Chapitre 2

Chapitre 2

*****Radia*****

On se fait la bise et je l’invite à entrer dans le salon où mon fils est déjà très concentré sur ses comptines à la télé. Mon aide-ménagère est partie pour le week-end mais doit revenir demain matin avant que je ne parte pour le travail.

Je vais dans la cuisine pour lui chercher quelque chose à boire. Je le pose sur la table avant de servir.

Il prend mon fils dans ses bras avant de s’asseoir. Je me mets à côté de lui. Il lui chuchote des choses pour rire. Mais son homonyme reste impassible. Il retourne à sa première occupation alors que je tends à Ibra un verre rempli de jus Bissap.

-Je vois qu’il est comme ceux que j’ai laissés chez moi, dit Ibra avant de gouter au jus.

-J’ai l’impression qu’ils sont tous pareils.

-Je me demanderai toujours comment on en est arrivé là.

-J’ai pas compris.

-Je veux dire que nous, on avait pas ça. Dans notre enfance c’était une télé par maison si ce n’est pas par rue. La télé c’était le cadet de nos soucis, on préférait de loin jouer dehors.

-Je confirme mais cette génération reste une génération i-tech. Notre responsabilité est forcément engagée. Tant que la télé arrive à les calmer, nous n’hésitons aucunement à l’allumer. Nous avons également nos occupations.

-Sinon le quartier, ça va ? Je vois que tu es bien installée.

-Oui ça va. Ça fait des mois que je suis là. Ibra s’est fait un copain. Il a 5 ans et habite dans la maison d’en face. Tu le verras bientôt si tu restes encore quelques heures.

-C’est bien pour lui de se faire des amis. C’est bien pour un enfant d’être avec d’autres enfants. Ça l’aidera forcément à améliorer sa diction. Nous les adultes, on manque de patience à ce niveau.

-Je confirme. Je compte même l’amener au jardin d’enfants en octobre inchallah.

-Qu’en pense Aziz ? Demande-t-il avant de finir son verre.

-Je ne sais pas. Je ne lui en ai pas parlé mais je crois qu’il sera bon avec ça.

-Je le connais assez pour savoir que oui. Tu sais, on s’est vu hier on était ensemble avec les gars. Comme tu dois t’en douter, on a parlé de pas mal de choses toi y compris. Et effectivement ce n’est pas un hasard si on s’est vu hier et que je suis là aujourd’hui.

-S’il te plait. Je pense qu’on en a déjà parlé. Tu m’as dit être là pour ton homonyme, je préfère qu’on reste sur ça.

-Ça fait des mois que j’essaie de comprendre que cette situation me dépasse toujours autant. A ton niveau comme au sien. S’il savait que je suis là, c’est sûr qu’il me tuerait. Je le connais assez pour savoir qu’il tient encore à toi et que c’est son orgueil démesuré qui est à l’origine de tout ceci.

-Je pense pas que dans cette situation qu’on puisse parler d’orgueil. J’ai quitté Abdoul et il a rien fait pour me récupérer. On devait pas mourir ensemble. Je me suis départie de lui. Ma famille l’a accepté, la sienne aussi avec laquelle j’essaie toujours de garder de bon rapport même si ce n’est pas toujours facile. Je pensais que ses amis aussi mais si tu viens pour me parler de lui ça m’intrigue.

-J’ai juste l’impression de n’avoir pas fait ce qu’il fallait pour sauver les meubles.

-Ne t’en fais pas. Quand j’ai décidé de partir, Aziz avait un ultimatum et il l’a choisi elle.

-Oui, il m’en a parlé. Et pour ça que je parle d’orgueil. Ce qui est également valable pour toi.

-Moi j’ai toutes les raisons du monde d’être partie. Ne parle pas comme si je ne l’avais pas prévenu.

-Tu sais mieux que moi qu’Abdoul Aziz est le sénégalais lamda. Quand on lui dit « ne fais pas », il fait.

-Après 5 ans de mariage, j’ai su ça de lui.

-Alors pourquoi avoir fait ça ?

-Peut-être que c’était mon désespoir qui parlait à ce moment. J’ai tenté le tout pour le tout.

-Je te mentirais si je te disais que là maintenant il est heureux.

-Ça ne peut pas être à cause de moi, sinon c’est lui qui serait assis là où tu es actuellement.

-Dois-je comprendre par là que s’il décide de revenir, tu lui donneras une chance ?

-Je ne pense pas. Je ne l’ai pas quitté sur un coup de tête. J’ai bien réfléchi avant de décider de ne jamais être la coépouse d’Azizatou.

-J’espère au moins que ce qui te dérange c’est Azizatou et pas la polygamie.

-Si la polygamie me dérangeait, jamais je n’aurais accepté qu’Aziz le signe à la mairie.

-Je voulais juste m’assurer que tu sais que pour un remariage t’as pas mal de chances d’être deuxième femme, il sourit.

-On sait jamais. Je peux bien tomber sur un célibataire endurci, un divorcé comme moi ou être 3e ou 4e . On ne peut savoir ce qu’il en est sans l’avoir vécu.

-C’est vrai aussi. Que la volonté d’Allah soit faite !

-Peu importe celui sur qui je tomberai, il peut pas être pire qu’Aziz.

-Je vais pas non plus te laisser dire ça sans le défendre. Il fume pas, il boit pas et il respecte la prière. Ok, il a ses défauts comme nous tous mais je ne te laisserai pas à en faire un moins que rien.

-Je n’ai pas dit ça.

-Accepte donc qu’il est possible que tu tombes sur pire que lui.

-Je pense qu’il y a très peu de chance que je tombe sur quelqu’un qui épousera une des belles-filles de mon père. Et ça le suffit.

-Je vois que cette pilule ne passera jamais.

-Quand c’est moche, il faut accepter que c’est moche et aller faire autre chose.

-Je vois que je suis tombé sur un os. Je vais rentrer.

-Attends le diner.

-Je préfère ne pas risquer que Sokhna pense que j’ai une maîtresse, pose-t-il en levant.

-Non, elle sait que tu es là, souris-je.

-On en parlait l’autre jour. C’est bien de savoir que votre relation est restée intacte malgré ton divorce.

-On s’est connu grâce à Abdoul et toi, mais on a eu notre propre relation qui ne dépend pas de vous. Mais attends le diner, si Sokhna t’embrouille, je l’appellerai.

Je me lève à mon tour.

-Non, ce sera pour une autre fois je viendrai avec Sokhna. J’ai des choses à régler pour demain, je peux pas rentrer tard sinon je risque de ne pas d’accord.

-Ok. Je vais me contenter des calmants et je vais attendre.

-Non, y a aucun calmant par là. Allez, j’y vais.

-Je te raccompagne.

*****Abdoul Aziz*****

Défilant sur les publications de mes amis sur facebook, je m’étonne une fois de plus des absurdités que les personnes sont capables de sortir quand ils sont sur les réseaux sociaux. Je me demande parfois si les idiots ne se donnent pas rendez-vous avant de poster. Ceci ne peut en aucun cas être un hasard.

Je tombe sur une photo de Radia avec notre fils. On a divorcé mais on reste ami sur facebook. Finalement on a eu un divorce que le commun des mortels pourrait qualifier de divorce civilisé. J’avoue quand elle m’avait menacé j’avais peur des représailles. Je ne connais pas le droit. D’habitude, je m’y intéresse seulement quand quelque chose me concerne. J’ai pas d’amis avocat que je pourrais appeler pour leur poser certaines questions.

J’ai regardé assez de films pour savoir que les tribunaux favorisent les mères mais ça reste des films occidentaux mais je ne sais pas si le modèle sénégalais est fait à partir de celui-ci.

C’est sûr que la garde d’un enfant de 3 ans va obligatoirement chez sa mère, ce qui me faisait peur c’est qu’elle obtienne la garde exclusive et que moi je n’aie absolument rien. Que je sois obligé de me battre à chaque fois que je voudrais voir mon fils.

Ma peur n’avait aucun rapport avec l’argent. Radia je la connais et je sais que l’argent a toujours été le cadet de ses soucis. Oui elle m’en veut pour ce que je lui ai fait. Même si je considère ne lui avoir rien fait à part profiter d’un droit que Dieu et les hommes m’ont donné. Elle arrête pas de dire que ce qui la dérange c’est pas la polygamie mais le fait que j’aie épousé Azizatou.

En fait c’est comme si tu allais voir le boutiquier et que ce dernier te dise, je peux te vendre du lait en poudre mais ce sera à moi de décider de la marque. Non mais c’est pas possible. C’est même illogique.

Ok, je comprends que le lien l’unissant avec Azizatou soit dérangeant. Mais pour moi si Azizatou peut faire avec, normalement elle aussi.

Elle est partie de son plein gré. Je refuserai toujours que quelqu’un vienne me voir pour me dire que je l’ai laissé filer. Non je ne l’ai pas laissé filer. S’il fallait que je me batte pour qu’elle revienne à mes côtés, je l’aurait fait sans la moindre hésitation. J’ai aimé Radia, je pense que c’est pas un débat qui se pose. Personne ne m’a conseillé de l’épouser. On est sorti ensemble pendant 3 ans avant qu’on se marie, j’ai vu en elle des qualités qui feraient d’elle une bonne épouse, une bonne mère donc oui je l’ai aimé. Mais je fais partie de ceux qui pensent qu’il ne faut pas forcer les choses. Quand une personne ne veut pas, elle ne veut pas.

Oui j’ai choisi Azizatou mais c’était pas un choix je ne pouvais pas la sacrifier. Si elle est là et non Radia c’est peut-être parce que c’est elle l’amour de ma vie ce que Radia n’a jamais été. Et je sais que je suis pas le sien. Sinon, le fait d’avoir une autre femme n’aurait jamais été une raison suffisante pour qu’elle parte.

Je comprends pas les femmes. J’ai commencé la construction de cette maison quand Radia a commencé à travailler. Parce que je voulais que ça se passe vite donc il fallait que je mette beaucoup d’argent en très peu de temps. Tous les salaires de Radia durant notre mariage sont passés par la construction de cette maison. Indirectement oui mais c’est un état de fait. Toutes mes cotisations dans la maison de mon père, ce que je lui donnais, ce que je donnais à mère tout venait directement du salaire de Radia afin que le mien puisse être dans la construction.

Je pense l’avoir dit quand j’ai vu que Radia était partie. Je ne pouvais pas être dans cette maison sans elle parce qu’il n’y aurait pas de maisons sans elle. Mais que devais-je faire à votre avis ? Je n’ai pas fait exprès de tomber amoureux d’Azizatou. Considérez ça tout simplement comme un coup du sort. Je ne pouvais pas faire autrement. Si je ne l’aimais pas, j’aurais déjà tout arrêté dès que j’ai su que c’était mon élève. C’est contre toute l’éthique que j’ai toujours défendu. Je n’aurais jamais commencé une idylle élève-prof donc ça va au-delà de ce qui la lie à Radia.

Je regrette que le hasard ait fait qu’il s’agisse de la fille de sa tante. Comment pouvais-je deviner la première fois qu’on s’est vu ?

Peu importe ce que j’ai à dire car au final si c’était à refaire je ne changerais rien. C’est quand les choses ne se passent pas comme ils le souhaitent que les gens montrent leurs vrais visages.

Peut-être la seule chose que je changerai c’est le comportement d’Azizatou que je trouve parfois très puéril. Mais je me dis par la suite que c’est peut-être normal. On ne peut pas épouser une fille de 18 ans et s’attendre à ce qu’elle ait le comportement de quelqu’un qui en a 25.

Quand elle est tombée enceinte, c’était comme si l’enfer s’était ouvert sous ses pieds.

Je sais que c’est compliqué avec les cours mais est-ce qu’il y avait de quoi en faire un aussi gros problème.

Je pense qu’un enfant est toujours une aubaine, peu importe les conditions de sa conception.

D’accord elle est tombée enceinte trop tôt mais ce n’était pas une épreuve qu’elle allait traverser seule. J’aurais été là. Je ne suis pas parfait et je sais que j’ai à m’améliorer sur pas mal de points mais je sais qu’en ce qui concerne d’être là pour les gens qui ont besoin de moi, je fais de mon mieux pour atteindre le sans faute. C’est pas facile à tous les coups mais au moins j’essaie.

Quand elle a fait une fausse couche, j’avais l’impression d’être dans un film.

Comment une femme sensée d’esprit peut être contente d’avoir perdu son bébé ? C’était hallucinant.

Elle pensait après que je lui en voulais parce qu’elle a perdu le bébé. Ça n’a rien à voir. Je suis croyant et je sais que seule la volonté de Dieu a été fait dans cette histoire mais la pilule que j’ai eu du mal à avaler et le fait de la voir ravie après la perte de l’enfant. Je lui en voulais pour ça, rien à voir avec la fausse couche.

Je peux essayer de comprendre la peur qu’elle a dû ressentir quand le médecin a confirmé sa grossesse. Je peux comprendre qu’elle pense à la fac. Je suis moi aussi allé à l’université même si les universités sont différentes et les cursus aussi. Je pense que je peux toujours comprendre ce qui la faisait peur. Azizatou est du genre à beaucoup stresser. Je suis sûr que ça a un lien avec la fausse couche. J’en connais assez pour savoir que le stress n’est pas un allié. Elle en faisait des tonnes alors que je considère que c’était rien du tout.

Ma mère est là, ma sœur aussi. Je sais qu’elle l’aurait aidé.

En parlant de ma mère, je ne pense pas que sa relation avec Azizatou soit des meilleures. Elle m’en veut encore pour le divorce. Si je ne connaissais pas Radia, j’aurai juré qu’elle a marabouté ma mère. Je doute que cet attachement soit normal.

Azizatou doit payer les pots cassés face à une belle-mère qui l’a rejeté sans avoir cherché à la connaître.

J’essaie de la rassurer en lui disant que le problème n’est pas elle mais c’est compliqué.

Actuellement je suis dans le salon avec ma mère et ma sœur Azizatou est dans la chambre en train de faire des exercices.

Ma mère est à fond sur ses feuilletons. Heureusement que j’ai une télé dans la chambre et je peux y aller si j’ai envie de regarder. Change de télé et ma mère te tue. Quand on se plaint, elle nous rappelle que c’est elle qui est « allé à la maternité ».

-Je vois que ta femme aime encore autant s’isoler. Ça ne s’arrange pas avec le temps, me fait savoir ma mère.

-C’est une étudiante maman, elle m’a dit qu’elle devait préparer un TD.

-Tu es quand même forcé de reconnaître que qu’avant que ses cours ne commencent elle passait plus de temps dans votre chambre que dans le salon. Tu peux la défendre si tu veux mais accepte toutefois le fait que ton épouse ne soit pas très sociable, dit Diatou.

-Laisse parler ton frère, il joue au bon mari en défendant son épouse mais il sait qu’on a raison.

-Moi je vous demande seulement de la comprendre. Elle est plus habituée à être dans sa chambre que dans un salon. C’est ça qui la suit. Mais quand elle finira ses exercices, elle viendra s’asseoir avec nous. Et peut-être que maman si tu faisais des efforts à son niveau en arrêtant de lui rappeler qu’elle n’est pas Radia, elle aura plus envie de se mettre ici et de parler avec vous.

-Comment ça ? De quoi tu parles ? Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?

-Pas la peine d’hausser le ton. Je connais mon épouse et elle n’est pas du genre à rapporter. Même si tu lui faisais quelque chose, elle essaiera de régler le problème elle-même au lieu de chercher à m’en mêler. Mais j’ai deux yeux et je vois bien comment tu te comportes avec elle.

-Aux dernières nouvelles, je ne lui ai rien fait. Mon nom ne sera jamais sur la liste des mauvaises belles-mères.

-Je n’ai jamais dit ça.

Avant que j’enchaîne, quelqu’un sonne à la porte.

Diatou se lève pour aller ouvrir.

-Assalamou aleykoum, dit la voix de la mère d’Azizatou et elle avec un de ses fils.

-Wa aleykoum salam, lui répondis-je. Diatou va dire à Azizatou que sa mère est là.

Elle s’exécute. J’essaie de faire la conversation à ma belle-mère. En demandant auprès de ceux qui sont à Saint-Louis comment ils vont, si la route n’a pas été trop dur pour elle.

Azizatou est là.

Elle s’assoit à côté de sa mère et elle commence à discuter. Elle lui fait savoir qu’elle a Dakar pour régler quelques problèmes administratifs pour son fils. Elle veut en profiter pour régler d’autres.

Elle précise qu’elle est ici pour quelques jours et qu’elle aimerait loger ici.

Le regard que ma mère a lancé en dit plus que les mots.

-Il y a une chambre de libre, vous pouvez l’occuper. Azizatou accompagne ta mère et ton frère, ils doivent être fatigué après le voyage.

Azizatou s’exécute et sa mère l’accompagne.

La chambre de Radia est libre maintenant. Quand elle est venue prendre ses bagages, elle aussi pris les meubles. Ce qui est normal, elle avait tout acheter avec son argent.

J’ai pris le soin de la meubler encore pour au cas où on a des invités. Que Diatou ne soit pas obligée de partager sa chambre.

-Es-tu devenu fou, dit ma mère automatiquement.

-Qu’est-ce que j’ai encore fait ?

-Tu ne sais pas.

-Non et je pense que tu ne vas pas tarder à me dire. Si c’est en rapport avec le fait que ma belle-mère passe quelques jours ici, je pense qu’on a un problème.

-D’accord, je vois que pour toi c’est trois fois rien. Aujourd’hui c’est l’histoire de quelques jours et bientôt ce sera l’histoire de quelques mois avant d’être du définitif. Tu es entré dans une famille de parasite sans même t’en rendre compte.

Chapitre 3

Chapitre 3

****Ziza****

Ma mère m’a dit qu’elle voulait que je l’accompagne car elle devait marcher un peu. Je la connais assez pour savoir que c’est pour me parler sans risquer qu’une oreille baladeuse entende.

Saliou nous accompagne. Il n’a pas eu trop le choix.

-Vous habitez dans une zone assez calme, commence-t-elle.

-C’est parce que c’est une nouvelle cité. Il y a plusieurs maisons en construction. Mais les femmes se sont quand même arrangées pour faire des rencontres (Tourou kogne).

-J’espère que tu n’en fais pas partie.

-Tu me connais assez pour savoir que ce n’est pas mon truc. Sans oublier que je n’ai pas le temps. Je passe mes journées à la fac, je ne peux pas consacrer mon dimanche soir à des inconnues. Ce sera une bonne raison pour qu’Aziz pète un câble.

Nous continuons à marcher et je remarque que Saliou traine les pieds. Je suis sûre que Saint-Louis doit lui manquer.

-Et ta belle-mère ?

-Je te demande pardon…

-Je ne sais pas, cela fait 3 jours que nous sommes j’ai comme l’impression que ta belle-mère ne veut rien à faire avec nous. Quand j’essaie de faire la conversation, j’ai des réponses à demi-mots. Peut-être que nous ne sommes pas les bienvenus. Aziz t’a dit quelque chose ?

-Non. Je ne voulais pas t’en parler mais je dois t’avouer que ma belle-mère ne me porte pas réellement dans son cœur. Je me disais que le fait tu restes n’était pas une bonne idée, j’avais peur qu’elle…

-Ne va pas trop vite, comment ça vous ne vous entendez pas bien ? Qu’est-ce qu’elle te reproche ?

-De ne pas être Radia et d’avoir pris sa place en quelques sortes.

Ma mère lâche un sourire assez nerveux en secouant la tête.

-En quoi, est-ce ta faute si Radia a décidé de partir ?

-Parfois je me demande si mon amour pour Aziz en vaut réellement la peine. Quand je me regarde devant le miroir je ne suis pas sûre d’être heureuse.

Ma mère se stoppe automatiquement m’obligeant à retourner sur mes pas.

-Il y a des bancs là-bas, allons-nous y mettre. On pourra parler plus calmement et je commence à être fatigué.

Je la suis. Saliou prend ma main. On traverse la rue avant d’y accéder. C’est comme un jardin avec des bancs publics. Il fait nuit, nous ne comptons que sur les lumières des lampadaires.

Nous nous installons.

Je me demande si je n’ai pas lâché une bombe en voyant l’air sérieux de ma mère.

Dire que je ne m’inquiète pas serait un mensonge.

Saliou est en train de jouer avec le portable. Je pense qu’on est tranquille pour un moment.

-Dis-moi toute la vérité. Azizatou, je suis ta mère. Je pense te l’avoir déjà dit. J’aurais dû être davantage là pour toi et tes sœurs. Je n’ai pas choisi une vie loin de vous mais le choix me fut imposé.

Je peux voir une mine triste. Sa voix a même craquée quand elle disait cette phrase. Je sais qu’elle aurait qu’elle aurait voulu que les choses se passent autrement. En revanche, je ne suis pas d’accord avec ce qu’elle vient de dire.

-Je suis désolée de te le dire mais je pense qu’on a toujours le choix.

-J’aurais dû choisir de ne pas refaire ma vie après ton père ?

-Non mais refaire ta vie ne devait pas t’éloigner de 3 de tes enfants.

-Dans ta nouvelle famille, tu comprendras.

-C’est parce que je suis dans ma nouvelle famille que je ne comprends pas. Maman, malgré une situation tendue avec ma belle-mère, je ne t’ai pas demandé d’aller chez Tonton. Parce que tu es ma mère et si je ne peux pas me battre pour toi, pour qui le ferais-je ? De toute façon, qu’est-ce qu’on peut dire aujourd’hui qu’on a pas déjà dit ? Je pense être fière de ce que je suis devenue. Grand-mère a dû faire ce qu’il fallait. En outre, Leïla a encore besoin de sa mère. Maman, rattrape le coup avec elle. Va la chercher. Je connais Oumou, elle est forte. Si tata tente quelque chose contre elle, je pense que c’est de tata dont il va falloir s’en faire. Ceci n’est pas valable pour Leïla.

-Ton père sera d’accord.

-Il nous a bien laissés pendant des années. Une fille a plus besoin d’une mère que d’un père.

-Je vais en parler avec mon époux.

-D’accord. C’est déjà ça.

-Je vois qu’on a finalement changé de discussion. Azizatou qu’est-ce que tu me caches ?

-Rien.

-Tu vas pas me dire que tu as des problèmes avec ton mari après seulement 6 mois de mariage.

-Même quand on sortait ensemble, on avait des problèmes.

-Mais la situation a changé.

-Mais nous sommes restés les mêmes. Maman je savais que je n’étais pas prête pour le mariage. Vous avez quand même réussi à tout accélérer. Abdoul Aziz en premier et toi dès que tu as su que je sortais avec le mari de ta belle-fille, tu en as fait une arme de guerre.

-Tu penses que j’étais plus vielle que toi quand je suis devenue la femme de ton père ?

-Maman, c’est pas la même chose.

-Explique moi la différence.

-Quand tu étais mariée à papa des cours à l’université ne t’attendaient pas.

-Si tu concevais la situation ainsi, tu aurais dû mieux faire de ne jamais te lancer dans une situation avec Aziz. Et non je n’ai pas fait de cette situation une guerre et voir que c’est que tu en as pensé me montre que tu as une faible estime de moi. Chose qui me blesse au plus haut point.

-Je ne l’ai pas dit pour te blesser, jamais je ne pourrais faire ou dire quelque chose avec cet objectif. Mais maman, j’avais peur de ta réaction si tu apprenais que je sortais ave le mari de ta belle-fille mais la première chose que tu as dit quand tu as tout su, fut que je devienne sa seconde épouse. Je n’ai senti que le fait que tu veuilles transcender la rivalité que tu partageais déjà avec la mère de Radia sur nous.

-De toute façon, elle est partie. Je vois pas l’intérêt de parler de ça.

-J’aurais quand même préféré qu’elle reste.

-Tu ne serais pas folle parfois ?

-Non maman, j’ai toujours l’impression d’avoir brisé un foyer uni. Même si Abdoul fait de son mieux pour me montrer que leur décision de se séparer Radia et lui ne concerne qu’eux. Je reste convaincue que j’y suis pour quelque chose. C’est moi qu’Aziz a épousé et c’est bien pour ça que Radia est partie.

-Radia est partie de son plein gré. Elle n’est pas partie parce que tu l’as marabouté ou parce que tu l’as contrainte à partir. Si tu as envie de te prendre la tête pour ça, sois sûre que tu seras seule dans ce combat.

-C’est pas un combat.

-J’espère bien. Tant que tu m’assures que tout va bien avec ton époux et tout ce qu’il y a c’est juste des broutilles, ça me va.

-Tout va bien avec Aziz. On a eu du mal quand j’ai fait une fausse couche. Mais je t’en avais parlé. Là aujourd’hui à part mes cours et le fait qu’il déteste être à la maison avant, je pense que le reste on peut gérer.

-Comment tu gères les choses qu’il déteste ?

J’ai du mal à comprendre la question de ma mère. Elle me demande comment je gère les sauts d’humeur d’Abdoul. Je ne savais même pas que je devais les gérer.

-Il me fait la gueule, je l’ignore. Je sais qu’après quelques heures, il se calmera. Je suis sûre qu’il est un peu bipolaire.

-Que veut dire bipolaire ?

-C’est une maladie mentale qui provoque des troubles d’humeur.

-Tu veux dire que ton époux est fou ?

Ah ma mère aussi. Elle a toujours le chic pour te faire dire ce que tu n’as pas dit. Et je suis sûre d’avoir dit le mot bipolaire sur un ton taquin.

-Non, j’ai trop de respect pour lui pour dire ça.

-Je l’espère bien. Parfois je me demande si tu ne considères pas la chose comme un jeu.

-Comment ça ?

-Je te demande comment tu gères quand ton mari est mécontent et tu me dis que tu penses qu’il est fou.

-Maman, j’ai l’impression que tu…

-Ne me coupe pas. Ce n’est pas une impression, j’analyse en fonction de ce que tu dis. Azizatou, tu es une épouse. Une place que tu dois montrer que tu mérites. Je me demande si tu ne te prends pas pour une princesse et que ton époux doit te montrer qu’il mérite la fleur que tu lui as donné en acceptant de devenir son épouse.

Ma mère finit de parler et la seule question que je me pose est de savoir si c’est réellement l’impression que je donne à tout le monde et surtout à Aziz car si c’est oui. J’ai merdé.

-Réponds-moi, dit ma mère face à mon mutisme.

-Je ne sais pas quoi dire après ça. Je n’ai jamais agi en me disant ça.

-Ta grand-mère ne t’a pas éduqué pour devenir une épouse. C’était à moi de le faire et c’est compliqué à distance. Azizatou, je pense qu’on t’avait beaucoup parlé durant ton mariage.

-Tout ce qu’on m’a dit durant mon mariage c’est de bien me comporter, d’être obeissante et stoïque. Je pense l’être. Sinon, j’aurais fait moi aussi la gueule à chaque fois qu’Abdoul se montrait fâché.

-Sauf qu’il est fâché contre toi. Essaie de t’arranger. Tu sais ce qui le dérange, pourquoi tu ne cherches pas à t’arranger ?

-Comment pourrais-je m’arranger ? Maman ce que j’ai c’est des cours. Je ne fais pas les emplois du temps. Normalement en tant que professeur devait être le premier à comprendre. Et même c’est comme si je le livrais à lui-même. Je me suis arrangée pour avoir une bonne qui ne rentre que les week-ends. Ce qui est synonyme peu importe l’heure à laquelle Aziz est à la maison, il a quelqu’un qui s’occupera de son repas. Je ne pourrais pas en faire plus.

-Quand ta bonne deviendra ta coépouse, tu comprendras qu’il y a des choses qu’une épouse doit faire et pas une bonne.

Ce que ma mère dit me fait froid dans le dos. Non, j’ai rien à craindre. Je fait confiance aux deux.

-Aziz n’osera jamais me faire quelque chose pareille.

-Il reste un homme. Je te conseille de faire attention à toi.

-On peut rentrer, je commence à avoir froid et demain j’ai cours à 8h. Je dois me lever tôt.

-Avant de partir, écoute-moi bien. Azizatou je te l’ai dit et je te le redis, le mariage n’est pas un jeu. Maintenant on est loin du je suis prête ou je ne suis pas prête. Tu as mangé la dote, tu dois t’en montrer digne.

-On peut en parler en marchant.

-Allons-y.

-On rentre…dit Saliou. Pas très bavard, si je ne le voyais pas, j’allais oublier qu’il était là.

*****

Sur le chemin du retour, ma mère m’a un peu plus conseiller sur comment je dois me comporter avec Aziz. Mais j’ose pas vous parler de la partie ou elle a voulu que je parle de mon intimité avec mon mère. C’est ma mère mais je suis bien trop pudique pour parler de ça avec n’importe qui. Elle m’a quand même donner des conseils. Elle y tenait. Je vais essayer de les appliquer Aziz dit déjà que djonguerwouma (Je ne suis pas coquine).

Quand nous arrivons à la maison, maman va au salon. La conversation avec ma belle-mère, elle l’impose que cette dernière le veuille ou non. Peut-être qu’il est tant que je commence à faire comme elle. Abdoul me demande de faire des efforts. Je dois pouvoir faire ça pour lui.

Quand je partais, il corrigeait des copies. Je rentre dans notre chambre et je vois qu’il y est encore.

Je m’assois à côté de lui et j’essaie de me blottir contre lui.

-Qu’est-ce que tu fais ? Demande-t-il l’air intrigué.

-Je voulais m’excuser.

Il lâche son stylo et me prend dans ses bras.

-Des excuses pourquoi ?

-Je viens de parler avec ma mère.

-Peu importe ce qu’elle t’a dit mais dès l’instant que tu reviens avec des excuses, je peux deviner que c’est à ma faveur. Cependant j’aimerai savoir pourquoi tu t’excuses.

-Je pense qu’il est tant que je devienne la femme que tu mérites que je sois.

-Si tu ne l’étais pas je ne t’aurais pas épousé. Ne t’inquiète pas pour ça. Même si les choses ne vont pas toujours comme on le souhaiterait au moins elles vont toujours de sorte à ce qu’on puisse les gérer.

-Je sais, dis-je en me séparant de l’étreinte.

-Donc on est bon, dit-il comme pour me rassurer.

-Oui, on est bon. Ma mère m’a parlé d’une chose qui m’a un peu secoué.

-Laquelle ?

-Que j’agissais comme si je t’avais fait une faveur en acceptant de t’épouser. Je sais pas si tu ressens mes actions ainsi. Je tiens seulement à te dire que si c’est ça, je l’ai fait inconsciemment et que jamais je me suis comportée en diva à ton égard.

-Je comprends mieux maintenant. Tu m’as jamais donné l’impression de te comporter mal devant moi et je pense que tu me connais, j’ose l’espérer mieux que n’importe qui. Si tu agis mal à mon égard, j’hésiterais pas à te recadrer. Donc crois-moi sur parole. C’est juste une impression. Ta mère ne vit pas avec nous donc elle n’a aucune idée de ce qu’on vit. Je peux dire si j’ose que même ma mère qui vit avec nous n’a aucune idée de ce qu’on vit tous les deux. Ok ça va pas toujours comme je le voudrais mais j’essaie toujours de me calmer en disant que ça reste temporel. Je pense que toi aussi.

-Oui c’est temporel.

-Ma petite étudiante, dit-il avant de me faire un bisou sur la tempe.

Je lui fais un sourire et il continue.

-Tu veux te coucher ? Il me reste encore… Il marque une pause pour compter le nombre de copies…6 copies et j’ai fini.

-Je te laisse finir je vais dans le salon. J’ai vu ma mère discuter avec la tienne.

-Ah oui. Ma mère est parfois particulière.

-Je sais. Maman m’a dit qu’elle lui répond à demi-mot.

Il fait un sourire en secouant la tête.

-Maman m’étonnera toujours. Je pensais qu’elle ferait au moins semblant avec ta mère.

-Semblant…

-Rien oublie. Vas-y. Je t’appelle quand j’ai fini.

-Ok, dis-je avant de sortir.

Une fois dans le salon, je vois que ma mère parle de Saint-Louis avec Diatou mais je peux dire de là que ma belle a préféré être étrangère à la conversation. C’est son problème à elle.

-J’ai été à Saint-Louis une fois. Malheureusement je pense que j’ai eu peu de chance d’y avoir fait aussi peu de temps, dis-je en m’incrustant dans la conversation.

-Tu n’auras qu’à revenir avec Aziz et cette fois-ci ce sera pour plusieurs jours, propose ma mère.

-Aziz n’osera jamais remettre les pieds dans cette maison après ce qu’il a fait, dit ma belle-mère avec dédain.

-Dans la maison de mon époux, mon beau-fils n’aura jamais de sens interdit.

-Je me demande encore ce qu’il pense lui de tout ça. Voir sa belle-fille mariée au mari de sa fille doit représenter un dilemme. Et Azizatou quand tu as décidé d’être la deuxième femme de mon fils, as-tu pensé à lui, elle parle en pointant Saliou du doigt. As-tu pensé au fait qu’il verra deux de ses sœurs partageaient le même époux ?

Avant que ma mère ne dise quelque chose qui rendra mes relations avec ma belle-mère plus tendue qu’elle n’est déjà, je la supplie du regard de ne rien dire. Je fais un soupir avant de répondre car je sais que si je ne dis rien ma mère le fera.

-Saliou comprendra que je n’ai fait qu’écouter mon cœur. Quand j’ai connu Aziz, je ne savais pas ce qu’il représentait. Malheureusement le coup était déjà parti. Tout ceci n’est en rien ma faute et je refuse de m’excuser pour ça. Je vais voir si mon mari a fini ce qu’il faisait.

Je me lève avant de me rendre compte que ce serait une mauvaise idée de laisser ma mère dans la même pièce que la mère d’Aziz.

-Maman, je peux te parler ?

Elle se lève et je tends la main à Saliou.

On se rend dans l’ancienne chambre de Radia.

Ma mère me fait savoir qu’elle a trouvé ma réplique trop moue.

Mais qu’est-ce qu’elle voulait que je lui dise, non mais sérieusement.

Je n’avais rien à lui dire, je retourne trouver mon mari dans notre chambre mais je ne lui parle pas de ce qui s’est passé dans la chambre et de la pique que sa chère maman venait juste de me lancer.

Il a pas non plus besoin de tout savoir.

Sa mère ne m’aime pas et malheureusement on ne peut pas forcer l’amour. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.

*****

Abdoul Aziz et ses potes ont un rendez-vous (tour) qu’ils font chaque année. Ça dure une journée ou les gars se retrouvent avec leurs épouses chez quelqu’un. Le tour d’Aziz était l’année passée. Connaissant Radia, c’est sûr qu’elle a dû mettre les petits plats dans les grands.

Je connais ses amis, je pense les avoir tous rencontré par contre je ne connais pas leurs épouses, à part Sokhna pour qui j’ai travaillé.

Sokhna m’avait dit clairement que si elle devait choisir entre Radia et moi, ce sera Radia. Elle me l’a bien montré. Elle ne m’a jamais appelé. Elle aurait pu me féliciter pour mon mariage.

A dire vrai, je crains que les épouses des potes d’Aziz me reprochent ce mariage et me considèrent comme celle qui a pris la place de leur amie. Je crains qu’elles me rejettent sans me donner la chance de me connaître.

Nous arrivons devant chez Pathé. Aziz sonne et on attend que quelqu’un vienne ouvrir.

A ma grande surprise, je vois Coumba. Mon cœur fait un raté en me demandant si elle était l’épouse de Pathé mais je me suis ressaisie en me rappelant que Coumba n’est pas mariée et Aziz m’avait déjà dit que la femme de Pathé s’appelait Fatim.

Aziz la salue et me présente et c’est ainsi que j’apprends qu’il s’agit en fait de la sœur de Fatim. Je me demande finalement si la curiosité à mon égard était gratuite.

Nous avançons et dans la cuisine, deuxième surprise de la journée, je vois Radia et Sokhna dans la cuisine en train de rire aux éclats.

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