Chapitre 2

L'organisation au sein de laquelle je travaille, a vocation humanitaire. Financé par des institutions prestigieuses, elle met en place des programmes d’aides, éducatives ou caritatives.

L’une de nos interventions consiste à payer les études universitaires pour les jeunes bacheliers qui ne disposent pas de moyens suffisants pour faire l’université.

Dans ce cadre, je reçois et j’examine les dossiers. De concert avec mon supérieur hiérarchique, nous présélectionnons les potentiels bénéficiaires. Suite à cela, je procède à un entretien enregistré avant d’opérer la sélection définitive pour chaque année.

Je dois avouer que dans le cadre de l’exercice de mes fonctions, j’ai appris beaucoup de choses. J’ai entendu des histoires inimaginables : des jeunes gens, obligés de faire certains travaux dégradants pour s’en sortir ; des jeunes filles se retrouvant dans l’obligation de se livrer pour quelques billets, afin de pouvoir s’occuper des frères et des sœurs que leurs parents décédés ont laissé et plein d’autres histoires pathétiques.

C’est dans le mois de mai que nous procédons à la sélection pour la rentrée qui débutera en octobre. C’est dans ce cadre que j’ai reçu Yasmine, une nouvelle bachelière ne disposant pas de moyens pour continuer ses études. Yasmine me raconte qu’elle est orpheline de père et de mère depuis l’âge de douze ans. Ses parents ont péri dans un accident de voiture, laissant sa sœur et elle sans soutien. La famille paternelle s’empara de tous les biens du père et personne dans la famille maternelle ne voulut s’occuper d’elles. Depuis ce jour, elle et sa sœur ainée se débrouillent. Elles font de petits travaux pour survivre et se payer les études. Elles font le ménage, la lessive, se transforment en vendeuses de rue pour les commerçantes, pour ne citer que ces travaux-là. Il a des jours où elles vont se coucher sans manger. Elles vivaient dans un état de pauvreté extrême.

Moi : Et que fais ta sœur ainée à présent ?

Yasmine : Elle a cessé les études après son baccalauréat, il y a trois ans. Maintenant, elle vend des beignets pour que nous nous en sortons mais à vrai dire, nous survivons. Je devais arrêter mes études aussi quand j’ai entendu parler de cette Organisation et j’ai voulu tenter ma chance.

Moi : Ok, je te souhaite alors bonne chance.

Yasmine : S’il vous plait, Monsieur, si ma sœur est intéressée à reprendre ses études, pourrait-elle aussi déposer aussi son dossier ? on ne sait jamais.

Moi : Malheureusement, nous ne prenons que les nouveaux bacheliers désireux de continuer. Son bac a déjà trois ans, elle est donc disqualifiée. La sélection est souvent faite selon des critères bien déterminés et à la fin, Yasmine a été parmi les heureux bénéficiaires du programme d’aide.

Très contente de la nouvelle, sa sœur ainée se déplaça elle-même pour venir me remercier. Elle était avec Yasmine. Dès qu’elles sont entrées dans mon bureau, je ne peux m’empêcher d’admirer la sœur de Yasmine. Elle est ravissante, éblouissante avec une démarche gracieuse. Comment peut-on être si belle et être aussi pauvre ? Rien que par sa beauté, elle devrait attirer de nombreux hommes riches. Je les invite à s’asseoir.

Moi : Prenez place Mesdemoiselles.

Bella : Bonsoir Monsieur ; je suis la sœur de Yasmine, mon nom est Bella. Je suis venue personnellement vous remercier pour l’immense aide dont elle va bénéficier de la part de votre organisation.

Moi : Je vous remercie mais je suis un travailleur au sein de cette organisation; je n’en suis ni le fondateur, ni le directeur. Nous sélectionnons les bénéficiaires selon des critères bien définis ; si donc Yasmine a été choisie, c’est sur mérite et non par ma volonté.

Bella : Merci tout de même !

Moi : Je m’appelle Charms. C’est l’heure de la pause et je veux bien déjeuner. Je serai heureux que vous vous joignez à moi.

En vérité, il y a quelque chose qui me poussait à vouloir rester en compagnie de Bella. J’avais envie d’échanger avec elle et c’est le moyen que j’avais trouvé pour la retenir. Elle est vraiment belle. Depuis l’épisode de Rose, c’est la première fois qu’une femme me fait tant d’effet. Nous nous levons ensemble et sortons de mon bureau. Je prends ma voiture et nous allons dans le restaurant le plus proche.

Une fois à destination, nous nous installons et un employé nous apporte le menu. Aimant la bonne chère et les plats consistants, je choisis la pâte rouge et du poulet. J’adore ce plat, authentique cuisine de mon pays. Très délicieux, ce mets est fait à base de farine de maïs et de tomate assaisonnée. Le poulet qui l'accompagne est traditionnellement précuit dans un bouillon aromatisé puis frit à l'huile. Un vrai régal.

J’observe mes invités qui ne se décident pas à faire un choix.

Moi : Vous n’avez rien trouvé à votre goût ?

Yasmine : J’hésite Monsieur Charms, Les prix sont élevés et je suis gênée que vous payez aussi cher pour un repas.

Bella ajouta à la déclaration de Yasmine

Bella : Yasmine a raison, avec cet argent, nous ferons la cuisine pour quatre jours.

Je les comprends. Nous vivons des réalités différentes. Pour moi, ce restaurant est le plus abordable en termes de coût mais pour elles, c’est très cher. Cela me donna à réfléchir. Nous n’avons toujours pas conscience du bonheur qui est le nôtre. Nous sommes à la limite ingrats envers ce Dieu qui nous a bénit. Cet argent qui pour moi ne représente rien du tout est pour mes invités une fortune. Cette situation me fait subitement réaliser que je suis un privilégié de la société. Je ne suis pas riche mais au moins, je suis à l’abri du besoin. Je n’en avais pas conscience jusqu’à maintenant et dans mon cœur, je fais une simple prière de reconnaissance à Dieu. Prenons l’habitude d’être reconnaissant pour les plus petits détails de la vie. Je m’adresse ensuite à Yasmine et Bella.

Moi : Je sais chères demoiselles, mais c’est moi qui paie ; alors, soyez à l’aise.

Yasmine : C’est ma première fois dans un restaurant.

Bella : Moi de même !

Moi : Oufff, c’est mon quotidien. Je déjeune pratiquement tous les midis au restaurant.

Yasmine finit par choisir un plat de riz et de sauce au poisson ; Bella a préféré des frites au poulet. Le déjeuner s’est passé dans la gaieté et nous avons échangé sur des faits divers. Je fais un effort pour ne pas laisser transparaitre mon désir pour Bella.

Après ce copieux déjeuner, je propose de les déposer chez elles avant de repartir au boulot. Elles acceptent avec plaisir. Elles n’habitent pas très loin.

Arrivé à destination, je remarque qu’elles habitent pratiquement une bicoque, à peine différente d'une cabane de bois dans une forêt. Je suis choqué par le niveau de pauvreté dans laquelle vivaient ses filles. Je sors quelques billets de ma poche que je leur donne. Elles me remercient avec des bénédictions. Je démarre ma voiture et je repars au travail.

Lorsque je rentre chez moi le soir, je dine, prends mon bain et je m’allonge sur mon lit. Habituellement, je suis une émission à la télévision que j’ai dans ma chambre jusqu’à ce que le sommeil m’emporte. Mais ce soir-là, toutes mes pensées se sont envolées vers Bella, si pauvre, si belle ! Une question me taraude l’esprit : les hommes ne la voient-elle pas ? Je n’arrive pas à m’imaginer comment une telle beauté n’a pas encore su dompter le cœur d’un homme ! Je me dis qu’elle a peut-être un mauvais caractère. Ma mère a coutume de dire « la beauté attire mais c’est le cœur qui fait rester ». Oui, La beauté accroche le regard mais une belle personnalité accroche le cœur.

Pendant les jours qui suivent, mes pensées revinrent fréquemment sur Bella et n’y tenant plus, un soir après le travail, je me dirige vers leur demeure. Je suis accueilli par Yasmine très surprise.

Yasmine : Monsieur Charms, il y a un problème ?

Moi : Non, pas du tout, je suis juste passé vous dire bonsoir. Je dérange ?

Yasmine : Non, Bella est à l’intérieur, elle vient juste de rentrer, je vais l’appeler.

Bella apparait peu de temps après avec un beau sourire qui me chavire. Quelle beauté ! Dieu a créé Bella pour plaire aux hommes.

Bella : Bonsoir Monsieur Charms.

Moi : Bonsoir Bella, je préfère que tu m’appelles Charms, tout simplement. Et je te permets de me tutoyer.

Elle sourit encore et je suis séduit.

Bella : Etes-vous Charms comme l’indique votre prénom ?

Moi : Non, je suis très naïf.

Nous rions tous deux de cette plaisanterie. Je reprends la parole :

Moi : Je suis venu vous saluer et voir comment vous vous portez toutes les deux ?

Bella : Nous allons bien, comme tu peux le voir.

Moi : Alors, Bella, que fais-tu comme activité ?

Bella : Je vendais des beignets mais ce commerce n’est plus florissant ; je viens juste de décrocher un job de femme de ménage que je vais commencer en début de semaine prochaine.

Moi : Pourquoi tu ne continuerais pas tes études pour avoir un diplôme universitaire ?

Bella : J’en serai ravie mais je n’ai pas ces moyens ; je ne peux même pas tenter ma chance en déposant mon dossier dans votre ONG car Yasmine m’a dit que c’est ouvert uniquement aux nouveaux bacheliers.

Sans réfléchir, je lui propose de lui payer personnellement ses études. Elle accepte avec joie. Elle s’inscrit à l’université pour la rentrée prochaine.

Je leur rendais visite assez souvent et je finis par tomber amoureux de Bella. Mais depuis la leçon que Rose m’avait donnée, j’avance avec prudence. Un jour, au cours d’une conversation, je lui demande :

Moi : Bella, les hommes ne te font-ils pas la cour ?

Bella : Oui, beaucoup ; de riches hommes en plus. Le problème est que je leur dis, sans mariage pas de sexe ; et ils fuient. Certains ont l’honnêteté de me dire que leur famille n’accepterait jamais que je sois leur femme à cause de ma classe sociale. Certains veulent me prendre pour deuxième ou troisième épouse, ce qui ne m’arrange pas. Jusque-là, je n’ai pas trouvé un homme célibataire qui veuille de moi et qui accepte mes conditions.

Moi ; Veux-tu me dire que tu es vierge ?

Bella : Non, je ne le suis pas. Je me suis laissée berner deux fois, je ne veux plus refaire la même erreur.

J’avais envie de lui faire savoir qu’elle m’attirait mais je me retiens. De plus, je voulais m’assurer qu’elle me disait la vérité. Les voir vivre, elle et Yasmine dans une bicoque m’attriste et un jour, je décide de louer un appartement décent pour elles.

Trois mois se sont écoulés depuis que j’ai rencontré Bella et je n’ai toujours pas osé lui dire que ce que je ressentais. Ce n’était pas de l’amour car je reste prudent ; mais je nourrissais tout de même des sentiments à son endroit et cela ne me déplairait pas d’essayer une idylle.

Dans cette optique, je l’invite un jour à connaitre chez moi afin de me retrouver seul avec elle.

C’est un samedi et je suis allée la chercher moi-même. Je lui offre à boire et comme d’habitude nous échangeons. J’avais en tête de lui faire part de mes sentiments, mais finalement les échanges évoluaient sans que je ne me décide. Je ne voulais pas qu’elle pense que toute l’aide que je leur apportais était juste dans le but de la mettre dans mon lit. Elle est simplement vêtue mais elle me séduisait. Je suis complètement sous son charme, je suis captivé. Pendant un moment, je garde silence et elle m’observe ; je lui souris et m’approche d’elle. On dirait qu’elle ressent la même chose mais n’ose pas le dire.

Nos corps s’attirent et sans qu’aucun d’entre nous ne parle, nous nous rapprochons et inévitablement, nous nous emportons dans un baiser passionné. Sous la douceur de ses baisers, j’étais faible, comme engourdi. Cette fille m’emballe complètement. Contrairement à ce que je pensais, elle se laissa faire et ce qui devait arriver, arriva.

Depuis ce jour, nous nous voyons régulièrement. Je débarque chez elle sans prévenir, voulant surprendre un hypothétique amant. J’étais jaloux. Je ne voulais pas la partager.

Bella commença l’université au même moment que sa sœur ; et dire que si elle avait eu les moyens en son temps, elle aurait presque terminé ses études. Je n’ai pas voulu présenter Bella à mes parents pour l’instant. Je voulais être sur d’elle d’abord. Après quelques mois, je remarque que Bella rentre de plus en plus tard à son appartement. Au début, je fais l’effort de me contenir mais je finis par me lâcher et la lui reprocher.

Moi : Tu rentres très tard Bella ; pourquoi ?

Bella : Pourquoi me poses-tu une telle question, Charms ?

Moi : Je te pose la question parce que j’ai fait le constat Bella, alors explique-moi.

Bella : Je regrette Charms, je n’ai pas de compte à te rendre.

Moi : Bella, j’ai le droit de savoir où tu passes tes soirées.

Bella : En tant que qui, Charms ?

Je la regarde étonnée de la question qu’elle me pose. Je réplique.

Moi : Ta question est stupide ; tu voudrais peut -être que je me taise face à de tels agissements ?

Bella : Réponds à ma question : pourquoi devrais-je te rendre compte, Charms ?

Moi : Tu es ma fiancée, Bella et je n’accepte pas que tu me parles ainsi.

Comme si elle attendait que je sorte ce mot, elle hurle :

Bella : Ta fiancée ! de qui parles-tu ? M’as-tu jamais dit que tu m’aimais ? Tu m’as une fois proposé d’être ta fiancée ?

Moi : Mais Bella cela va de soi, vu tout ce que nous faisons ensemble.

Bella : Je regrette Charms, cela ne va pas de soi. Nous nous désirons et nous faisons juste l’amour. Et vu toute l’aide que tu m’apportes, c’est ma façon de te prouver ma reconnaissance, c’est tout. Mais je ne suis pas ta fiancée car tu ne m’as jamais proposé de l’être.

Je suis extrêmement déçu par cette déclaration de Bella ; moi qui croyait qu’elle m’aimait et qu’elle se donnait à moi par amour ? Je la considérais comme ma fiancée ; c’est juste pour des raisons de prudence que jusque-là, je ne l’ai pas présenté à ma famille. Je voulais mieux la connaitre pour être certain de mon choix. Comment pouvait-elle me dire que c’est par pure reconnaissance qu’elle m’offrait son corps ? Les femmes ! elles ne finiront jamais de me surprendre ! Je prends les clés de ma voiture et je sors.

Je rentre chez moi en conduisant lentement. Je repense à mes échanges avec Bella. Que dois-je faire avec elle ? Poursuivre cette relation ? Essayez d’arranger les choses ? Est-ce qu’une bonne femme s’offre à un homme par pure reconnaissance ?

Chapitre 3

Je me souviens que quand je lui ai demandé si les hommes ne couraient pas après elle, elle m’avait dit qu’elle les faisait fuir par sa condition de sexe après le mariage. Et pourtant, avec moi, ce ne fut pas le cas ; alors que je ne lui ai rien promis. Elle s’est offerte à moi facilement.

Finalement, je me demande si ce n’est pas un mauvais comportement de Bella qui fait que malgré sa beauté, je l’ai trouvé célibataire. Je décide de laisser quelques jours passés pour voir si elle me contacterait. En effet, si elle m’aime et tient à moi, c’est le moment pour moi de le savoir. Malgré ma prudence, il me semble que je me suis attachée à cette fille bien plus que je ne l’ai été avec Rose. Elle a su m’apprivoiser en peu de temps et mon esprit voguait constamment sur elle. Il y a peu, j’avais commencé à penser que c’est surement Bella que je vais épouser ; j’ai l’impression que je l’ai aimé sans m’en rendre compte.

Depuis huit jours, je n’ai pas des nouvelles de Bella. Je ne lui ai pas écrit et elle non plus, n’a cherché à me voir. Et pourtant, c’est elle qui m’a offensé.

Je pense que je suis en train de me faire des illusions concernant Bella. Je n’étais pour elle qu’un partenaire sexuel et rien d’autre. Pourquoi les femmes sont parfois si égoïstes ? De roue de secours, je passe à partenaire sexuel ! je n’ai vraiment pas beaucoup évolué.

Nous sommes déjà deux semaines après ma dispute avec Bella et depuis, elle n’a fait aucun signe. Il n’y a que Yasmine qui m’envoyait par moment des messages de salutation sans jamais aborder le sujet. Je décide de laisser mon orgueil de côté et d’aller rendre visite à Bella un soir.

Une fois chez Bella, seule Yasmine était présente.

Moi : Bonsoir Yasmine.

Yasmine : Bonsoir Charms.

Moi : Appelle-moi Bella s’il te plait.

Yasmine : Elle n’est pas encore rentrée.

Moi : Dis-moi Yasmine, où est-elle ? Je sais que c’est ta sœur mais dis-moi la vérité.

Yasmine : Honnêtement Charms, je n’en sais rien. Elle n’a voulu rien me dire parce qu’elle sait que je suis de ton côté.

Moi : Je t’en prie Yasmine, si elle voit quelqu’un d’autre, dis-le-moi pour que je ne perde pas mon temps.

Yasmine : Je n’en sais rien Charms, je te le jure. Il y a deux jours, elle est rentrée avec un homme et nous a présenté par nos prénoms : « Abel, c’est Yasmine, Yasmine voici Abel ». L’intéressé l’a attendu, elle s’est changée et m’a dit qu’elle n’allait pas tarder. J’étais déjà endormie avant son arrivée. A part cela, je n’ai plus vu personne avec elle. Mais si tu permets Charms, Bella n’est pas volage. Ce n’est pas que je la défends mais je pense que tu devrais mettre les choses au clair avec elle. Pour elle, vous avez juste des relations intimes mais tu ne lui as jamais demandé d’être ta fiancée et elle en est très frustrée. Elle m’a avoué avoir été très attirée par toi au point d’abandonner ses belles résolutions avec les hommes. Elle avait des sentiments pour toi, mais pour toi, elle n’est qu’un simple partenaire de plaisir depuis des mois. Comme elle ne veut plus ce statut, elle projette sérieusement mettre fin à cette forme de relation. C’est pour cette raison, qu’elle cherche un job qu’elle pourrait faire en fin de journée après les études, afin de pouvoir payer le loyer.

Moi : Elle se trompe car dans mon cœur, je la considère comme ma fiancée. C’est un malentendu

Yasmine : Les malentendus finiront par vous séparer. Tu aurais pu lui dire ce que tu ressens pour elle. Coucher ensemble ne signifie pas que vous êtes fiancés ; autrement, les prostitués seront les fiancés de leurs clients. Les fiançailles ne se présument pas. Il faut une déclaration d’intention. Et si Bella s’accrochait à toi et qu’un jour, tu lui dis que tu ne lui as rien promis et que c’était juste du sexe entre vous ? Mets-toi à sa place ! elle a besoin de connaitre tes intentions pour être fixée. Tu ne lui as jamais fait part de tes sentiments. Tu nous aides énormément c’est vrai. Mais si tu ne lui dis pas que tu l’aimes, ce serait comme si c’est la contrepartie que tu réclames en échange des services que tu rends. Non, je me dois de te le dire, le fait d’aller au lit ne vaut pas consentement.

Moi : Merci Yasmine, tu es très intelligente et mature. Vois-tu, je ne voyais pas les choses de cette façon. Pour moi, cela allait de soi. Je n’ai jamais pensé que mes actes pourraient être interprétés de la sorte. J’avoue que dès le début, Bella m’a plu ; j’avoue aussi que c’est cette attirance que j’ai pour elle qui fait que je m’occupe de vous deux comme il se doit. Mais en aucun cas, mes relations avec Bella ne sont pas une contrepartie que je réclame tacitement. Elle a tort de penser ainsi.

Yasmine : Justement Charms ; nous ne sommes pas des devins pour savoir ce que tu penses dans ton cœur ; explique-lui tout ceci ; elle aussi aurait dû t’exprimer ses frustrations. C’est le manque de communication et de dialogue qui vous crée tous ces problèmes. En amitié tout comme en amour, le manque de communication fait partie des premières causes d’une rupture car elle engendre l’incompréhension. Il est important de réagir rapidement et d'instaurer un bon dialogue entre vous, enfin, si tu tiens à elle.

Moi : Je vais l’attendre ici dans ce cas.

Yasmine : Ok, Charms, c’est une bonne idée.

J’attendais des heures durant. Fatigué, je m’endors et Bella vient me réveiller :

Bella : Charms, que fais-tu ici à cette heure ?

Moi : Je t’attendais ; tu ne devrais pas rentrer aussi tard, c’est imprudent de marcher la nuit.

Bella : Je sais, mais je n’étais pas seul ; tu es là depuis longtemps ?

Moi : Oui, je tenais à discuter avec toi au sujet de la situation que nous traversons.

Bella : Je t’écoute, Charms.

Moi : Bella, après ta déclaration de la fois dernière, j’ai beaucoup réfléchi. J’ai également échangé avec Yasmine tout à l’heure et j’ai compris tes frustrations. Je ne t’ai jamais demandé d’être ma fiancée parce que pour moi, cela allait de soi ; mais je viens de comprendre que non. Je t’assure qu’à aucun moment, je ne voyais notre relation comme contrepartie à l’aide que je vous apporte. C’est justement l’attirance que je ressentais envers toi qui m’a poussé à vouloir vous aider, Yasmine et toi. Mais je dois t’avouer que de mon côté, j’ai eu mal quand tu m’as dit que cette relation était pure reconnaissance. Je voudrais d’abord qu’on parle de ces malentendus avant que je n’aborde un autre point.

Bella : Merci Charms, j’apprécie fortement cette démarche. Effectivement, je suis frustrée car depuis quelques mois, tu ne m’as jamais exprimé tes sentiments réels, ni même cherché à me présenter à ta famille. Je ne sais pas quel type de relation nous avons. J’avais fini par me dire que c’était juste la contrepartie que je devrais payer en échange de ton aide et je dois t’avouer que cela m’a beaucoup gêné. J’ai commencé par chercher un job que je pourrais faire en fin de journée et en weekend pour pouvoir justement me passer de cette aide et mettre fin à cette relation de prostituée et de client. Au début, je t’ai beaucoup estimé ; je m’étais promise de ne plus avoir des relations avec un homme avant le mariage ; mais avec toi, j’ai succombé ; j’ai espéré tous ces mois que tu me dises que tu m’aimes et que tu fasses des projets avec moi mais rien. J’ai été déçue et je me suis rendue compte que tu ne voulais pas épouser une femme de classe sociale modeste tout comme les autres. C’est vrai, je t’ai dit que j’accepte tout ceci par pure reconnaissance mais c’est pour te blesser et je m’en excuse. Je n’accepterai jamais d’être avec un homme juste pour cette raison ; si cela avait été le cas, tu ne m’aurais même pas trouvé libre.

Moi : Je pense que notre erreur a été de n’avoir pas communiqué à temps. Je reconnais que mon attitude a prêté à confusion ; mais dans mon cœur, je t’ai toujours considéré comme ma fiancée. Maintenant, je souhaite que tu que nous essayons de continuer sur de nouvelles bases. Bella, je t’aime bien et tu m’attires fortement, veux-tu être ma fiancée ?

Bella garde le silence un moment puis finit par me répondre.

Bella : Je suis désolée Charms, nous avons communiqué en retard. Pendant que tu ne te décidais pas, j’ai rencontré un étudiant et j’ai fini par m’attacher à lui. Je lui ai même expliqué notre situation et je lui ai promis de régler au plus vite ; c’est pour cela que j’ai commencé à chercher un job pour me passer de ton aide car hélas mon étudiant ne peut pas me soutenir. Mais lui au moins veut de moi et projette son avenir avec moi. Je dois tenir parole car j’ai déjà accepté d’essayer avec lui.

Moi : Bella, tu préfères un étudiant à moi ?

Bella : Charms, cet étudiant m’aime réellement et veut de moi. Il semble sérieux et c’est le plus important. Certes, il n’a rien d’autre à m’offrir à part son amour mais un jour sa condition s’améliorera. Ensemble, nous allons construire notre avenir. Nous sommes en amour, pas en affaires. L’argent vient de Dieu et un jour, il nous en dotera. Je ne t’aimais pas pour ton argent, Charms. Je suis vraiment navrée mais notre histoire s’arrête ici. Soyons juste des amis.

A ces mots de Bella, je deviens triste. Je viens de réaliser que je viens de perdre une femme sincère, en tout cas bien meilleure à Rose mais il est trop tard. Je rentre chez moi anéanti. Mais au moins, j’aurais retenu une leçon : la communication évite les incompréhensions qui pourraient déboucher sur la séparation. Je tâcherai de m’en souvenir.

Alors que j’avais rompu avec Bella et que j’étais malheureux, je ne supportais plus la solitude. Je broyais du noir. Cela n’allait pas. J’ai essayé de la reconquérir en vain. Elle a préféré son étudiant.

J’ai donc pris quelques jours de congés pour me rendre dans une autre ville chez un ami d’enfance afin de vite l’oublier. Ce qui va me manquer, c’est son corps. Un corps féminin de rêve sur lequel j’aimais me reposer. Un corps chaud et prévenant. Un corps doux et juvénile. Mais c’est vraiment la fin. Fini, balayé, écartelé. Mais j’ai encore envie de faire l’amour avec elle.

Je me rends à la gare pour prendre le train. La ville où travaille mon ami est à cinq cent kilomètres de la mienne. Je rentre , je m’installe. J’adore prendre le train, je le préfère au bus. Dans le train, il y a de l’espace et on y dort très bien.

Les passagers continuaient d’entrer. Le siège à côté du mien était encore vide. J’étais bien heureux de pouvoir être tranquille et de pouvoir m’allonger en cas de besoin. Mais ma joie fut de courte durée. Une jeune femme entre et prend place à mes côtés. Je l’observe à peine car cette place qu’elle devrait prendre ne me réjouit aucunement.

Le train démarre peu de temps après. Il sera à destination dans six heures de temps.

J’observe les paysages défiler à travers la fenêtre vitrée pendant un moment puis je sors mon téléphone. Je place l’écouteur et je commence à diffuser les chansons que j’avais préalablement stockées dans la mémoire du téléphone. Je ferme les yeux pour savourer.

Au bout d’une heure, la jeune femme se lève et revient environ cinq minutes plus tard. Je pense qu’elle a fait un tour aux toilettes.

A son retour, elle m’adresse la parole :

Elle : C’est la première fois qu’un homme reste à mes côtés sans m’adresser la parole.

Je suis surpris de cette déclaration. Jamais je ne pouvais imaginer qu’une femme pouvait être aussi entreprenante. Généralement, les femmes attendent plutôt que les hommes fassent le premier pas. Cette inconnue qui m'aborde la première me change un peu de la routine habituelle avec les femmes, et ça j'aime beaucoup. Très fier que l’on s’intéresse à moi, je lui réponds en souriant.

Moi : Eh bien, cela prouve que tous les hommes ne sont pas les mêmes.

Elle : Ils n’ont jamais été les mêmes, ils ont juste le même père et la même mère, ce qui fait d'eux des frères qui ont des points en commun.

Sa remarque me fit vraiment rire. La discussion s’annonçait intéressante. Je repris la parole :

Moi : On dirait que vous avez eu affaire à tellement d’hommes que vous les connaissez.

Elle : J’en connais suffisamment pour en déduire que les hommes ont tendance à avoir des comportements similaires.

Nous commençons à échanger vivement. Je découvris que mon interlocutrice était très cultivée, surtout drôle et très ouverte d’esprit. Avec elle, j’ai eu droit à des histoires intéressantes.

L’une des histoires que je retiens de notre voyage ensemble est cette définition de la femme qu’elle me donna sans complexe. En effet, elle aurait lu dans un recueil de blagues que la femme pouvait être définie de plusieurs manières :

Définition philosophique : La femme est un sujet sur lequel l'homme aime s'étendre.

Définition zoologique : La femme est un animal sans poil dont la peau est très recherchée.

Définition mathématique : La femme est un ensemble de courbes qui fait lever une ligne droite.

Définition géographique : La femme est comme le globe terrestre.

Entre 15 et 25 ans elle est comme l’Afrique : chaude, à moitié vierge et à moitié inexplorée.

Entre 25 et 35 ans elle est comme l’Asie : Exotique et mystérieuse.

Entre 35 et 45 ans elle est comme l’Amérique : déjà bien connue, mais encore belle et pleine de ressources.

Entre 45 et 55 ans elle est comme l’Europe : traversée de long en large, et fatiguée, mais vous pouvez encore trouver des endroits intéressants.

Entre 55 et 65 ans elle est comme l'Australie Tout le monde sait où elle se trouve mais personne ne pense réellement à y aller.

Je dois reconnaitre que converser avec ma voisine de siège m’a détendu et m’a fait oublier mes soucis de l’heure. Au bout d’un moment, elle me dit son prénom et demanda la mienne :

Elle : Nous discutons depuis, on ne se connait même pas de nom. Je m’appelle Madeleine. Et toi ?

Moi : Charms.

Madeleine : C’est la première fois que j’entends un tel prénom ; j’espère que ton nom reflète ta personnalité.

Moi : Je ne peux rien dire à propos. Seuls les autres peuvent apprécier.

Madeleine : Tu vis dans la ville de Cotonou ?

Moi : Non, je vis à Abomey-Calavi ; et toi ?

Madeleine : Je travaille à Cotonou mais ma mère vit à Abomey-Calavi et je suis allée passer mes congés chez elle.

Moi : Ok, et quel métier exerces-tu ?

Madeleine : Je travaille dans une banque ; et toi ?

Moi : Dans une ONG.

Nous avons échangé un moment à propos de nos fonctions respectives. A la fin du voyage, Madeleine et moi avons complètement sympathisé.

Moi : Madeleine, j’ai été ravi de faire ta connaissance.

Madeleine : C’est réciproque, Charms. Nous pouvons échanger nos contacts si tu le désires. J’ai encore une semaine de repos avant de reprendre le travail. Je pourrai te faire visiter la ville.

Moi : Avec plaisir, Madeleine.

Je m’empressai de lui donner mon numéro de téléphone et j’enregistre le sien.

Deux jours plus tard, elle est venue me chercher en toute amitié pour me faire découvrir la ville. Au cours de nos promenades, nous échangeons énormément et nous nous découvrons de nombreux points communs.

Ce que j’aimais vraiment chez Madeleine, c’est sa gaieté et sa spontanéité qui me contaminèrent rapidement. Elle est joyeuse, marrante, franche, directe et ouverte d’esprit. Elle n’accroche pas physiquement mais il suffit d’échanger avec elle quelques minutes pour tomber sous son charme. Elle est très intéressante.

Une semaine plus tard, Madeleine reprit son boulot et n’était disponible pour moi que les soirs, ce dont je me contentais. C’est même à croire que c’est elle que je suis venue voir à Cotonou. Parfois, je me demande comment se serait passé mon séjour si je ne l’avais pas rencontré ?

Mes trois semaines de congés se sont vite écoulées et je devais repartir à Abomey

Je passai la soirée de la veille avec elle dans son appartement où elle m’avait invité à dîner. Au cours du dîner, nous parlons de faits divers. Audacieuse comme elle est, elle me posa une question sur ma vie sentimentale, le plus naturellement du monde.

Madeleine : Dis, Charms, es-tu marié ?

Moi : Non

Madeleine : Fiancé ?

Moi : Non plus.

Madeleine : Un si bel homme comme toi est libre ?

Je souris et lui retourne l’ascenseur.

Moi : Es-tu mariée toi ?

Madeleine : Quelle question Charms ! tu n’as jamais vu un homme ici ?

Moi : Ton mari peut bien être dans une autre ville.

Madeleine : Non, je ne suis ni mariée, ni fiancée.

Moi : C’est étonnant qu’une femme aussi intéressante que toi soit encore libre.

Moi : Pour te dire la vérité, je ne me presse pas, je prends mon temps pour bien choisir. Encore faudrait-il que je trouve.

Moi : Il te faut tant de temps pour te décider ? Tu as bien eu quelqu’un par le passé non ?

Madeleine : J’ai connu une histoire d’amour avec un jeune homme de mon âge quand j’étais au collège, il y a bien longtemps. Puis après, je menais une vie qui ne m’aurait pas permis d’avoir un fiancé.

Moi : Sois plus explicite sur cette vie que tu menais. Où j’en demande trop peut-être ?

Madeleine : Non, je vais te le dire car il vaut mieux être franche dans la vie même si je ne suis pas fière de mon passé. J’ai perdu mon père tôt et ma mère est sans grands moyens. Je tenais à aller à l’université et pour cela, je devais trouver un moyen de financer mes études. Une de mes amies m’a orienté dans la prostitution et c’est ce que j’ai fait tout le temps pour payer mes études universitaires et pour subvenir à mes autres besoins. Donc en ce moment, je ne pouvais avoir un fiancé car aucun homme n’allait accepter cela. Mais je n’avais pas d’autre choix. J’ai donc fini mes études il y a deux ans. Cinq mois plus tard, Dieu m’a fait la grâce de trouver un travail. Depuis que j’ai payé la totalité des frais d’études de ma dernière année, j’ai arrêté de me prostituer. Tu comprends alors que j’ai vraiment besoin de temps pour bien choisir mon futur mari car je viens à peine de me garantir une stabilité professionnelle. Les candidats sont nombreux et la plupart sont mariés. Dans tous les cas, je ne veux pas me presser car je suis consciente que mon passé va repousser les hommes mais je ne désespère pas. Voilà en quelques phrases ma vie en résumé.

Je tombe des nues. Si je m’attendais à pareille révélation ! moi qui commençait à m’attacher à cette fille ! Je la regarde et je ne sais quoi dire.

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