Chapitre 2

   ***ANGELA ANOMAN

RENDEZ-VOUS 1

- J’ai cinq maisons. Une aux États-Unis, une à Dubaï, deux ici à Paris et la dernière à Tokyo. Je suis tout le temps entre deux avions. Je peux changer votre vie en un claquement de doigt. Je me suis acheté récemment un jet privé à plus de cinq milliards d'euros. Si vous devenez ma femme, vous serez la femme la plus heureuse de la terre.

- Oh oui, je n'en doute pas une seule seconde, dis-je avec sarcasme en buvant ma boisson.

RENDEZ-VOUS 2

- Ma mère, je l’adore. J’aime surtout les petits plats qu’elle me fait. Elle et moi sommes très très complices. Regardez, depuis le début de ce diner, j’enregistre tout pour le lui faire écouter quand je serai rentré.

- Pardon ?

- Oui, c’est mieux que de lui faire le compte rendu. Ce sera à elle de te donner une note sur vingt. Elle seule sait quelle femme sera la bonne. Elle a toujours su ce qui était bon pour moi sur tous les plans. A chaque fois qu’elle m’achète des caleçons, ça me va comme un gant.

- Et je suppose que c’est elle qui les lave ? dis-je pour plaisanter.

- Comment avez-vous su ? Il est sérieux ?

RENDEZ-VOUS 3

- Je vous présente Choumie, mon lézard. Elle est ma meilleure amie. Mais il n’y a pas qu’elle. J’ai aussi un iguane, un hamster, un bébé alligator et… ah j’allais oublier, un serpent. Je manque de m’évanouir quand il sort, en plus du lézard, un serpent.

- Tu veux l’embrasser ? me demande le cinglé qui est censé être mon magnifique rencard de ce soir selon Elionne.

- AAAAHHHH UN SERPENT !!! hurle une femme dans le restaurant. Je profite de la pagaille générale pour prendre mes jambes à mon cou. C’est décidé, plus jamais je n’irai à un rencard, peu importe avec qui c'est. Même avec le Pape, je refuse. Déchaînée sur le tapis de course depuis maintenant près d'une heure de temps à courir, j’appuie sur mon écouteur qui décroche automatiquement mon portable.

- Allô bébé, dis-je sans cesser de courir.

- « Alors tu me racontes tes rencards. »

- Un désastre, je ne te le fais pas dire. Plus jamais je n'irai à tes rencards foireux que tu m’organises.

- « Mais je le fais pourtant avec de bonnes intentions. Dommage que tu ne tombes que sur des couillons. Alors que vas-tu faire maintenant ? »

- Ce que j'avais prévu de faire depuis longtemps. C’est-à-dire, me concentrer sur mon travail et chercher comment revoir ma fille.

- « Tu sais que ça fait trois ans que tu es divorcée ? Il est temps de refaire ta vie. Tu n'as que 33 ans chérie. En plus tu en fais 28 avec ton corps sculpté par tous ces exercices physiques que tu fais. J'en ai marre de te voir seule. »

- La vie est ainsi faite ma puce. On n'a pas tout ce qu'on désire.

- « Mais toi, est-ce que tu veux refaire ta vie ? »

- Pourquoi j'entends ta voix dans mon dos ? Je me retourne et je la vois, debout devant ma salle de gym. J’arrête le tapis et j’attrape une petite serviette avec laquelle je m’éponge. Elle raccroche son portable et me tend ma bouteille d'eau.

- Alors ?

- Quoi ? demandé-je en m’asseyant au sol.

- Veux-tu refaire ta vie ? redemande-t-elle en s’asseyant sur le tapis-vélo.

- Je n'en sais trop rien. Faut dire que mon divorce m'a complètement brisée.

- On ne peut pas non plus appeler celui dans lequel tu étais mariage. Tu n'avais jamais été heureuse.

- Je sais, dis-je en me triturant les doigts. Jérôme a été mon seul homme et après tout ce que j’ai enduré avec lui je ne pense pas pouvoir faire de nouveau confiance à un homme. Non seulement j’ai perdu toute envie d'aimer de nouveau mais j'ai… Ma gorge se noue.

- J’ai tellement envie de voir ma fille. (Eclatant en sanglots) Mon Dieu qu'elle me manque.

- Oh non… tu ne vas pas reprendre !? Viens là bébé. Elle me prend dans ses bras. Encore une fois, comme depuis trois ans maintenant, je pleure l’absence de ma fille. Mon ex-mari me l'a arrachée et depuis je n’ai plus aucune nouvelle. Trois ans que je souffre. Je fais tout et n'importe quoi pour oublier ce chagrin mais c’est plus fort que moi. Je veux revoir ma fille.

- Ça va bébé. Tu vas te rendre encore malade. Combien de fois as-tu fait des dépressions ces trois années ? Si tu meurs, tu n'auras plus aucune chance de revoir ta fille. Tu dois être forte. Ce con de Jérôme ne pourra la cacher indéfiniment. Et maintenant elle est majeure. Elle pourra décider de venir te voir sans demander la permission de son père. Calme-toi donc !

- Cet homme m'a brisée, tu n'as pas idée. J’ai perdu le contrôle de ma vie. Je ne sais plus quoi faire à part travailler.

- Tu devrais peut-être commencer par te trouver un homme pour te sentir moins seule. Tu ne peux pas continuer ainsi dans la solitude et la dépression. Tu dois te bouger.Je quitte ses bras. Je me nettoie le visage avec mes mains.

- Avoir encore un homme qui va achever le travail de Jérôme ? Non merci. Je ne supporterai pas une autre déception. Il ne reste qu'un tout petit bout de mon cœur. Je le maintiens pour ma fille. Une fois que je l’aurai retrouvée, je pourrai mourir en toute tranquillité.

- Arrête de parler ainsi. Il y a plein d’hommes bons, là dehors qui feront ton bonheur. Il te suffit juste de te lâcher et de leur donner une chance. Cesse de mettre des barrières. Tu n'as même pas d'amis.

- Je t'ai toi.

- Oui c’est vrai, sourit-elle. Mais je veux dire avoir un peu de monde autour de toi.

- Je t’ai toi, ta fille, ton fils et ton mari. Ça fait du monde.

- Tu es conne toi. Bon ça suffit, va prendre une douche le temps que je te fasse à dîner.

- Tu es un amour.

- Je sais.

Après le départ de ma meilleure amie, Elionne, j'ai grignoté le diner qu'elle m'a fait et maintenant je suis au lit. Je tiens en main l’album photo de ma fille depuis sa naissance jusqu'à il y a trois ans avant que son père ne l’emmène loin de moi. Elle n'avait que 15 ans. Elle et moi avions toujours été proches l’une de l'autre. Nous étions meilleures amies, sœurs, confidentes, tout. Mais une année avant mon divorce d’avec son père, il a commencé à s’installer un fossé entre nous. Elle s’éloignait peu à peu de moi et se rapprochait beaucoup plus de son père. Je n'avais pas compris que c’était lui qui lui mettait des choses dans la tête jusqu’à ce qu'elle refuse de rester avec moi après le divorce. Elle le préférait à moi. Elle préférait cet homme qui l'avait reniée avant sa naissance jusqu’à ses 10 ans, à moi qui ai sacrifié mes études et ma vie pour elle. J’ai été meurtrie jusque dans mon âme. Il en a profité pour quitter le pays avec elle et couper tout contact. Trois ans que je ne sais où elle est, que je n'ai pas entendu sa voix, que je n'ai aucune photo d'elle. Elle a complètement disparu de ma vie. C’est comme si elle était morte. J'avais utilisé le compte Facebook d'Elionne pour la rechercher, mais en vain. Soit elle n'a pas de compte Facebook, ce qui me surprendrait, parce qu'elle en avait un dans le temps, soit elle a mis un de ces pseudos bizarres, pour éviter qu'on la retrouve facilement. Toute ma prière est de la revoir avant que je ne quitte cette terre. Je refuse de mourir sans l'avoir de nouveau serrée dans mes bras. Je suis réveillée brusquement par de la musique qui provient du salon. Mon Dieu, Anaïs va encore me faire chier avec les chansons de sa star préférée. Et puis d’ailleurs que fait-elle là ? Si elle est chez moi, c’est que sa mère aussi.

- Bonjouuuurrrr !!! Je me laisse tomber sur le lit.

- Arrgg Elionne, fais moins de bruit et demande à ta fille de baisser le volume. Je ne suis pas seule dans cet immeuble.

- Anaïs n'est pas là. C’est moi qui ai mis la musique. J'aime aussi la musique de cet artiste. Tu sais très bien que j'aime les chansons d’amour.

- Bref, que fais-tu là de si bon matin ?

- Je suis venue te chercher. Nous avons deux heures pour nous rendre à l’aéroport.

- Aéroport ? Pour ?

- Bah prendre un avion. Notre vol est prévu dans trois heures.

- Pardon ? Attends, tu rigoles là !?

- Non non. Je nous ai pris deux billets d'avion, destination la Côte d’Ivoire. Nous avons un mois de vacances.

- QUOI ??? Elionne, tu ne peux pas prendre une décision aussi sérieuse à ma place. Merde, j'ai un boulot moi.

- Oui et je te rappelle que ton patron c’est mon mari donc c’est avec sa permission que je l'ai fait. Je crois qu’il va t'appeler dans… Mon portable sonne.

- Voilà, je crois que c’est lui. Je suis sur le cul. Je réponds quand même et son mari, Monsieur mon patron me confirme qu'il m'accorde un mois de vacances. Mon Dieu, c'est quel genre de meilleure amie que j'ai ?

- Bon voilà c’est fait. Va te préparer.

- Mais…

- Je n'en pouvais plus de te voir vivre non-stop dans la dépression. Tu as besoin de vacances, de changer d'air. Bref, tu as besoin de te changer les idées. Et qui sait, (elle fait danser ses sourcils) peut-être que là-bas tu rencontreras un vrai mâle Ivoirien qui fera chavirer ton cœur.

- Tu es malade.

- Oui mais allez ouste, va te préparer. Elle me tire de force du lit. Bon je n'ai aucune raison de refuser ces vacances. Elle se met à chanter et danser au rythme de la musique qui continue de jouer.

- (Chantant) T'es ma Reine, t'es mon bébé, t'es ma wiféééé. Quand t'es près de moi plus rien ne compteeeee. Il n'y a que toi, il n'y a que moi dans notre mondeeee.

- Mtchrrr.

- J'adore cette chanson. J'en ai marre d'écouter ces chansons d’amour. Surtout celles de cette star Française. Déjà parce que l’amour ça m'a détruite, mais aussi parce que ma fille Priscille adorait cet artiste. Elle écoutait ses sons à longueur de journée donc les entendre de nouveau me rend nostalgique. Je finis de me préparer et nous prenons la route pour l’Aéroport. Finalement, je pense que c’est une bonne idée ce voyage. J’ai vraiment besoin d'aller visiter d'autres cieux. Et quoi de mieux que mon pays d’origine.

CÔTE D’IVOIRE***ABIDJAN

Enfin, nous arrivons à l’Hôtel Ivoire. Punaise, comme ce vol m'a épuisée. Ça faisait vraiment très longtemps que je n'avais pas pris l'avion. Je suis heureuse de retrouver l'air chaud de mon pays. Ça me change un peu de la France. Elionne nous prend une chambre pour deux. Cette femme ne veut pas me laisser seule un instant. Je sens qu’elle me collera comme la peste. Notre chambre se trouve à l’avant dernier étage. Elle est super grande. Parfaite pour mieux me détendre.

- Alors notre seul souci ici c’est de nous amuser au max, m’informe Elionne. Pas de dépression, pas de tristesse. Rien que de la joie. On fera tout ce que tu veux. A commencer par revisiter notre beau pays que nous avons abandonné longtemps.

- Ça marche. UNE SEMAINE PLUS TARD Oh la vache ! Je suis à deux doigts de m’évanouir. Elionne m'a trimballée dans toute la capitale. Entre shopping et restauration, je crois que j'en ai eu pour ma journée. Là, j’ai tout simplement envie de dormir. Cette femme va finir par me tuer avec ses folies.

- On va au bar se prendre un verre avant de monter ?

- Je suis épuisée. Et je dois monter vérifier mes mails.

- J’ai dit pas de travail ici.

- C’est pour voir si Priscille ne m'a pas laissé un message.

- Et tu recommences.

- Mais je ne peux faire autrement. Il s’agit de mon unique fille.

- Je t'ai emmenée ici pour que tu déstresses mais apparemment tu ne fais aucun effort, Angela. Regarde autour de toi, les gens s'amusent et rigolent. Fais de même. Fais des rencontres et trouve-toi même un prétendant.

- Je t'ai déjà dit : pas de relation. Je n’aurai pas la tête à ça tant que je n'aurai pas retrouvé ma fille.

- Je ne te dis pas de forcément tomber amoureuse. Juste des rencontres. Et si tu veux, un coup d'un soir. Ça fait deux ans que ton garage n'a pas été nettoyé.

- Horr… tu es terrible toi ! Je monte prendre un bain et je te préviens, je ne descends plus.

- Bah je vais boire pour deux. En plus, j’ai encore faim.

- Ok. A plus donc. Je marche vers les ascenseurs. Je monte dans l'un et au moment de la fermeture des portes, un homme arrive et les repousse. Je me mets sur le côté pour lui donner de la place.

- Bonsoir, salut-il la tête baissée sur son portable qu'il manipule.

- Bonsoir. Il range bien sa casquette de sorte à ce qu'on ne voit absolument rien de son visage. Bref, nous allons tous les deux au même étage. J’essaie de vérifier ma boîte mail sur mon portable mais je n’ai plus de batterie. Tout ça à cause de cette Elionne. Demain, il est hors de question que je sorte de cet hôtel. Je ne sens plus mes pieds. Il me faut une bonne journée de grasse…L’ascenseur est bousculé soudainement.

- Oh mon Dieu qu’est-ce qui se passe ? demandé-je, effrayée.

- Je crois que l’ascenseur est bloqué, me répond l’homme en appuyant sur les boutons de l’ascenseur. Une panne, je crois bien.

- Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Je commence à paniquer. Tout mon corps est pris de tremblement. C’est le blackout total dans ma tête. La panique devient maitresse de moi. Je bouge dans tous les sens.

- Non pas ça. Je ne peux pas rester ici. Il faut que l’ascenseur s'ouvre. Oh mon Dieu ! Je ne veux pas mourir. Non. Non.

- Madame est-ce que ça va ?

- Non ça ne va pas. Oh mon Dieu ! Je… j’ai du mal à respirer. Il faut que je sorte d'ici.

- Calmez-vous. Ce n’est rien de grave. Je me mets à pleurer.

- Je ne veux pas mourir. Pas maintenant. Pas sans avoir revu ma fille une dernière fois. Mon Dieu, ne permet pas que je m'en aille sans la retrouver. Je dois lui dire que je l'aime. Qu'elle est toute ma vie.

- Calmez-vous Madame, dit-il en m’attrapant les mains. Personne ne va mourir.

- Je veux voir ma fille. Je… je… elle me manque tellement. Je ne peux pas mourir comme ça, sans la voir.

- Vous n'allez pas mourir. Asseyez-vous. Il m'aide à m’asseoir et il reste accroupi devant moi, mes mains toujours dans les siennes.

- Regardez-moi ! J’obéis malgré que ma vue soit obscurcie par mes larmes.

- Respirez ! Il y a encore de l’air dans l’ascenseur. Respirez avec moi. Je fais comme il dit tout en laissant mes larmes s’échapper. Il ne me lâche pas des yeux.

- Vous n’allez pas mourir. Tout va bien. Maintenant parlez-moi de votre fille. Comment est-elle ?

- Comme un ange, dis-je en souriant. Elle a de magnifiques petits yeux. Elle adore le mauve. C’est sa couleur préférée. Elle a de longs cheveux comme les miens et quand elle était enfant elle adorait que je lui fasse des tresses. Chanter et danser sont ses passe-temps favoris. Je continue de lui parler d'elle, le sourire grand sur les lèvres et les yeux libérant toujours mes larmes. Je me souviens soudainement que nous sommes coincés dans l’ascenseur. La panique revient.

- Je dois la revoir. Il faut que nous sortions d'ici. J'essaie de me lever mais il me retient. Je lutte.

- Je commence à suffoquer. Il me relève lui-même et me plaque contre la paroi.

- Regardez-moi ! m'intime-t-il l'ordre cette fois. Je lève les yeux dans les siens. Je me surprends à m’accrocher à lui comme si ma vie dépendait de lui.

- Je suis là et il ne vous arrivera rien. Ok ? Je hoche la tête.

- Respirez tout doucement. Faites comme moi. Je l’imite. Nos regards restent soudés et nos corps très proches. Mon rythme cardiaque revient peu à peu à la normale. Je n’ai plus peur mais cette fois ce sont des palpitations qui me compriment la poitrine. Je réalise qu'il me tient fermement contre lui. La chaleur qui se dégage de son corps m’enveloppe. Je me sens tout de suite en sécurité. Je me sens… revivre, l’espace d’un moment. L’ascenseur se remet en marche.

- Vous voyez, tout va bien, me sourit-il.

- Oui. Les portent s'ouvrent à notre étage. Il s’assure que j’aille bien et ramasse mon sac à main.

- Venez, je vous accompagne devant votre chambre. Sans répondre, j’entame la marche. Il garde sa main posée dans mon dos jusqu’à ce que nous arrivions devant ma chambre.

- Ça peut aller ?

- Oui. Merci ! dis-je un peu honteuse.

- Pas de quoi. Il me tend mon sac et tourne les talons. Je le suis du regard jusqu’à ce qu'il ouvre une porte et entre. Non mais qu’est-ce qui vient de se passer là ?

Chapitre 3

     ***COLLINS

- « Papa est fou de rage. Il menace de tous nous faire virer de la production. »

- Tu sais qu'il ne le peut pas. C’est juste du bluff.

- « Nous le savons, t’inquiète. Alors ça avance là-bas ? Tu nous as pondu un nouveau bébé ? »

- Rien du tout. A peine mon cerveau commence à se poser. Mais je sens que d'ici mon retour j'aurai quelque chose.

- « Parlant de ton retour, il est prévu pour quand ? »

- J'sais pas. P't-être dans un mois. Enfin, ça dépendra de mon inspiration. Si tout de suite ma tête se charge de plusieurs sons, je reviens pour qu'on reprenne le boulot. Ça me manque, le studio.

- « Nous sommes tous prêts pour reprendre le show. Mais prends ton temps. Écoute, je vais raccrocher. Il y a papa qui ne cesse de hurler mon nom. »

- Ok n’oublie pas d’effacer mon numéro. Faudrait pas qu’il s’aperçoive que c’est le mien.

- « T’inquiète. Je ne laisse jamais de trace de nos conversations. Bye. »

Je reste un moment à fixer mon portable comme si j’allais trouver une réponse à une question quelconque. Je me rends ensuite à la fenêtre admirer le paysage. Ce pays est beau. Je ne suis venu que deux fois ici pourtant c’est mon pays d’origine. Je suis né en France et j'y ai vécu toute ma vie. Mes deux visites ici ont été pour des concerts. Aujourd’hui j'y reviens pour me ressourcer. Je n’ai pas encore retrouvé l’inspiration mais la tranquillité, si. Je me sens plus calme, plus posé depuis que je suis ici. Ça me permettra de mieux me concentrer. Mais peut-être que si je vois du monde ça me donnera des idées. Oui je vais faire ça. Depuis que je suis là je n'ai pas vraiment mis les pieds dehors.

Je voulais beaucoup plus éviter de me faire voir et réveiller par la même occasion des fans hystériques. Mais là j’ai vraiment besoin de voir du monde. Je n’ai jamais aimé la solitude. J'aime être entouré. Surtout maintenant que je suis devenu une star. Raison pour laquelle je me déplace toujours avec mon staff qui n'est composé uniquement que de mes meilleurs potes et de mon petit frère. S'ils étaient là en ce moment, ils m'auraient obligé à visiter toute la ville d'Abidjan. Nos délires me manquent. Mais je dois rester concentré. Il me faut impérativement retourner à Paris avec des textes pour mon prochain album que je devais normalement commencer des mois en arrière. Je place la capuche de mon pull par-dessus ma casquette et je sors. Je veux vraiment rester dans l'ombre. Lorsque je rencontre un groupe de filles, je baisse la tête. Le portable de l'une d'entre elles joue ma musique. Ça me fait sourire de plaisir. J'aime voir les gens m'écouter.

Je m'engouffre très rapidement dans l’ascenseur avant qu'elles ne me reconnaissent. Assis à une table dans un coin du hall de l’hôtel, j’observe les gens autour. Ça rigole, ça discute, ça fait la cour, ça partage un cocktail. Bref, tout est en mouvement. Il y a un peu de tout. Des couples, des familles, des amis. Tout ceci devrait me donner un thème à aborder dans l’un de mes sons. Je sors mon petit bloc-notes de la poche de ma blouse avec le petit stylo qui va avec. J’essaie de noter de petits thèmes où expressions que je pourrais bien utiliser. J’observe autour de moi et j'écris. Mais je barre aussitôt ce que j’ai écrit. Ça n'a aucun sens. Ces termes sont déjà utilisés dans mes sons précédents. Je veux quelque chose de nouveau. Quelque chose qui me fera encore plus grimper la côte auprès du public. Je veux un truc qui fera boum dans ma carrière. Mes sons antérieurs tournent en général dans un même monde. Les déceptions amoureuses, les jeux d'amour, les paris, les règlements de compte, bref le côté un peu sombre de l'amour. Les gens adorent, mais je veux sortir du lot. Faire quelque chose de différent .De…

- Bonjour ! Je relève la tête vers cette voix féminine.

- Oui bonjour, lui répondé-je en espérant que ce ne soit pas une fan qui m’ait reconnu.

- Euh, je suis désolée de vous importuner. Au fait, je suis la femme que vous avez aidé hier dans l’ascenseur lorsqu’il y a eu panne. Vous vous en souvenez ? Je la regarde, essayant de trouver dans ma mémoire ce dont elle parle. Je vois enfin.

- Ah oui. Oui je m'en souviens. Euh… vous allez mieux maintenant ?

- Oui et c’est vraiment grâce à vous. La dernière fois que j'avais fait ce genre de crise j'ai fini hospitalisée.

- A ce point ? demandé-je en arquant un sourcil.

- Oui. Mais bon passons. Euh… je tenais à vous offrir un verre pour vous remercier.

- Ne vous sentez pas obligée.

- Oh non ça ne me dérange pas. De toutes les façons je venais en prendre lorsque je vous ai aperçu. Et je suis vraiment surpris qu'elle m’ait reconnu malgré tout mon camouflage.

- Ok prenez donc place. Je regarde ma montre.

- Et puisqu’il est midi, vous m'offrez le verre et moi je vous offre le déjeuner.

- Ça marche, accepte-t-elle en s’asseyant. Je fais signe à l'un des serveurs qui prend nos commandes.

- Alors racontez-moi cette crise dans l’ascenseur, si ce n’est indiscret, lui demandé-je quand le serveur part.

- Oh ça remonte à mon enfance. Ma mère et moi avions été bloquées dans un ascenseur. C’était ma première fois et c’était horrible. Il y avait un incendie dans l’immeuble et nous avons été étouffées par la fumée. Après ça il m'a fallu cinq ans avant que je n’accepte de remonter dans un ascenseur. Je préférais les escaliers. En plus ça me faisait perdre des calories.Je rigole doucement. Elle sourit. Je sens quelque chose bouger en moi. Je reste un moment obnubilé par son sourire. C’est juste un sourire mais je ne comprends pas pourquoi ça me fait me sentir… tout bizarre. Je sens une chaleur irradier dans mon corps. Je ne sais pas ce qui se passe mais je sens quelque chose changer en moi. — J’ai quelque chose sur le visage ? demande-t-elle subitement, ayant remarqué mon regard figé sur elle.

- Euh non désolé. J’étais perdu dans mes pensées.Le serveur nous apporte nos boissons. Elle tire aussitôt sur sa paille. Les woofers diffusent en fond sonore ma musique. Je me doutais bien qu’ils allaient la mettre. Ils savent que je suis là.

-Oh bon sang, je n'en peux plus de cette musique. Je la regarde soudainement. Par son air, je crois qu’elle a pensé à voix haute.

- J’ai l’impression qu’elle me suit partout, continue-t-elle.

- Comment ça ?

- J’ai fui justement de la chambre parce que ma meilleure amie ne cesse de me rabâcher les oreilles avec les chansons de cet artiste. D'abord, c’était ma fille qui était une très grande fan. Après ce fût au tour de ma filleule qui ne me lâchait pas et maintenant sa mère s'y est mise.

- Vous n'aimez pas l’artiste ? demandé-je, bizarrement intéressé par ce qu'elle a à me dire sur cet ‘‘artiste’’.

- Non, ça n'a rien à avoir. Je ne le connais même pas. Je sais qu'il se fait appeler Mister Cool et je ne sais plus trop quoi. Collins, Collen… Bref. Le problème c’est qu’à force de l'entendre tous les jours, ça a commencé à me saouler. Mais je dois avouer qu’à un moment de ma vie je me morfondais sur sa musique.Principalement celle où il parle d'une relation qui a échoué. Où la femme avait donné de son âme pour sauver son couple mais qu'un beau jour elle en a eu marre et a dit merde. Mais bon après j'ai arrêté. Je ne voulais plus écouter de chanson de déception amoureuse donc je ne me suis plus intéressée. C’est à ce moment que ma meilleure amie est devenue une fan et depuis j'en fais les frais. Je souris. Ça devait peut-être me vexer mais au contraire ça me plaît d'entendre une critique sur ma musique. Enfin, je tombe sur une femme qui n'est pas une fan hystérique. Mon portable sonne brusquement, interrompant mes pensées. C’est encore la même chanson qui passe qui résonne dans mon portable. Je coupe l’appel de mon frère. La femme se met à sourire en levant la tête vers moi. Encore ce sourire qui ne me laisse pas indifférent.

- Oh mon Dieu ! Vous êtes aussi un fan ?

- On peut dire ça, oui. Elle éclate de rire. J'ai du mal à dégager mes yeux d'elle quand elle sourit ou rit. On dirait que j'en suis aimanté.

- Je suis désolée alors d'avoir parlé ainsi de votre idole.

- Oh ce n’est rien. Chacun ses goûts. Mais je sais que vous finirez par l'aimer, lui assuré-je, un sourire en coin.

- Ah bon ? Pourquoi ça ?

- Faut dire qu'aucune femme ne lui résiste. Elle part encore dans un fou rire. Cette femme a un truc. Je ne sais pas quoi mais elle a un truc qui ne me laisse pas indifférent. Surtout quand elle sourit. Nous restons encore des heures et des heures à discuter de sujets divertissants. Nous restons là jusqu’à ce qu'il fasse nuit. Aucun de nous ne s'est levé une seconde pour aller aux toilettes malgré toutes les boissons que nous avons alignées.

- Je n’arrive pas à le croire, s'écrit-elle. Nous sommes restés assis à discuter jusqu’à 19h. Mon Dieu je n’ai même pas vu l’heure passer.

- Vous aviez quelque chose de prévu ?

- Non. Juste que je ne me sentais pas capable de rester dans une même position aussi longtemps, moi qui suis habituée à faire tout et n'importe quoi.

- Faut croire que je suis d'une bonne compagnie.

- C’est ça, frimeur va. Nous échangeons un sourire. Je n'arrive pas à croire que nous sommes devenus si familiers en juste quelques heures. C’est dingue. Une femme s’approche de notre table. Je baisse la tête après avoir répondu à sa politesse. Je manipule mon portable.

- Angie, je dois passer voir ma mère.

- m Ce soir ?

- Oui. Elle demande à me voir. Je ne sais pas si je rentrerai ce soir. Mais je vois que tu es en de très bonne compagnie, taquine-t-elle, le rire dans la gorge.

- Arrête, chuchote ma partenaire du jour qui se nomme Angie d’après ce que j’ai entendu. Je souris sous cape.

- Bon je vous laisse. Et surtout amuse-toi bien ma chérie. Elle l’embrasse et part.

- Je vois que nous allons devoir dîner encore ensemble, lui dis-je en la fixant. Enfin, si vous n’êtes pas fatiguée de m'entendre parler.

- Bien-sûr que non. Va pour le dîner. Mais je crois que je dois faire un tour aux toilettes. J’ai trop bu. Je la regarde courir vers les toilettes. Cette femme a quelque chose, cette fois j'en suis sûr. De toute ma vie je n'avais jamais été aussi bavard avec une femme. Les seuls qui me voient extravertis se sont mes meilleurs amis avec qui je fais des vidéos délirantes qui animent mes différents comptes. Généralement avec les femmes je ne suis pas entreprenant. Normal, elles me tombent toutes aux pieds. Chance que je ne sois pas un homme volage. Jamais je ne l'ai été. Tête en l’air, certes, mais pas au point d’aligner les filles dans mon lit. Si j’ai besoin de sexe, je paye et après basta. Pas de flirt ou quoi que ce soit. Avant d’être une super star, j’étais juste dans ma bulle à vivre ma vie normalement. A rêver du jour où le monde entier reconnaîtrait mon talent. Des relations j'en ai eues. Aucune n'a fait un an. Elles voulaient toutes quelque chose que je n'avais pas. De la tune. J'avais le juste milieu qui me permettait de vivre décemment. Mais maintenant, elles veulent toutes revenir parce que le monde entier chante la musique de Collins. Même dans ma vie de star j’ai eu des relations mais encore elles ne m’aimaient pas. Enfin, elles aimaient la star, pas l'homme. J’ai alors décidé de mettre une pause à toutes ces histoires de femme et me concentrer sur mon prochain album. Mon deuxième. Lorsqu’il sera prêt je verrai si j'arrive encore à tomber amoureux. Oui, je veux fonder une famille, mais pas avec n’importe qui.

- Me revoilà ! dit-elle en s’asseyant.

- J’ai déjà passé les commandes.

- La mienne aussi ?

- Oui. Des lasagnes.

- Really ? — Tu as parlé de lasagnes dans toutes les anecdotes que tu m'as racontées. J'en ai déduit que tu les adorais.

- Oh my God ! Tu as donc prêté attention à toutes les bêtises que je t’ai racontées ? Je fais oui de la tête. Elle sourit. C’est dingue comme je peux apprécier son sourire. Vraiment dingue. Après le dîner, nous prenons l’ascenseur. Nous sommes tous les deux au même étage. Nous n’arrêtons pas de parler. Je la raccompagne jusqu’à sa porte.

- Alors, passe une excellente nuit, lui souhaité-je sans la quitter des yeux.

- Toi aussi. Et merci pour cette journée.

- Le merci à toi. Bye ? — Bye ! Je la regarde rentrer. Je retourne ensuite dans ma chambre en appelant mon frère.

- Allô frérot.

- « Tu étais beaucoup occupé cette journée dis-donc. Tu ne répondais ni aux appels ni aux messages. Dois-je comprendre que tu étais trop occupé à composer ? »

- Non je ne composais pas. J’ai passé toute la journée en compagnie d'une femme.

- « Une fan ? J’imagine que tu as pris du bon temps. »

- Pas une fan. Disons tout le contraire. Elle a horreur de ma musique et bizarrement j’ai apprécié ma journée avec elle.

- « Elle a osé te dire qu'elle n'aime pas ta musique ? » — Pour dire vrai, elle ne sait pas que c’est moi, dis-je le rire dans la gorge.

- « Vraiment ? Eh ben ça. Au moins elle t'a fait passer une belle journée, c’est cool. »

- Ouais. Alors quoi de neuf là-bas ?

- « Toujours pareil avec papa qui ne cesse de tous nous menacer de lui dire où tu te trouves. Ah il y a aussi ta petite chérie qui ne cesse de demander de tes nouvelles. »

- Je lui écrirai plus tard.

- « J’ai encore entendu papa parler de votre mariage. » — Laisse-le dans ses délires.

- « Bon bref, parle-moi de cette femme. » J’éclate de rire.

***ANGELA

- Elionne où es-tu ? Ça fait des heures que je t’attends.

- « Coincée dans un embouteillage. Je suis désolée. Mais devance-moi, je t’y retrouve dès que j’arrive. »

- Pff toi et tes faux plans. Tu m’as rendue impatiente de regarder ce film et maintenant tu me lâches.

- « Je ne te lâche pas. Tu me devances juste. »

- Ok. Mais si tu ne viens pas tu vas me rembourser l’argent du ticket.

- « Ça marche bébé. A toute. » Cette femme est terrible. Elle a toujours des programmes de dernière minute. Après que j’ai passé deux jours enfermée dans notre chambre, elle m'a supplié qu'on descende dans le cinéma de l’hôtel se regarder un film qui est sorti cette semaine. J’ai accepté et maintenant elle me fait un faux bond. Je vais finalement passer la soirée seule. Pas bien grave. La solitude, j'y suis habituée. Je me prends un pot de pop-corn et j'entre dans la salle. Il n'y a pas assez de monde. Ce qui n'est pas si mal. Le film n'a pas encore débuté. Je m’avance à une rangée et dès que je m'assois je croise le regard de cet homme qui a tourné sa tête dans ma direction. C’est encore lui. L’homme de l’ascenseur. Je ne sais pas comment j'arrive à le reconnaître bien qu’il ait à chaque fois une capuche sur la tête.

- Tu es là toi aussi ? Je m’avance et m'assois près de lui.

- Moi je te croyais partie, me dit-il.

- Pourquoi ça ?

- Ça fait deux jours que je ne t’ai pas vu.

- Oh j’étais enfermée. Je suis très casanière. Mais ce soir j’ai décidé de sortir un peu et voilà que je tombe sur toi.

- Ouais. Nous allons encore passer la soirée ensemble. Nous échangeons un sourire. Je me rends compte à cet instant que nous nous tutoyons déjà. Ça s’est fait tout naturellement. Le film commence à cet instant. Je l’invite à grignoter les pop-corn avec moi. Le contact de nos doigts dans le bol m’émoustille, mais je garde le regard sur l’écran pour ne rien laisser paraître. C’est un film comique et romantique à la fois. Il y a des moments où je n’ai pas envie de rire mais le rire de mon partenaire m’oblige à le suivre.

- Arrête de rire. Tu m’empêches de me concentrer, lui dis-je en riant avec lui.

- C’est plus fort que moi, rit-il de plus en plus. Au fait j'ai vécu la même scène avec mon petit frère, c’est pourquoi.

- Sérieux ?

- Je ne te le fais pas dire. Nous poursuivons le film dans cette belle ambiance jusqu’à ce qu'une scène émouvante se présente. Une scène de retrouvailles entre une mère et sa fille qui est revenue d'une aventure délirante. C’est la seule scène émouvante du film et ça me prend tout de suite aux tripes. Je ne m'y attendais pas du tout. Voir la joie et l’émotion sur le visage de cette femme qui serre très fort sa fille dans ses bras me fait monter la larme à l'œil. Je rêve de vivre ce moment aussi. Mon Dieu jusqu’à quand vais-je devoir vivre sans ma fille ? Jusqu’à quand vais-je encore souffrir ?

- Hey ça va ? C’est le film qui te fait pleurer ? Je lui donne le bol de pop-corn.

- Je dois y aller. Je sors en courant. Plus je me rapproche de la sortie plus mes larmes coulent en abondance. Je déteste pleurer devant des inconnus. Je ne veux pas faire pitié. Je sors à peine de la salle que je suis retournée par le bras.

- Que vous arrive-t-il ?

- Je dois retourner en chambre. Je… je…

- Hey, parle-moi ! C’est en rapport avec ta fille ?

- Oui. Elle me manque tellement. Je… je ne veux pas t’embrouiller avec tout ça. Laisse-moi retourner dans ma chambre s'il te plaît ! J’ai besoin de me vider. Et je me remets à pleurer. Je veux arrêter de pleurer devant lui mais je n'y arrive pas. Il me prend dans ses bras. Il me caresse le dos et c’est tellement apaisant que petit à petit, je me calme.

- Viens on monte ! Il nous conduit à sa chambre. Il me donne de quoi me rafraîchir la gorge. Je suis toute honteuse d'avoir pleuré ainsi devant lui. Encore une fois. Assis dans le divan près de moi, la main soutenant sa tête, il me fixe. Je peux enfin voir son visage puisqu’il a retiré sa capuche. J’évite de le regarde de peur de le trouver plus beau que je ne le pense déjà.

- Alors ça va ?

- Oui. Je suis désolée d'avoir gâché ta soirée. Tu n'as même pas terminé le film.

- Oh s’était déjà fini. Tu as envie de parler ? Je crois que tu en as besoin. Je vide le verre.

- Ça fait trois ans que j’ai été séparée de ma fille par mon ex-mari. Je ne sais pas où elle est. Elle n'avait que 15 ans donc encore mineure. Elle ne pouvait décider d’elle-même.

- Attends, tu me dis là que tu as une fille de 18 ans ? C’est bien ça ?

- Oui. Ses yeux s’agrandissent.

- Mais à quel âge l’as-tu eue ? Tu es toute jeune.

- Je ne suis pas si jeune que ça. J’ai 33 ans et ma fille je l'ai eue à 15 ans.

- Waouh !!! Moi je te donnais 27 ans à tout casser. Tu es vraiment une très belle femme. Tu fais du sport je suppose.

- Oui. Et merci pour le compliment.

- Tu dois arrêter de pleurer. Tu tomberas malade sinon et tu n’auras plus assez de force pour serrer ta fille dans tes bras quand tu la retrouveras. Je suis sûr qu'elle aussi pense très fort à toi. Il range une mèche de mes cheveux.

- Tu es devenue toute rouge. Attends que je t’apporte de l’aspirine sinon c’est clair que demain tu te réveilleras avec des atroces migraines. Il part et revient avec une bouteille d’eau et les comprimés. Pendant que je les prends il s’éloigne pour répondre à un appel.

***COLLINS

- Ok, on s’appelle plus tard.

Je retourne dans le salon et c’est une femme endormie que je retrouve dans le fauteuil. Elle m'a l’air épuisée. Quand je la prends dans mes bras, elle s’agrippe à moi. Ce geste fait naître en moi une envie de la protéger contre toute personne qui voudrait la faire pleurer. Délicatement, je la pose dans mon lit et je m'assois dans le fauteuil en face. Je ne sais pas ce que je fais mais je sais que j’ai envie de la regarder dormir. Jamais, je n'aurais imaginé qu’elle soit la mère d'une fille aussi grande. J’ai pensé à une fillette. Elle est tellement belle avec un corps parfaitement sculpté qu'on la croirait encore dans la vingtaine.

Elle a l’air d'une déesse ainsi paisiblement endormie. Qu’est-ce qui m’arrive à moi ? Moi qui d’habitude ai toutes les femmes à mes pieds, me voilà fasciné par une femme que je connais à peine. « Plus je la regarde et plus j’ai envie de plus. Plus de quoi exactement ? Je n'arrive pas à savoir quel plus mais j'en veux plus. Peut-être plus de journée avec elle. Plus de fou rire avec elle. Plus de nuit à la regarder dormir et veiller sur elle. Je veux plus de tout tant que c’est avec elle. » Mes doigts se mettent à tapoter sur ma cuisse. Ma tête suit doucement le même rythme que mes doigts. Ma gorge émet un son. Sans toujours la quitter du regard, je fredonne une mélodie. Mes lèvres s'ouvrent et là, des paroles que je n'avais encore jamais écrites sortent.

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Angela

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