Chapitre 2

Albane POV:

Julien regarda les papiers de divorce, ses yeux s'écarquillant de surprise. Il s'attendait à tout, sauf à ça. Il pensait que j'étais une femme brisée, incapable de prendre une décision aussi radicale.

Il tendit la main, son visage se tordant en une grimace de colère. "Tu ne vas nulle part, Albane." Sa voix était un sifflement bas, menaçant.

À cet instant précis, un bruit de clés se fit entendre dans la serrure. La porte s'ouvrit sur Léda, ma cousine, un sourire triomphant aux lèvres. Elle était là. Dans ma maison.

Elle tenait la main de Clara, ma fille. Ma petite Clara. Elles avaient l'air d'arriver d'une sortie joyeuse, leurs joues roses par le froid.

Mes yeux se posèrent sur Léda. Elle portait mon peignoir en soie, celui que Julien m'avait offert pour notre dernier anniversaire de mariage. La robe de chambre flottait légèrement sur elle, une taille trop grande.

Mon sang se glaça. Je me souvenais de la seule fois où j'avais dit non. "Léda ne restera pas ici, Julien. Tu sais à quel point je la déteste." J'avais imploré, supplié, mais mes paroles étaient tombées dans l'oreille d'un sourd. Mes souhaits n'avaient jamais compté.

Léda sentit mon regard. Son sourire vacilla un instant, puis elle reprit son masque de sainte martyre. C'était une experte pour jouer la victime.

"Albane, ma chérie," dit-elle, sa voix douce et mielleuse, "tu es là. Je suis tellement désolée. Clara et moi sommes rentrées un peu tard."

Clara, ma petite fille de sept ans, se cacha derrière les jambes de Léda. Ses yeux bleus, si semblables aux miens, me regardaient avec une méfiance inhabitale.

"Mé-chante," murmura Clara, sa petite voix brisée par un sanglot. "Mé-chante Albane. Tu as fait pleurer Tante Léda."

Mon cœur se serra. Clara avait toujours été le petit ange de la maison, la prunelle de mes yeux. Mais Léda avait tissé sa toile autour d'elle aussi.

Je me souviens de cette soirée, il y a quelques mois. J'avais enfin cru à un rapprochement familial. J'avais accepté l'invitation de mes parents, Bernard et Catherine, espérant apaiser les tensions. Je voulais juste retrouver ma place.

Léda était là, bien sûr. C'était toujours là où elle pouvait briller, monopoliser l'attention, jouer le rôle de la sauveuse.

Elle s'était approchée de moi, un pas glissant, une fausse humilité dans le regard. "Albane, il faut que je te parle." Sa main s'était posée sur mon bras.

Je l'avais repoussée, instinctif. C'était un accident, un geste involontaire. Mais Léda avait chuté lourdement au sol, un cri de douleur étouffé.

Ma cheville s'était tordue, ma tête avait heurté la table basse. La douleur était fulgurante. Mais personne n'avait remarqué ma blessure.

Toutes les regards étaient fixés sur Léda, allongée par terre, son visage tordu par la douleur. Bernard et Catherine se sont précipités à ses côtés, la couvrant de questions et de reproches envers moi.

J'avais murmuré, les larmes coulant sur mes joues, "Je n'ai rien fait. Ce n'était pas intentionnel."

Léda avait simplement pleuré, sans un mot, son silence plus éloquent que toutes les accusations.

Alors, Clara s'est mise à hurler. "Maman, pourquoi tu as poussé Tante Léda ? Tu es méchante ! Tante Léda est gentille !"

Sa petite voix résonnait dans la pièce, un couteau dans mon cœur.

"Tante Léda a dit que tu l'avais invitée," avait ajouté Clara, jetant de l'huile sur le feu. "Elle ne voulait pas venir et te déranger."

"Je ne veux plus de toi ici, Maman," avait-elle continué, ses yeux remplis de larmes. "Je veux que Tante Léda reste. Si tu la chasses, nous partirons avec elle."

Ma mère, Catherine, m'avait giflée, la force du coup me faisant tourner la tête. "Tu es devenue monstrueuse, Albane ! Vraiment cruelle !"

Mes larmes coulaient sans retenue. Je n'avais cessé de dire que c'était un accident, mais personne ne m'avait crue.

Mon père, Bernard, m'avait regardée avec un dégoût profond. "Comment peux-tu nier quand une enfant, ton propre sang, te dénonce ? Albane, je suis si déçu."

Julien avait secoué la tête, un mélange de colère et de pitié dans les yeux. "Tu es incorrigible, Albane. Incorrigible."

Clara s'était précipitée vers ma jambe blessée, la frappant de toutes ses forces. Un cri m'avait échappé. La douleur était insupportable.

Personne n'avait bougé. Mes parents, Julien, Léda... Tous me regardaient, certains avec de la haine, d'autres avec de la satisfaction.

"Je te déteste, Maman !" avait hurlé Clara.

J'avais boité hors de la maison, le corps en feu, l'âme en lambeaux.

Cette nuit-là, j'avais compris. La douleur était trop forte, trop constante. J'avais même envisagé de divorcer. J'avais préparé les papiers, mais Julien les avait déchirés avec un sourire narquois. Il avait affirmé qu'il était le seul à m'aimer, le seul à me soutenir. Il avait insinué que mes parents m'avaient abandonnée, que Léda était désormais leur fille. J'étais seule. J'étais effrayée.

J'avais cédé. J'avais toujours cédé à sa manipulation, à sa "gentillesse" empoisonnée. J'avais appris à me taire, à disparaître, à laisser Clara et Julien vivre leur vie, persuadée que c'était le prix à payer pour ne pas être seule.

Mais cette fois, c'était différent. La haine dans les yeux de ma fille, les larmes de Léda qui n'étaient que de la manipulation, le silence complice de Julien… Tout cela bouillonnait en moi.

Clara se précipita vers Léda, la poussant sur le côté. Léda, surprise, trébucha, mais se rattrapa. Clara se tourna vers elle, les yeux rouges.

"Ne t'inquiète pas, Tante Léda," dit Clara, en me fusillant du regard. "Je te protégerai de Maman."

Léda leva les yeux, un sourire larmoyant. "Oh, ma douce Clara. Ne dis pas ça. Ta maman n'est pas méchante. Elle est juste..."

"Non," dis-je, ma voix froide comme l'acier. "Ne joue pas la comédie, Léda. Tu n'es pas stupide. Tu sais très bien ce que tu fais."

Léda recula d'un pas, son visage se plissant en une expression blessée. "Albane, comment peux-tu dire ça ? Je n'ai rien fait. Je suis juste une pauvre femme qui a perdu sa maison dans un incendie. Je n'ai nulle part où aller. Je n'ai rien."

Je la regardai, un sourire amer aux lèvres. "Ton numéro est excellent, Léda. Mais cette maison, elle ne t'appartient pas. Et à partir de maintenant, elle ne m'appartient plus non plus."

Chapitre 3

Albane POV:

Clara, qui avait suivi la conversation à l'oreille, ne put retenir un spasme de joie. Ses petits yeux brillèrent d'une excitation qu'elle s'efforça de masquer.

Léda, horrifiée par la réaction de Clara, la saisit par le bras. "Clara, tais-toi !" Sa voix, habituellement si douce, était tendue, presque paniquée.

Puis, se tournant vers moi, elle reprit son rôle. "Albane, je ne comprends pas. Qu'est-ce que tu racontes ? Cette maison... elle n'est pas à moi. Je ne veux rien briser entre toi et Julien."

Elle avait l'air si blessée, si fragile. Son regard humide se posait sur moi, implorant. "Je vais partir, Albane. Je ne veux pas vous causer plus de problèmes."

Julien, qui était resté silencieux jusqu'à présent, se précipita vers elle. "Non, Léda ! Tu ne bouges pas d'ici !" Il la retint, son bras se refermant autour de sa taille.

Leurs regards se croisèrent, un instant trop long. Quand Julien leva les yeux vers moi, ses muscles se contractèrent. Il relâcha Léda, comme s'il venait de toucher du feu.

Léda, sentant son opportunité, laissa échapper un petit soupir de déception. Une ombre d'agacement traversa son visage avant qu'elle ne la remplace par une expression de pure tristesse. "C'est embarrassant," murmura-t-elle, son regard balayant la scène, "vraiment embarrassant."

Les larmes commencèrent à couler sur ses joues, silencieuses, parfaites. Elle était l'image même de la vulnérabilité, une fleur délicate piétinée par la brutalité du monde.

Clara se jeta dans les bras de Léda, ses propres larmes rejoignant celles de ma cousine. "Tante Léda, ne pleure pas ! Ce n'est pas ta faute. C'est la faute de Maman !"

Elle se tourna vers moi, le visage déformé par la colère. "Maman est méchante ! Elle veut nous chasser !"

Je les observais, ces deux actrices, avec un détachement glacial. Leur performance était digne d'un prix.

Julien, lui, ne voyait que la fragilité de Léda, les larmes de Clara. Ses yeux, d'abord emplis de compassion, se tournèrent vers moi, se chargeant de fureur.

"Albane, tu as dépassé les bornes !" Il s'approcha, sa voix basse mais vibrante de rage. "Comment oses-tu parler comme ça à Léda ? Elle n'a nulle part où aller. Sa maison a brûlé, elle n'a plus rien. J'ai insisté pour qu'elle vienne ici. Notre maison est grande."

Il s'interrompit, son regard se faisant plus sombre. "Et puis, c'est pour que vous vous réconciliiez. Que tu cesses cette haine absurde envers elle."

Il désigna Clara, qui sanglotait toujours dans les bras de Léda. "Regarde-la ! Elle n'est qu'une enfant ! Tu la blesses avec tes paroles cruelles !"

Je ne pouvais plus écouter. La logique de Julien était une spirale, une absurdité sans fin.

"Tu as raison," dis-je, un sourire froid sur les lèvres. "Je vois que tu as une idée très claire de la compassion, Julien. Peut-être devrais-tu consulter un spécialiste. Ou une association de victimes. Tu pourrais y trouver de nombreux sujets à plaindre, et ils pourraient même te récompenser pour ton interprétation."

Je me tournai vers Léda et Clara, mon sourire s'élargissant. "Votre numéro est parfait. Vraiment. La mise en scène, les larmes, les accusations... C'est digne des plus grands théâtres."

Je pris mon sac, mon cœur battant d'une force nouvelle. "Julien, tu voulais savoir si je me souciais de cette maison ? Non. Elle est à vous. Vous pouvez la garder. Et vous pouvez garder la petite Léda aussi. Vous êtes faits l'un pour l'autre."

Son visage se figea. Il ne s'attendait pas à ça. Mon départ. Mon indifférence.

Il tenta de dire quelque chose, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Il ne savait pas si je me moquais de lui, si j'étais sincère.

Je franchis le seuil, sans un regard en arrière.

Julien réalisa la vérité. Le divorce. C'était vrai. Et je n'avais aucun attachement à cette maison qui abritait désormais ma cousine et ma fille, volées.

Il se souvint d'il y a six mois. L'accident de voiture de Léda. Elle avait été blessée, son état avait été jugé grave. Clara, choquée par l'événement, avait eu des crises de panique, ne voulant plus rester seule.

Julien avait alors voulu installer Léda chez nous, pour qu'elle se remette de ses blessures et qu'elle puisse être là pour Clara.

J'avais refusé, catégoriquement. J'avais hurlé. J'avais cassé des objets. Je l'avais même menacé de me jeter par la fenêtre s'il osait la faire entrer. Il avait cédé.

Il m'avait punie par un long silence. Une punition cruelle, efficace. Puis, Clara était tombée malade. Une infection grave qui l'avait forcée à l'hôpital. On m'avait interdit de la voir, sous prétexte que mon état émotionnel risquait de la perturber.

J'avais dû m'excuser auprès de Julien, supplier. J'avais dû promettre de ne plus jamais faire de scandale. J'avais accepté Léda dans ma maison.

Quelque chose s'était brisé en moi ce jour-là. Une partie de mon âme s'était éteinte. Je m'étais pliée, docile, silencieuse. J'avais laissé Julien et Léda me reléguer au second plan, puis au troisième, puis à une ombre.

Il avait cru m'avoir domptée. Il avait cru m'avoir changée. Il n'avait jamais compris que je n'étais plus la même. Son amour s'était éteint en moi. La haine avait pris sa place. Et maintenant, elle avait gelé.

Julien tenta de me rattraper. "Albane !"

Mais un cri strident le stoppa net. Léda.

Il se retourna. Léda s'était évanouie. Elle était tombée, inerte.

Clara se précipita vers elle, secouant son bras. "Tante Léda ! Tante Léda, réveille-toi !"

"Papa, aide Tante Léda ! Elle ne respire plus !" cria Clara, paniquée.

Leur attention se détourna de moi, happée par le drame de Léda.

Julien souleva Léda dans ses bras et sortit en courant. Il ne me vit même pas.

Dehors, la neige tombait en gros flocons, le vent sifflait. La voiture de Julien disparut rapidement dans le tourbillon blanc.

J'étais seule. Sous la neige. Sans voiture, sans téléphone, sans rien. Ma jambe me lançait. J'avais oublié mon téléphone, mes clés, tout. Notre propriété était isolée, loin de tout.

Je traînais ma valise, le froid mordant mes joues. Chaque pas était une souffrance, mais je continuais, les yeux fixés sur l'horizon, le cœur vide et libre.

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Ma revanche : L'épouse ressuscitée

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