Chapitre 2
03.
-alors la rumeur était vrai
-quelle rumeur ?
-que tu es mariée
-tu as refusé d’y assister tu ne t’en souviens pas ? me fit-elle remarquer
Ce n’était pas faux d’ailleurs, j’avais trouvé déraisonnable qu’elle choisisse de se marier alors qu’elle n’avait que 24ans j’avais eu l’impression qu’elle m’avait tourné le dos, je lui avais dit que c’était une erreur de se marier si jeune, on avait toujours été ensemble pourtant, rien que nous deux, je ne supportais pas que quelqu’un se mette entre nous mais elle avait fait son choix
Plus jeunes nous étions très soudées, l’on ne pouvait être l’un sans l’autre, il fallait toujours que nous soyons ensemble, on faisait tout ensemble, on allait à l’école ensemble, vous savez ces jumeaux fusionnels au point où on en a peur ? eh bien c’était notre cas
Plus fusionnelles que nous vous mouriez, mais le temps avait passé et l’adolescence avait fait son effet inverse sur chacune de nous, j’étais devenue plus vive et explosive tandis qu’elle eh bien, elle s’était assagie, elle l’avait toujours été d’ailleurs mais avec le temps ça avait empiré, elle ne sortait jamais, restait à la maison quand je m’amusais avec des amis, refusais de faire des choix sur les gens à fréquenter, elle restait simple alors que moi je la voulais sophistiquée
J’avais alors décidé qu’il était préférable que l’on fasse nos choses séparément, au départ ça n’était que pour la titiller un peu histoire qu’elle se réveille mais non, elle n’avait dit mot et s’était contenté de faire ce que j’avais dit, pour c’était le signe que je ne comptais plus à ses yeux, je n’étais plus sa priorité
Elle continuait de me sourire en touchant mes boucles d’or
-elles sont fabuleuses tes boucles
-je sais oui lui répondis-je, est-ce que tu m’en veux ? ajoutais-je alors
-pourquoi je t’en voudrais ? tu avais fait ton choix et je l’ai respecté
-c’est bien là ton problème Méghan, tu m’as envoyé une invitation et je n’y ai pas répondu, comment voulais-tu que je pense que ma présence comptait à tes yeux ?
-tu ne devrais même jamais avoir des pensées aussi sordides, la seule raison pour laquelle tu as refusé de venir à mon mariage c’est parce que tu ne voulais pas que je me mari
Elle marquait un point pensais-je, en effet ça restait d’actualité, pourquoi se marier si tôt ? elle avait tout gâché de plus elle obtenait toujours ce qu’elle voulait, ça m’exaspérait par moment
-je suis toujours d’avis lui lançais-je d’un air un peu désinvolte, je pense toujours que tu n’aurais pas dû, tu m’as laissé toute seule à Paris et tu es rentrée ici
-mais on a grandi Pipa, je ne pouvais pas rester avec toi indéfiniment
-à quoi me sert-il d’avoir une sœur jumelle alors ?
-dis plutôt qu’avoir une sœur tout court ne te suffit pas, tu en demandes toujours plus c’est la règle avec toi je te connais très bien pour savoir que partager ne fait pas partie de ton vocabulaire
-humm fis-je en souriant
Elle marquait un autre point
-mais bon ce qui est fait est fait
-et il s’appelle ?
-Liam intervint l’homme à ses côtés, Liam Bousséngué, je suis juste à côté alors j’ai tout entendu mais ce n’est rien faites comme si je n’étais pas là
-oh non du tout vous avez le droit d’entendre tout ce qu’on se dit après tout je partage ma sœur avec vous n’est-ce pas ?
-Pipa ! me lança Méghan en me regardant d’un air intimidant
-bah quoi c’est vrai !
-n’exagère pas non plus, ce n’est pas une situation dramatique
-je sais, et d’ailleurs je suis la princesse de la soirée alors je dis ce que je veux
-humm soupira-t-elle en caressant mes cheveux
-quoi qu’il en soit je suis ravie de vous rencontrer
Liam dis-je d’un cœur joyeux et je le pensais vraiment, c’était la première fois que je le rencontrais et s’il avait réussi à éloigner ma sœur de moi c’est qu’elle était vraiment heureuse en foyer
-merci dit-il en serrant ma main aimablement, moi aussi je suis ravie de rencontrer enfin la sœur jumelle de ma femme j’avoue que c’est assez déconcertant mais c’est un plaisir, il la regarda et l’embrassa tendrement sur le front
-heu Méghan dis-je alors pour couper court à leur moment d’intimité, je peux te parler un moment ? ce ne sera pas long
-très bien dit-elle en regardant son mari, tu nous excuse un instant chéri ? on revient tout de suite
-évidemment allez-y je serai assis à table tu pourras m’y trouver
-d’accord
Elle caressa son épaule et me suivit de l’autre côté de la pièce, on arrivait vers le comptoir où je pris place l’indiquant le siège en face, elle s’assit à son tour et posa son sac sur le côté, je l’observais, la regardais, scrutais ses traits fins, ils m’avaient tant manqué, dix longues années sans voir ces grands beaux yeux à mon réveil, dix longues années sans chamaillerie et petites taquineries, je l’avoue elle m’avait vraiment manqué
-alors raconte me dit-elle en me souriant avec amour, comment vas-tu ?
-je vais bien comme tu peux le constater, je suis encore plus belle qu’avant, lui fis-je remarquer
-la princesse et ces airs malicieux
-mais tu le sais que je suis une princesse
-je n’en doute pas, et tu es là pour combien de temps ? car j’ai été surprise de savoir que tu rentrais
-je sais mais c’était une surprise, je ne sais pas trop combien de temps je vais rester mais je suis là et je compte bien en profiter, j’espère seulement qu’on pourra faire des choses ensemble ?
-bien entendu me dit-elle, j’aimerais que tu viennes à la maison dans la semaine voir où j’habite
-est-ce qu’il est riche ? lui demandais-je alors
-disons juste qu’il a une bonne situation
-je suppose que si Berthe l’a approuvé c’est qu’il en a dans son compte
-ah oui je l’avais oublié celle-là
-et ils sont où vos enfants ?
Elle baissa les yeux et resta silencieuse un instant, avant de les relever mais cette fois d’un air plus joyeux
-il n’y en a pas encore, on est pas pressé je prends mon temps
-ah oui ? ça m’étonne un peu Berthe ne t’harcèle pas avec son envie de petits enfants ?
-non ça va elle n’est pas encore arrivée à ce stade
-humm fis-je sceptique, je parle d’enfants et elle change de mine, en tout cas c’est à voir
En parlant de Berthe, je la vis arriver à notre niveau le sourire aux lèvres, toute belle et scintillante
-je vois que mes deux bébés ont trouvé leur chemin
-maman ! s’écria Méghan
-appelez-moi Berthe quand vous m’appelez maman je me sens vieillir hein
-arrête tu es encore jeune et belle lui dis-je pour la rassurer
-ça va vous deux ? ça fait du bien de vous retrouver ?
-beaucoup assura Méghan, je suis ravie qu’elle rentre au bercail
-que voulez-vous, aucune de vous n’a voulu rester en France il fallait bien que je vois ce que vous êtes devenus !
On éclatait de rire, bon ce n’est pas tout mais j’ai aperçu un bel homme au bout de la pièce je vais passer devant pour voir s’il ne m’a pas bien vu, je suis tout de même la plus belle de la soirée ! je fis signe à Méghan que j’allais rejoindre le jeune homme au fond de la salle, Berthe nous dit que c’était un jeune Directeur de la place et que c’était un très bon parti je jubilais intérieurement j’avais peut-être décroché le gros lot ce soir
Bah quoi je m’amuse ! je suis là pour ça alors autant en profiter ! humm attention beau gosse la princesse arrive…
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(Dans la tête de Méghan)
J’étais exténuée, la soirée avait été longue et riche en émotion, j’étais heureuse de revoir ma sœur, dix longues années sans se voir, c’était un choix personnel qu’elle avait fait que je respectais mais la vie ne se limitait pas à ça, désormais je n’étais plus seule, j’étais mariée et heureuse
Elle n’avait pas changé, toujours aussi vivace et sophistiquée, la princesse comme elle aimait si souvent le dire n’avait pas beaucoup changé à la seule différence que désormais c’était une femme avec des goûts très particuliers, j’avais été peinée lorsqu’elle avait refusé mon invitation à mon mariage, sa raison ? elle n’avait pas pu se libérer mais la connaissant j’avais compris qu’elle ne l’acceptait pas et qu’il lui fallait du temps et je ne m’étais plus attardée sur le sujet
Deux nous deux j’étais la plus calme, la vie à cent à l’heure ne m’avait jamais plus, la richesse de ma mère ne m’étais pas monté au visage non plus, j’avais gardé mon sens de jugement et ma personnalité posée, tout le contraire de Pipa ce qui la concerne elle c’est une toute autre histoire, je souriais rien que d’y penser
J’enlevais mes chaussures pour laisser mes pieds respirer et avança vers Liam qui descendit ma fermeture éclair pour ôter ma robe
-magnifique s’exclama-t-il en voyant le spectacle
-tu n’y penses même pas lui dis-je en avançant avec sensualité alors qu’il regardait ma lingerie fine
-chérie… comment résister devant une telle beauté ?
-essais pour voir il y a un début à tout
-humm… quoi c’est un régime imposé ?
-tu as tout compris lui répondis-je en me tournant vers lui dangereusement
-dis-moi n’est-ce pas écris dans la bible que tu ne peux pas me refuser le plat de résistance ?
-et c’est quoi ton plat de résistance ? lui demandais-je en laissant tomber mon soutien-gorge à même le sol
-heu… heu j’ai perdu le fil des idées
-oh déjà ? ajoutais-je en laissant glisser mon string
Il se frotta la tête nerveusement et s’assit sur le lit les yeux illuminés par cette expression que je connaissais désormais si bien
-tu as perdu ta voix ? ou tu n’as plus faim ?
-je… si ! j’ai très faim
-tant mieux pour toi parce que tu vas dormir affamé
-c’est-à-dire que tu n’as p…
-tu disais ? lui coupais-je en embrassant ses lèvres tendrement
-tu es magnifique pu-t-il enfin sortir avant de me dévorer complètement
-je veux faire un enfant lui susurrais-je alors à l’oreille
-non ne dis pas ça, s’il faut que ce soit pour tomber enceinte qu’on se touche tu vas finir par rendre ça mécanique ne gâche pas ça s’il te plait, avec ou sans enfant je t’aime quand même
-humm
-allez n’en parlons plus maintenant…
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02h00
Je regardais Liam qui dormait à point fermé
J’avais beau me dire que tout allait bien le vide restait énorme dans mon cœur, cet homme qui m’avait rendu heureuse pour qui j’aurai tout donné m’aimais avec mes défauts cependant la réalité était telle que je n’arrivais pas à concevoir et ça commençait à me détruire intérieurement
Je m’assis au bord du lit en caressant mon ventre, la réflexion de Pipa m’avait fait froid dans le dos, il avait suffi qu’elle pose la question pour raviver ces chimères qui me gâchaient la vie au quotidien, je gardais toujours cette peine pour moi, je priais en secret et espérais que Dieu écoute mes prières
Ma mère ne savait pas ce que j’en durais, la seule raison que je donnais quand elle soulevait la question était que nous prenions notre temps, mais une fois chez moi entre mes quatre murs, je fondais en larme
Je n’en demandais pas trop pourtant, je voulais juste un enfant même s’il était unique je n’en voulais qu’un Seigneur alors pourquoi ?
Pourquoi est-ce si dur de me bénir avec un enfant ? rien qu’un seul ?
Je touchais de nouveau mon ventre en espérant qu’un jour prochain je serais aussi bénie à mon tour
Liam bougea en tapotant le lit de la main, il ouvrit ensuite les yeux réalisant que je ne dormais pas
-tu ne dors pas ?
-j’ai eu le sommeil coupé
-humm… viens là mon cœur
Je m’approchais de lui et m’allongeais dans ses bras
-tu réfléchis beaucoup il fait tard
-j’ai tellement peur Liam
-tout ira bien me dit-il en embrassant mes lèvres, dors maintenant ma chérie une longue journée nous attend demain
Je fermais mes yeux le cœur lourd, demain peut-être Dieu écouterait mes prières…
Chapitre 3
04.
Il faisait beau temps aujourd’hui, Liam m’avait déposé au Lycée Blaise Pascal, c’est là que j’exerçais depuis maintenant cinq ans, j’étais passé de professeur de langue à Directrice d’étude pour le bonheur des enfants qui m’entouraient, j’avais nouée de très bonnes relations avec chacun d’eux et ils me respectaient énormément
Contrairement à ma sœur, j’avais étudié la langue, j’étais une grande passionnée du monde extérieur et tout ce qui le concernait je m’étais donc attelée à faire le plein, étant donné que ma formation faisait office d’envoie des étudiants à l’étranger en stage afin de pratiquer, j’avais donc eu l’opportunité d’aller en Espagne, aux Etats-Unis mais aussi en Allemagne car j’étais une passionnée d’allemand, après chaque stage j’en ressortais comblée
De retour chez moi, j’avais postulé au Lycée Blaise Pascal et ma connaissance de langue avait surpris pas mal de monde mais j’en étais fière et depuis j’y suis restée, contre la volonté de ma mère qui me répétais sans cesse que j’étais folle de gâcher ma vie en enseignement mais que voulez-vous ?
J’aime ce que je fais alors peu m’importe ce qu’elle peut me dire je ne pense pas arrêter un jour
Je regardais les bulletins du premier trimestre des élèves de terminal, tout en les imprimant afin qu’ils soient soumis aux parents quand on frappa à ma porte, je n’avais pas l’habitude d’être dérangée mais je demandais à la personne d’entrer
-Madame ? dit le garçon en face moi
-oui Justin il y a un problème ?
-oui madame, en fait je vous apporte ici une lettre de ma mère qui demande une petite dérogation de paiement des frais de scolarité
-ah bon ? dis-je mais pourquoi ? que se passe-t-il avez-vous un problème ?
-elle dit qu’elle est un peu coincée en ce moment si vous pouviez juste lui accorder une semaine de plus madame et elle viendra solder les comptes
-ah mais Justin c’est très délicat ce que tu me demandes là quand même, tu sais pertinemment que je vous ai laissé deux semaines déjà
-je sais madame mais les devoirs de classes commencent cette semaine et si je manque ça je ne m’en sortirai pas s’il vous plait madame accordez-nous encore une semaine
-humm
Vraiment je ne comprends pas les gens, cette femme est toujours comme ça, plus difficile qu’elle il y en a pas, elle a mis son fils dans un lycée français et elle passe l’année à demander des dérogations tout le temps alors qu’elle se pavane dans le lycée en talons aiguilles et IPhone 6 en main pour montrer qu’elle est friquée alors pourquoi toujours mettre l’éducation de son fils entre parenthèse? Un garçon si intelligent de surcroît
Sincèrement si elle savait qu’elle allait privilégier sa vie de luxe en détriment de l’avenir de son fils au point de ne pas pouvoir supporter les frais de cours pourquoi elle l’a mis ici ?
Les gens qui aiment les statuts là vraiment c’est compliqué hein !
-bon dis-je alors en soufflant, je t’apprécie beaucoup et tu le sais ?
-oui madame
-mais là ça fait trop tu comprends ? j’ai laissé assez de temps à ta maman et chaque fois qu’elle demande une dérogation ça devient une habitude au point de venir nous faire un scandale ici alors je serai évidemment triste que tu n’assiste pas aux cours et que tu manques tes devoirs mais il va falloir dire à ta mère qu’elle doit payer dans les délais donnés je ne peux plus accorder une dérogation c’est la troisième fois depuis que l’année a commencé
-mais madame je vous en prie, elle ne m’écoutera pas je n’ai pas envie de manquer mes cours
-je suis vraiment désolée Justin mais je ne peux pas faire plus, dis à ta mère de se présenter à la comptabilité dans les délais pour solder ta scolarité
-bien madame dit-il d’un air triste et abattu
J’étais très triste pour lui, mon cœur se serait vraiment de douleur pour cette situation qu’il subissait à cause de sa maman, une femme très spécial je vous assure mais je n’avais pas le choix que de respecter les règles que l’école imposait, c’est donc au prix d’un effort surhumain que je lui rendis cette lettre de dérogation qu’il m’avait apporté
Il s’en alla d’un pas lourd me laissant le cœur meurtri par cette situation, mais je me devais d’être professionnelle sinon ça deviendrait un jeu, il était de mon devoir de rappeler aux parents qu’ils avaient pris des engagements et qu’il leur fallait respecter cela jusqu’à la fin d’année cette école n’était pas une compétition pour enfants riches, je crois que certains parents comprennent mal le but d’une école et ça me
dépasse
Je retournais à mes occupations jusqu’à midi ensuite je me levais pour aller prendre un café au restaurant d’en face, j’étais très affamée car je n’avais rien avalé depuis ce matin, je pris donc mon sac et ferma mon bureau à double tour avant de me diriger vers la sortie, j’entendis cependant quelqu’un m’interpeler
-Meg !
Je me tournais pour voir qui c’était
-ah Sophie c’est toi
-oui j’ai besoin de toi
-oui dis-moi
-je voulais savoir, tu as entendu parler du cas de Justin ?
-oui il est passé dans mon bureau il y a une heure
-vraiment ça me fond le cœur pour ce garçon il est très intelligent pourtant
-je sais mais je ne peux rien faire d’autre c’est la règle
-et tu as parfaitement raison me dit-elle, cependant attendons-nous à voir sa mère débarquer ici comme d’habitude et faire un vrai scandale
-ce n’est pas à moi de gérer ça, je pense que la réception s’en chargera à mon niveau je ne peux rien cette femme me dépasse trop
-humm fit-elle ahurie, en tout cas oh, mais tu allais où comme ça ?
-manger un bout au restaurant je suis affamée depuis ce matin je prends donc une petite pause
-d’accord
-au fait ajoutais-je, les bulletins sont déjà prêts tu pourras passer les récupérer à mon retour ? j’ai déjà imposé ma signature
-ça marche à tout à l’heure alors
-à plus tard Sophie j’y vais…
Je me dirigeais donc vers la sortie et alla en face du lycée, je pris place au fond de la salle et m’installa en commandant un café et des viennoiseries, j’avais très faim mais je n’avais pas envie de me goinfrer non plus
-voilà pour vous madame me dit la serveuse
-merci lui dis-je aimablement
-vous désirez autre chose ?
-oui une bouteille d’eau s’il vous plait
-très bien
Elle me quitta et retourna au comptoir pendant que j’entamais mon déjeuner, je pris ensuite mon IPad pour voir quelques notes sur les cours que j’avais gardé soigneusement quand quelqu’un se dirigea vers moi avec fracas
-Méghan ? c’est toi ?
Je levais ma tête pour voir qui c’était et là je tombais des nues
-Nana ? Nana Ntsame ! Mon Dieu !
-elle-même euh ! eh Méghane mais je suis ravie de te revoir !
-et moi donc ! humm Ntsame mais tu as grossi dis donc ! quel est ton secret ?
-ma chérie c’est la maternité qui a fait son effet oh, je cherche un bon régime même
-ah fis-je alors d’un air triste mais ravie pour elle, j’aperçue alors un bébé dans un couffin endormie
-je te présente Héléna ma toute dernière
-la toute dernière ? dis-je mais finalement tu en as combien ?
-trois ma chérie les deux premiers sont à l’école ce sont des garçons
-ah… félicitation ma chérie je suis ravie pour toi, tu as battu le record tout de même lui fis-je remarquer avec sourire
-je sais oh ma chérie mais que veux-tu si ce n’est pas leur père-là qui aime pomper les enfants on dirait même je suis devenue une poule pondeuse on va faire comment encore ?
-je vois… mais assieds-toi lui dis-je en l’indiquant le siège en face
-merci, je profite maintenant qu’elle dort parce que quand elle va se réveiller là s’en sera fini pour moi
-j’imagine bien
-alors comment vas-tu ? toujours à sablière chez la maman ?
-oh non je suis mariée maintenant j’ai déménagé chez mon mari depuis près de quatre ans
-tu es mariée ? s’écria-t-elle mais je n’étais pas au courant !
-ça ne m’étonne pas j’ai fait un mariage discret
-ah d’accord, mais je vois que tu es en face du Lycée Blaise Pascal, tu attends tes enfants ?
-non dis-je en toussotant, en fait, je travaille ici
-sérieux ? eh Meg tu n’as pas changé hein toujours aussi conventionnelle, mais dans ce cas ils sont où tes enfants
-euh… euh
J’ai failli avaler mon café de travers, tellement sa question me donna l’impression d’une giffle en plein visage
-en fait… je… je n’en ai pas pour l’instant
-pourquoi ?
Mais pourquoi elle insiste avec vraiment ? j’essaie de dévier le sujet de toutes les manières mais elle continue d’insister là-dessus
-je… je ne suis pas pressée dis-je nerveusement
-tu n’es pas pressée ? répéta-t-elle incrédule les yeux ronds, tu n’es pas pressée ? mais Meg tu as quel âge au juste, tu penses vraiment que le temps va attendre que tu sois prête ?
-mais pourquoi me dis-tu ça Nana ?
-ah Méghan je ne voulais pas te blesser mais j’essaie juste de te mettre à l’évidence que le temps ne t’attendra pas hein, l’âge passe tellement vite ma chérie et nous autres femmes, nous avons cette histoire d’horloge tu devrais vraiment y penser
Je ne sais vraiment pas pourquoi elle me dit ça mais c’est tellement méchant ! pensais-je sentant mes larmes me monter aux yeux, je les retins tout de même et resta impénétrable en gardant ma voix droite
-ne t’en fais pas pour moi Nana mais c’est un choix que j’ai fait, très bientôt je vais avoir un enfant aussi
-humm je l’espère oh !
Je regardais son bébé avec insistance, en espérant que ce soit le mien, elle était si minuscule et toute petite ! oh Seigneur comme elle était belle
-tu veux la prendre ? me demanda-t-elle alors sentant que j’en mourrais d’envie
-je peux ? lui demandais-je alors hésitante
-bien sûre, elle dort profondément donc tu peux la prendre attends je te la donne
Elle la sorti de son couffin et me la mit entre mes bras, je la pris avec délicatesse, et lui caressa tendrement, elle gesticula un peu avec une moue désabusée et referma ses petits doigts sur la mienne, je pouvais sentir sa tendresse et son aisance, mon cœur se serra de tristesse, un bébé, un si beau bébé
-tu es vraiment sûre de ne pas vouloir faire un enfant ? lança-t-elle alors, tu sembles apprécier sa compagnie pourtant
-non… je vais prendre mon temps
-si tu le dis… Et Pipa tu as des nouvelles ?
-oui elle est de retour depuis quelques jours maintenant
-ah bon ? eh ! la princesse a fait son grand retour hein
-je t’assure, je ne pensais pas qu’elle reviendrait mais elle est là et j’en suis ravie
-en tout cas j’espère la revoir d’ici là
Je lui souris tout simplement…
Une demi-heure plus tard, elle s’excusa car elle devait aller chercher ses autres enfants, j’en profitais donc pour retourner à mon travail aussi, la journée se déroula sans problème mais l’image de ce bébé me revenait à l’esprit, je n’arrivais pas à me sortir ça de la tête
Sur le chemin du retour, ses questions taraudaient mon esprit, elle avait tellement insisté sur cette histoire de temps et d’horloge comme si je ne le savais pas déjà ? je passe toutes mes nuits à pleurer et prier Dieu qu’il me donne un enfant pourquoi a-t-il fallu qu’elle me le rappelle ? à quoi bon ?
J’arrivais devant chez moi et me dirigeais droit dans ma chambre où je m’asseyais à même le sol, je ne supportais plus cette situation, ces femmes qui avaient toutes des enfants, Nana a le même âge que moi et elle a déjà trois enfants ?
Qu’est-ce que je n’ai pas fait pour tomber enceinte ? j’ai tout fait, visité des docteurs, suivi des traitements avec Liam mais rien absolument rien, oh Seigneur comme c’est dur !
La sonnerie de mon téléphone me ramena à la réalité, je sursautais et essuyais mes larmes pour me calmer avant de décrocher enfin
-allô ?
-ça va soeurette ?
-Pipa dis-je en essayant de ne pas faire trembler ma voix, comment vas-tu ?
-je vais bien, il n’y a que toi qui ne m’a pas fait signe de la journée
-ah oui c’est vrai, excuses-moi j’avais oublié, je suis très occupée depuis un moment
-on devait se voir aujourd’hui pourtant ou bien tu n’as pas envie de me voir ?
-ah Pipa arrête de faire tourner le monde entier autour de toi, j’étais juste occupée c’est tout, on peut se voir demain si tu veux
-d’accord, demain ça me va, mais tu es sûre que tu vas bien ? ta voix est bizarre
-je vais bien lui dis-je tout simplement, et toi ça va à la maison avec maman ?
-oui ça va elle est tout le temps parti et moi je m’ennuie un peu donc je serai ravie de passer la journée avec toi demain surtout que ça sera samedi
-humm
-allez je te laisse je dois sortir là je suis invitée quelque part
-d’accord amuse-toi bien
-à demain Méguy
Clic…
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21 heures
J’étais endormie dans ma baignoire, je n’avais pas vu le temps passé, tant j’étais restée toute la soirée allongée dans ce bain d’eau que j’avais coulé pour ne pas m’entendre pleurer
Mes cheveux attachés en chignon j’avais beau me dire que le temps de Dieu existait mais je n’en pouvais plus, voir ce bébé aujourd’hui m’avait littéralement bouleversée
J’entendis la porte de la douche s’ouvrir et Liam apparu à la porte, il ne m’avait pas vu alors il commença à se déshabiller pour prendre une douche mais quand il se tourna enfin face à moi il cria de peur
-oh mon Dieu Méghan! que fais-tu là ? que se passe-t-il ?
-…
-Meg chérie pourquoi te mets-tu dans cet état tu es toute pâle ça fait combien de temps que tu es dans cette eau ?
-je… je ne sais pas dis-je en versant des larmes
-viens là sortons d’ici je vais te sécher
Il me ramena dans la chambre et me passa un peignoir
-Meg qu’est-ce qui ne va pas ?
-j’ai vu un bébé aujourd’hui Liam, un beau bébé… j’ai vu un bébé et il n’était pas le mien lâchais-je cette fois avec toutes les larmes de mon corps
-oh Méghan blêmit-il en me serrant fort dans ses bras…
Il pouvait dire ce qu’il voulait mais ce soir je souffrais énormément…