Chapitre 2

La nuit fut longue, je n’arrivais pas à penser à autre chose qu’à elle.

Kelly m’avait envoûté et son sort était si puissant que je ne pouvais plus dormir.

Chaque fois que j’osais fermer les yeux, son sourire me hantait tel un fantôme acharné.

Je ne languissais qu’une chose, le lendemain pour la retrouver.

Sept heures sonnèrent enfin à mon réveil, je me levais d’un pas et je me préparais pour la journée.

Je pris ma douche, me coiffa et descendit dans le salon afin d’y déjeuner.

Ma mère, Sandrine, m’avait concocté un excellent déjeuner, et ma sœur, Léa, était encore sous la douche.

C’est bien connu, les filles perdent toujours un temps fou pour se préparer.

Elle n’avait que douze ans mais elle était déjà très coquette.

Mon père, lui, était en train de regarder les infos à la télévision avant d’entamer sa journée, en effet, mon père, Franck, travaillait pour une agence de voyages, tandis que ma mère était pharmacienne.

— Merci maman, ton petit-déjeuner était très bon, je vais au lycée, bisou et à ce soir.

— Déjà !? C’est bien la première fois que je te vois aussi pressé de te rendre au lycée… Bonne journée, Tristan.

Ma mère n’était pas née de la dernière pluie, elle me connaissait peut-être mieux que quiconque. Je lus dans son regard de tendres soupçons.

Je sortis de chez-moi et me dirigeai enfin vers le bus qui me ramènerait au lycée Nestor Blum.

Lorsque celui-ci arriva enfin, je montais d’un pas et allais m’asseoir au même siège que la veille dans l’espoir de tomber sur elle. Hélas, tout le long du trajet aucun aperçu de Kelly.

J’arrivais au portail du lycée, toujours pas de Kelly à l’horizon, en revanche je vis Jack et Mattéo, ces derniers étaient mes potes et je me dirigeais vers eux afin de papoter et leur raconter mon histoire avec Kelly.

Ils restèrent étonnés lorsque je leur parlai d’elle, Mattéo, comme à son habitude, me suggéra de « me la faire. »

Je n’étais pas ce genre de mec, et je respectais beaucoup trop Kelly pour lui faire cela.

La sonnerie retentit et nous nous dirigeâmes en cours de Math, je rentrais dans la classe, mais toujours pas de Kelly, je commençais à me demander si je n’avais pas rêvé la veille.

C’est au cours suivant, en sport que je la vis enfin, je cachais ma joie et lui lançais simplement un bonjour habituel.

— Alors tu as bien dormi ? me demanda-t-elle.

— Aussi bien que toi…

À ses mots, Kelly se tut, et alors j’osais imaginer qu’elle avait peut-être dû aussi peu dormir que moi. Je lui demandais si elle allait bien.

— Oui tranquille, j’aime bien le sport donc ça va. Elle sourit et je vis le blanc éclatant de ses dents.

Elle s’était habillée pour l’occasion, mais sa tenue de sport lui allait somptueusement.

Quand Monsieur Démarret souffla dans son sifflet, toute la classe s’adossa au muret du terrain de sport. Il nous expliqua alors que nous allions faire de l’endurance puis dans la seconde heure, nous ferions le sport que nous voudrions.

Le prof de sport, contrairement au prof de français, était très sympa, mais très militaire, si un seul camarade de classe faisait une connerie, c’est toute la classe qui prenait, autant vous dire que tout le monde se tenait à carreau.

Cependant, je trouvais cette discipline parfaite, cela obligeait les plus récalcitrants à bien se tenir et aux autres à les remettre en place lorsque ses élèves dépassaient les limites de l’indiscipline.

Monsieur Démarret donna le départ de l’endurance et nous partîmes sur le champ, Kelly semblait si légère quand elle courait. Alors que moi à quelques pas derrière elle j’avais du mal à la suivre, quelle honte pour un homme, se faire battre à plate couture par une fille.

Mais ma fierté me poussa toujours plus loin, et bientôt je la rattrapais tant bien que mal.

Je me tenais à présent à ses côtés et en silence nous continuâmes la course.

Je me surprenais à divaguer et à imaginer ce que serait notre couple. J’effaçais un sourire qui s’était dessiné sur mes lèvres et repris mon sérieux.

Au bout d’une vingtaine de minutes, le prof siffla la fin de la course. J’en étais essoufflé et Kelly également, je crois que nous nous étions lancé un défi involontairement c’était à celui qui tiendrait en échec l’autre.

Après avoir récupéré notre souffle, nous entamions des exercices d’étirements tout aussi tordus les uns que les autres. Je surprenais Kelly à en abuser, surtout lorsqu’elle devait toucher ses pieds avec ses mains en restant jambes tendues, lorsqu’elle se baissait, elle s’employait à descendre le plus lentement possible. Par ce geste, elle mettait ses atouts en valeur et me regardait avec son air coquin.

— T’as fini ?! lui demandais-je

— J’ai fini quoi ?

— Ben, ton petit jeu là, ça ne me fait rien du tout.

— De quel jeu parles-tu, Tristan ?

— Tu veux un dessin ?

— Tiens, je ne savais pas que tu savais dessiner ?

— Ah, ah, c’est très marrant !

— Allez, fais-moi un dessin.

Je comprenais dans quel piège elle essayait de m’attirer, mais je ne marcherais pas là-dedans.

— Tu as un crayon et du papier ?

Elle fut surprise de ma question.

— Euh… Non je n’ai pas ça sur moi.

— Alors comment veux-tu que je te fasse un dessin ?

— Je croyais que tu avais tout ça sur toi.

— En sport ? Comment veux-tu que j’aie le papier et le crayon sur moi avec cette tenue, dans mes poches ?

— Ben oui, pourquoi pas ? Bon ben tant pis alors tu me montreras ton talent plus tard…

— Oui, peut-être, si tu es sage.

— Mais je suis toujours sage moi.

— Oui, je vois ça !

— Tu vois quoi ?

— Ben que tu es sage.

J’éclatai de rire, je savais qu’elle jouait avec moi. Je savais qu’elle me cherchait, et que le « dessin » qu’elle voulait n’avait rien à voir avec le dessin sur papier.

Mais elle venait d’essuyer une cuisante défaite et j’en étais satisfait.

La deuxième heure passa à toute vitesse, Kelly et moi avions choisi de faire du tennis, là encore, on s’envoyait des « balles » parfois puissantes et les retours étaient souvent « contournés », mais elle perdit trois jeux à deux…

Le match terminé, nous nous rendions ensemble à la cafétéria afin de grignoter un morceau.

J’entamai la conversation :

— Qu’as-tu choisi pour manger ?

— J’ai pris une purée et de la saucisse et toi ?

— J’ai choisi des frites et un steak haché.

— Bon appétit alors.

— Merci, toi aussi.

Une purée, et de la saucisse, encore une fois elle avait bien choisi ses armes.

Elle prit une bouchée de purée, et la déposa délicatement dans sa bouche somptueuse, elle jouait avec son regard et plissa ses yeux tout en me regardant, j’en salivais, je ne voyais qu’une chose, sa bouche, je ne pensais qu’à l’embrasser, j’en avais des frissons.

Je baissai mes yeux sur mon plat, et mangea mon assiette de frites en silence.

— Alors c’est bon ? me dit-elle

Et moi encore troublé, je ne sus que répondre. À quoi faisait-elle allusion en me demandant si c’était bon ? Peut-être avais-je l’esprit tordu mais ce mot pouvait avoir plusieurs sens.

Mais je ne me rendis pas pour autant, je lui répondis que c’était très bon, bien qu’un peu salé.

— Et toi, tu te régales ?

— Oh oui, très bon, j’en prends plaisir…

— J’imagine…

Elle attrapa un morceau de sa saucisse et la glissa tendrement dans sa bouche, elle en ferma ses yeux et poussa un petit gémissement de plaisir.

Ce repas ressemblait à tout sauf à un simple repas entre amis, et elle se régalait de me faire baver. En fait, je commençais à me demander si elle n’était pas tout simplement une vilaine allumeuse.

Kelly rouvrit ses yeux et esquissa un sourire magnifique, quand je regardais les siens, je ne pouvais plus maintenir mon assurance.

— Ça y est tu as fini ton assiette ? me demanda-t-elle innocemment.

— Oui, et toi ?

— Aussi, tu as pris quoi en dessert ?

— Un yaourt à la vanille. Et toi ?

— Une banane, j’adore ça !

Mais ce n’est pas possible, même le dessert avait été choisi pour me torturer.

Elle me regarda, éplucha le fruit en toute douceur et dans un geste sensuel, elle glissa la banane dans sa bouche.

Je me levai sur le pas énervé pas ce comportement que je ne supportais pas, et allais placer mon plateau sur le tapis du service.

En fait, c’était un étrange paradoxe, j’étais crispé par sa façon d’agir mais en même temps elle avait éveillé en moi le désir.

Sans dire un mot, je pris mes affaires et disparus derrière les portes de la cafétéria.

J’entendis Kelly m’appeler mais je ne pris même pas la peine de lui répondre.

Je retrouvai Jack et Mattéo dans la cour, et je m’assis à leurs côtés scrutant l’horizon afin de voir si Kelly me suivait.

Celle-ci sortit de la cafétéria à son tour, m’adressa un regard ténébreux et elle se retourna et disparût dans la bibliothèque.

L’après-midi se poursuivit dans un climat tendu, Kelly s’était assise au premier rang et moi derrière elle. Les cours de Biologie, Histoire-Géo et Français passèrent sans qu’on ait échangé un seul mot.

À la fin de la journée, je regagnais mon bus, je tentais un sourire à Kelly mais celle-ci resta de marbre.

Elle s’asseyait derrière le chauffeur, je la suivis et lui demandai :

— Tu boudes ?

Elle se retourna, me dévisagea et replongea son regard dans le paysage derrière la fenêtre.

— Tu m’en veux ?

— Tu m’as planté au beau milieu de la cafèt’ et tu me demandes si je t’en veux !? rallât-elle.

— Attends, à quoi jouais-tu à midi ? Avec tes gestes et tes gémissements.

— Mes gémissements ? Quels gémissements ? Tu es malade, non ?

— C’est ça nie en bloc ! Tu n’as pas essayé de me chercher avec ton comportement de garce ?

— C’est ce que tu penses de moi ? Que je suis une garce ?

— À voir ton comportement, j’ai l’impression que tu n’es pas celle que je croyais.

— Et tu croyais que j’étais comment ?

— Je ne sais pas moi, douce, calme, belle, vraie quoi !

— Ah ! Parce que je suis fausse, maintenant !?

— Je ne sais pas, en tout cas tu n’as pas l’air normale !

— Normale !? Et comment me vois-tu ?! Je vis ses yeux s’emplir de larmes, je crois que je venais de lui faire du mal.

— Je ne sais pas, tu me montres une fille trop « space ».

— C’est-à-dire ?

— Tu es particulièrement atteinte, lui lançais-je avec franchise

— D’accord, je crois qu’on n’a plus rien à se dire.

— Très bien si c’est ce que tu veux, après tout je ne t’ai rien demandé moi !

À présent, elle tira son sac sur ses jambes et se ferma tel un coffre-fort.

Elle m’avait mis en colère. Je n’éprouvai même pas de scrupules.

Je pensais en silence, « notre première dispute et peut-être la dernière. »

Kelly descendit à l’arrêt suivant et ne prit pas la peine de se retourner.

Je la regardais s’éloigner et me dit, peut-être ai-je été un peu trop fort…

Chapitre 3

Encore une nuit agitée, je n’avais pas réussi à trouver le sommeil.

J’avais blessé Kelly et je m’en voulais à présent.

J’avais une tête à faire peur, mes yeux étaient fatigués et mon moral au plus bas.

Léa me fit un bisou et me dit que je devais rapidement me laver car j’avais vraiment une sale tête.

Après une bonne douche, je descendis les escaliers jusqu’à la cuisine et m’asseyais en silence pour déjeuner.

Ma mère, comme à son habitude, m’avait préparé un délicieux petit-déj’ que je pris plaisir à déguster.

À vrai dire je n’avais guère envie de retourner au lycée après le fiasco d’hier soir.

Ma mère avait tenté de me poser des questions, mais je ne lui avais rien dit, feignant un sourire en vain. En effet, elle n’avait pas cru une seconde à mes tentatives et avait fini par abandonner.

Mon repas terminé, je pris mes affaires et me rendis à l’arrêt de bus. Je stressais comme jamais, j’appréhendais cette journée comme si je devais passer un examen.

Le bus arriva et je grimpai dans ce dernier avec beaucoup moins d’entrain que la veille.

Je tournais et retournais dans ma tête les phrases que je pourrais lui dire pour m’excuser

Lorsque j’arrivais à destination, je sentis battre mon cœur à fond et ma respiration devint difficile.

Quand je la vis, devant l’entrée, elle me fit un petit signe de la main.

Je m’avançais vers elle inquiet de ce qu’elle avait à me dire.

— Heu, salut, je voudrais… Je fus interrompu par Kelly.

— Non, attends, c’est moi, je m’excuse, je ne suis pas celle que tu crois.

— Oui, je sais, et je m’en excuse aussi.

— Bon… On oublie tout ?

— On oublie tout.

Je fus rassuré et détendu, elle était là, elle me pardonnait, et nous repartions sur de nouvelles bases.

La journée passa à vive allure, c’était une belle journée, une journée inoubliable.

On avait discuté comme avant. Kelly n’avait pas fait sa garce, bien au contraire elle m’avait souri comme jamais, ses yeux pétillants m’avaient profondément bouleversé. J’en étais tombé amoureux, mais je ne voulais pas tout gâcher avec mes sentiments.

Nous nous étions échangé les numéros de portable et nos adresses mail.

Ce mercredi avait été un des plus beaux jours de ma vie…

Le soir, je reçus un SMS de sa part me disant qu’elle avait passé une excellente journée et qu’elle voulait que ça dure ainsi.

Elle me souhaita une bonne nuit et ajouta qu’elle avait hâte d’être à demain.

Deux nuits fatigantes m’avaient usé, je tombais sur mon lit et m’endormis jusqu’au lendemain matin.

Après une bonne douche, un bon petit-déjeuner, et un bisou à ma sœur je me rendis à l’abribus et sautai dans le car qui me ramenait au lycée.

J’avais hâte d’y être et de passer encore une bonne journée, mais ma joie retomba lorsque je vis Jack et Mattéo sans Kelly.

Je leur demandai s’ils ne l’avaient pas vu, ces derniers me confirmèrent que non.

Je me rendis au cours de science, en pénétrant dans la classe je regardais si elle n’était pas déjà là, hélas aucune trace de Kelly.

Le cours se déroula dans un calme absolu, je scrutais la porte d’entrée dans l’espoir de la voir apparaître, mais je ne vis même pas son ombre.

La journée passa comme une journée classique, je n’avais pas eu de nouvelles de Kelly et commençais à m’en inquiéter.

Mon portable sonna, je le pris sur le champ, et le décrochai :

— Oui Tristan ? C’est maman.

Inutile de vous dire à quel point je fus déçu, et j’avais honte d’éprouver ce sentiment.

— Oui maman, qui a-t-il ?

— Tu pourras t’arrêter à la boulangerie pour y acheter du pain pour ce soir s’il te plaît ?

— Oui, maman pas de problème, bisou à tout à l’heure.

— Merci, à tout à l’heure.

Là-dessus, elle raccrocha, je me rendis donc à la boulangerie de Marnes.

J’achetai le pain qu’elle m’avait demandé et c’est en sortant de la boulangerie que je la vis avec ses parents. Mes yeux se fixèrent sur Kelly et celle-ci me fit un grand signe de la main et m’appela. J’étais tellement attiré par Kelly que j’en avais oublié le camion qu’on était en train de charger.

Alors je compris avec horreur que ce camion et ses affaires étaient ceux de la famille de Kelly. Cette vision me fit comme une grande claque que je venais de prendre en pleine figure, mon visage se ferma et je fus dégoûté.

J’approchai de Kelly, lui fis la bise et lui demandai :

— Que se passe-t-il ?

— Je suis désolée je n’ai pas pu te prévenir. J’avais beaucoup de choses à faire.

— Mais comment ça ? Qui a-t-il ? Tu t’en vas ?

— Hélas oui, ma mère a reçu une promotion et nous repartons à Trousy.

Ses mots me firent comme un poignard que l’on avait planté dans mon ventre, Trousy, cette ville où se trouve l’autre !

— Mais tu ne peux pas rester ? lui demandai-je avec affolement.

— Et où voudrais-tu que j’aille ? Je dois suivre ma mère et ma sœur je n’ai pas le choix.

— Tu pourrais habiter chez moi, j’ai une chambre d’amis.

Elle ria, son rire me fit plus de mal que de bien, on enfonçait un peu plus la lame dans mon cœur.

— J’aimerais tant rester, tu m’as apporté beaucoup cette dernière semaine, on s’écrira et je viendrais pendant les vacances

— Mais…

— Mais quoi Tristan ?

— Mais… Je n’arrivais pas à sortir de ma bouche ce que je mourrais d’envie de lui dire, je voulais lui dire que je l’aimais, que ma vie sans elle était impossible, j’optais pour :

— Mais avec qui vais-je rire et parler si tu t’en vas, Kelly ?

— Il te reste Jack et Mattéo, Ils sont géniaux, tu sais.

— Oui, mais ce n’est pas pareil.

— Je suis désolée Tristan, mais je n’ai pas le choix…

Je perçus des larmes coulaient le long de ses fines joues, ses gouttes d’eau me faisaient encore plus mal, je la pris dans mes bras et fermis mes yeux. Mon cœur battait la chamade, je l’aimais et elle s’en allait, ce n’était pas juste.

— Chérie on y va ?

— Oui maman.

Elle me lâcha et me déposa un baiser sur le coin de mes lèvres, ce fut horriblement douloureux.

— Au revoir Tristan, à bientôt.

Je ne pus lui répondre, et je la voyais qui s’éloignait dans ce foutu camion, je restai là, abasourdi, son visage imprégné dans ma tête, je ne l’oublierai jamais, et dans un cri incontrôlé je fis :

— Kelly ! Je t’aime…

Mais elle était déjà trop loin, elle ne pouvait plus m’entendre, et moi j’essuyais une larme qui avait coulé le long de ma joue, signe d’une blessure très profonde…

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