Chapitre 1
Au moment de l'explosion au laboratoire, Laurent Cédric, mon petit ami, s'est précipité avec angoisse vers Camille Dubois qui se trouvait à l'extérieur, la protégeant fermement sous son corps.
Dès que l'explosion s'est arrêtée, il a immédiatement emmené Camille à l'hôpital.
Sans même jeter un regard à moi, couverte de sang et effondrée par terre.
Cette jeune fille qu'il avait élevée pendant dix-huit ans occupait entièrement son cœur.
Il n'y avait plus de place pour personne d'autre.
Ce sont mes collègues qui m'ont emmenée à l'hôpital, me sauvant ainsi la vie.
Après être sortie de réanimation, les yeux gonflés par les pleurs, j'ai appelé mon professeur :
« Professeur, j'ai pris ma décision, je suis prête à participer à votre recherche confidentielle. Même si je dois partir dans un mois et ne pouvoir contacter personne pendant cinq ans, cela ne me dérange pas. »
Un mois plus tard, le mariage que j'attendais depuis si longtemps aurait lieu.
Mais je ne voulais plus me marier.
...
Pendant mon hospitalisation, les visites se sont succédées.
Tous mes proches sont venus.
Mais Laurent, en tant que mon petit ami, n'a fait qu'un seul appel :
« Camille pleure sans arrêt, je ne peux pas partir. Occupe-toi bien de toi-même. Je dois raccrocher, la petite refuse de manger sauf si je la nourris, je n'y peux rien. »
Comme c'est ridicule.
Après dix ans de relation, et dans son cœur, ma vie importait moins que le repas de sa nièce qui n'avait aucun lien de parenté avec lui...
Mais au début, c'était Laurent qui avait un faible pour moi, qui m'avait courtisée avec acharnement.
Quand on avait propagé des rumeurs malveillantes sur moi, il s'était battu avec cette personne et avait failli se faire sanctionner sévèrement.
J'adorais les plats du vieux quartier, il allait m'en acheter par tous les temps.
J'étais nulle en maths, toujours à la traîne, il passait des nuits à compiler mes erreurs, à résumer les pièges classiques et à m'expliquer.
C'était lui qui m'avait poursuivie obstinément, qui m'avait déclaré son amour, disant vouloir passer sa vie avec moi.
Mais c'était aussi lui qui m'avait abandonnée à plusieurs reprises pour Camille...
Mes blessures saignaient encore, et la douleur me rappelait sans cesse qu'il fallait renoncer à cet homme qui ne m'aimait plus.
Retenant mes larmes, j'ai supprimé toutes les publications le concernant sur les réseaux sociaux, puis j'ai envoyé à chacun de mes proches l'annonce d'annulation du mariage.
« Le mariage prévu dans un mois est annulé, ne vous déplacez pas. »
Après vingt-cinq jours, j'ai moi-même fait les démarches pour quitter l'hôpital et j'ai pris un taxi pour retourner à notre maison de mariage.
Les rosiers que j'avais plantés devant la villa avaient été arrachés, remplacés par de la laitue.
La balançoire avait disparu, remplacée par une énorme pancarte cartoon : « La maison d'amour de la petite et de son tonton ».
Avec en arrière-plan deux personnages de dessin animé en train de s'embrasser.
Inutile de demander, c'était encore une idée de Camille.
Ce n'était pas la première fois qu'elle a fait cela.
Mais peu importe à quel point elle se comportait de manière absurde, Laurent la laissait faire.
J'ai souri avec amertume, composé la date d'anniversaire de Camille sur la serrure numérique, et je suis entrée.
Dans cinq jours, j'allais partir avec mon professeur et je devais faire mes valises.
Je suis montée directement à l'étage, mais je ne m'attendais pas à trouver deux personnes enlacées dans mon lit lorsque j'ai ouvert la porte de la chambre :
Laurent était torse nu, vêtu uniquement d'un caleçon, avec des morsures au coin de la bouche et des griffures fraîches sur la poitrine.
Et Camille était blottie contre lui, vêtue d'une robe à bretelles, ses formes généreuses collées contre Laurent comme une liane.
Un string en dentelle noire était jeté par terre.
Je croyais m'y être préparée mentalement.
Mais en voyant cette scène, le sang m'est monté à la tête.
C'était ma maison de mariage, ma chambre, comment ont-ils pu me faire ça ?
Chapitre 2
« Suzanne, pourquoi es-tu revenue sans me prévenir ? Je n'ai rien fait avec Camille, ne te fais pas d'idées ! »
Laurent s'est réveillé, en me voyant, il s'est levé du lit et a enfilé à la hâte un vêtement.
Camille, réveillée par le bruit, a murmuré d'une voix ensommeillée : « J'ai toujours peur du tonnerre depuis petite. Les nuits d'orage, c'est toujours Laurent qui me berce pour m'endormir. Tu ne vas pas faire une scène pour une si petite chose, j'espère ? »
Ils m'ont mise tellement en colère que j'avais envie de pleurer.
Mais en sortant de l'hôpital, je m'étais promis de ne plus verser une seule larme à cause de Laurent.
« Ce n'est rien. Rassurez-vous, même si vous faites l'amour devant moi, je ne vous en empêcherai pas ! »
Après avoir dit ça, je suis partie.
Si je restais une seconde de plus, je risquais de fondre en larmes.
Mais Laurent m'a poursuivie et m'a violemment attrapée par le bras.
« Camille et moi sommes parfaitement innocents ! Comment peux-tu, en tant qu'aînée, lui dire des choses pareilles ? Tu te rends compte du traumatisme psychologique que ça peut lui causer ? Va t'excuser ! »
Je me suis dégagée avec force, au bord de la crise de nerfs : « Tu ne te soucies que de Camille : elle ne veut pas manger, elle sera traumatisée... Laurent, j'ai passé vingt-cinq jours à l'hôpital, j'ai failli mourir. Est-ce que tu t'es inquiété pour moi une seconde ? »
Quand je lui ai parlé de mon hospitalisation, le mécontentement de Laurent s'est transformé en culpabilité : « Ce n'est pas que je ne voulais pas te rendre visite à l'hôpital, mais la petite était tellement choquée par l'explosion que je devais m'occuper d'elle, je n'avais pas de temps à te consacrer ! »
Cette phrase a éteint toute l'amertume dans mon cœur, ne laissant place qu'à un immense découragement.
Toutes les paroles que j'avais accumulées dans ma poitrine, ainsi que mes larmes, se sont dissipées d'un coup.
À quoi bon disputer encore ?
Laurent ne m'aimait plus, cette phrase suffisait à répondre à toutes mes questions.
Camille était en train d'appeler Laurent, qui me regardait en fronçant les sourcils. Et il a dit : « Aujourd'hui, laisse tomber, mais ne dis plus jamais de bêtises à Camille », puis il est parti.
Jusqu'au bout, il ne s'est pas inquiété pour moi.
« Je peux donc y renoncer maintenant... »
Je me suis dit, et je suis restée immobile un long moment, puis me suis levée pour faire mes valises.
À part mes papiers et quelques vêtements, j'ai tout jeté.
Il ne restait plus que les dizaines de portraits que Laurent m'avait dessinés quand il me courtisait.
À l'époque, mon amie qui apprenait la peinture m'avait taquinée : « Ces portraits manquent de technique mais débordent de sentiments ! Moi-même je ne pourrais pas peindre comme ça ! »
C'était ces portraits qui m'avaient fait croire que Laurent m'aimait vraiment.
J'ai souri avec amertume, pris la boîte de dessins et suis sortie pour y mettre le feu.
Quand Laurent est venu me voir, il est tombé sur cette scène.
Affolé, il s'est précipité, m'a repoussée et, sans craindre les brûlures, a tenté de sauver les dessins encore intacts.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
Sa voix tremblait.
Je voulais dire que je n'en voulais plus, mais j'ai enfin dit : « Ces dessins étaient pleins de mites. »
Ces dernières années, nous nous disputions sans cesse.
C'était vraiment épuisant.
Je ne voulais plus continuer comme ça.
Après une brève hésitation, Laurent a jeté les dessins qu'il avait sauvés dans les flammes : « Camille a horreur des insectes, je t'en referai d'autres à l'avenir. »
« Ce n'est pas nécessaire. »
Il n'y aurait pas l'avenir pour nous.
Les flammes ont crû, puis diminué avant de s'éteindre, ne laissant qu'un tas de cendres.
Tout comme l'amour entre Laurent et moi.
« Il reste cinq jours, aujourd'hui compris. »
Après avoir jeté les cendres à la poubelle, j'ai posté un message sur les réseaux sociaux et suis allée me reposer dans la chambre d'amis la plus éloignée de la chambre principale.
À mon réveil, mon post était inondé de commentaires taquins me demandant si j'étais pressée de devenir la femme de Laurent.
Laurent avait commenté : « Moi aussi j'ai hâte de te voir avancer vers moi en robe de mariée. »
Quel grand menteur !
J'étais épuisée physiquement et mentalement, et lui voulait encore jouer les amoureux, mais je n'avais plus l'énergie de jouer le jeu.
Je n'ai répondu à personne, me suis lavée et suis descendue.
Au petit-déjeuner, Laurent a demandé : « Suzanne, c'est bien cet après-midi que nous devions aller obtenir notre acte de mariage ? »
C'était bien prévu pour cet après-midi. Mais je n'en voulais plus maintenant.
Chapitre 3
Mais avant que je puisse parler, Camille s'est totalement collée contre Laurent.
« Laurent, je viens de me rappeler qu'il y a le match de basket que j'attends depuis longtemps cet après-midi. »
Laurent lui a pincé la joue : « Pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt ? »
Camille a fait la moue : « Je viens juste de m'en souvenir, ce n'est pas exprès ! Si tu n'as pas le temps de m'accompagner, je peux y aller seule. De toute façon, si des beaux garçons viennent me parler, je ne perds rien, peut-être que je rencontrerai l'homme de ma vie. »
Elle s'est levée pour partir.
Laurent s'est énervé, l'a attrapée par la main et l'a tirée contre lui : « Je n'ai pas dit que je ne t'accompagnerais pas ! »
Il s'est tourné vers moi, l'air embarrassé : « Suzanne, tu vois... »
Je lui ai répondu d'un ton sarcastique : « Seul le couple peut aller faire le mariage civil, mais y a-t-il une loi qui t'oblige à accompagner Camille au match de basket ? »
Laurent a soudain pris un air sombre : « Camille est juste espiègle, elle attend ce match depuis si longtemps. Est-ce qu'on doit lui gâcher ce plaisir pour une simple formalité administrative ? »
« Puisque tu n'as pas l'intention de m'écouter, pourquoi me demander mon avis ? »
« Suzanne... »
« Ça y est, je ne t'empêche pas d'y aller ! De toute façon, on a déjà annulé trois fois l'enregistrement, une fois de plus, ça ne changera rien. Camille est la plus importante, vas-y. »
Avant, je me serais disputée avec lui pour savoir qui avait raison, mais maintenant je n'ai même plus la force de me quereller avec lui.
De toute façon, je ne voulais plus me marier avec lui.
Voyant que je ne faisais plus de scène, Laurent s'est radouci : « On dirait que tu es vraiment compréhensive. Ne t'inquiète pas, il reste encore trois jours avant le mariage, je t'emmènerai faire le mariage civil avant la cérémonie ! »
Il m'a fait cette promesse, puis est parti en tenant Camille par la taille.
Camille a fait la capricieuse en refusant de marcher.
Il l'a réprimandée en souriant, puis l'a portée dans ses bras.
Camille riait aux éclats dans ses bras, puis s'est retournée pour me faire un doigt d'honneur avec un sourire provocateur : « Il ne rentrera pas ce soir, il va s'amuser avec moi jusqu'au bout, alors ne nous dérange pas ! »
J'en avais vraiment assez de leur impudence !
J'ai sorti mon téléphone pour filmer Camille, puis j'ai mis la vidéo dans le dossier dédié à elle et Laurent, qui contenait toutes leurs photos et vidéos trop intimes.
Je les ai envoyées ensemble à l'organisateur du mariage.
« Bonjour, je souhaite changer les photos et vidéos qui seront diffusées le jour du mariage, merci. »
Puis j'ai posté sur les réseaux sociaux : « Encore quatre jours. »
Puisqu'ils aimaient tant étaler leur affection devant moi, j'allais les aider.
Dans quatre jours, tout le monde pourrait admirer leur relation familiale touchante !
Le lendemain, Laurent m'a appelée.
« Je ne rentrerai pas aujourd'hui ni demain, ce tournoi dure trois jours et c'est rare que Camille s'amuse tellement. Je l'ai élevée depuis petite, si je ne suis pas là, elle pourrait se faire embêter. »
J'ai répondu par un vague « oui » avant de raccrocher, puis je suis allée à son entreprise pour démissionner.
Sur le chemin du retour, j'ai mis à jour mon statut : « Encore trois jours. »
À la fin du tournoi, Laurent n'est toujours pas rentré, il m'a juste appelée.
« Aujourd'hui... je ne rentre non plus. Camille m'a organisé une enterrement de vie de garçon, pour une dernière folie avant le mariage. Je sais qu'il faut répéter la veille du mariage et que tu es très occupée, mais c'est son cadeau pour moi... »
Il devait reconnaître l'absurdité de son comportement, lui d'habitude si sûr de lui semblait maintenant gêné.
On entendait vaguement Camille se plaindre : « Laurent, même si on perd au jeu et il faut s'embrasser, tu ne dois pas me faire saigner la lèvre ! »
Laurent a raccroché directement.
Je n'ai rien dit.
J'ai simplement fait jeter tout ce qui me concernait dans cette villa : les vêtements et les nécessités que je lui avais achetés, les lampes, les meubles et la vaisselle que j'avais choisis...
« Dernier jour ! »
J'ai posté un message sur les réseaux sociaux, en regardant la villa vidée.
Après aujourd'hui, peu importe l'amour, la haine ou les regrets passés, je ne voulais plus avoir aucun lien avec Laurent et Camille !
Laurent a commenté : « Ne t'inquiète pas, ma chérie, cette fête n'affectera pas notre mariage. Je serai à l'heure demain pour t'épouser ! »
Mais qu'il soit à l'heure ou non, je n'avais plus l'intention de l'épouser.
Je n'ai pas répondu, et je suis restée éveillée jusqu'à l'aube.
Puis, le jour du mariage, quand Laurent est arrivé avec ses amis pour me chercher, je suis montée avec ma valise dans l'hélicoptère arrangé par mon professeur, devant eux tous.