Chapitre 1
Je suis revenue à la vie, le jour où ma sœur et moi devions choisir nos maris, et j'ai découvert que je pouvais entendre les pensées des autres.
J'ai entendu ma sœur dire : « Cette fois, je vais absolument me dépêcher de décrocher le bon mari. »
Puis, elle a précipitamment emmené celui qui avait été mon mari doux et attentionné dans ma vie précédente.
Et elle m'a laissé l'homme violent qui la battait chaque jour dans notre vie passée.
J'ai souri. Elle croyait vraiment que l'homme que j'avais épousé autrefois était si vertueux ?
Je suis revenue au jour où ma sœur et moi devions choisir nos maris.
En face de la table étaient assis deux hommes du même âge.
L'un était Nicolas, le fils aîné de la famille des Bernard, un homme au tempérament froid.
L'autre était François, le fils illégitime de la même famille, doux et avenant.
« Cette fois, je vais m'y prendre plus tôt pour avoir le bon mari. »
Une voix féminine a résonné dans ma tête.
C'était celle de ma sœur. Je l'ai regardée, elle n'avait pas ouvert la bouche, mais fixait intensément François.
« Tout à l'heure, je te prendrai pour moi. »
Sa voix a retenti de nouveau.
C'est là que j'ai compris : je n'étais pas seulement revenue dans le passé, j'avais aussi le pouvoir d'entendre les pensées des autres.
Et d'après ce qu'elle venait de penser, elle aussi avait été ramenée à la vie.
Sinon, elle n'aurait jamais pu dire de telles choses.
Comme je m'y attendais, elle s'est avancée vers François et s'est assise à côté de lui, le regard timide.
« Enchantée, je m'appelle Élodie Mercier. Tu me plais. »
Mon père a soudain déclaré : « Sophie, puisque ta sœur a choisi François, tu épouseras Nicolas. »
En entendant cela, ma sœur a laissé paraître une lueur de triomphe dans ses yeux. Elle a pensé : « Cette fois, c'est toi qui prendras les coups à ma place. »
Dans la vie précédente, ma sœur avait épousé Nicolas.
Nicolas avait d'excellentes capacités commerciales, travaillait sans relâche, et on disait même qu'il était froid au lit…
Ma sœur avait tenté à plusieurs reprises d'aller dans sa chambre, mais elle en ressortait toujours le visage tuméfié.
Finalement, n'ayant jamais conçu d'enfant, la vieille dame Bernard avait jugé qu'elle était stérile et l'avait chassée de la famille.
Quant à moi, j'avais épousé François. Il n'avait pas beaucoup d'influence dans la famille, mais il me traitait bien.
Il passait chaque jour à mes côtés, m'accompagnant pour les promenades, les repas et les rendez-vous, m'entourant d'une tendresse infinie.
Toute la famille des Bernard savait à quel point nous étions unis.
Plus tard, Nicolas avait soudain été empoisonné et François avait hérité de l'entreprise familiale.
Ma position au sein de la famille des Bernard s'était aussitôt élevée.
Ma sœur, rongée par la jalousie, m'avait percutée avec sa voiture pendant que je faisais du shopping, nous entraînant toutes deux dans la mort.
« D'accord, papa, Nicolas me plaît aussi. »
J'ai répondu avec un sourire et suis allée m'asseoir à côté de Nicolas.
Je devais l'admettre : cet homme dégageait une telle aura que je sentais une froideur m'envelopper, m'empêchant presque de parler.
Pas étonnant que ma sœur ait tant souffert à ses côtés dans la vie précédente.
J'ai tenté d'écouter ses pensées, mais il n'en a pas eues la moindre.
Mais lorsque François a tourné son regard souriant vers ma sœur, j'ai entendu :
« Quelle jolie femme. »
En entendant cela, un frisson m'a parcouru tout le corps.
Instinctivement, j'ai saisi la main de Nicolas.
Malgré sa froideur, sa main était étonnamment chaude.
À cause de mon geste, il a tourné la tête vers moi.
Je me suis empressée de lâcher sa main, et il n'a rien dit.
Même si cet homme semblait effrayant, je préférais encore être à ses côtés plutôt qu'avec François, ce serpent venimeux.
Dans cette vie, je changerais le cours de mon destin tragique.
Je gagnerais de l'argent, je deviendrais indépendante, sans dépendre de personne.
Ma sœur et moi avons célébré notre mariage le même jour.
C'était déjà le cas dans notre vie précédente.
Ce jour-là, Nicolas n'était pas venu à la cérémonie, tandis que François s'était présenté dès l'aube.
Tout le monde disait qu'il était un mari attentionné.
Et cette fois encore, rien n'avait changé.
François, vêtu d'un costume blanc, s'est précipité pour emporter ma sœur dans ses bras.
En passant près de moi, ma sœur m'a lancé d'un air triomphant, « Sophie, Nicolas n'est pas venu te chercher ? »
J'ai simplement souri, « Ne t'en fais pas pour moi. Occupe-toi plutôt de ta propre vie. »
Ces mots l'ont laissée muette de rage.
« Alors, on verra si tu riras encore quand il te frappera. »
Elle a pensé cela avant de descendre les escaliers au bras de François.
Mais il était bien trop tôt pour parler ainsi, nul ne savait encore qui gagnerait.
L'absence de Nicolas à la cérémonie a suscité les mêmes murmures et regards étranges qu'autrefois.
Ma sœur, ravie, s'est empressée de dire à François : « Je t'aime, François. »
Puis elle a posé ses lèvres sur les siennes.
Chapitre 2
Je savais qu'elle voulait voir mon embarras.
Mais je n'étais pas stupide, je n'allais pas, comme elle dans la vie précédente, quitter la salle sous le coup de la colère.
Un tel geste aurait fait de nous, et de la famille des Bernard, la risée de tout le monde.
Je me souvenais qu'alors, tout le monde avait dit qu'elle manquait de sagesse et ne méritait pas d'être la belle-fille aînée des Bernard.
Après le mariage, la vieille dame Bernard ne lui avait jamais montré une bonne attitude et l'avait fait souffrir.
J'ai pris le micro et j'ai adressé un sourire gracieux à l'assemblée.
« Aujourd'hui, Nicolas a une affaire importante à conclure. Je vais donc porter un toast en son nom, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur. »
À ces mots, les murmures dans la salle se sont tus.
Assise à la place d'honneur, la vieille dame Bernard m'a regardée avec une nouvelle estime.
La famille des Bernard, puissante et influente, attachait plus que tout à son image et à l'opinion publique.
Dans ces moments-là, une belle-fille devait rester calme et montrer l'assurance d'une maîtresse de maison.
Ma sœur a remarqué le regard de la vieille dame Bernard, et une lueur de colère a traversé ses yeux.
« Quelle garce… Plus tard, je te ferai perdre la face ! »
Je me suis dit que pouvoir entendre les pensées des gens, c'était vraiment une bénédiction.
Avec ce don, tout devenait plus simple.
Quand venait le moment du toast, j'ai soulevé calmement ma robe et me suis dirigée vers la vieille dame Bernard.
Ma sœur me fixait sans relâche, comptant mentalement : « Un, deux, trois. »
À la seconde suivante, je me suis décalée sur le côté pour attraper la tasse.
Ma sœur, elle, est tombée lourdement par terre, trempée du vin de la tête aux pieds.
« Ça va ? »
François s'est précipité pour la relever, tout en pensant : « Quelle idiote ! »
Tous les invités ont tourné les yeux vers nous.
Le visage de la vieille dame Bernard s'est assombri de colère.
« Si maladroite ! Est-ce ainsi qu'agit une belle-fille de la famille des Bernard ? »
« Désolée, maman, je ne l'ai pas fait exprès. »
Ma sœur s'est confondue en excuses, mais ses yeux brûlaient de dépit.
Si j'étais elle, dans cette vie, je mènerais une existence paisible sans provoquer de scandale.
Mais puisqu'elle voulait me nuire, je n'allais pas me laisser faire.
À cause de la scène qu'elle avait provoquée, la cérémonie s'est terminée précipitamment.
La vieille dame Bernard ne lui a pas adressé un seul regard bienveillant.
Mais quand elle m'a regardée, ses yeux brillaient d'approbation.
Elle a même pris ma main et a dit : « Sophie, ce soir, je ferai en sorte que Nicolas rentre pour te tenir compagnie. »
Et, comme elle l'avait promis, Nicolas est réellement rentré ce soir-là.
Il a ouvert la porte en défaisant sa cravate, le visage marqué par la fatigue.
Je me suis empressée d'aller prendre le vêtement.
« Nicolas, tu dois être épuisé aujourd'hui. »
Il m'a jeté un bref regard sans me répondre.
Dans ma vie précédente, les domestiques m'avaient dit que Nicolas n'était pas rentré la nuit de ses noces.
Ma sœur avait attendu seule dans la chambre nuptiale, ridicule aux yeux de tous.
Elle s'était plainte à la vieille dame Bernard, qui l'avait grondée en lui reprochant de ne pas savoir retenir un homme.
Pendant qu'il se douchait, j'ai préparé son lit et une tasse de thé.
Ensuite, j'ai arrangé le canapé pour y passer la nuit.
Lorsqu'il est sorti, une lueur de surprise a traversé ses yeux.
J'ai aussitôt dit : « Dors dans le lit, je prendrai le canapé. »
« Sophie, tu joues à m'attirer en feignant la pudeur ? »
Il m'a fixé en plissant légèrement les yeux, vêtu seulement d'un peignoir qui laissait entrevoir son torse perlé de gouttes d'eau.
Je devais reconnaître qu'il avait un corps superbe.
J'ai vite détourné le regard.
« Non, il n'y a rien entre nous. Dormir ensemble serait gênant pour toi comme pour moi. »
« Si possible, j'aimerais que nous collaborions. »
« Que veux-tu dire ? »
« Après tout, notre mariage est une alliance d'affaires. Beaucoup de couples de ce genre mènent leur vie sentimentale à part tout en feignant l'harmonie. Je t'ai épousé seulement pour vivre confortablement, je n'attends aucun sentiment de toi. »
À ces mots, il a esquissé un sourire, « Tu es intelligente. »
« Ça tombe bien, je pense la même chose. Marché conclu. »
Je n'étais qu'une femme ordinaire, sans le talent ni le pouvoir de dompter le cœur d'un homme.
Dans la famille des Bernard, son attitude envers moi dépendait entièrement de celle de la vieille dame Bernard.
Je ne voulais pas, comme ma sœur dans la vie passée, devenir la cible de tous.
Cela ne m'apporterait rien de bon.
Et, dans cette autre vie, il l'avait battue.
Je n'avais aucune envie de provoquer sa colère et de subir le même sort.
C'était pourquoi j'ai choisi la paix.
Dans cette vie, je voulais seulement gagner de l'argent, fonder ma propre entreprise et réussir par mes propres moyens !