- bien sûr , quand tu passes toutes les nuits dehors à faire la fête c'est normal que tu ne te sentes pas bien pour aller à l'école .
Ahmed se leva, les yeux rouges , sa mère , en voyant son regard prit peur :
" qu'est-ce que tu as ? En effet , tu ne sembles pas aller bien
- je suis fatigué et j'ai mal à la tête
- tu as pris des médicaments ?
- Non ,
- vas te laver , pendant que je te cherche des médicaments puis tu descends manger , papa est déjà dans le salon, ok ?
- ok
Il se dirigea vers sa salle de bain , le sommeil n’avait pas fait disparaître ce sentiment désagréable, ni estompé l’image de cette fille ; en plus il ressentait une forte douleur au cœur . Pour la première fois de sa vie , il aurait préféré ne plus se réveiller .
Il rejoignit ses parents dans le séjour, quelque minutes plus tard , son père était assis sur un fauteuil fixant l'écran de sa tablette :
" bonjour pa
-Ahmed, Ca va ? dit-il sans lever la tête , il était concentré sur l'article qu’il lisait
- Tidiane viens manger , Ahmed tu vas mieux ? lança sa Mère de la salle à manger située en face du salon , elle venait de déposer le diner avec l'aide de la domestique .
- les gens sont si lâches , dit le papa d’Ahmed , en posant sa tablette et se levant pour aller manger
- pourquoi ? demanda sa femme
Ahmed était déjà installé et buvait les comprimés que venait de lui tendre sa mère , il crut avoir une syncope quand il entendit son père dire :
- une jeune fille a été percutée par un chauffard aux mamelles ce matin , puis il a fui, je suis sûr que c'est encore l'un de vous , Ahmed
- ah pourquoi c'est l'un d'eux ? fit sa femme qui défendait toujours son thiatt ( cadet )
- A cette heure matinale, il n'y a qu’eux sortant de soirée et roulant à des vitesses incroyables qui peuvent avoir fait ça
- ils sont inconscients ces jeunes , manne Ahmed quand tu sors j'ai le sommeil tellement agité . Et je ne m’endors que quand je t’entend rentrer, yallah na gnou yallah doli soutoureu ( Que Dieu nous aide ) . Pauvres parents qui perdent leur fille aussi brutalement
Ahmed avait envie , à cet instant , que sa mère le serre dans ses bras, c’en était trop pour lui. Il faillit leur confier que c’était lui le responsable, mais il sentait que ses parents auraient réagi comme Jules. Ils auraient été déçus, en colère mais lui auraient dit de se taire . Son père tenait trop à sa réputation, sa mère tenait trop à lui . C'était décidé , après le diner, il irait à la police.
Mme kébé trouvait son fils bizarre mais choisit de lui parler plus tard . Quand Ahmed toucha à peine à son assiette , cela confirma ses soupçons , Ahmed était le plus gourmand de la famille il mangeait comme un ogre sans prendre un gramme . Il prétexta des maux de tête et retourna dans sa chambre, il brancha son téléphone et reçut des dizaines de messages de Nafi et des photos qu’il ignora .
Jules avait une course à faire pour ses parents, il l'appela :
" tu as vu que la fille était morte ? C'est médiatisé d'autant plus que le chauffard a fui
- oui , j'ai vu . On a bien eu raison de fuir Ahmed
- quoi , tu es malades Jules
- Non je suis réaliste , Ahmed tu as un avenir tout tracé , t'es parents se sont battus des années pour t'offrir la vie que tu as maintenant . Tu dois finir ton master 2, puis aller travailler dans la boite du vieux , puis tu te choperas une belle fille que tu épouseras avec qui tu auras des enfants dont l'aîné portera mon nom . Je ferais pareil de mon côté . C'est le plan , c'est ton destin . Cette fille , son destin c'était de mourir à si bas âge , c'est triste , c'est plus que triste et je comprends que tu te culpabilise. Et si ça se trouve c'est une de ses prostituées qui traînent sinon pourquoi une jeune fille de cet âge serait seule à cette heure ?
- donc si elle est une prostituée c'est moins grave ? Il s'agit d'un être humain tu en es conscient, jules?
- oui , mais …
Ahmed raccrocha au nez de son ami. Il ne pouvait continuer de l’écouter débiter autant de conneries à la seconde .
Comment pouvait-il penser comme ça ? Il ne reconnaissait plus son ami d'enfance , c'était le plan ? Quel plan? S'amuser , se saouler, se droguer , prendre la route puis ôter la vie d’une innocente .
Ahmed se connecta sur Facebook pour voir les pages d’actualités sénégalaises et lire l’article sur lequel était tombé son père, il vit défiler des dizaines de publications concernant l'article qui mettait la photo de la jeune fille avec comme titre
" Accident mortel aux mamelles , Marième Diop tuée à 24 ans par un chauffard qui a pris la fuite "
Il n’ eut pas le courage de lire l’article, ni les commentaires,. Il avait déjà la mort de cette fille sur sa conscience , il ne pouvait avoir, en plus, la culpabilité d'avoir fui et de ne pas payer sa bêtise .
Ahmed sortit sans prévenir ses parents et à pied , il marcha des kilomètres , il avait envie de marcher comme pour profiter de ses derniers instants de liberté .
Arrivé au commissariat , il se présenta à l'accueil et débita machinalement :
" bonsoir , je m'appelle Mohamed Kébé , ce matin vers 6h du matin je venais d'une soirée avec des amis et j'ai heurté une fille au rond-point des mamelles . J'ai appris qu'elle était morte et je viens pour me rendre "