Chapitre 2
Chapitre 2
Élyana passa une nuit sans sommeil, recroquevillée sur le lit d'une chambre d'hôte qu'elle avait louée à la dernière minute. L'obscurité de la pièce semblait l'envelopper, étouffant chaque pensée rationnelle. Elle entendait encore la voix de Kael dans sa tête, ce ton froid et détaché lorsqu'il avait admis la trahison sans une once de remords. Et Lyra... Lyra, qui avait été son pilier, son amie la plus proche. Cette nuit-là, tout ce qu'elle croyait vrai s'était effondré.
Au matin, elle se força à se lever, à rassembler ses affaires et à retourner chez elle pour récupérer ce qu'elle pouvait avant de partir définitivement. Chaque pas la rapprochant de la maison lui donnait l'impression de marcher vers un champ de bataille, le cœur lourd et la gorge nouée.
Elle franchit la porte d'entrée sans frapper. La maison, leur maison, était étrangement calme. Kael était là, installé dans le salon, une tasse de café à la main comme si de rien n'était. Il releva à peine les yeux lorsqu'il la vit entrer.
« Tu es revenue, » dit-il simplement, sa voix dénuée d'émotion.
Élyana sentit une vague de colère monter en elle. Il ne bougea pas, ne fit aucun effort pour l'approcher ou pour s'excuser. Il se contentait de l'observer comme si elle n'était qu'une inconnue.
« Oui, je suis revenue, mais pas pour rester, » rétorqua-t-elle, la mâchoire serrée. « Je suis venue chercher mes affaires. »
Kael haussa les épaules, comme si sa décision n'avait aucune importance.
« Fais ce que tu veux, Élyana. »
Ces mots, si indifférents, la frappèrent comme une gifle. Elle s'avança vers lui, ses mains tremblantes d'une rage contenue.
« C'est tout ? » demanda-t-elle, sa voix montant d'un cran. « C'est tout ce que tu as à dire après tout ce que tu as fait ? Après toutes ces années ? »
Kael posa sa tasse sur la table basse, s'adossant tranquillement au canapé.
« Qu'est-ce que tu veux que je dise ? Que je m'excuse ? Que je te supplie de rester ? » Il secoua la tête, un sourire amer aux lèvres. « Tu savais que ça n'allait plus entre nous depuis longtemps. Peut-être que tu voulais l'ignorer, mais moi, je ne pouvais pas. »
Le souffle d'Élyana se bloqua dans sa poitrine.
« Tu veux dire que c'est ma faute ? » murmura-t-elle, les larmes aux yeux. « Que c'est de ma faute si tu as décidé de me trahir avec ma meilleure amie ? »
Kael se leva enfin, mais pas pour réduire la distance entre eux. Il croisa les bras, dominant la pièce de toute sa stature imposante.
« Ce mariage était mort depuis des années, Élyana. Lyra... elle a été là pour moi d'une manière que tu n'as pas su l'être. »
Ces mots lui transpercèrent le cœur. Elle recula d'un pas, comme si sa proximité la brûlait.
« Comment oses-tu ? » cracha-t-elle. « J'ai tout donné pour toi, pour cette meute ! J'ai sacrifié mes rêves, ma liberté, ma vie ! Et toi, tu te tiens là, à me reprocher tes propres choix ? »
Kael détourna les yeux, incapable de soutenir son regard.
« Tu as fini ? » demanda-t-il, laconique.
Élyana sentit une douleur glaciale s'emparer de son être. Il n'y avait rien à sauver. L'homme qu'elle aimait n'était plus qu'une ombre de lui-même, un être froid et distant, incapable de reconnaître la valeur de ce qu'ils avaient perdu.
Elle tourna les talons, refusant de verser une larme devant lui. Elle gravit les escaliers en silence, se dirigeant vers leur chambre pour rassembler ses affaires. Chaque objet qu'elle touchait semblait chargé de souvenirs. Le collier qu'il lui avait offert le soir de leur union. La montre qu'elle lui avait offerte pour son anniversaire. Tout cela n'était plus qu'un mensonge.
Alors qu'elle pliait ses vêtements, elle sentit une présence derrière elle. Elle se retourna pour voir Lyra, appuyée contre le cadre de la porte.
« Tu es sérieuse, Lyra ? Tu as vraiment le culot de venir ici ? » lança Élyana, la voix tremblante de colère.
Lyra ne sembla pas perturbée par son ton. Au contraire, elle afficha un sourire suffisant.
« Je voulais juste te parler, » dit-elle en entrant dans la chambre comme si elle y était chez elle.
« Parler ? » Élyana serra les poings. « Tu veux me parler après avoir couché avec mon mari ? Après avoir détruit tout ce que j'avais construit ? »
Lyra haussa les épaules, ses yeux brillants d'un éclat moqueur.
« Élyana, arrête de jouer les victimes. Tu savais que ton mariage était un échec. Kael et toi n'avez jamais été faits l'un pour l'autre. »
Ces mots firent éclater quelque chose en Élyana.
« Et toi, alors ? » répliqua-t-elle, sa voix s'élevant. « Toi qui prétendais être mon amie, ma sœur ! Combien de fois t'ai-je confié mes doutes, mes peurs ? Tu étais là à me rassurer, à me dire que tout irait bien, alors que tu couchais avec lui derrière mon dos ! »
Lyra se rapprocha, son sourire disparaissant peu à peu.
« Je ne te dois rien, Élyana, » dit-elle froidement. « Si Kael m'a choisie, c'est parce qu'il avait besoin de quelqu'un de fort à ses côtés. Pas d'une femme qui passe son temps à se lamenter. »
Élyana sentit une colère brûlante monter en elle, une colère qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant.
« Sors d'ici, » dit-elle, la voix basse mais chargée de menace.
Lyra haussa les sourcils, comme si elle ne croyait pas qu'Élyana oserait la mettre dehors.
« Quoi, tu vas me jeter dehors ? Allez, Élyana, tu n'as jamais été douée pour te battre. »
Mais Élyana fit un pas en avant, son regard si intense que Lyra recula instinctivement.
« Je ne te le redirai pas. Sors. Maintenant. »
Lyra hésita, puis tourna les talons avec un soupir exaspéré.
« Bonne chance avec ta petite vie misérable, » lança-t-elle par-dessus son épaule avant de disparaître dans le couloir.
Élyana ferma les yeux, respirant profondément pour essayer de calmer la tempête qui faisait rage en elle. Elle savait qu'elle ne pouvait plus rester ici, pas une seconde de plus.
Elle termina rapidement de remplir une valise avec le strict nécessaire, puis descendit les escaliers. Kael était toujours dans le salon, assis cette fois sur le fauteuil, son visage impassible. Il ne releva même pas la tête lorsqu'elle apparut.
« Je pars, » déclara-t-elle, la voix claire et ferme.
Kael ne répondit pas.
Elle s'arrêta dans l'entrée, espérant, priant qu'il dise quelque chose, qu'il fasse un geste pour la retenir. Mais il resta silencieux, figé dans sa froide indifférence.
« Bien, » murmura-t-elle pour elle-même, les larmes brûlant ses yeux. « Au moins, c'est clair. »
Elle ouvrit la porte et sortit sans un regard en arrière.
Dehors, le vent froid caressa son visage, mais elle ne frissonna pas. Chaque pas qu'elle faisait loin de cette maison semblait la libérer d'un poids immense. Elle ne savait pas où elle allait, ni ce qui l'attendait, mais une chose était sûre : elle ne reviendrait jamais.
Pour la première fois depuis longtemps, Élyana se sentit à nouveau vivante. Brisée, mais vivante. Et cette flamme qui commençait à grandir en elle lui promettait une chose : elle ne serait plus jamais une victime.
Chapitre 3
Chapitre 3
Élyana ne savait plus où aller. Le vent froid soufflait sur son visage alors qu'elle avançait à travers les bois, les arbres aux branches nues semblaient se refermer autour d'elle, comme une étreinte glacée. Les bruits du monde semblaient s'éteindre peu à peu, remplacés par le bruissement des feuilles mortes sous ses pas précipités. Elle ne savait même pas où elle se dirigeait, ni pourquoi elle se réfugiait dans cette forêt. Tout ce qu'elle ressentait, c'était le besoin d'échapper à la douleur qui déchirait son cœur.
Les images de Kael et Lyra restaient accrochées à son esprit, comme des éclats de verre brisé. Elle revivait sans cesse ce moment, leur trahison, leurs mots, leurs regards. Elle s'était sentie perdue, abandonnée. Et la douleur, cette douleur lancinante qui lui déchirait le ventre, semblait ne jamais vouloir la laisser. Loin de la civilisation, dans ce coin reculé de la forêt, elle espérait peut-être retrouver un peu de paix, un semblant de calme. Mais le silence qu'elle recherchait, elle ne le trouvait pas.
Elle marcha sans but, ne prêtant même plus attention aux racines qui sortaient du sol ou aux branches qui se balançaient sous le vent. Son corps était épuisé, ses pieds ensanglantés par les éclats de branches et les pierres, mais elle avançait, portée par une force qu'elle ne comprenait pas. Elle avait besoin de se sentir libre.
La nuit tombait à peine, une lueur orange se glissant entre les arbres, et pourtant Élyana avait l'impression que tout devenait plus sombre. Le silence des bois était oppressant, mais elle n'avait pas peur. À un moment donné, sa douleur était devenue trop grande pour qu'elle en ressente encore l'intensité des autres peurs.
Un cri déchira la quiétude de la forêt. Un hurlement, lointain mais perçant. Élyana s'arrêta net. Son cœur battait plus vite, et ses sens se mirent à l'affût. Ce n'était pas un cri humain, et pourtant, elle ne savait pas pourquoi, quelque chose en elle frissonna. Elle balaya les ombres devant elle, la respiration coupée. Il faisait maintenant plus sombre, et la lumière du crépuscule disparaissait, remplacée par une obscurité menaçante.
Un autre cri, plus proche cette fois. Le sol sous ses pieds se mit à trembler. Elle se figea, des frissons parcourant son échine. Ce n'était pas le vent. C'était un bruit de course. Des pas lourds, qui se rapprochaient. Elle se retourna précipitamment, son cœur battant dans sa poitrine, mais avant qu'elle n'ait le temps de réagir, elle aperçut la silhouette massive de plusieurs créatures, courant dans sa direction.
Des loups.
Une dizaine de silhouettes sombres émergeaient des arbres, leurs yeux jaunes perçant la nuit comme des phares. Ils étaient imposants, sauvages, leurs muscles tendus prêts à attaquer. Élyana recula précipitamment, son corps réagissant avant même qu'elle n'ait le temps de réfléchir. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devait faire. Elle avait appris à se méfier des loups de meutes rivales, mais elle n'avait jamais eu à les affronter seule. Elle n'était pas préparée.
Les loups approchèrent, leur respiration rauque et leurs crocs brillants dans la pénombre. Leurs yeux suivaient chaque mouvement d'Élyana, calculant sans doute quand ils pourraient bondir. Son souffle était court, son corps tendu comme un arc prêt à se briser.
« Je ne suis pas une menace, » murmura-t-elle, bien que les mots semblaient vides face à leur présence imposante.
Les loups s'arrêtèrent à quelques mètres, leurs regards froids fixés sur elle, et Élyana sentit la peur la submerger. Ils semblaient plus agités que ce à quoi elle s'attendait. Puis, avec un cri guttural, l'un d'eux bondit en avant, ses griffes perçant le sol. Elle eut à peine le temps de réagir, un cri s'échappant de sa gorge alors qu'elle esquivait d'une pirouette maladroite.
Le loup se redressa rapidement et tourna vers elle ses yeux cruels. Il ne semblait pas l'attaquer immédiatement, comme s'il attendait quelque chose, un signal de sa part. Mais pourquoi cette hésitation ?
Élyana serra les poings. Elle devait faire face. Pas question de fuir, pas cette fois. Elle n'était plus la même. Sa tête se tourna à la recherche d'une issue, mais les loups étaient partout, bloquant chaque chemin. Ses jambes tremblaient sous le poids de la peur et de l'épuisement, mais elle fit un pas en avant, tentant de se redresser. Une force inexplicable, comme une énergie ancienne qui grondait au plus profond de son être, se réveillait en elle.
C'était comme un courant de chaleur qui se propageait dans ses veines. Ses doigts se resserrèrent, et une lueur étrange éclaira brièvement ses yeux. La terre sous elle vibra, un frisson de pouvoir qui parcourut la forêt comme une onde. Les loups se figèrent tous en même temps, leurs oreilles dressées, comme s'ils ressentaient eux aussi ce changement.
Puis, sans prévenir, Élyana se concentra sur cette énergie, la laissant circuler dans son corps. Elle ne savait pas d'où cela venait, ni ce que cela signifiait, mais elle se sentait soudainement plus forte, plus rapide, plus vivante. Un rugissement intérieur s'échappa d'elle, un cri primal, qui fit reculer les loups. Ils se stoppèrent, incertains, comme si le terrain avait changé, comme si une nouvelle menace se dressait devant eux.
Une force nouvelle. Élyana n'avait jamais ressenti quelque chose d'aussi puissant. La douleur de son cœur se dissipa, remplacée par une concentration infinie. Elle leva les bras, les paumes ouvertes, et un éclat de lumière les entoura, scintillant comme de l'énergie brute. Les loups hésitaient. Ils n'étaient pas habitués à une telle résistance.
L'un d'eux, plus audacieux, tenta à nouveau de bondir, mais Élyana réagit instantanément. D'un geste fluide, elle projeta ses mains vers l'avant, libérant une onde de choc qui fit tomber le loup au sol, comme frappé par une vague invisible. Il hurla de douleur avant de s'éclipser dans les ténèbres. Les autres loups, stupéfaits, se reculèrent.
Elle se tenait là, le souffle haletant, mais son cœur était empli d'une énergie qu'elle n'avait jamais connue. Les loups n'étaient plus une menace. Ils avaient reculé, se tordant, grognant, mais ne s'aventuraient plus à l'attaquer.
Élyana ferma les yeux un instant, savourant la victoire, même si elle ne comprenait pas tout. Ce pouvoir... cette force... elle ne savait même pas comment elle avait réussi à la libérer. Mais ce qu'elle savait, c'était que quelque chose avait changé en elle. Elle n'était plus la femme brisée qu'elle avait été.
Elle avait trouvé une nouvelle force. Une force qui lui appartenait. Et rien ni personne ne pourrait plus la faire plier.
Les loups, face à cette démonstration de puissance, décidèrent finalement de se retirer. Mais avant de disparaître dans les ténèbres de la forêt, l'un d'eux se tourna une dernière fois vers Élyana. Ses yeux jaunes brillaient toujours de méfiance, mais aussi d'un respect qui n'avait jamais existé auparavant.
Elle les regarda s'éloigner, le silence retombant autour d'elle. Puis elle inspira profondément, sentant l'odeur de la forêt, les bruits de la nature reprendre leur place. Et elle comprit. Ce n'était pas juste une fuite. C'était un nouveau départ. Un nouveau chemin qui s'ouvrait devant elle.