Chapitre 2

L'odeur de parfum bon marché, écœurante de douceur, s'accrochait toujours au cuir luxueux de la voiture d'Adrien, une présence fantôme qui en disait long sans prononcer un mot.

Sa basse Fender, ma vieille amie, gisait oubliée sur la banquette arrière, accumulant une nouvelle couche de poussière de neige à travers la vitre.

C'était le symbole de tout ce qui avait été négligé, tout ce qu'on avait laissé s'effacer.

Adrien conduisait avec une aisance rodée, ses mains, ces mêmes mains qui pratiquaient des chirurgies complexes, agrippant maintenant le volant, nous guidant à travers la neige qui s'épaississait.

Je l'observais, un étranger occupant un espace familier.

"Tu te souviens," commença-t-il, la voix douce, presque une supplique, "quand ton père me disait que j'avais des mains faites pour la chirurgie ? Il disait que j'avais un don."

Je le regardai, puis détournai les yeux vers la fenêtre.

"Je m'en souviens." Ma voix était monocorde.

"Il était si fier quand j'ai été accepté à la Pitié-Salpêtrière. Il disait que j'étais destiné à la grandeur."

Il marqua une pause, une note nostalgique dans le ton.

"Il a toujours vu quelque chose en moi, quelque chose que je ne voyais même pas moi-même."

Il n'avait pas besoin d'en dire plus. Je connaissais l'histoire par cœur.

Mon père, le célèbre Chef de Service, avait pris sous son aile un jeune Adrien ambitieux issu d'un milieu modeste.

Il avait vu du potentiel, un talent brut, et une faim de réussite presque désespérée. Il avait ouvert à Adrien des portes qui seraient restées fermement closes pour n'importe qui d'autre.

L'habitacle s'emplit des accords mélancoliques d'une vieille chanson de rock indé, un groupe que nous adorions à la fac. Le même groupe dans lequel je jouais. Ma gorge se serra.

"Camille," murmura-t-il, ses yeux croisant brièvement les miens dans le rétroviseur. "On dirait que c'était il y a une éternité, non ? Tous ces rêves, tout ce... futur."

"C'était le cas," dis-je, le coupant avant qu'il ne puisse se vautrer davantage dans sa nostalgie soigneusement construite. "Et ce futur incluait toi et Chloé, n'est-ce pas ? Juste au moment où tu as décidé que Léa avait besoin d'une tutrice."

Sa prise se resserra sur le volant. Ses jointures, déjà blanches, pressèrent plus fort contre le cuir sombre.

Je me souvenais du bulletin scolaire de Léa, une mer de notes médiocres, ses yeux habituellement brillants voilés de frustration.

Elle était une rêveuse, ma Léa, plus intéressée par le dessin de créatures fantastiques que par l'algèbre.

"On doit faire quelque chose, Adrien," avais-je dit en tenant le papier froissé. "Elle a du mal."

Il avait agité une main dédaigneuse.

"Les enfants passent par des phases. Elle rattrapera son retard."

Mais j'avais insisté.

"Non, pas cette fois. Elle a besoin d'aide. D'une tutrice."

Il avait accepté, presque trop rapidement.

"Je connais la personne idéale. Une jeune étudiante infirmière brillante. Chloé Mercier. Elle a travaillé à l'accueil de l'hôpital quelque temps. Très articulée, bonne avec les enfants, elle a besoin d'argent."

Il l'avait décrite en termes élogieux, pratiquement une sainte. Jeune, enthousiaste, respectueuse.

Chloé était arrivée, une vision d'innocence juvénile dans des pulls pastel avec un sourire timide. Elle avait été déférente, presque craintive, me remerciant toujours profusément pour les moindres faveurs.

"Oh, Mme Delorme, c'est trop gentil," avait-elle chuchoté quand je lui avais acheté un nouveau manteau pour l'hiver. "Vous êtes comme un ange."

Un ange. Un serpent déguisé en ange, plutôt. Une vipère que j'avais accueillie dans mon foyer.

J'avais fini par tout voir. Les regards insistants, les contacts "accidentels", les SMS tardifs. Et puis, les images de la caméra de surveillance.

Mon cœur s'était brisé en un million de morceaux, pas seulement pour moi, mais pour la naïve imbécile que j'avais été.

Elle donnait des cours à Léa, c'est sûr. Des cours à Adrien sur comment trahir sa femme, comment démanteler une famille pièce par pièce, juste sous mon nez.

La voiture fit une légère embardée, s'engageant dans l'allée familière bordée d'arbres.

Notre allée.

La maison se dressait, élégante et imposante, encadrée par la neige tombante. Tout semblait pareil. La pelouse entretenue, les décorations de Noël de bon goût scintillant sur le porche.

Mais rien n'était pareil. La maison n'était qu'une belle coquille, vidée par la tromperie.

La porte d'entrée s'ouvrit avant même qu'Adrien ne puisse garer la voiture.

Mme Delorme se tenait là, silhouette frêle dans un châle tricoté main, les yeux écarquillés d'un mélange de confusion et de soulagement.

"Camille, ma chérie !" s'écria-t-elle, la voix tremblante.

Elle se précipita, ignorant complètement Adrien, et m'enveloppa dans une étreinte serrée, désespérée. Son odeur, un mélange réconfortant de lavande et de dentelle ancienne, envahit mes sens.

"Tu es revenue ! Je leur avais dit que tu reviendrais. Où étais-tu ? Cette fille étrange... elle essaie de prendre mes affaires. Elle a dit que je n'avais plus besoin de ça."

Elle serrait un vieil album photo contre sa poitrine.

Mes yeux rencontrèrent ceux d'Adrien par-dessus son épaule. Son visage était un masque de honte et de regret.

Puis, derrière Mme Delorme, une vision émergea.

Chloé.

Elle portait mon peignoir en soie, celui qu'Adrien m'avait offert pour notre anniversaire l'année dernière. Il pendait lâchement sur sa silhouette menue, une parodie cruelle d'élégance.

Ses cheveux étaient humides, comme si elle sortait tout juste de la douche.

Un sourire coquet, presque triomphant, jouait sur ses lèvres alors qu'elle me regardait, puis regardait Adrien.

"Oh, Mme Delorme," ronronna Chloé, la voix dégoulinante d'une fausse inquiétude, "vous ne devriez pas rester dans le froid. Rentrez."

Elle tourna son regard vers moi, ses yeux se durcissant.

"Et Camille... bienvenue à la maison. Ça faisait longtemps."

Chapitre 3

Je me dégageai doucement de l'étreinte de Mme Delorme, mes yeux rivés sur Chloé.

Le peignoir en soie, mon peignoir, ondula avec ses mouvements. Je sentis une colère froide monter en moi, mais je la refoulai.

J'étais là pour Mme Delorme, pas pour une confrontation avec Chloé. Pas encore.

"Je suis là pour aider Mme Delorme avec son rendez-vous médical," déclarai-je, ma voix calme, plate. "Adrien et moi allons l'emmener."

Mme Delorme agrippa ma main.

"Oui, ma chérie. Cette fille... elle dit qu'elle habite ici maintenant. Elle n'arrête pas d'essayer de me dire quoi faire. Elle dit que je ne devrais pas porter mes propres vêtements."

Elle fit un geste vague vers Chloé, le front plissé par la confusion.

"Elle n'est pas de la famille, n'est-ce pas ?"

Mon cœur se serra pour elle. Cette femme douce, qui m'avait toujours accueillie chez elle, traitée avec une affection sincère.

Je me souvenais d'elle s'activant dans la cuisine, m'apprenant ses recettes, surtout sa fameuse soupe au poulet. C'était le goût du foyer, du réconfort.

Et maintenant, la maison sentait encore vaguement cette soupe, un fantôme de confort dans un foyer rempli de trahison.

Mon regard dériva vers le coin du salon, où un étui de contrebasse poussiéreux reposait contre le mur. Pas ma Fender, mais une vieille contrebasse acoustique abîmée, une relique de mes années de fac.

Je me souvenais du frisson de la scène, de la pulsation de la musique coulant à travers moi, mes doigts volant sur les cordes.

Adrien avait été mon plus grand fan à l'époque. Il venait à chaque concert, criant mon nom, les yeux pleins d'admiration.

"Tu vas être célèbre, Camille," m'avait-il dit, son bras autour de ma taille, me tirant contre lui après un set particulièrement sauvage. "Une rock star. Et je serai juste là, à t'applaudir."

Ses mots, autrefois une promesse, ressemblaient maintenant à une blague cruelle.

Puis mon père était tombé malade. Le brillant Chef de Service, abattu par une maladie soudaine et agressive.

Sur son lit de mort, il avait serré la main d'Adrien, la voix faible.

"Prends soin de ma fille, Adrien. Elle est trop bien pour ce monde."

Adrien avait promis, les yeux remplis de ce que j'avais cru être une tristesse et un engagement sincères.

Sa carrière, propulsée par les relations de mon père et sa propre ambition implacable, avait explosé après ça. Il était devenu le garçon en or, le chirurgien aux mains d'argent.

Et moi ? J'avais abandonné la basse, abandonné les bars enfumés et les bœufs tardifs.

J'étais devenue la parfaite femme de chirurgien, gérant notre vaste demeure, organisant des dîners élégants, maintenant son image immaculée. J'avais troqué mes rêves contre les siens, croyant qu'ils étaient nos rêves.

Quand mon père est mort, mon monde s'est effondré. Adrien, toujours le fort, m'avait tenue.

"Je m'occupe de tout, Camille. Appuie-toi sur moi. Pour toujours."

Pour toujours. Quelle blague.

J'avais trouvé les images de la caméra par accident. Une alerte sur mon téléphone, une notification que j'ignorais habituellement. Mais ce soir-là, quelque chose m'avait poussée à cliquer.

Et c'était là. Pas Léa luttant avec ses devoirs, mais Chloé, drapée sur les genoux d'Adrien, leurs lèvres verrouillées. Les gémissements doux, les mots tendres chuchotés.

Mon monde s'était fracturé à nouveau.

Je me souvenais de la rage froide qui m'avait consumée. J'avais fait irruption dans son bureau, l'ordinateur portable toujours ouvert, la preuve accablante toujours à l'écran.

"C'est quoi ça, Adrien ?"

Ma voix avait été un son brut, guttural, que je reconnaissais à peine.

Il avait levé les yeux, son expression un mélange de culpabilité et d'agacement.

"Camille ! Qu'est-ce que tu fais ? Tu m'espionnes ?"

"Je t'espionne ?" avais-je hurlé, le vernis du calme volant en éclats. "C'est ma maison ! Mon mariage ! Et ça... c'est une trahison !"

Il s'était levé, me dominant de toute sa hauteur. Chloé, une ombre derrière lui, se recroquevillait.

"Ne sois pas hystérique, Camille. Ce n'est pas ce que tu crois."

"Pas ce que je crois ?"

Je m'étais jetée sur lui, mes mains volant, désespérée d'effacer l'image de mon esprit. Il avait attrapé mes poignets, sa poigne comme de l'acier.

Puis, il m'avait giflée. Fort.

Ma tête avait basculé en arrière, la douleur vive un écho choquant de la blessure plus profonde.

"Tu m'humilies !" avait-il sifflé, ses yeux brûlant d'une fureur froide que je n'avais jamais vue dirigée contre moi.

Il m'avait repoussée vers la porte. Chloé, pleurnichant, s'était nichée contre son flanc. Il caressait ses cheveux, son regard toujours fixé sur moi, dénué de chaleur.

J'avais trébuché vers la sortie, les laissant dans le bureau opulent, leur secret maintenant douloureusement exposé.

Le reste du personnel, les femmes de ménage, les cuisiniers, ils devaient savoir. Leurs regards fuyants, leurs chuchotements étouffés prenaient soudain tout leur sens. J'étais la dernière à savoir, l'idiote.

Je m'étais effondrée dans le jardin enneigé, le froid mordant un étrange réconfort contre l'humiliation brûlante. Les larmes gelaient sur mes joues.

Mon téléphone avait vibré. Un SMS d'un numéro inconnu.

"Il ne t'a jamais aimée, espèce de garce froide. Il m'a dit que tu n'étais qu'un trophée. Je lui donne ce que tu n'as jamais pu."

Chloé.

Une nouvelle vague de nausée m'avait frappée. J'avais voulu hurler, frapper. J'avais voulu les exposer, démolir sa façade soigneusement construite.

Mais les mots de mon père résonnaient dans mon esprit : "Garde toujours ta dignité, Camille."

Alors, j'avais essayé. J'avais contacté un avocat, rassemblé les preuves que je pouvais.

Mais Adrien, avec son pouvoir et ses relations, avait toujours un coup d'avance. Il avait menacé de me couper l'accès à Mme Delorme, de se battre pour la garde exclusive de Léa, de me saigner à blanc financièrement.

Il avait été clair : je n'étais rien sans lui.

Dans mon désespoir, j'avais envisagé de rendre l'affaire publique, d'exposer son infidélité. Mais il m'avait prévenue.

"Tu ruineras nos deux réputations, Camille. Pense à Léa. Pense à Maman."

Ses mots, aussi manipulateurs fussent-ils, avaient fonctionné. J'avais hésité. J'avais commencé à me perdre, à croire à son gaslighting. Peut-être était-ce ma faute. Peut-être étais-je trop froide, trop insensible.

J'avais sombré dans une dépression profonde, me négligeant, négligeant tout. Léa avait commencé à m'éviter, sentant la tension, la tristesse qui s'accrochait à moi comme un linceul.

Puis, une nuit d'insomnie, assise dans le noir, fixant le plafond, une pensée avait percé le brouillard du désespoir.

Je me suis souvenue d'un vieux disque dur de sauvegarde oublié dans le bureau d'Adrien. Je l'avais trouvé en cherchant les vieux albums photo de Léa.

À l'intérieur, pas de photos, mais un dossier caché. Des documents financiers. Des e-mails. Un plan détaillé.

Son plan pour me laisser sans rien, pour s'assurer que je reste dépendante de lui après le divorce. Une dernière torsion cruelle du couteau.

Mon cœur s'était engourdi. Il n'était pas juste infidèle ; il était malveillant. Il ne s'ennuyait pas juste ; il complotait ma destruction.

Ce moment, voyant la trahison froide et calculée étalée noir sur blanc, avait arraché les derniers vestiges de mon amour, de mon espoir, de mon doute.

C'était un réveil brutal et glacé.

Lire toute l'histoire dès maintenant
Soutenez l'auteur et inspirez d'autres histoires incroyables Moboreader
Débloquer tous les chapitres

De l'ombre à la lumière : Ma Symphonie

Chapitre 2
Chapitres
Personnaliser
Chapitre suivant