Chapitre 2

Un silence écrasant pesait sur la pièce, étouffant jusqu'à ma propre respiration. Mon corps frissonna sous l'air glacial qui s'infiltrait dans mes os, mais je savais que ce n'était pas uniquement dû au froid. C'était lui.

Il était assis avec une aisance terrifiante, une jambe négligemment croisée sur l'autre, ses doigts effleurant le bras du fauteuil comme s'il caressait la gorge d'une victime invisible. Son regard sombre me fixait, m'analysait, et plus il me scrutait, plus j'avais l'impression qu'il disséquait chaque parcelle de mon être.

Je restai figée, incapable de bouger, incapable de fuir.

- Approche.

Sa voix brisa le silence avec une douceur trompeuse.

Le garde resserra sa prise sur la chaîne à mon cou et tira brutalement, me forçant à avancer malgré moi. Je luttais contre le tremblement de mes jambes, tentant de conserver une once de dignité, mais chaque pas semblait m'entraîner plus profondément dans un gouffre sans fond.

Je m'arrêtai à quelques mètres de lui.

Il ne bougea pas immédiatement. Il se contenta de m'observer encore, comme s'il prenait le temps de peser chaque détail, chaque réaction. Puis, lentement, il se redressa et se leva.

Il était grand. Trop grand. Son ombre m'engloutit instantanément, et je dus lutter contre l'envie instinctive de reculer.

- Quel est ton nom ?

Ma gorge se serra.

Un "animal de compagnie" n'avait pas de nom.

Nous étions des objets, des marchandises. Notre identité, notre passé, tout cela disparaissait au moment où l'on nous arrachait à notre vie. Pourtant, quelque chose au fond de moi refusait d'oublier.

Il attendait.

Son regard pesait sur moi, attendant une réponse que je n'osais pas prononcer.

Le garde tira brusquement sur la chaîne, et je suffoquai sous la pression du collier de fer contre ma gorge.

- Réponds-lui ! cracha-t-il.

Je ravalai la douleur et soufflai faiblement :

- ...Elya.

Ma propre voix me sembla étrangère, si faible, si brisée.

Un silence suivit. Puis, à ma grande surprise, il esquissa un léger sourire. Un sourire qui ne rassurait en rien.

- Elya, répéta-t-il doucement, comme s'il goûtait chaque syllabe. Intéressant.

Il fit un pas vers moi. Je sentis l'air se raréfier.

- Sais-tu pourquoi tu es ici ?

Je ne répondis pas. Parce que je ne savais pas.

D'ordinaire, les "pets" étaient vendues aux enchères, offertes au plus offrant, puis enfermées dans des manoirs où elles passaient le reste de leur misérable existence à servir leur maître. Mais lui... Il n'avait pas eu besoin d'enchères. Il m'avait choisie.

Pourquoi ?

Ses doigts glacés s'élevèrent et effleurèrent mon menton, relevant mon visage de force.

Je frissonnai sous son contact.

- Je vais te dire pourquoi, souffla-t-il près de moi. Parce que tu es différente.

Mes yeux se levèrent vers lui, incrédules.

Différente ? En quoi ?

Il ne me laissa pas le temps de poser la question. Il se recula et déclara d'un ton sans appel :

- À partir d'aujourd'hui, tu es mienne.

Un frisson me parcourut l'échine.

Mienne.

Ce mot sonnait comme une condamnation.

Il recula lentement, ses yeux toujours rivés sur moi, une lueur d'amusement glissant sur son visage impénétrable. Je me retrouvai figée sur place, le regard rivé au sol, incapable de bouger, de réagir.

Ses paroles tournaient dans ma tête comme un écho lancinant : mienne. Je fermai les yeux un instant, me battant contre la vague de terreur qui m'envahissait. Un fragment de ma vieille vie refit surface dans mon esprit, un souvenir fugace de la douceur d'un foyer, d'un rire chaleureux. Une époque où je n'étais pas une chose, mais un être humain, libre de ses choix.

Le son de ses pas sur le sol pavé me fit rouvrir les yeux. Il s'éloignait de moi, et pourtant, l'espace qu'il laissait semblait se remplir d'une pression insoutenable, comme si sa présence omniprésente était gravée dans chaque particule de l'air. Je savais qu'il n'était pas loin, que sa vigilance scrutait mes moindres mouvements.

- Viens ici.

Il parlait toujours avec cette même autorité glaciale, comme s'il ordonnait une simple formalité. Mais derrière cette voix se cachait quelque chose de plus sinistre, de plus ancien. Un pouvoir ancestral qui ne laissait aucune place à la rébellion.

Je m'avançai lentement, mes pieds m'obéissant sans ma permission. Tout mon corps se rebellait contre l'idée de me rapprocher de lui, mais une force invisible me poussait à avancer. Les chaînes autour de mon cou cliquetèrent, le son métallique frappant mes oreilles comme une malédiction.

Il m'observait toujours, impassible. Il me scrutait comme un scientifique examine un spécimen. À chaque mouvement, je sentais son regard percer les barrières que j'avais érigées autour de mon âme.

Je m'arrêtais finalement à sa hauteur, le souffle court, mes mains crispées contre les pans de ma robe.

Un rictus se forma sur ses lèvres, mais il ne parla pas immédiatement. Il se contenta de m'observer un moment, et le silence qui s'installa entre nous était presque plus accablant que ses mots.

Puis, il tendit la main, effleurant mes cheveux avec une douceur glacée. Je frémis, mais je ne bougeai pas. Il ne fallait pas attirer son attention de la mauvaise manière.

- Tu t'inquiètes de ton sort, n'est-ce pas ? dit-il d'une voix douce, presque mielleuse.

Je ne répondis pas, mais l'angoisse dans mon regard ne pouvait être dissimulée.

- Ne t'inquiète pas, je ne suis pas un monstre, Elya, souffla-t-il, mais un sourire sinistre flottait toujours sur ses lèvres.

Je me sentis piégée dans un tourbillon de confusion. Sa voix avait quelque chose de rassurant, mais il ne fallait pas se laisser berner. Rien ne pouvait être simple dans ce monde. Rien.

Il recula alors, comme s'il avait apprécié l'instant, savourant ma vulnérabilité.

- Mais tout ne sera pas aussi facile. Un animal de compagnie, aussi docile soit-il, doit apprendre à obéir, et dans ce monde, les erreurs ne se pardonnent pas.

Je déglutis difficilement, incapable de lui répondre. Il s'éloigna encore, m'abandonnant dans une semi-obscurité, un simple jeu de lumière et de ténèbres.

- Tu apprendras vite à quel point ton existence dépend de ma volonté, murmura-t-il, sa voix se perdant dans les échos du hall.

Les mots résonnèrent en moi, lourds, menaçants. Je savais que je venais de franchir une ligne invisible. La cage dorée dans laquelle il m'enfermait n'était rien comparé à celle qui se refermait sur mon âme.

Je tentai de ravaler ma terreur, mais une question persistait dans un coin de mon esprit. Pourquoi moi ? Pourquoi m'avait-il choisie ?

Les minutes passèrent, longues et cruelles, et je demeurai là, dans l'obscurité grandissante, le cœur battant à tout rompre, essayant de comprendre la portée de ce qui venait de se produire.

Je n'étais plus une simple "pet", je n'étais plus une chose qu'on achetait, qu'on possédait. Non. J'étais devenue un objet dans ses mains, un outil dans un jeu dont je ne comprenais pas encore les règles.

L'idée de la rébellion, de l'évasion, de la fuite semblait aussi absurde que risquée, et pourtant...

Mes yeux se posèrent sur la porte au bout du corridor. Et, pour la première fois depuis des années, une lueur d'espoir, aussi fragile soit-elle, naquit dans mon cœur.

Chapitre 3

Je laissai mes pensées dériver un instant, cherchant désespérément une échappatoire à cette prison invisible. Mais chaque idée d'évasion semblait se fracasser contre le mur de la réalité. Où pourrais-je aller ? Comment pourrais-je fuir ? La ville était sous la domination des vampires, chaque ruelle, chaque recoin était surveillé. Et si je parvenais à m'échapper, qu'arriverait-il à mes compagnons ? À ceux qui, comme moi, étaient piégés dans ce monde de ténèbres ?

Le bruit d'un pas dans le couloir me tira de ma rêverie. Je redressai immédiatement la tête, tendant l'oreille, et vis une silhouette s'approcher lentement. Le vampire, sans doute. L'air lourd de la nuit s'alourdissait davantage, saturé de la menace que chaque mouvement de ces créatures imposait. L'indifférence dans ses yeux me fit frissonner, mais je me forçai à ne pas détourner le regard.

Lorsqu'il arriva à ma hauteur, il s'arrêta et me scruta avec un air amusé, comme s'il trouvait tout cela divertissant. Il ne dit rien, simplement là, devant moi, me jaugeant, comme une œuvre d'art qu'il aurait envie d'examiner sous tous les angles.

J'avais l'impression que mes os se durcissaient à chaque seconde qui passait, figée sous son regard. Je me forçai à respirer profondément, à ne pas laisser la panique prendre le dessus. Il n'avait pas le droit de me briser plus que je ne l'étais déjà.

Il se pencha alors légèrement, ses yeux perçant les miens, et pour la première fois, il laissa transparaître une forme d'émotion. Pas de la compassion, non, mais une forme d'intérêt, de curiosité.

- Tu n'es pas comme les autres, dit-il soudainement, sa voix basse, presque douce, mais glacée.

Je ne savais pas comment réagir à cette remarque. J'étais peut-être différente, mais pas de la manière dont il l'entendait. Et pourtant, quelque chose dans ses mots me fit frissonner.

Il se redressa lentement, son visage redevenant celui d'un prédateur calculateur.

- Les autres "pets", ils finissent toujours par se soumettre. Mais toi... toi, tu n'as pas encore compris que tu n'as plus le choix, n'est-ce pas ?

Je ne répondais pas. Je ne pouvais pas. Les mots me manquaient, et tout ce que je voulais, c'était être laissée seule, m'échapper à ce moment, fuir cet être qui semblait se nourrir de ma peur.

Il tourna les talons et s'éloigna, mais sa voix résonna dans l'air, se frayant un chemin dans mon esprit, s'insinuant dans chaque recoin de mon être.

- Mais ce n'est pas grave, tu comprendras vite... Tu t'adapteras, comme toutes les autres.

Je restai là, le cœur battant, une sensation de malaise s'installant dans ma poitrine. Ses mots n'étaient pas seulement une menace. C'étaient des prophéties, des vérités imposées, et je savais, au fond de moi, qu'il n'était pas un simple vampire parmi d'autres. Il était un Seigneur.

Un Seigneur dont la cruauté allait bien au-delà de ce que j'avais imaginé.

Je sentis les larmes piquer mes yeux, mais je les chassai violemment. Non, je ne pleurerai pas. Pas devant lui. Pas devant personne.

Le silence régna de nouveau, lourd et oppressant, alors qu'il disparaissait derrière la porte. Mais il laissa une trace derrière lui, une empreinte indélébile, comme une marée noire qui envahit mon âme.

Je me retrouvai à nouveau seule. Seule dans la cage, seule dans ce monde.

Et pourtant, quelque part au fond de moi, une flamme vacillante continuait de brûler. Une lueur, aussi faible soit-elle, une résistance inavouée, un rêve fragile que je ne pouvais pas étouffer.

Il m'avait marquée, oui. Mais il ne m'avait pas brisée. Pas encore. Et tant qu'il me restait un souffle, une étincelle de volonté, je lutterai.

Les heures s'étiraient dans un silence étouffant, le temps semblant se dilater, comme si chaque minute passée dans cette cage était un petit écart entre la vie et la mort. Les murs étroits semblaient se rapprocher de plus en plus, comme si l'espace lui-même voulait m'engloutir. J'avais l'impression que même l'air me trahissait, m'empêchant de respirer pleinement, chaque inspiration devenant une lutte contre l'oppression qui m'envahissait.

Les pensées tournaient en boucle dans ma tête. La scène avec le Seigneur revenait sans cesse, comme un écho sourd. Ses mots, si simples mais pleins de sens, se glissaient dans mon esprit, se faufilant comme une rumeur qui se répandrait jusqu'à mon âme. "Tu t'adapteras, comme toutes les autres." L'idée qu'il puisse avoir raison, que j'étais condamnée à subir le même sort que toutes les autres avant moi, me torturait. Mais, quelque part, une petite voix, presque inaudible, se rebellait contre cette fatalité.

Je n'étais pas comme les autres. Non. Je refusais de l'être.

Je me redressai lentement, mes bras engourdis par la position forcée, mes jambes tremblant sous le poids de ma propre chair. Mais c'était une douleur familière. Une douleur que j'avais appris à ignorer, comme j'avais appris à ignorer tout ce qui faisait partie de ce monde cruel. Mes yeux se posèrent sur la porte de ma cellule. Fermée à double tour, comme toujours. Pourtant, aujourd'hui, il y avait quelque chose de différent. Un frisson d'espoir, aussi mince soit-il, me traversa.

Le silence régnait, mais il y avait quelque chose dans l'air. Une sensation étrange, un changement imperceptible, comme si les ténèbres qui me cernaient n'étaient pas aussi solides qu'elles semblaient. Peut-être que, tout au fond de moi, je savais que quelque chose allait se passer. Quelque chose allait changer.

Une légère brise pénétra par la fenêtre, et je sentis son souffle sur ma peau. Ce n'était pas grand-chose, mais c'était suffisant. Une caresse, une promesse, une esquisse de liberté. C'était tout ce dont j'avais besoin pour raviver la flamme en moi.

Je me dirigeai lentement vers la fenêtre, mes mouvements hésitants, comme si j'avais peur de briser cette illusion fragile de tranquillité. Mais en atteignant le rebord de la fenêtre, un léger frisson me parcourut. Là, dans la nuit, une silhouette se dessinait, presque invisible dans l'obscurité. Je m'immobilisai, mon cœur battant plus fort. Était-ce... un vampire ? Ou peut-être un esclave, un autre prisonnier de ce monde ?

La silhouette se déplaça avec une précision presque surnaturelle, glissant dans l'ombre comme une ombre elle-même. Mon regard se fixa sur elle, mes yeux s'habituant peu à peu à la pénombre. J'avais l'impression qu'elle m'appelait, que quelque chose dans cette figure nocturne avait une connexion avec moi, une connexion que je ne comprenais pas encore.

Une nouvelle pensée m'envahit. Et si cette silhouette, ce spectre qui se mouvait dans la nuit, représentait une chance ? Une chance de m'échapper, de fuir ce qui semblait être une destinée inéluctable ? J'étais prête à tout, à risquer ma vie pour une chance, même infime, de m'échapper de cette cage.

Je pris une profonde inspiration et me retournais, cherchant mes affaires dans la cellule. Rien d'utile, rien qui puisse me servir à fuir. Mais il y avait une autre chose, quelque chose que je n'avais pas remarqué avant. Un petit objet qui traînait dans un coin de la pièce, presque oublié. Un morceau de fer, brisé et rouillé. Probablement une vieille pièce d'un meuble ou d'une porte. Peu importe d'où il venait, l'important, c'était qu'il pourrait m'être utile.

Je m'emparai de l'objet, le serrant dans ma main, mon cœur battant dans ma poitrine. Je ne savais pas ce que je ferais de ce bout de fer, mais il était mon seul allié. À cet instant précis, il représentait ma liberté. Il représentait l'espoir, même s'il était aussi fragile qu'un fil.

Les secondes s'étiraient alors que je restais là, accroupie dans l'ombre de ma cellule, les yeux fixés sur la silhouette qui se déplaçait toujours dans l'obscurité. Chaque geste qu'elle faisait semblait calculé, mais il y avait une certaine urgence dans ses mouvements. Comme si elle savait, comme si elle ressentait la même chose que moi.

Je n'avais plus de doute. Cette silhouette n'était pas là par hasard. Elle avait un but, et ce but était de me sortir de cet endroit. De me sortir de ce monde.

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