Chapitre 2

Chapitre 2

Elle s'en souvenait encore.. c’est comme si c’était la veille… elle était à la fin de son cursus scolaire et elle préparait son mémoire de fin d’année. Se donnant corps et âme et travaillant d’arrache-pied, elle n’éprouvait pas trop de difficultés; c’était son domaine et elle excellait en la matière. Et pour compléter le tout, il lui manquait juste à trouver un stage académique ; ça comptait et elle serait notée par la suite. Son père put lui en dégoter un, dans une société d’Import-Export de la place.

En tant qu’étudiante en Maîtrise en Sciences Techniques et Comptables et Financières, elle fut admise sans trop de difficultés au département comptabilité. Elle devait commencer la semaine qui suivait; elle en aurait juste pour quelques mois. Elle aurait assez de temps pour tout boucler et mettre tout à jour avant sa prochaine soutenance. Très excitée, elle y pensait jour et nuit. Elle ferait enfin partie, même si ce n’était que temporaire, du monde du travail. C'était l'un de ses plus grands rêves. Elle avait quand même été la plus patiente de toutes, contrairement à ses copines de la FAC, Arlette et Jenna.

Elles avaient décidé d’arroser ça toutes les trois, y compris Clara. C’était un vendredi. Elles auraient le temps de boire, de faire un peu les folles, d’avoir la gueule de bois le samedi et le dimanche ; ça donnerait largement le temps à Michelle de retrouver ses esprits et d’être prête le lundi suivant. Jenna la plus folle du groupe, toujours prête à démarrer au quart de tour, jamais sérieuse s’était exclamée la première.

– Waouhhhh!!! Ce soir je m’éclate à donf les filles, tout est permis ! Tu fais bien d’arroser ma chérie !

Tout comme Arlette, avec qui elles formaient le duo parfait des filles les plus délurées qui existent sur cette terre, elle ne put que renchérir en allant dans le même sens que Jenna.

– Tu parles ! Bienvenue au club ma chérie !

Jenna, Arlette et Michelle s’étaient rencontrées en première année ; elles ne s’étaient plus jamais quittées et elles avaient depuis lors gardé de bonnes relations. Malgré leur différence de caractère ; elles se complétaient en quelque sorte. Très gentilles et attentionnées de nature, Jenna et Alertte avaient accueilli Michelle au campus lorsque cette dernière cherchait une chambre d’étudiante, et n’ayant pas pu en trouver une à temps, Jenna et Arlette lui proposèrent alors de louer un petit appartement de trois chambres pas très loin du campus, et de partager ainsi les frais, ce qui rendrait le coût de la location moins cher.

Depuis lors, les aléas de la vie ont fait en sorte que Jenna et Arlette ne purent terminer leur cursus scolaire normalement. Après leur licence, elles purent se trouver chacune un emploi qui leur convenait, car trop pressées d’entrer dans la vie active. Mais cela ne les empêchait pas de se retrouver toutes les trois à la moindre occasion pour se divertir un peu. Et il y avait enfin Clara, la meilleure amie de Michelle, son amie de toujours. C’est depuis leur tendre enfance qu’elles se fréquentent ; même leurs parents respectifs se connaissaient.

Ayant grandi dans le même quartier,allant dans la même école, elles avaient toujours tout partagé ; elles s’étaient même jurées enfants qu’elles auraient tout au même moment, sur tous les plans, boulot, mari, maison, voiture etc… mais le destin en a décidé autrement ; Clara souffrait depuis toute petite d’une maladie nerveuse et au fil du temps elle eut du mal à se concentrer dans ses études.

Après avoir obtenu son baccalauréat avec beaucoup de peine, elle ne put aller plus loin. Très affectée par cette maladie, elle apprit toute seule à se forger une carapace et un caractère ; elle s’adapta au fil du temps à cette situation. Elle est d’ailleurs la seule qui a un copain depuis trois ans ; ils vivent presque ensemble. Après avoir trimé pendant des années elle décrocha finalement un emploi dans une compagnie d’assurances comme agent technique. Elle est considérée comme une mère poule et une très bonne conseillère dans le groupe.

Michelle avait présenté Jenna et Arlette à Clara ; le contact ne fut pas facile au départ ; Clara ne les trouvait pas très sérieuses ; elles lui paraissaient un peu dévergondées et ne comprenait pas ce que Michelle leur trouvait. Ce n’est qu’avec le temps que Clara apprit vraiment à les connaître, et à les apprécier à leur juste valeur ; elle finit par comprendre qu’au fond elles étaient très humaines mine de rien et avaient bon cœur ; la preuve… elles furent présentes et assistèrent Clara lorsque cette dernière perdit son père dans un accident de circulation ; elles lui tinrent compagnie pendant toute la période du deuil. Clara en fut profondément marquée et ne manqua pas de le leur dire; elle pleura longuement sur chacune de leurs épaules. Jenna lui fit comprendre que ce n’était qu’un devoir, celui de se soutenir surtout quand tout va mal.

– Oh ma chérie… Tu sais, c’est un devoir après tout ! Perdre un parent, ça fait très mal ! Nous serons toujours là, ne t’en fais pas !

Michelle considérait toujours Clara comme cette sœur qu'elle n'a pas eu et gardait toujours la même place dans son cœur et vice-versa.

Ce fameux club cartonnait à l’époque. Elles avaient décidé de s’y rendre ce soir-là. Ca leur ferait sûrement un bien fou. Chacune d’elle était bien trop occupée en semaine dans ses activités quotidiennes ; ça faisait quand même un bon bout qu’elles n’avaient plus eu l’occasion de se retrouver comme ça toutes les quatre. Désormais elles auraient un code… chaque vendredi sur deux, elles devaient se retrouver en soirée quelque part, quel que soit l’endroit, à condition qu’elles prennent du bon temps, se divertissent et déstressent un peu.

Ce soir elles se retrouvèrent chez Jenna ; cette dernière venait d'acquérir un véhicule. Personne n’en revenait. Elles savaient quand même que celle-ci sortait avec un homme d’affaires plein aux as, Bertrand. Il lui avait dégoté cette voiture en guise de cadeau d’anniversaire à peine trois mois de relation ! Elles étaient si curieuses de savoir, mais surtout de comprendre comment elle avait pu rendre cet homme si dingue d’elle. Michelle la plus surprise de toutes ne manqua de le lui faire la remarque.

– Tu as fait quoi comme ça à Bertrand pour qu’il t’achète une voiture ? Le genre que tu tournes ici dehors !

– Je ne dors pas au premier banc ! Rétorqua Jenna d'un tonc sec. Bertrand n’est que mon sponsor . Il croit que je suis à fond dans lui !

– Aahahaah!!! J’espère que ça ne va pas te retomber en pleine figure s’il découvre que tu te fous bien de sa gueule ! Ironisa Michelle.

– Moi-ci ? Tu me connais même ?

Arlette, très souvent de connivence avec Jenna, prit son parti.

– Michelle laisse nous en profiter ! On tchop* (profiter) ses dos* (argent) et on enjoy* (s'amuser).

Michelle ne pouvait que battre en retraite.

– C’est vous qui voyez ! Je demandais seulement !

Clara qui écoutait tout en riant à gorgé déployée, lança elle-même à la volée.

– Kiakiakiak !!! Jena ? Dimanche j’ai réunion tu me déposes ?

Jenna lui répondit en la toisant à travers le rétroviseur.

– Dépo quel sé ? Et où ça ? Pas dans tes routes cabossées là ! Je ne suis pas là !

– Ikiii ! Laisse alors !!! Tu te la pètes en plus !

Jenna un peu excédée, du moins en apparence, ne se laissa pas faire pour autant.

– Dis donc! Ne me déconcentrez pas ! Vous savez que je n’ai pas encore tous les bons réflexes, après on va se retrouver en brousse !

– Roule alors doucement ! Lui dit Michelle sur un ton imposant. Tu n’es pas obligée d’aller si vite ! Alors que tu n’es pas encore rôdée !!!

– Au fait même Michelle, tu es même comment ? Erwan est où ? Beup beup beup ! Tu gueules là ? Répliqua Jenna afin de marquer un point contre Michelle.

– Ah ! Tu veux que je te dise quoi ? Je l’ai zappé !

– En cata !!! Reprit Arlette en douce.

– Elle fuit les problèmes ! Ahaahhaah !!! Ajouta Clara.

Michelle essaya plutôt de se justifier.

– Non ! Je ne suis plus là ! Ses parents lui mettent trop de pression pour épouser l’autre fille.

– Tu m’étonnes hein ! Lui répondit Jenna. Ne fais pas comme moi qui n’ai pas trop le cœur dans ces histoires. Mais le gars était bien non ? Il t’a rassurée et il t’a dit que c’est toi qu’il aime et il a eu le cran de te dire la vérité !

Clara, dans le même sens que Jenna, rajouta.

– C’est quand même quelqu’un d’assez sérieux ! Je vous assure, il n’y avait pas de problème ! Michelle c’est une peureuse ! Il est venu me voir et il m’a fait comprendre qu’il veut vraiment Michelle ! Il veut l’épouser… il le lui a d’ailleurs dit, mais Michelle a plutôt battu en retraite sous prétexte que le gars est toujours en contact avec l'autre fille...

– T’as peur de quoi ? S'étonna Arlette. Il faut apprendre à cimenter ta place c’est quoi ça ? Laisse ! Un jour tu vas tomber sur un gars plus compliqué, et c’est là où tu vas t’accrocher ! La suite toi même tu viendras nous la raconter!

Sur la défensive, Michelle se reprit.

– C’est pas mon genre !

Elles arrivèrent à vingt-trois heures passées, le club était déjà bondé de monde. Mais avec la présence de Jenna, pas d’inquiétude ! On leur avait déjà réservé une table VIP ; elle avait des entrées partout et ne cessait d’étonner le reste de la bande. Avec son 1 mètre 78, Jenna avait une allure de top model ; d’un teint d’un noir de jais, elle arborait une mini coupe de cheveux et dont elle venait de faire teindre en blond. Elle avait enfilé une de ces mini robes moulantes, si courte qu’elle lui arrivait juste au ras des fesses ; des talons aiguilles d’une hauteur inimaginable lui donnant un air de girafe ; elle aimait bien ça ! Elle attirait toujours l’attention autour d’elle. Arlette avait opté pour une « tunique » de couleur blanche qui épousait généreusement les formes de son corps et laissait entrevoir un décolleté très profond et un dos nu. Elle par contre était très claire de teint et un peu potelée, pas très grande de taille. Elle savait mettre son popotin en valeur, un derrière digne de ce nom. Clara, plus sobre, et plutôt fine, arborait une robe courte un peu évasée, de couleur rouge qui semblait si bien être assortie à son teint chocolat.

Dans leur carré VIP, elles s’y installèrent le temps de commander à boire bien évidemment et d’aller se trémousser un peu plus tard sur la piste de danse bien tamisée de lumières et des stroboscopes scintillant de toutes parts. L’ambiance était vraiment au rendez-vous ; les filles se déhanchaient, se trémoussaient tout en laissant parfois quelques soupirants venir se lover amoureusement contre elles au rythme de la cadence. A un moment donné, Michelle s’immobilisa pendant quelques secondes sur la piste ; elle se voila rapidement le visage comme pour éviter de se faire remarquer; elle sentit l’obligation de feindre un petit malaise. En fait, elle venait d’apercevoir Erwan son ex avec une autre fille ; ils dansaient.

Honteuse, elle ne voulut surtout pas qu’il la voit; il était si bien accompagné. Même si elle avait rompu avec lui elle ne s’imaginait pas le trouver là à pareil moment ; il avait fait son deuil apparemment. Elle fit savoir aux filles qu’elle s’éclipsait un peu, le temps de récupérer ; elle ne se fit pas prier lorsqu’elle quitta la piste en trombe.

Tout en regardant derrière elle, elle ne vit pas celui qui venait en face d’elle, il tenait une bouteille de coca en main.

Ce dernier aussi marchait à reculons, il papotait avec quelqu’un d’autre et au même moment, Michelle et lui se retournèrent brusquement et se bousculèrent violemment ; il lui renversa une partie de sa boisson sur la poitrine et son coude la heurta violemment à l’épaule, lui procurant une douleur atroce.

Chapitre 3

Le week-end passa à la vitesse de l’éclair ; Michelle eut à peine le temps de récupérer. Elle était quand même prête ce lundi matin ; très à l’heure et un peu en avance même, à 7h piles. La Société Camex-Co était située à l’avenue des banques, le quartier des affaires de la capitale. Ce grand bâtiment de dix étages avec ses baies vitrées dominait presque toute la zone. La compagnie n’occupait que les trois derniers, le reste était loué par d’autres structures. Mais toute la bâtisse et la société appartenaient à une seule et même personne, le PDG de Camex-Co, Monsieur Philippe Kezo.

Elle dut patienter pendant près de deux heures de temps dans cette salle d’attente où la réceptionniste l’avait conduite. Elle finit par s’assoupir un tout petit peu, ressentant encore les effluves de l’alcool, mais surtout la fatigue et sans oublier le petit incident du Coca Cola renversé sur son chemisier en lin tout blanc. Elle s’était particulièrement sentie ridicule lorsque ce type l’avait violemment heurtée au point de lui faire mal à l’épaule… elle piaffa et le maudit presque d’avoir foutu en l’air toute la soirée.

– Aiiiiie ! Mais… Aie !!! Faites attention !!! Regardez là où vous mettez les pieds !!!

Il se confondit maladroitement en excuses.

– Désolé mam’selle ! Pardon… je… je ne voulais pas vous faire du mal ! Je ne vous ai pas vue… ça va ? Vous sembliez aussi ne pas regarder droit devant vous !

– Pardon ??? C’est vous !!! Voilà… mon chemisier !!! Et mon épaule… Merde !!!

Michelle avait choisi un chemisier en lin blanc transparent et sans manches et très court sur le devant qui laissait entrevoir une partie de son abdomen, et un peu plus long sur le derrière. Elle portait un legging en cuir noir et des talons hauts.

– Ooooh !!! Je… je suis vraiment désolé mam’selle ! Faites-moi voir votre épaule !

Il lui passa la main dessus, comme s’il pouvait la guérir en quelques secondes. Son chemisier imbibé de cette boisson finit par lui coller sur la peau ; on pouvait y voir au travers le soutien noir qu’elle portait ; le mec ne fut pas si indifférent puisqu’il le remarqua malgré la faible lumière ; l’expression de son visage montrait bien qu’il avait deviné sans trop de peine les courbes généreuses de Michelle.

Celle-ci se dégagea brusquement de ses mains ; l’individu en question la dévisagea de haut en bas, et continua à se fondre en excuses.

– Si je peux faire quelque chose… je ne sais pas… votre chemisier…

– Non ça va ! Ça va ! Merci ! Et pour le chemisier tant pis ! (Quel loubard celui-là !!!) se dit-elle intérieurement.

Elle prit aussi le temps de voir à quoi ressemblait ce malhabile, juste par curiosité, rien de plus. Grand de taille, teint clair. Elle le toisa par la suite et lui tourna les talons assez rapidement. En allant s’assoir, elle marmonna entre les dents, essayant de dissimuler la grosse tâche très visible sur son chemisier. De toutes les façons le reste de la soirée était fichu.

Elle était retournée vivre chez ses parents ; son père le lui avait exigé ; il ne voyait plus aucun intérêt à ce qu’elle reste encore au campus dans cette chambre d’étudiant. L’année académique tirait presque à sa fin, il ne lui restait que son mémoire à boucler et ce fameux stage à commencer. Ce qui ne l’arrangeait pas vraiment ; elle voyait ses petites sorties, virées et escapades entre copines tomber à l’eau.

– Je ne vois aucune raison à ce que tu restes encore là- bas ! Tu ferais mieux de revenir ici ! Tu commences ton stage bientôt ! Exigea son père.

– Mais papa… ça fait quatre ans que je suis partie de la maison pour…

– Non non non !!! Je te vois venir… Tu rappliques ici et dès ce soir… Je n’aime pas te savoir dans cette situation ! Tu sais très bien que lorsque la fin des classes est si proche tu reviens toujours à la maison. Tu es sans doute entrain de l’oublier ! Ne fais pas comme si ce n’est pas le cas ! De plus, Camex-Co est à deux pas d’ici ! Au moins avec ça tes petites sorties anodines cesseront !

Monsieur Boum Nicolas, un homme assez autoritaire et rigoureux, il était en même temps très protecteur envers ses enfants. Des garçons éduqués à la dure, comme au service militaire. Michelle, sa fille unique, était la prunelle de ses yeux ; il n’appréciait guère ses sorties nocturnes qui s’éternisaient parfois jusqu’à l’aube. Michelle trouvait souvent une bonne excuse : « Je suis avec Clara, on sort ensemble… » Ou bien « Je dors chez Clara aujourd’hui… » Il ne se sentait rassuré qu’après confirmation de Clara. Sa mère, par contre, une femme très douce et gentille, avait une oreille facile ; très compréhensive sur les bords. Mais il ne fallait pas trop compter sur elle ; elle ne savait pas prendre parti, pire lorsque son mari s’en mêlait.

– Mlle Boum Michelle ? C’est à vous ! Le Directeur vous attend dans son bureau ! Lui annonça la secrétaire du Dg.

Ce qui la tira brusquement de sa rêverie. On venait de l’affecter au département de la comptabilité ; elle tombait à pic, car le service était en manque d’effectifs. Il fallait préparer les travaux du bilan pour clôturer l’exercice de l’année précédente. Elle avait reçu toutes les directives et semblait bien apprécier les tâches qui lui étaient attribuées ; c’était sa force à elle Michelle, savoir s’imprégner davantage dans un milieu et se donner à fond.

Au bout de deux semaines, elle avait déjà trouvé ses marques et elle s’en sortait très bien ; elle apporta de nouvelles idées, un nouveau concept et une méthode de travail assez efficace. Les autres ne purent qu’apprécier ses efforts dans le service. Samuel et Paul, les deux comptables l’aimaient bien et l’encadraient sans cesse mais ce ne fut pas le cas de la dame du même service qui, au fil du temps montrait des signes d’agacement et de frustrations à certaines occasions. Michelle l’avait senti et avait feint l’indifférence face à cette petite jalousie que lui manifestait ouvertement cette femme. Michelle se contentait d’être juste polie, sans plus.

On le lui avait dit, que c’était ça le monde du travail. Il n’y avait pas d’amis en tant que tel ; ce n’était que la recherche des intérêts, la concurrence, les jalousies, les frustrations… Elle l’apprenait à ses dépens et se contentait de ne se focaliser que sur ses objectifs. Elle pouvait quand même compter sur la présence des deux autres, Samuel et Paul. Avec eux, l’ambiance était quand même

bon enfant ; ils passaient leur temps à la taquiner et à rigoler.

Il est leur est arrivé de souvent inviter Michelle à passer la pause de midi dans un des petits restaurants pas très chers qui sillonnaient les environs. Quant aux autres employés de la boite, leur air si guindé et hautain ne firent que confirmer ses appréhensions ; elle avait compris que tout ce beau petit monde ne se frottait pas aux petites gens, à ceux de sa trempe, les stagiaires. Mais Samuel et Paul faisaient bien la différence.

– Michelle dis-moi ?

– Je t’écoute Samy !

– Tu as un copain ?

– Pourquoi tu me demandes ça ?

– Oh ! Juste comme ça ! Mais sache que dans ce milieu si tu es célibataire, tout le monde risque te courir après !

– Même toi Samy ? Tu es marié !

– Et ça fait quoi ? Tu n’es pas mal comme fille ! Non mais sérieux ! Ahahah !!! Je rigole ! T’as pas à t’inquiéter ! O ne va pas t’embêter !

– Nous sommes tes gardes du corps ma belle ! Renchérit Paul. Tu ne risques rien avec nous !

– Je vois ça ! Vous êtes vraiment cool ! C’est gentil à vous, parce que j’ai remarqué qu’ici les gens sont plutôt…

– Snob ? Tu veux dire ! Intervient Paul.

– Oui voilà !

- Ce n’est pas ça ! Répondit Samy. En fait pour nous, les stagiaires sont souvent considérés comme des élèves, des étudiants ! Et c’est rare de voir un enseignant et son élève faire ami-ami n’est-ce pas ?

- – T’as pas tort quand même ! Rétorqua Michelle. Vraiment ! C’est comme avec Madame Ndoumbe ! Je ne sais pas ce que je lui ai fait… Elle est si froide !

– Oooh laisse ! Ça va lui passer ! Ahhhh !!! Vous les femmes…

Le Directeur Général l’avait faite appeler dans son bureau. De retour d’une mission de plusieurs semaines à l’étranger, il voulait respecter la procédure. Il les faisait toujours appeler, les nouvelles recrues ou stagiaires pour faire le point, c’était comme une sorte de première rencontre, un premier contact. Elle s’y était rendue dans l’après-midi comme convenu. Le Dg avait rendez-vous au même moment avec un groupe de personnes qu’elle venait de croiser devant la salle d’attente ; on aurait dit des partenaires ; ils travaillaient dans le domaine informatique, à les entendre parler.

La secrétaire du Dg lui demanda de patienter un petit moment, le temps que ces personnes terminent avec le Dg. Il avait tout un étage à lui, une vraie suite majestueuse composée d’une grande salle d’attente, une salle de réunion, le bureau de la secrétaire, et enfin le sien.

Ces personnes étaient au nombre de six, les partenaires du boss. Ils discutaient âprement. Elle passa juste à côté et leur lança un timide Bonjour. Assise en face d’eux, et un peu gênée, elle sortit de sa poche son téléphone qu’elle tripatouillait maladroitement. Dès ce moment-là elle n’eut plus la force de relever les yeux parce qu’à chaque fois qu’elle le faisait, son regard croisait celui d’une personne en particulier.

Elle venait de remarquer cet homme grand et clair de teint, qui la dévisageait sans cesse et naturellement. Elle n’avait qu’une seule envie, se lever et s’en aller ; il la mettait très mal à l’aise. Tout ce qu’elle put remarquer, c’est l’élégance avec laquelle il se tenait et la façon dont il était vêtu, assez relax mais chic. Il avait un accent neutre.

Il avait l’air de s’y connaître dans son domaine, rien qu’à l’entendre parler ; il donnait des directives, des recommandations, et son point de vue était tout aussi clair et limpide ; il ne tâtonnait pas et avait une parfaite éloquence et assurance de lui-même. Le Dg les fit appeler par la secrétaire, mais il déclina poliment.

– Non ! Laissez plutôt la demoiselle y aller ! Nous on en aura pour longtemps avec lui ! Allez – y mam’selle ! On a tout notre temps !

– Merci monsieur ! Répondit-elle timidement.

– Je vous en prie !

« Mam’selle ». Ce mot non seulement lui sembla si familier à Michelle, mais aussi, la voix de cet homme. Intriguée, elle tenta de se remémorer où et dans quelles circonstances elle avait déjà entendu ce mot et cette voix ! Ça trottait dans sa tête… un instant. ! Mais ouiiiii !!! Ça y est, elle se souvint ; c’était le type qui l’avait bousculée en boîte et qui lui avait versé tout le Coca Cola sur le chemisier.

Avant d’ouvrir et d’entrer dans le bureau du Dg, elle se retourna, et son regard croisa le sien. Elle vit qu’il affichait un petit sourire du coin des lèvres… il l'avait aussi reconnue.

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