Chapitre 3

Je soupire. Je me rends à l'école pour récupérer ma convocation avant de rentrer à la maison.

Les parents d'Ivan ont préparé un repas copieux. Sa mère m'attrape la main, toute heureuse, quand elle me voit à la porte.

« Éno, tu es déjà rentrée ? Pourquoi Ivan n'est pas avec toi ? »

« Il a du travail à l'entreprise. »

Sa mère le blâme, « petit imbécile, c'est un grand jour de sa vie, et il ne sait pas délaisser temporairement son travail. »

Le père d'Ivan sourit, « c'est bien qu'un homme soit concentré sur son travail. De toute façon, ils sont déjà mariés, on mangera ensemble tous les quatre quand on veut. »

La mère d'Ivan continue à râler.

Mes yeux piquent en voyant cette scène chaleureuse.

« Yves, Christine, je ne me suis pas mariée à Ivan. J'ai fait les papiers pour partir étudier à l'étranger. »

Christine s'étonne.

« Pourquoi ? Ivan t'a fait du mal ? Cet enfant ne dit pas de gentilles choses, mais tu comptes beaucoup pour lui, il t'aime du fond du cœur. »

« En plus, tu as étudier la psychologie pour le raisonner jour et nuit. On sait bien pour tes sentiments envers lui. Vous vous aimez, vous méritez de vous unir. En plus, tu sais très bien que cette Jennifer n'est pas quelqu'un de bien, on ne devrait pas la laisser gagner. »

Yves confirme, « Ivan est juste têtu. Il t'acceptera quand vous serez mariés. »

Ces phrases me sont bien familières, je les avais déjà entendues.

Mais le résultat de tout ça, c'est le regret de tous.

J'attrape la main de Christine et dis doucement, « ne vous pressez pas, écoutez-moi. Même si j'ai du mal à l'admettre, un amour forcé n'est pas bon. En réalité, Ivan ne m'a jamais aimée. »

« J'ai fait un rêve, hier soir. J'ai rêvé de mon mariage avec Ivan. Il cherchait toujours à me fuir, au point de s'enfermer à l'entreprise et de tomber malade d'une maladie de l'estomac. Je préparais de la soupe pour lui, mais il n'en buvait jamais. Il ne voulait pas de ma compagnie pendant sa maladie. Il disait que je lui apportais plus de souffrances que de bonheur. Et il était même mort pour me sauver à ses 30 ans. »

En arrivant là, mon souffle se coupe presque sous le poids de la douleur.

Christine se fige, « mais... ce n'est qu'un rêve. Énola, ça n'arrivera jamais. »

J'inspire profondément et force un sourire.

« Yves, Christine, c'est un présage. Je préfère qu'il ne m'épouse pas, je préfère qu'on ne se marie pas, je veux simplement qu'il vive la vie qu'il devrait vivre. »

« Tout était écrit dans le destin. Ivan adore la musique et il déteste le monde du commerce. Il déteste être forcé à faire quelque chose. S'il ne s'était pas blessé à la main, il ne ferait pas ce qu'il fait aujourd'hui. Et maintenant, c'est pareil. Si vous ne le forcez pas, il n'accepterait pas de m'épouser. »

« Je suis l'origine de tout ça, c'est tout de ma faute, et je ne veux pas que cette situation dure. »

« Mon départ à l'étranger est déjà prévu. Je vous remercierai toujours pour tout ce que vous avez fait pour moi. Et je vous rendrai toute la bonté que vous m'avez donnée. »

Christine essuie discrètement ses larmes, « tu es une bonne enfant. C'est une perte pour Ivan de ne pas pouvoir t'épouser. »

Je la prends dans mes bras et je souris malgré mes larmes aux yeux.

« Ça ne fait rien. Je peux ne pas être la femme de votre fils, mais je peux toujours être votre belle-fille. Je m'occuperai toujours de vous dans le futur. »

Les parents d'Ivan sourient enfin, et ils finissent d'accepter ma décision.

Je me rappelle du second vœu d'Ivan sur son carnet. Normalement, il est exaucé.

La machine à remonter le temps ne me donne que 36 heures ici. Aujourd'hui, j'ai encore un vœu à exaucer. Tout se passera comme prévu ?

À l'approche de la nuit, je me rends à l'observatoire.

C'est le meilleur endroit pour admirer la pluie d'étoiles. Je m'appuie sur la barrière, un peu impatiente.

Chapitre 4

Après je ne sais combien de temps, la porte s'ouvre enfin derrière moi. Je regarde en direction de l'entrée, toute joyeuse.

« Ivan, tu es là. »

Mais il fait une moue, il s'approche rapidement de moi, énervé.

« Énola, tu es allée te plaindre auprès de mes parents juste parce que je ne t'ai pas ramenée à la maison ? Tu sais qu'ils ont appelé Jenni pour l'engueuler, ce qui l'a déconcentrée quand elle traversait la route ? Elle fait une hémorragie et est presque morte. Tu en es contente, maintenant ? »

Je me fige sur place.

À ma vie précédente, Jennifer était morte d'une hémorragie suite à un accident de voiture.

Ivan se moquait simplement de moi avant cet accident. C'est à la mort de Jennifer qu'il a commencé à réellement me haïr.

Mais c'est une chose qui devrait se passer un mois après notre mariage, pourquoi ça a pris tant d'avance ?

Je me demandais comment accepter le troisième vœu d'Ivan.

Et la solution vient à ma porte.

Je le regarde, « donc tu viens me demander de lui donner mon sang ? »

Ivan semble surpris, mais il ricane froidement, « tu crois que je n'oserais pas faire cette demande ? Tu lui dois bien ça. »

Il m'attrape par le poignet et fonce à l'hôpital.

En arrivant à l'hôpital, je fais un don de 400cc. Je me sens comme vidée intérieurement.

Les infirmières froncent leurs sourcils, « cette quantité est insuffisante. Il faut attendre encore 10 minutes pour avoir du sang supplémentaire, mais j'ai bien peur que la patiente ne tiendra pas le coup. »

Je lève les yeux pour regarder Ivan. Il est entièrement concentré sur la fille allongée dans le lit d'hôpital. Il n'arrive pas à cacher son inquiétude quand il regarde Jennifer, toute pâle.

Une infirmière s'apprête à enlever l'élastique de mon bras, mais je l'arrête, « s'il vous plaît, reprenez 400cc de mon sang. »

Elle s'affole et tente de me raisonner, « non, le maximum qu'on peut donner à la fois est de 400cc ! »

Je souris, « ce n'est pas grave, il suffira que je me repose un peu plus longtemps. Il faut sauver cette fille. »

Le docteur des urgences sort de la salle d'opération en trombe, il crie, « il manque du sang ! La patiente ne va pas tenir le coup ! »

Je dépêche l'infirmier, et elle me remercie, « mademoiselle, vous êtes trop gentille. La patiente vous remerciera beaucoup lors de son réveil. »

« Énola, tu... », Ivan commance, « je te rendrai ça. »

L'aiguille s'insère dans ma chaire, je lui souris.

« Pas besoin, je suis volontaire de ça. »

Il m'a protégée au prix de sa vie. Je me dois bien de me sacrifier pour sa bien-aimée.

Mais j'ai sous-estimé les conséquences d'avoir donné trop de sang, je m'évanouie.

Quand je réouvre les yeux, je suis dans un lit d'hôpital.

Ivan n'est pas à côté. Tout le monde semble occupé, personne ne remarque mon réveil.

Je lève les yeux pour regarder la pendule. Il ne me reste plus qu'une heure ici avant de retourner dans le futur.

La petite télé de l'hôpital affiche la pluie d'étoiles de la nuit dernière.

Évidemment, mon souhait ne pouvait pas être exaucé.

Je reviens à moi seulement quand des pas se font entendre à côté de mon lit. Puis la voix fatiguée mais joyeuse d'Ivan suit.

« Tu es réveillée. Jennifer aussi. Merci pour ton sang. »

Je tourne ma tête pour le regarder, « D'accord. »

Quand il voit mon visage tout pâle, il se fige, puis il dit inconfortablement, « tu as souffert. J'ai été trop loin dans ce que j'ai dit hier soir, mais tu n'aurais pas dû râler auprès de mes parents. Jennifer n'a rien à voir avec nos histoires. »

De l'amertume emplit mon cœur.

Chapitre 5

Il m'accuse toujours à tort. Il y a dix ans, j'aurais tout fait pour m'expliquer.

Mais là, notre séparation est proche. On ne se croisera plus jamais. Alors tout ça n'a plus d'importance.

Puis, Ivan recommence à parler, « pour la promesse concernant la pluie d'étoiles, je suis désolé. Mais tu as dit que tu voulais aller aux Maldives. Allons-y dans quelques jours. »

Je ne pensais pas qu'il se rappellerait de ça. Je suis étonnée, mais je refuse.

« Ce n'est pas la peine. »

Il ne râle pas. Il sort simplement son téléphone pour commander des billets pour dans cinq jours.

« Je peux comprendre que tu sois fâchée contre moi. J'ai commandé les billets. Quand tu iras mieux, on partira en lune de miel. »

« Ce n'est pas la peine, Ivan. »

Il me regarde, et je lui dis doucement, « ne sois pas têtu, et ne pense pas que tu me doives quelque chose. C'est moi qui te devais ça. »

Cette phrase n'est pas seulement pour lui, mais aussi pour moi.

Ivan m'interrompt, mécontent, « pourquoi tu dis ça ? »

Je ne réponds pas.

Ivan se tourne pour servir de l'eau.

Je vois que sa main tremble. Il pleut aujourd'hui, l'humidité active sûrement son ancienne blessure.

Les souvenirs et les remords montent, je lui demande : « Tu regrettes de m'avoir sauvée ? »

Ivan baisse la tête et me tend le verre d'eau. Ses cheveux cachent ses yeux.

Il dit, « non. Même si c'était quelqu'un d'autre, je l'aurais sauvé. »

« Pareil pour la fois du tremblement de terre ? »

J'ai vu ses doigts se figer un instant, puis il dit, « oui, je le ferai peu importe qui est la personne en question. »

Je le savais, il est une personne profondément gentil.

Je souris, mes larmes coulent le long de mes joues.

« Merci, Ivan, tu es vraiment une excellente personne. Avant, je t'ai remercié de la mauvaise manière, je t'ai harcelé, tu devais être très embêté. »

Un si gentil homme a souffert dix ans par ma faute, et a même donné sa vie pour me sauver. Je suis vraiment le pire karma pour lui.

Quand il me voit pleurer, il panique légèrement, « qu'est-ce que tu racontes ? Je... »

Tout à coup, son secrétaire entre en trombe.

« M. Mésange, Mlle Boyer est réveillée ! »

« Je vais la voir. », le visage d'Ivan s'illumine, il se tourne pour partir quand j'appelle doucement son nom.

Il fait une pause pour me regarder, je lui fais un large sourire.

« Je suis désolée, Ivan. »

« Je te souhaite une vie heureuse, et que tous tes vœux soient exaucés. »

Il remarque que mon attitude est anormale.

« Ne dis pas des choses comme ça, on dirait un adieu. Je vais juste voir Jennifer. J'ai quelque chose à te dire, attends que je revienne. »

Puis, il part.

Il reste moins d'une demi-heure avant que je retourne dans le futur.

J'enlève la perfusion et je sors de l'hôpital.

Quand Ivan revient dans ma chambre avec toute sorte de compléments alimentaires, il ne trouve personne.

Il essaie d'appeler mon nom, mais personne ne lui répond.

Il est un peu impatient, et il s'apprête à m'appeler quand son secrétaire entre encore une fois en trombe dans cette chambre.

« M. Mésange, mauvaise nouvelle ! »

Son secrétaire respire très fort, il est en train de crier.

« Il y a dix minutes, Mlle Roche a eu un accident de voiture. Elle a fait une hémorragie. Mais l'hôpital n'a plus de sang de son type. Sa réanimation a échoué. »

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De retour dix ans en arrière, j'abandonne mon mari qui m'a sauvée

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