Chapitre 2
Paulin
Partie 1
C’était le lendemain que la secte s’était apprêtée à recruter un nouveau membre en la personne du Paulin.
Le Paulin, c’était la caricature du hippie des années 60 qui déteste la guerre. Il n’était pas hippie pour se la jouer, ou pour dire qu’il avait un style, il l’était vraiment. Un putain de baba cool 2.0, sans domicile fixe, sans métier, mais doté de trois fidèles amis : Jules, Cassandra et Rose. Les jeunes gens partageaient un appartement à Pasadena. Le Paulin, lui, vivait dans un mini van qu’il avait lui-même customisé. C’était un petit camion Volkswagen bleu marine, avec des spinners chromés. Il avait installé des néons et vitres teintées de reflets violets.
C’était une sacrée fourgonnette. À l’arrière, il y avait un matelas d’eau, tout l’intérieur était capitonné et il y avait aussi une étagère qu’il avait bricolée. Il ne bougeait jamais son van, garé devant l’immeuble de ses amis ; l’essence coûtait trop cher, bien que son réservoir fût quasiment plein et qu’il n’avait jamais besoin d’aller bien loin. Toutes les nuits, il dormait dans son van (il l’avait baptisé Belo) et tous les matins, il allait se laver chez ses amis.
Cette bande de potes n’avait rien à voir avec celle de Friends ; aucun d’eux n’avait de super carrière. Ils n’étaient pas très aimables non plus, ne possédaient aucune loufoquerie particulière et ils avaient moins de trente ans. Curieusement, aucun de ses amis ne savait comment il avait eu Belo, mais ils se doutaient que, comme pour eux, quelqu’un lui devait une fière chandelle. Il était comme ça, c’était un bon Samaritain. Parmi ses amis, aucun ne savait (non plus) ce qu’il avait pu faire pour l’autre, mais croyez-moi, les services qu’il leur avait rendus étaient tels qu’ils lui étaient redevables à vie. Le Paulin connaissait leurs secrets les plus inavouables, comme s’il avait été leur thérapeute et il savait bien ce qu’était le « secret professionnel ».
Paulin avait aussi le privilège de pouvoir squatter leur frigo trois fois dans le mois, sans qu’aucun d’eux ait le pouvoir de dire quoi que ce soit. Ils partageaient tous la salle de bain ainsi que les toilettes. Ils dînaient ensemble tous les soirs, se faisaient des soirées-séries le jeudi, soirées-films le vendredi et ils regardaient du catch le lundi et le mardi.
En retour, Paulin n’avait qu’une chose à faire pour eux, une chose qui tenait à cœur à Cassandra et à Jules depuis peu : leur trouver de l’herbe, de la bonne beu, bien puante, éclairée au néon de Lehander, une juive qui vendait de la drogue et plus si nécessité.
Un jour, le Paulin marchait dans les rues de Paper Street à la recherche de LSD, il portait un Bluejeans qui s’effritait un peu plus chaque jour au niveau des genoux. Dans la rue, tout le monde pouvait voir la pilosité de ses jambes. Dans des sandalettes, ses ongles de pied étaient peints d’un vernis noir. Il portait un béret gris avec des rayures rouges et vertes. Ce jour-là, il mangeait une glace à l’eau en forme de fusée de couleur orange en bas, rouge au milieu, et verte en haut. Le haut de sa glace était nappé de chocolat. La chaleur avait partiellement fait fondre le chocolat qui dégoulinait sur son t-shirt des Ramones. Paulin marchait le long d’un champ, face à la maison de son dealer. Au moment où il allait traverser la rue, il avait entendu une sonnerie qui venait d’un téléphone, mais pas du sien. La sonnerie venait d’une cabine à quelques mètres de lui. Il s’en était approché et avait décroché pour dire « allo », pensant que Madame Force Cosmique de la Terre et de L’espace lui avait fait signe. À l’autre bout du combiné, l’enregistrement d’une voix grave disait :
— Félicitations, vous avez été choisi…
Pour un court instant, la voix avait changé, pour laisser place à une voix plus sexy, comparable à celle d’Alison Mosshart :
— Paulin Squirrel…
Puis la voix grave avait repris :
— … pour intégrer dès maintenant notre compagnie…
Le Paulin avait secoué la tête, avec le combiné à dix centimètres de son oreille. Il n’avait pas l’air intéressé et avait raccroché, jeté sa glace et traversé la rue pour aller chez son dealer. À peine avait-il mis deux pieds sur l’asphalte qu’il s’était fait renverser par une voiture.
Le temps avait ralenti pour lui, il était comme en apesanteur entre le sol et le goudron, il pouvait entendre le premier « dring » de la cabine téléphonique qui s’était remis à sonner. Au second « dring » il avait atterri par terre, la tête la première, s’éclatant la partie gauche de la mâchoire. Son profil gauche s’était complètement aplati dans la rue et de nouveau il avait entendu la sonnerie de la cabine. Il avait l’œil droit fermé, et le gauche à moitié noyé par le sang qui coulait de sa bouche pour se répandre à terre. Puis il avait entendu un « biiip », et avait dit de façon théâtrale :
— Diantre, est-ce que quelqu’un va décrocher ce foutu téléphone ?
« Oh, ce n’est pas le téléphone, monsieur, ce sont vos appareils de saturométrie », avait répondu une infirmière.
Le Paulin venait de se réveiller dans la chambre d’un hôpital, il ne s’était pas rendu compte qu’il n’était plus allongé sur la route, le visage couvert de sang. Il était dans un lit, il avait arraché son cathéter en tentant de se mettre sur le ventre. L’infirmière le lui réinstallait, pendant qu’il lui posait des questions :
— Qu’est-ce que je fous ici ?
— Une voiture vous a renversé.
— Nom de Dieu.
Il n’en revenait pas d’avoir failli mourir ; il se sentait heureux d’être toujours en vie et d’être à l’hôpital. Il avait demandé à l’infirmière :
— Je pourrais avoir de la morphine ?
« Appuyez sur ce bouton », lui avait-elle répondu.
Le Paulin n’avait pas perdu le nord, il était dans une belle chambre, qu’il partageait avec un gars dans le coma. Ce dernier devait subir une opération, Paulin en profitait pour lui voler ses desserts. Il avait un bon lit, des antalgiques et MTV. Sur le moment, il s’était dit que ce n’était pas une si mauvaise combine de squatter les hôpitaux. Mais il n’avait pas de sécurité sociale, et savait qu’il se ferait bientôt dégager, mais pas avant d’avoir profité au maximum de l’hosto.
Au début de sa journée, tout ce qu’il avait à l’esprit était de se fournir chez son dealer, mais maintenant il avait mieux. Il avait passé son après-midi à appuyer sur le bouton de morphine jusqu’à ce que ces paupières s’alourdissent et qu’il ne puisse plus sentir la moindre parcelle de son corps. Pile au moment où son voisin de chambre avait commencé à se réveiller.
Le Paulin faisait un doux rêve pendant que l’homme à côté de lui, qui venait de sortir du coma, tentait difficilement de se relever pour l’observe attentivement.
L’abus de morphine avait fait faire à Paulin un magnifique rêve tout en couleur. Il se voyait allongé sur de la neige rose, il y avait des étoiles bleues qui flottaient autour de lui. Un petit renard entièrement marron s’était approché de lui pour lui lécher le nez et la bouche, ce qui l’avait excité. Au fur et à mesure que le lapin le léchait, d’autres animaux de la forêt rappliquaient. Il y avait, entre autres, deux écureuils de couleur pourpre, trois lapins rouge sang, quatre hiboux jaunes et violets, et cinq pics verts orange. Les deux écureuils lui avaient léché le genou droit, et ça l’avait fait rire. Les trois lapins lui massaient la cuisse, et les hiboux avaient agrippé son mollet. Ils attendaient de s’envoler pendant que les pics verts lui picoraient le genou.
À son réveil, il avait la tête en compote, mais cela ne faisait rien, il savait que la morphine le ferait se sentir mieux. Peu après une infirmière était venue lui dire que son opération s’était très bien déroulée. Étonné, il lui avait demandé « Quelle opération ? »
L’infirmière lui avait répondu, un peu gênée, qu’il venait de subir une amputation au niveau du genou.
— QUOI ? Avait-il crié, en enlevant sa couverture pour constater l’horreur. Bande de cons, pourquoi avez-vous fait ça ? Je devais sortir dans quelques jours !
— Mais enfin Monsieur Bird, vous aviez signé…
— Je ne suis pas M’sieur Bird, je suis l’Paulin moi.
— Oh mon Dieu, ne bougez, je vais revenir avec le chef de service.
Les larmes aux yeux il lui avait hurlé « Pauvre conne, où tu penses que j’vais aller sur une guibole ».
Les médecins s’étaient trompés de patient, et pour cause, le vrai monsieur Bird s’était réveillé d’un long coma. Tenant très fort à sa jambe il avait échangé son dossier avec son voisin de chambre, qui était Paulin. Puis il s’était enfui de l’hôpital avec des béquilles.
Et après une heure de pleurs…
— Est-ce que…
… de hurlements…
… je vais…
D’insultes à tout va…
… pouvoir récupérer ma jambe ?
… car il venait d’apprendre qu’il ne pourrait pas récupérer sa jambe. D’une part parce qu’après une telle opération il était impossible de recoller quoi que ce soit, et d’autre part parce qu’on avait incinéré son membre coupé. Pour les chirurgiens, le mollet était mort.
Plus tard dans la soirée un homme qui portait un costume marron, bien trop large pour lui, avait rendu visite au Paulin pour lui dire à quel point l’hôpital était sincèrement désolé de la méprise qu’il y avait eu plus tôt. L’homme était venu lui offrir un chèque de trois cent mille dollars pour qu’il n’ébruite pas l’affaire. Paulin savait bien qu’il pourrait avoir plus s’il allait jusqu’au procès, mais c’était un hôpital, et lui un petit hippie. Il ne pouvait pas, il pensait aux autres patients qui avaient tout de même besoin de médecin, en espérant qu’ils ne soient pas tous stupides.
Le lendemain, il n’en pouvait plus, il avait demandé qu’on lui apporte un fauteuil roulant, et qu’un taxi l’emmène à sa banque. Le bougre avait aussi réussi à avoir plusieurs tubes de Vicodine.
À suivre…
Chapitre 3
Cassandra
C’était en pleine nuit, pendant un orage qu’ils avaient entendu parler de la secte. Cette nuit-là, Jules, Cassandra, Rose, et Paulin étaient réunis devant le dernier Johnny Depp. L’orage était violent, et les deux filles en avaient peur. Le bruit des éclairs résonnait dans la ville, et la pluie frappait très fort contre les fenêtres. Les deux garçons avaient même entendu les filles hurler lorsque les plombs avaient sauté. Ils avaient été plongés dans le noir, Jules et Paulin étaient allés chercher des bougies ainsi que des lampes torches. La télé ne fonctionnait plus, et les filles avaient arrêté de crier pour maudire ce temps épouvantable qui avait éclipsé « leurs Johnny ».
Ils étaient tous les quatre dans le salon quand Jules avait eu l’idée de raconter des histoires d’horreur. Cassandra n’était pas motivée par cette activité, mais Rose en avait une bonne tout droit sortie d’une BD nommée « Cafards, zombies, et monstres extraterrestres ». Elle leur avait raconté cette histoire de façon gore, avec des effets de voix et de lampes torches ; c’était très impressionnant.
Paulin, quant à lui, leur avait dépeint la nuit la plus surnaturelle qu’il avait passée avec une prostituée qu’il avait ramenée à l’hôtel. Les employés de l’hôtel avaient tout de suite compris que c’était une professionnelle, et ils en fichaient. D’après Paulin, ils avaient commencé à forniquer dès qu’ils étaient entrés dans la chambre, et s’étaient tous deux très vite endormis. Il s’était réveillé en plein milieu de la nuit pour fumer une cigarette au balcon, la prostituée dormait encore. Il avait vu un point rouge dans le ciel, qui, de là où il était, ressemblait à une étoile. Mais cette étoile bougeait, elle semblait même chuter en direction de la ville. Il avait pensé, disait-il à ses amis, que c’était un avion qui s’écrasait, ou qu’il était témoin d’une attaque terroriste. Mais lorsque l’étoile rouge avait disparu au milieu de la ville rien ne s’était passé. Pas de grande explosion à la Jerry Bruckheimer, ni de feu, ni de sirènes de pompiers ou de police. Comme si le petit Paulin avait entrevu dans le ciel une brèche menant à un monde parallèle, un monde où personne ne s’étonne de voir une pluie d’étoiles rouges venant de l’espace.
Quand il avait fini sa tige, il s’était retourné et il avait vu que tous les objets disposés sur les meubles de la chambre étaient à terre. « Et la pute », disait-il à ses amis, avait… ouuuh… disparu.
Jules avait trouvé l’histoire de Paulin « pas mal », mais lui en avait une bien pire. Lui allait leur raconter la légendaire histoire de Julian Kindcold, le fondateur de la secte maudite de Di. D’après Jules personne ne savait quand elle avait été créée, ou si Kindcold existait vraiment. Selon certaines rumeurs, il était immortel, et son âge était compris entre 200 et 400 ans.
Jules avait mis une lampe torche sous son menton afin de mieux leur raconter :
— Julian Kindcold était un homme pieu, il avait dévoué toute sa vie à Dieu et n’avais jamais commis de pêché. Il n’avait jamais menti, ni bu d’alcool ou pris de drogue. Il n’avait jamais couché ou tué, et il n’avait aucune haine envers ses parents. Cet homme connaissait la bible par cœur. C’était simple, si quelqu’un lui lisait le début de phrase de n’importe quelle page, de n’importe quelle ligne, et de n’importe quel verset, lui pouvait vous dire la fin de la phrase. Il avait formé un groupe de lecture de la bible, qui s’était transformé en groupe de soutien religieux, puis était très vite devenu une secte…
— La secte des puceaux, ahahah, riait Paulin.
— Laisse-moi finir. Bon alors, merde. J’ai perdu le fil.
Jules marmonnait dans sa barbe avant de reprendre son histoire :
— Mmh, group’d’soutien, je l’ai dit ça ? Ah ouais, c’est bon ! Alors il avait créé la secte de Di. Il recrutait des membres dans tout le Nebraska, avant de répartir des groupes qui iraient se propager dans plusieurs autres états.
— Elle est intéressante ton histoire mais elle ne fait pas peur, lui avait dit Cassandra en l’interrompant.
— Ouais, c’est vrai qu’elle ne fait pas très peur pour l’instant, je vais peut-être m’arrêter là.
« Non, moi ça m’intéresse maintenant, et tu en as trop dit. Je veux connaître la fin. Continue ! » s’indigna Rose.
— Et vous deux, vous voulez que je continue ?
Paulin et Cassandra ne détestaient pas son histoire, ils voulaient juste le charrier un peu, ils avaient donc été d’accord pour en écouter la fin.
— Julian Kindcold recrutait souvent des informaticiens solitaires, voire associables, car il savait qu’ils seraient faciles à convaincre. Kindcold avait besoin d’eux pour… heu… pouvoir… mmh se connecter à un système du gouvernement et récupérer les adresses et numéros de téléphone de tout le Nebraska. Bien sûr, les autres équipes faisaient de même dans les autres états. Elles choisissaient leurs membres d’après leurs prénoms. Tout prénom un tant soit peu biblique était choisi et devaient adhérer à Di sous peine de déclencher la colère de Dieu par son ange vengeur. Tous ceux qui avaient refusé d’intégrer la secte ont trouvé la mort à cause d’une seule et unique chose.
Ceux qui acceptaient de rejoindre la secte de Di devaient être purs, ceux qui ne l’étaient pas devaient subir une intervention lobotomique. Allongé sur une table d’opé…
« Na, attends, attends, t’as pas dit ce qui causait la mort des mecs qui ne voulaient pas entrer dans la secte », lui avait rappelé Paulin.
— P’tain mais tu as décidé de m’interrompre toutes les cinq minutes ou quoi ?
— Na mais…
— Je voulais garder un peu de suspense, mais puisque tu veux savoir, ils mouraient tous de la poisse. Bon alors comme je disais il y avait des membres qui subissaient des lobotomies. Ils étaient allongés sur une table, après qu’on leur eut rasé le crâne. C’était une horrible opération, qu’ils pratiquaient avec une perceuse électrique, directement dans la partie gauche du cerveau. Ils ne faisaient pas d’anesthésie, car ces impurs devaient ressentir la douleur d’un martyr, afin qu’ils puissent se repentir et voir Dieu sur la table d’opération. Ceux qui ne survivraient pas iraient directement en enfer. Le plus grand nombre mourrait, les autres, les malchanceux devenaient des légumes à la solde de Kindcold.
Avant qu’il n’ait fini son histoire, le courant était revenu, mais Johnny n’était plus là ; les quatre amis sont alors partis se coucher. Rose dans sa chambre, Jules et Cassandra dans la leur, et Paulin avait pris le canapé.
Cette nuit-là, Cass fit un rêve, elle qui ne rêve jamais habituellement. C’était le matin. Réveillée à six heures, elle se préparait pour aller travailler. Elle bossait pour une agence appelée Yellow Tree où elle donnait des cours de soutien à des adultes étrangers. Avant de quitter l’appartement, elle avait rappelé à Jules d’appeler « le mec » pour réparer la fuite de gaz, c’était comme ça qu’ils l’appelaient, « le mec ». L’un des studios de l’immeuble dans lequel Cassandra travaillait était loué par sa société. Une fois entré dans le bâtiment elle avait eu peur de prendre l’ascenseur, et avait pris les escaliers par prudence. Le studio était au troisième étage, elle avait monté les deux premiers en vitesse avant de rater l’une des marches menant au troisième étage. Dévalant les escaliers très violement, elle s’était réveillée dans son lit près de Jules, se rendant compte que ce n’était qu’un rêve.
Elle s’était levée, soulagée, et s’était préparée pour aller au Yellow Tree. Avant de partir elle avait pris le porte-clefs patte de lapin de Rose.
Une demi-heure plus tard, cette fois-ci pour de bon, elle était dans l’immeuble loué par sa société devant l’ascenseur. Elle était restée fixée devant, comme une poule devant un couteau, jusqu’à ce que son téléphone la sorte de sa catatonie. Elle avait décroché, une voix disait :
— Félicitations, vous avez été choisie Cassandra Beef pour intégrer dès maintenant notre compagnie. Nous vous ferons changer, si nécessaire, pour votre bien et celui du monde. Pour ce monde que Dieu nous a offert…
Cassandra avait ironiquement répondu :
— Ah ah ah, très drôle, c’est qui ? C’est Jules ?
— … sommes la secte de Di, et vous en serez aussi, acceptez notre invitation ou mo…
— Va t’faire… !
Cassandra avait raccroché puis avait éteint son téléphone, pour enfin monter dans l’ascenseur. Quelques minutes plus tard, son cours pouvait débuter, mais ce jour-là elle avait plutôt bâclé l’ensemble de ses cours. À l’heure du lunch, elle avait rallumé son téléphone pour appeler Jules en lui disant que sa blague n’avait pas été drôle et qu’il devait mettre un « Dolls » dans le bocal. Elle pouvait l’entendre rire à l’autre bout du sans-fil, pour ensuite lui dire :
— Excuse-moi bébé, mais j’te jure que j’ai rien à voir avec ça. Sérieux !
— Un homme m’a appelée pour me dire que j’avais été choisie pour intégrer la secte de Di. Comme par hasard le lendemain où tu nous en as parlé. Qu’est-ce que tu as dire à ça gros malin ?
— Gahahahah ahahah, me fais pas rire, j’ai super mal au visage…
Jules lui riait à la figure et Cassie lui avait raccroché au nez, elle était énervée et aurait voulu être entendue. Elle avait vite envoyé un texto à Rose pour lui demander de venir la chercher lorsqu’elle aurait terminé son boulot au Yellow Tree.
Deux heures et demie plus tard, Jules avait appelé Cassandra, mais cette dernière était sur messagerie ; elle éteignait toujours son téléphone pendant les cours.
À la fin de la journée, elle était pressée de retrouver Rose, Ce soir-là elles devaient aller se saouler au Lou’s Taverne. Elle s’y voyait déjà, le chemisier ouvert, en train de jouer au billard comme une pro, avec un énième verre de vodka sur le coin de la table, flirtant avec des moches et des gros après avoir fumé de la Marie Jeanne dans les waters. Cassandra était tout excitée, elle était vite montée dans l’ascenseur en sortant son téléphone pour appeler Rose.
L’ascenseur descendait, Cassandra avait rallumé son cellulaire mais il ne lui restait « qu’une barre », cette cage métallique ne laissait passer aucun réseau. Le seul moment où elle avait réussi à joindre Rose c’était en passant par sa boîte vocale. Après qu’elle lui eut laissé un message, le courant avait sauté pour bloquer Cassie entre le premier et le deuxième étage. Elle ne voulait pas laisser cet ascenseur lui pourrir sa soirée, aussi décida-t-elle d’écarter les portes de la cabine pour pouvoir sortir au premier. Elle avait facilement réussi à ouvrir les portes, puis s’était accroupie devant, avant de sortir ses jambes hors de l’ascenseur. Soudainement, le courant s’était remis en route et les portes de l’ascenseur s’étaient brutalement refermées sur les genoux de la jeune femme. La douleur l’avait légèrement fait basculer en arrière, mais elle s’était vite redressée pour écarter les portes afin de se laisser glisser en avant. Le bas de son corps était en dehors de la cage, et c’est au moment où elle allait réussir à passer les hanches que l’ascenseur s’était mis à descendre pour s’arrêter au premier. Cassandra avait chuté en même temps que la machine, elle avait le bas du corps en dehors, mais son buste était toujours dedans. De là où elle était, elle pouvait entendre que quelqu’un était au rez-de-chaussée, et que ce quelqu’un avait appelé l’ascenseur.
Elle pouvait entendre le bruit du moteur, avant que les portes se referment violemment sur sa clavicule. Elle avait essayé de rouvrir les portes, mais rien à faire elle ne pouvait plus. Celles-ci l’avaient bloquée au niveau des épaules et l’ascenseur commençait à descendre dramatiquement lentement. La malheureuse savait ce qui allait lui arriver, elle n’avait pas la force de sortir de cette saloperie. Elle comprit qu’il n’y avait aucun espoir qu’elle en ressorte, et se saisit de son sac qui était resté dans la cabine, pour tenter d’envoyer le message le plus rapide de sa vie. Mais à peine avait-elle réussi à entrer dans « Nouveau message » que la plaque du haut de l’ascenseur poussait déjà sur son buste. Bien évidemment, son cou n’avait pas la force de supporter un tel poids. De l’extérieur, on pouvait voir son corps gesticuler comme celui d’un épileptique. Elle était au premier étage, allongée perpendiculairement aux portes de l’ascenseur. Lorsque l’ascenseur eut repris une vitesse normale, le corps de Cassie avait arrêté de bouger