Chapitre 2
Le visage de François était un masque de terreur. « Hélène est à l'hôpital. Elle a commencé à faire une hémorragie. Ils ont besoin de sang. Beaucoup de sang. »
Il a raccroché et a attrapé le bras de Charlotte, sa poigne comme un étau. « On doit y aller. Maintenant. »
« Quoi ? Pourquoi moi ? » Charlotte a essayé de se libérer, la violence soudaine de sa prise la choquant. Ce n'était pas l'homme affligé et repentant d'un instant plus tôt ; c'était quelqu'un de désespéré et de sans pitié.
« Son groupe sanguin, » a-t-il dit en la traînant vers la porte. « C'est rare. AB négatif. Le même que le tien. La banque de sang de l'hôpital est à court. Tu es la seule à pouvoir donner à temps. Tu dois la sauver, Charlotte. »
L'audace pure de sa demande était stupéfiante. Il voulait qu'elle sauve la femme qui venait de détruire sa vie. Il ne demandait pas ; il ordonnait.
« Non, » a dit Charlotte en se campant sur ses pieds. « Lâche-moi, François. Je ne vais nulle part. »
« Arrête ton égoïsme ! » a-t-il rugi, le visage déformé par la fureur. « C'est la vie d'une personne qui est en jeu ! Quoi qu'il se soit passé entre nous, tu ne peux pas la laisser mourir ! »
Il la traînait hors de la maison maintenant, ses doigts s'enfonçant douloureusement dans sa peau. La lourde alliance à son doigt, celle qui était censée symboliser son amour éternel pour elle, pressait sa chair.
« C'est une femme mourante, Charlotte ! Es-tu si sans cœur que tu regarderais quelqu'un mourir par dépit ? » a-t-il crié en la poussant à moitié, la tirant à moitié dans sa voiture.
Les mots étaient une forme brutale de chantage moral. Il retournait sa propre compassion en une arme contre elle. Dans le tourbillon chaotique de douleur et de confusion, une petite partie lasse d'elle a cédé. Une vie était une vie. Même celle d'Hélène.
L'hôpital était un flou de lumières fluorescentes et l'odeur antiseptique de la peur. François n'a pas lâché son bras une seconde, la tirant à travers les couloirs jusqu'à ce qu'ils atteignent le centre de transfusion.
« Elle a besoin de sang, maintenant ! » a-t-il crié à une infirmière surprise. « Son nom est Hélène Hérault. Voici la donneuse. »
Une infirmière a rapidement préparé le bras de Charlotte. Assise sur la chaise froide, l'esprit de Charlotte vacillait. Elle était sur le point de donner son propre sang, sa force vitale, à la femme qui lui avait volé son fiancé et l'avait humiliée devant tous ceux qu'elle connaissait. L'absurdité était si profonde qu'elle frisait la folie.
Elle a essayé de retirer son bras une dernière fois. « François, je ne peux pas faire ça. »
« Tu le feras, » a-t-il dit, sa voix basse et menaçante. Il s'est déplacé derrière sa chaise, plaçant fermement ses mains sur ses épaules, la clouant sur place. « Faites-le, » a-t-il ordonné à l'infirmière.
L'aiguille était une piqûre froide et vive. Charlotte a tressailli, une larme d'humiliation pure et non diluée glissant sur sa joue. Elle a regardé, engourdie, son sang rouge foncé couler à travers le tube transparent, quittant son corps pour aller sauver sa rivale. Les mains de François n'ont jamais quitté ses épaules, un poids lourd et possessif qui ressemblait plus à une cage qu'à un réconfort.
Le monde a commencé à tourner alors que la poche se remplissait. 450 millilitres. Un don standard, mais après la dévastation émotionnelle de la journée, son corps se sentait épuisé, vidé. Des points noirs dansaient devant ses yeux.
« C'est fait, » a dit l'infirmière en collant un coton sur son bras.
À la seconde où l'aiguille a été retirée, François l'a relâchée. « Dieu merci, » a-t-il soufflé, son soulagement palpable. Juste à ce moment-là, un médecin est sorti en trombe d'une salle d'opération voisine.
« Monsieur Fournier ! Nous l'avons stabilisée, mais elle vous demande. »
François n'a pas hésité. Il n'a même pas jeté un regard en arrière vers Charlotte. Il a sprinté vers la salle d'opération, son attention entièrement tournée vers Hélène.
Alors qu'il courait, Charlotte a essayé de se lever. Ses jambes ont fléchi sous elle. Le monde a basculé, et elle s'est effondrée, sa tête heurtant durement le coin d'un chariot de fournitures médicales en métal.
Le chariot a vacillé, et un lourd plateau d'instruments en acier inoxydable a dévalé, la frappant à la tête et aux épaules. Une douleur vive et aveuglante a éclaté derrière ses yeux, puis, tout est devenu noir.
La dernière chose qu'elle a vue, c'est le dos de François alors qu'il disparaissait derrière les portes de la salle d'opération, un acte final et définitif d'abandon.
...
Quand Charlotte s'est réveillée, la première chose qu'elle a enregistrée était la douleur sourde et lancinante dans sa tête. Elle était dans une chambre d'hôpital privée. François était assis sur une chaise près de son lit, la tête dans les mains. Il a levé les yeux quand elle a bougé, ses yeux rougis et remplis d'une sorte de culpabilité lasse.
« Charlotte, tu es réveillée, » a-t-il dit, la voix rauque. « Je suis tellement désolé. Je ne t'ai pas vue tomber. J'étais si inquiet pour Hélène... »
Elle l'a juste regardé, les yeux vides. L'excuse sonnait comme un écho creux dans la pièce stérile. Désolé de ne pas l'avoir vue se blesser, pas désolé d'en être la cause.
« Ne parle pas, » a-t-elle dit, sa voix un râle sec. Elle avait mal à la gorge.
« J'ai été si stupide et brutal avec toi, » a-t-il continué, l'ignorant. Il a tendu la main pour prendre la sienne, mais elle l'a retirée. « Je te le promets, Charlotte. Je ne te traiterai plus jamais, jamais comme ça. Une fois qu'Hélène sera... partie... tout redeviendra comme avant. Toi et moi. Je te le promets. »
Un rire froid et amer menaçait de jaillir de sa poitrine. Revenir comme avant ? Il avait brisé leur monde et promettait maintenant de recoller les morceaux avec des mots vides. Il était tellement consumé par son rôle de noble sauveur d'Hélène qu'il ne voyait pas les décombres qu'il avait laissés dans son sillage.
Il a essayé de prendre soin d'elle. Il lui apportait ses repas, gonflait ses oreillers et lui parlait d'un ton doux et apaisant. Mais son attention était fracturée. Son téléphone vibrait constamment avec des nouvelles de la chambre d'Hélène. Il était en train de donner une cuillerée de soupe à Charlotte, puis ses yeux dérivaient vers l'écran, son expression s'adoucissant d'une tendresse qui n'était plus pour elle.
Un après-midi, alors qu'il essayait de l'aider à s'asseoir, son téléphone a sonné. Il a répondu, son attention se déplaçant immédiatement. « Est-ce qu'elle est réveillée ? Est-ce qu'elle demande quelque chose ? »
Distrait, il a lâché le bras de Charlotte trop tôt. Elle a glissé maladroitement, son épaule blessée se tordant en heurtant la barrière du lit. Un cri de douleur aigu s'est échappé de ses lèvres.
François a mis fin à l'appel brusquement, son visage un mélange de culpabilité et de frustration. « Je suis désolé, je suis tellement désolé, Char. »
« Sors, » a-t-elle dit, sa voix dangereusement calme. « Sors d'ici, François. Va être avec elle. Tu ne me sers à rien ici. »
« Charlotte, je peux me racheter, » a-t-il plaidé, la voix brisée. « Je passerai le reste de ma vie à me racheter. »
Mais ses promesses étaient comme de la cendre dans sa bouche. Elle a fermé les yeux, l'excluant. Il n'y avait plus rien à dire. Il était un étranger maintenant, un homme dont le cœur battait pour quelqu'un d'autre. Leur avenir, celui qu'elle avait si soigneusement conçu, avait été démoli, et il se tenait dans les décombres, lui demandant d'admirer la vue.
Chapitre 3
François est finalement parti, ses pas faisant écho à sa réticence, mais l'attraction du chevet d'Hélène était plus forte que toute la culpabilité qu'il ressentait envers Charlotte. Il a engagé une infirmière privée et s'est assuré que tous les besoins matériels de Charlotte étaient satisfaits, un substitut dérisoire à sa présence et un signal clair de ses priorités.
Le jour où Charlotte est sortie de l'hôpital, elle est retournée à la maison qu'ils avaient construite ensemble. Elle semblait étrangère, froide. L'air était lourd du fantôme de leur relation morte. Sans un mot au personnel, elle a commencé à purger sa vie de lui. Elle a décroché leurs photos, les a emballées dans une boîte qu'elle a étiquetée « Erreurs ». Elle a jeté les bougies parfumées au gardénia qu'il lui achetait toujours. Elle a supprimé son numéro de son téléphone, même si elle le connaissait par cœur. Chaque objet jeté était une petite et satisfaisante rupture.
Elle était en train de mettre en sac la collection de talons de billets de cinéma qu'ils avaient gardés depuis leur premier rendez-vous quand la porte d'entrée s'est ouverte. François était de retour. Et il n'était pas seul.
Hélène Hérault s'appuyait contre lui, l'air pâle et fragile. Elle portait un délicat peignoir en soie, et ses cheveux étaient artistiquement ébouriffés. Quand elle a vu Charlotte entourée de boîtes et de sacs poubelles, ses yeux, loin d'être faibles ou maladifs, contenaient une étincelle de triomphe non dissimulée.
« Qu'est-ce que tu fais ? » a demandé François, le front plissé de confusion en regardant les restes démantelés de leur vie commune.
« Le ménage, » a répondu Charlotte, la voix plate. « Je me débarrasse des choses dont je n'ai plus besoin. »
François n'a pas insisté, son attention se reportant déjà sur la femme accrochée à son bras. « Hélène a besoin d'un endroit calme pour se rétablir, » a-t-il annoncé, sans demander. « Les médecins ont dit que le stress est la pire chose pour son état. Je la fais rester ici. »
Il a conduit Hélène jusqu'au canapé, l'installant contre les coussins comme si elle était en verre filé. Hélène a levé les yeux vers Charlotte, son expression un mélange parfait d'excuse et d'impuissance, mais ses yeux étaient vifs et provocateurs. C'était une déclaration de propriété. C'était sa maison maintenant. Son homme.
Charlotte n'a rien ressenti. La rage et la douleur s'étaient consumées, laissant derrière elles un calme glacial. « D'accord, » a-t-elle dit en se retournant vers ses boîtes. « C'est ta maison. »
François a semblé soulagé par son manque de protestation. « Merci, Char. Je savais que tu comprendrais. » Il s'est ensuite tourné vers la gouvernante. « Maria, s'il vous plaît, préparez la chambre d'amis en bas pour Mademoiselle Hérault. Rendez-la confortable. »
Charlotte ne les a pas regardés. Elle a calmement continué son travail, se déplaçant dans la maison comme un fantôme, effaçant systématiquement sa propre existence de ses murs. Les jours suivants ont été une forme particulière de torture. Elle est devenue une spectatrice invisible dans sa propre maison, regardant l'homme qu'elle était censée avoir épousé choyer une autre femme.
Il épluchait des fruits pour Hélène, s'assurant de les couper en petits morceaux faciles à manger. Il lui lisait des livres pendant des heures, sa voix un murmure bas et apaisant qui était autrefois réservé aux nuits blanches de Charlotte. Il surveillait ses médicaments, s'agitait pour ses repas et la tenait dans ses bras quand elle feignait un moment de faiblesse. La tendresse qui avait été autrefois exclusivement sienne était maintenant exposée publiquement, prodiguée à sa remplaçante. C'était un empoisonnement lent et délibéré de chaque bon souvenir qu'ils avaient jamais partagé.
En faisant ses cartons, elle a trouvé un petit coussin brodé. « F + C Pour Toujours. » Un cadeau de sa grand-mère. Elle l'a tenu un instant, puis l'a jeté dans un sac poubelle sans une seconde pensée. Pour toujours avait duré dix ans.
Son seul réconfort était Marmelade, le chat orange et duveteux que François lui avait offert pour son anniversaire cinq ans plus tôt. Il était son ombre, une présence chaude et ronronnante dans la maison froide et vide. Quand elle pleurait, il se frottait la tête contre sa main. Quand elle ne pouvait pas dormir, il se blottissait sur sa poitrine, une ancre poilue dans la tempête.
Un après-midi, un colis est arrivé. C'était Marmelade, enfin de retour du vétérinaire après un détartrage de routine. Voir son visage familier, entendre son miaulement joyeux, a été la première chaleur authentique que Charlotte avait ressentie depuis des semaines. Elle l'a pris dans ses bras, enfouissant son visage dans sa fourrure douce. Pendant un instant, elle a senti une lueur de la femme qu'elle était autrefois.
En descendant le couloir avec Marmelade dans les bras, elle a croisé Hélène, qui se dirigeait vers la cuisine. Les yeux d'Hélène se sont immédiatement fixés sur le chat.
« Oh, quelle adorable petite chose, » a roucoulé Hélène, sa voix mielleuse à en être écœurante. « Je peux le prendre ? »
« Non, » a dit Charlotte sèchement, serrant Marmelade plus fort. « Il n'aime pas les étrangers. »
Une lueur d'agacement a traversé le visage d'Hélène avant d'être remplacée par une moue. « Oh, s'il te plaît ? Je suis si seule et si triste. Une petite boule de poils me remonterait le moral. » Elle a tendu les mains.
Charlotte a fait un pas en arrière. « J'ai dit non. »
La moue d'Hélène s'est transformée en un rictus méprisant. Elle s'est jetée en avant, essayant d'arracher le chat des bras de Charlotte. Marmelade, surpris et effrayé, a sifflé et a donné un coup de patte, attrapant la main d'Hélène avec ses griffes. C'était une égratignure superficielle, à peine visible.
« Aïe ! » a crié Hélène, reculant comme si on lui avait tiré dessus. Elle a serré sa main, son visage se crispant en un masque de douleur et de terreur.
François est arrivé en courant au son de son cri. « Qu'est-ce qui s'est passé ? Hélène, ça va ? »
« Le chat ! » a sangloté Hélène, levant sa main, où une minuscule goutte de sang perlait. « Il m'a attaquée ! Il s'est jeté sur moi sans raison ! »
« C'est un mensonge ! » s'est exclamée Charlotte. « Tu as essayé de l'attraper ! »
Le regard de François s'est durci en passant du visage en larmes d'Hélène à celui, défiant, de Charlotte. Ses yeux se sont posés sur la minuscule égratignure sur la main d'Hélène.
« Elle est malade, Charlotte, » a-t-il dit, sa voix dangereusement basse. « Son système immunitaire est affaibli. N'importe quelle infection pourrait être fatale. » Il a doucement pris la main d'Hélène, examinant la blessure minuscule comme si c'était une blessure mortelle. « On ne peut pas avoir une bête agressive dans cette maison. »
« Il n'est pas agressif ! Elle l'a provoqué ! » a plaidé Charlotte, le cœur serré.
Hélène a laissé échapper un autre sanglot. « Je voulais juste le caresser, François. Je pensais... je pensais que peut-être il pourrait être mon ami, vu qu'il ne me reste pas beaucoup de temps. » Elle a regardé le chat avec une terreur feinte. « J'ai peur de lui maintenant. »
C'est tout ce qu'il a fallu.
« Ce n'est qu'un chat, Charlotte, » a dit François, son ton dédaigneux et froid. « Le bien-être d'Hélène est plus important. Elle veut le chat. Ce sera son compagnon pour le temps qu'il lui reste. » Il s'est approché et, avant que Charlotte ne puisse réagir, a arraché Marmelade de ses bras.
« Non ! » a hurlé Charlotte en se jetant sur lui.
Il a tendu le chat effrayé et se débattant à une Hélène triomphante. « Voilà, voilà, petit bonhomme, » a roucoulé Hélène, sa voix dégoulinant d'une fausse douceur alors qu'elle caressait sa fourrure.
« Rends-le-moi, François ! Il est à moi ! » a crié Charlotte, la voix brisée.
« Ne sois pas puérile, » a sèchement répliqué François, se plaçant entre elle et Hélène. « C'est pour le mieux. Exaucer un de ses derniers vœux est la moindre des choses que nous puissions faire. »
Il s'est retourné et a commencé à emmener Hélène, qui serrait maintenant Marmelade très fort, un sourire cruel et victorieux sur le visage que seule Charlotte pouvait voir. Le chat se débattait dans sa prise, laissant échapper un miaulement de détresse.
Charlotte a senti une terreur glaciale l'envahir. Elle ne pouvait pas laisser faire ça. Elle a attendu que François soit sous la douche ce soir-là. La maison était silencieuse. Elle s'est glissée jusqu'à la chambre d'Hélène, le cœur battant. Elle devait récupérer son chat.
La porte était légèrement entrouverte. Elle a regardé à l'intérieur, et ce qu'elle a vu lui a glacé le sang.