Chapitre 2
Chapitre 2
L'odeur du sang séché ne le quittait pas. Jonas avançait, un pas après l'autre, en équilibre précaire entre la douleur et la volonté brute qui le maintenait debout. Il avait connu la puissance, le respect, la force. Maintenant, il n'était plus qu'une ombre, un Alpha sans meute, traqué comme un animal malade.
La nuit dernière, il avait surpris des éclaireurs à sa recherche. Pas des chasseurs humains. Pas encore. Non, ceux-là portaient encore son odeur sur eux, un vestige de son ancienne vie. Sa meute. Ou plutôt, celle de Gabriel.
Le nom résonnait dans son crâne comme une insulte.
Jonas s'était caché, tapi dans l'obscurité, écoutant chaque murmure, chaque fragment d'information échappé dans le vent. Gabriel avait pris sa place. Pas juste temporairement. Pas comme un Alpha par intérim en attendant le retour du vrai chef. Non. Il s'était installé, avait consolidé son pouvoir.
Et la meute prospérait.
Il avait voulu ne pas y croire. Mais il n'était pas stupide. Il savait ce que cela signifiait. Les loups étaient loyaux, mais seulement envers celui qui pouvait les protéger. L'ancien Alpha n'était plus qu'un fantôme du passé, une légende qui finirait par s'effacer.
Ses poings s'étaient crispés.
Un bruit derrière lui. Léger, presque imperceptible, mais il le reconnut instantanément. Une patte qui frôle le sol, un souffle retenu. Un chasseur.
Jonas ne réfléchit pas. Son corps réagit avant même que son esprit ne suive. Il pivota brusquement, les muscles tendus malgré la douleur. L'instant suivant, une silhouette émergea des ombres. Un loup.
Un rire amer lui échappa. Il n'aurait jamais cru revoir cet homme-là.
- **Vaughn.**
L'autre haussa un sourcil, penchant la tête sur le côté comme s'il jaugeait un inconnu.
- **T'as une sale gueule, Jonas.**
L'ancien Alpha ne prit même pas la peine de répondre. Il connaissait Vaughn. Ce loup n'avait jamais été un allié proche, mais il n'était pas non plus un ennemi. Juste un survivant. Toujours là où le vent tournait en sa faveur.
- **Si t'es venu me tuer, t'aurais dû attaquer au lieu de parler.**
Vaughn haussa les épaules.
- **Si je voulais ta mort, tu serais déjà à terre. Mais j'ai quelque chose à te dire.**
Jonas resta silencieux. Il n'était pas d'humeur aux jeux d'esprit.
Vaughn croisa les bras.
- **Tu sais que Gabriel dirige la meute.**
Ce n'était pas une question. Jonas ne broncha pas. Vaughn continua.
- **Il n'a pas juste pris ton trône. Il a pris Lysandra.**
Le monde bascula.
Jonas resta figé, son souffle coupé. L'air lui parut soudainement plus lourd, plus dense.
- **Tu mens.**
- **Pourquoi je ferais ça ?**
Un silence tendu s'installa. Vaughn était peut-être un opportuniste, mais pas un menteur. Il n'aurait rien à gagner à inventer une telle chose.
Lysandra... avec Gabriel.
Jonas sentit un grondement monter dans sa gorge, mais il l'étrangla avant qu'il ne s'échappe. Il ne pouvait pas se permettre de perdre le contrôle. Pas maintenant.
Vaughn le regarda, curieux.
- **T'as pas encore compris, hein ? T'es mort pour eux. Un fantôme. Personne ne t'attend, Jonas. Et Lysandra...**
Il s'interrompit, mais Jonas le fixa, les mâchoires serrées.
- **Elle n'a pas eu le choix,** finit par dire Vaughn, plus doucement. **Gabriel a rendu ça... nécessaire.**
Le dégoût dans sa voix était à peine perceptible, mais Jonas le capta. Il connaissait Gabriel. Il savait comment il fonctionnait. Il ne l'aurait pas prise de force. Non, il était plus malin que ça. Il lui aurait laissé croire que c'était pour le bien de la meute. Qu'elle devait avancer. Qu'elle devait tourner la page.
Une vague de rage pure le traversa, brûlante, dévastatrice.
Il avait survécu à la trahison. Il avait enduré la douleur, l'exil, la honte. Mais ça ? Ça, c'était autre chose. C'était une ligne qui ne pouvait pas être franchie sans conséquence.
- **Où est-elle ?**
Vaughn soupira.
- **Dans le domaine de Gabriel. Sous bonne garde. Tu veux la voir ? Ça serait du suicide.**
Jonas ne répondit pas. Il n'avait jamais été du genre à reculer.
Il recula pourtant d'un pas, analysant Vaughn d'un œil neuf.
- **Pourquoi tu me dis tout ça ?** demanda-t-il.
L'autre esquissa un sourire, sans joie.
- **Disons que tout le monde n'est pas ravi du règne de Gabriel. Certains pensent qu'il n'est pas le chef dont on a besoin.**
- **Certains ?**
Vaughn haussa un sourcil.
- **Peut-être plus que tu ne crois.**
Jonas sentit quelque chose s'allumer en lui. Une braise. Petite, mais bien réelle.
Il n'était peut-être pas aussi seul qu'il le pensait.
Et peut-être... juste peut-être... ce n'était pas encore fini.
Chapitre 3
Chapitre 3
L'odeur de la terre humide et du sang frais l'envahit. Les échos de la bataille résonnaient dans sa tête, mais plus encore, c'était le goût de la trahison qui restait coincé dans sa gorge. Il ferma les yeux un instant, comme pour repousser les souvenirs qui se précipitaient en lui, chaotiques, douloureux.
Ce jour-là, tout avait basculé. Ils étaient partis en guerre, une mission de reconnaissance, ou du moins, c'est ce que tout le monde avait cru. Mais ce n'était pas ça. C'était un piège, une manœuvre soigneusement orchestrée, et Jonas, l'Alpha de sa meute, était la cible.
Il revoyait chaque détail comme si c'était hier. Les cris, les hurlements, les bruits sourds des corps s'écrasant au sol. La poussière, la sueur, l'odeur âcre des armes qui avaient fait leur œuvre. Et dans cette cacophonie, l'incompréhension.
Il avait vu le Bêta de sa meute, celui qu'il avait cru être son allié, l'homme qui avait été à ses côtés depuis le début. Ce Bêta, ce traître, avait fait un signe discret. Un seul geste. Celui d'un homme qui savait qu'il allait réussir. L'instant suivant, tout avait basculé. La meute ennemie, prête à détruire, avait fondu sur eux, encerclant leurs rangs. Jonas n'avait rien pu faire, pris dans l'étau.
Il avait hurlé, mais le bruit de combats étouffait sa voix. Il avait vu les membres de sa meute tomber autour de lui, piégés comme lui. Et puis, la douleur. La morsure d'un coup de griffe qui l'avait frappé de plein fouet, lui perforant la chair, le jetant au sol. Un coup fatal.
La dernière chose qu'il avait vue avant de sombrer dans l'inconscience avait été le regard de Lysandra. Elle se battait près de lui, furieuse, prête à tout pour protéger leur territoire, leur vie. Mais son regard... ce regard-là, il ne l'oublierait jamais.
Elle avait cru qu'il était mort. C'était évident maintenant. Elle avait vu le sang, avait entendu la détonation de l'explosion qui avait secoué le terrain, et Jonas, gisant, immobile, avait semblé être une ombre de plus dans ce champ de bataille dévasté.
Lorsqu'il était revenu à lui, il avait été seul. Personne, pas même un corps, n'avait été laissé derrière lui. Et Lysandra... Il l'avait cherchée, partout, mais il n'avait trouvé que des traces de douleur. Elle avait dû fuir, seule. Tout le monde avait fui. Elle avait cru qu'il était mort. C'était la seule issue pour elle, la seule façon de garder la meute en vie. Elle n'avait pas eu le choix.
Les souvenirs affluèrent, brisés, comme un puzzle incomplet. Chaque détail douloureux s'imprimait dans son esprit. L'absence. Le vide. La meute brisée. Et lui, abandonné, livré à la traîtrise de son propre Bêta, comme un vulgaire déchet.
Jonas serra les poings. Il sentit la rage monter en lui, brûlante, dévorante. Ce n'était pas seulement la trahison qu'il ressentait, mais la perte. Lysandra. Elle avait dû faire un choix pour la survie de la meute. Il le comprenait. Il savait que, dans sa position, il aurait fait de même. Mais cela ne rendait pas la douleur plus facile à supporter.
Il avait été là, à la tête de sa meute, un leader respecté, puissant. Il les avait protégés, guidés. Et maintenant ? Maintenant, il était un paria. Une ombre, une victime. Mais il n'allait pas rester là, à se vautrer dans cette défaite. Non, il n'avait pas l'intention de se laisser effacer ainsi. Il avait tout perdu, mais il reviendrait. Il reviendrait pour les prendre tous. Pour reprendre sa place.
Lysandra ne lui appartenait pas, mais elle était la personne qu'il aimait. Et Gabriel... Gabriel n'était pas un Alpha. Il ne l'était pas comme Jonas. Il n'avait pas la force, la sagesse, l'expérience. Il était l'Alpha de la trahison, un opportuniste. Mais il n'avait pas l'amour de sa meute. Ni celui de Lysandra.
Jonas serra les dents. Il s'était juré de ne jamais revenir en arrière, de ne jamais se laisser détruire. Mais il ne pouvait pas oublier. Pas Lysandra. Pas Gabriel. Pas cette trahison.
Le vent soufflait sur son visage, fouettant sa peau. Il se redressa, s'étira lentement, sentant chaque muscle, chaque fibre de son corps s'éveiller sous l'effet de la rage et de la volonté.
Il ne reviendrait pas en simple spectateur. Il reviendrait pour tout reprendre. Il reviendrait pour reconquérir sa meute, sa place, et Lysandra.
Rien ne l'arrêterait.